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Full text of "Les plantes dans l'antiquité et au moyen âge, histoire, usages et symbolisme .."

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LES PLANTES 


DANS L'ANTIQUITÉ ET AU MOYEN AGE 


PUBLICATIONS PRINCIPALES DU MÊME AUTEUR 


La loi des finales en espagnol. Nogent-le-Rotrou, 1872, in-8. 


Du c dans les langues romanes. Paris, 187%, in-8. 5 
De rhotacismo in indoeuropaeis ac praesertim in germanicis linguis. %: 
Parisiis, 1875, in-8. à 
Herder et la Renaissance littéraire en Allemagne au xvi® siècle. ‘24 
Paris, 1875, in-8. Epuisé. NE 
De la littérature allemande au xvine siècle dans ses rapports avec la à 
littérature française et la littérature anglaise. Aix-Paris, 1876, in-8. g 
Essai sur le patois du Bessin, suivi d’un dictionnaire étymologique. ; 
Paris, 1881, in-8. Epuisé. 4 


Du caractère et de l'extension du patois normand, Étude de phoné- 
tique et d'ethnographie, suivie d'une carte. Paris, 1883, in-8. 

Mélanges de phonétique normande. Paris, 186%, in-8. 

Des rapports intellectuels et littéraires de la France avec l'Allemagne 
avant 14789. Paris, 1884, in-8. Epuisé. re 

J.-B. Tavernier, écuyer, baron d'Aubonne, chambellan du Grand- 
Électeur. Paris, 1886, in-$. 

La Flore populaire de la Normandie. Fe 1887, in-8. 


Les incantations botaniques du manuscrit F, 277 de la Bibliothèque | Sc 
de l'École de Médecine de Montpellier, ete. Paris, 1888, in-8. 24 
Le voyageur Tavernier d'après des documents inédits. (1670-1685). ES 
Paris, 1890, in-8. 7 
Le P. Guevarre et les bureaux de charité au xvite siècle. Paris, pe 


1889-1890, in-8. = et 
Pierre et Nicolas Formont. Un banquier et un correspondant du k 
Grand-Electeur. Paris, 1890, in-8. 


La légende de la Rose au moyen âge chez les nations romanes et ger- 
maniques. Mäcon, 1891, in-8. y 

La Rose dans l'antiquité et au moyen äge. Histoire, légendes et sym- 
bolisme. Paris, 1892, in-8. 

J. de Séranon, orateur, voyageur, archéologue, historiens Aix, 1893, ts 
in-8. * 

Fabri de Peirese, humaniste, archéologue, naturaliste, Aix, 189%, in-8, 

Les Jardins dans l'Égypte ancienne. Le Puy, 1894, in-8. 


De la représentation du papyrus sur les monuments de l'Egypte 
ancienne, Mâcon, 1895, in-8. - 


Caen et Rouen. Étude élymologique. Caen, 1895, in-8. 
Le comte du Manoir et la cour de Weimar. Paris, 14896, in-8. +4 


CHARTRES, — ;MPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT. — BA Te - 


LES PLANTES 


DANS L'ANTIQUITÉ ET AU MOYEN AGE 


HISTOIRE, USAGES ET SYMBOLISME 


PREMIÈRE PARTIE 


LES PLANTES DANS L'ORIENT CLASSIQUE 
. 


J 
Égypte, Chaldée, Assyrie, Judée, Phénicie 


PAR 


à 
CHARLES JORET . 
Professeur à l'Université d'Aix 
Correspondant de l’Institut 


PARIS 
LIBRAIRIE Émire BOUILLON, ÉDITEUR 
67, RUE DE RICHELIEU, AU PREMIER 


1597 


TOUS DROITS RÉSERVÉS 


LR ARY 
BOTANI à 


PRÉFACE 


« Les arbres, dit Pline au douzième livre de son 
Histoire naturelle’, par leurs sucs plus agréables que 


_les céréales, ont adouci la nature de l'homme. Ce sont 


eux qui fournissent la liqueur de l'olive, qui assouplit 
les membres, le vin, qui ranime les forces ; chaque 
année ils produisent spontanément et en abondance les 
fruits savoureux, qui composent le second service de 
nos tables... Les arbres sont employés en outre à 
mille usages indispensables à la vie. Avec eux nous 
sillonnons les mers et nous rapprochons ainsi les pays 


éloignés ; avec eux nous construisens nos édifices ; 
_ avec le bois des arbres on fait aussi ou on a fait long- 
temps les statues des Dieux. » 


Ce que Pline dit ici des arbres, il aurait, avec plus 
de raison encore, pu le dire du règne végétal pris dans 
son ensemble; sans le monde des plantes, la vie hu- 
maine ne serait pas possible; elles en sont les auxi- 
liaires les plus utiles et la condition première; sans 
la culture des plantes alimentaires, comme sans l’éle- 
vage des animaux domestiques, l’homme serait fatale- 
ment resté à l’état sauvage; l'invention de l’agriculture 


1. Chapitre 11 (1). 


GARD 


VI ._ PRÉFACE. 

a marqué ses débuts dans la civilisation, et chaque 
rouvelle plante qu'il a acclimatée ou appropriée à son 
usage à contribué à accroitre son bien-être, et lui à 
fait faire un pas nouveau dans la voie du progrès. 

Ce ne sont pas seulement des aliments fortifiants, 
des breuvages délicieux ou des matériaux de construc- 
tion, que les végétaux, comme le remarquait Pline, 
nous procurent; ils nous fournissent encore les tissus 
dont nous nous revêtons, les condiments qui assai- 
sonnent nos mets; leurs fleurs parent nos demeures 
et les temples de la divinité; leurs parfums les em- 
baument, et les matières colorantes qu'ils recèlent 
servent à teindre nos vêtements; enfin nous leur de- 
vons les remèdes les plus efficaces, qui guérissent les 
maladies dont nous sommes atteints. Comment s’é- 
tonner après cela de l'estime dans laquelle.les hommes 
des premiers âges ont tenu les plantes et de la place con- 
sidérable qu’ils leur ont faite dans leurs croyances, 
comme dans leur existence réelle! 

Dans leur penchant au merveilleux et leur recon- 
naissance, ils ont vu en elles « un présent de la puis- 
sance invisible, qui fait naître et croître » toutes 
choses": elles leur sont apparues comme une manifes- 
tation de la sagesse divine; ils leur attribuèrent une 
vie analogue à la leur propre et les regardèrent comme 
douées, ainsi qu'eux-mêmes, de pensée et de senti- 
ment”. Tantôt ils virent dans les plantes des êtres 
semblables à eux, transformés en végétaux après leur 


1. Schweinfurth, De la flore pharaonique. (Bulletin de 
l'Institut égyptien, 2e série, n° 3 (an. 1882). Le Caire, 1884. 
in-8, p. 53.) 

2. « Ce sont des êtres, des personnes actives, conscientes, 
vivantes. » James Darmesteter, Jaurvatät et Ameretât. Essai 
sur la mythologie de l’'Avésta. Paris, 1875, in-8, p. 56. 


tt 


PRÉFACE. VII 


mort ou par une intervention divine, mais ayant con- 
servé quelque chose de leurs attributions premières ; 
tantôt ils crurent qu'un génie ou un démon particulier 
résidait en elles, qu'il en faisait du moins son séjour 
habituel, qu'elles en étaient le corps, comme il en était 
à son tour l'âme ou en personnifiait la vie végétative 
et sensible’. Il n’y avait qu'un pas, et on ne tarda 
point à le faire, pour voir dans ces symboles de vie 
des êtres d’une nature supérieure et pour les invoquer 
comme de véritables divinités. 

C'est ainsi que l'histoire des plantes se trouve, dès 
les premiers temps, mêlée à celle même du genre 
humain; on les rencontre dans les mythes les plus 
anciens ; elles figurent dans les traditions religieuses 
et profanes des nations les plus diverses. Les arts leur 
ont emprunté les motifs de décoration les plus gra- 
cieux, la poésie, les fictions les plus ingénieuses et les 
plus belles comparaisons. En un mot, elles ont leur 
place marquée dans l'histoire de la civilisation des 


différents peuples. Mais cette place, on le comprend, 


est dans un rapport étroit avec le génie et la manière 
de vivre de chacun d’eux ; elle dépend aussi et surtout 
de la flore particulière à chaque pays; elle varie avec 
sa richesse ou sa pauvreté en plantes alimentaires ou 
industrielles, richesse et pauvreté qui varient elles- 
mêmes avec le climat, la nature du sol, l'altitude, le 
degré plus ou moins grand de chaleur, de sécheresse 
ou d'humidité, circonstances dont l’ensemble cons- 
titue le caractère propre de la flore d'une contrée et la 
distingue de celles des contrées voisines, 

Il existe ainsi à la surface du globe un certain 


1. Mannhardt, Der Buumeullus der Germanen und ihrer 
Nachbarstämme. Berlin, 1875, in-8, p. 5. 


VII PRÉFACE. 


nombre de régions naturelles, caractérisées par une 
flore et par un climat particuliers. À. Grisebach' en a 
distingué vingt-quatre, dont cinq dans le monde connu 
des Anciens: la région des moussons, qui lui appar- 
tient à peine et qui comprend, outre les îles de la 
Sonde et l’Indo-Chine, la grande presqu'ile hindous- 
tanique. La région des steppes, qui s'étend de la Chine 
centrale presque jusqu'aux bords de la Méditerranée, 
en comprenant le Turkestan dans son entier, le pla- 
teau de l'Iran, l'Arménie, la Mésopotamie et la plus 
grande partie de l'Asie Mineure et de la Syrie”. La 
région saharienne, qui embrasse la contrée brûlante 
voisine des bouches de l’'Indus, la presqu'ile arabique, 
moins la côte du sud-ouest, et tout le nord de l’Afri- 
que, à l'exception de l’étroite vallée du Nil, de la 


Cyrénaïque et de la Mauritanie. Au sud de cette ré- 


gion s'étend celle du Soudan, restée à peu près in- 
connue des voyageurs et des géographes de l'antiquité, 
raison pour laquelle je ne la compte pas ici. La région 
méditerranéenne qui embrasse les rivages méridio- 


naux du Pont-Euxin et tous ceux de la Méditerranée, 


y compris dans leur plus grande partie les presqu'iles 
balkanique, italique et ibérique, région à laquelle 
Oscar Drude rattache les rivages océaniens de l'Europe 
méridionale et de l'Afrique septentrionale, ainsi que 
la région des steppes de l'Asie antérieure, des côtes de 
la Syrie et de la mer Égée à la chaîne des monts Sou- 


1. Die Vegetation der Erde nach ihrer klimatischen Anord- 
nung. Ein Abriss der vergleichenden Geographie der Pflanzen. 
Leipzig, 2e éd., 1884, t. I, p. 1. 

2. C’est la « Région orientale propremont dite » d'Edmond 
Boissier, llora orientalis. Basileae-Genevae, 1867, in-8, t. I, 
préf., p. VII. 


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PRÉFACE. IX 


leiman et à l’'Hindokousch'. La région forestière, qui 
s'étend des rivages septentrionaux de l'Océan atlan- 
tique à ceux du Grand Océan, en comprenant presque 
toute la Gaule, la Bretagne, la Germanie, la Scandi- 
navie, le centre et le nord de la Russie avec la Sibérie, 
moins les côtes de l'Océan glacial, qui forment la ré- 
gion arctique, restée inconnue des Anciens, ainsi que 
la plus grande partie de la région des forêts. 

Ces diverses régions sont caractérisées chacune par 
une flore particulière, différente dans son ensemble de 
celles des contrées voisines par des espèces qui lui sont 
propres *; et dont les conditions climatériques, avec les 
obstacles, — déserts, montagnes ou mers, — qui l'em- 
pèchent de se répandre au delà de son centre de forma- 
tion, assureraient la persistance, si l’action de l'homme 
n'intervenait pour en modifier le caractère et en dé- 
truire l'unité. A l'exception de la région des tropiques 
et des moussons, aucune contrée ne renferme assez de 
plantes alimentaires ou industrielles pour suffire aux 
besoins d’un peuple arrivé à un certain degré de civi- 
lisation; les nations qui ont peuplé les steppes de 
l'Asie, les forêts de l’Europe ou même les rivages 
bénis de la Méditerranée, ont dû emprunter pour leur 
alimentation, leur industrie ou leur agrément, un cer- 
tain nombre de végétaux à la flore des autres contrées. 
Mais l’homme ne s’est pas borné à faire « vivre et re- 
produire sous sa protection » des espèces transportées 
« loin de leur lieu natal* », il a anobli par la culture 


1. Handbuch der Pflanzengeographie. Stuttgart, 1890, in-8, 
p- 386. 
2. « Divisaearboribus patriae. » Virgile, Georg., lib. II, v.116. 
3. Alphonse de Candolle, Géographie botanique raisonnée. 
Paris, 1855, in-8, préface, p. xI. 
“4 4 


: PRÉFACE. . 


certaines espèces indigènes; il en a abandonné d’autres 
comme inférieures à des espèces exotiques analogues 
qui présentent plus d'avantages"; enfin il en a détruit 
d'autres encore par une exploitation excessive ou inin- 
telligente. C'est ainsi que, à part la flore des déserts 
proprement dits et des steppes stériles, qu'il lui était 
dès lors impossible de modifier, le défrichement, la 


culture de plus en plus étendue du sol, enfin l’acclima- 


tation de plantes étrangères, ont changé peu à peu la 


végétation de la plupart des pays habités. 

On l’a bien vu en Europe depuis la découverte de 
l'Amérique”; le peuplier de Virginie (Populus Virgi- 
niana Desf.), importé des bords du Missipi et du Mis- 
souri, le platane d'Occident et le robinier ou faux-acacia 
(Robinia pseudo-acacia L.), ce bel arbre aux fleurs si 
suaves, apportés de la même région que le peuplier de 
Virginie, ont, avec le peuplier pyramidal — le soi- 
disant peuplier d'Italie — (Populus fastigiata Poir.) 
et le platane d'Orient (Platanus occidentalis L.), ori- 
ginaires l’un et l’autre de l'Asie antérieure, changé 
l'aspect de nos campagnes. Le pin de lord Weymouth 
(Pinus Strobus L.), le catalpa (Bignonia catalpa L.), 
le tulipier (Liriodendron tulipiferum L.), le magnolier 
à grandes fleurs (Magnolia grandiflora L.), importés 
aussi de l'Amérique du Nord sont venus successivement 
transformer nos jardins et nos parcs; la vigne vierge 
(Ampelopsis hederacea Michx., Cissus quinquefolia 
Pers.), apportée de la même contrée et la capucine (7ro- 


1. Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées. Paris, 
1886, in-8, p. 2. 

2. Victor Hehn, Xulturpflanzen und Hausthiere in ihrem 
Uebergang aus Asien nach Griechenland und Llalien sowie in 
das übrige Europa. Berlin, 1894, in-8, p. 502. 


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PRÉFACE. XI 


paeolum majus L.), cette jolie plante du Chili, les ont 
embellis. L’acacia de Farnèse (Acacia Farnesiana 
Willd.), le poivrier (Schinus molle L.), l'arbre à corail 
(Erythrina corallodendron L.), autres végétaux améri- 
cains de la région des tropiques, ornent de leur feuillage 
élégant et de leurs fleurs parfumées ou de leurs fruits 
éclatants les promenades du Midi. L’oponce (Opuntia 
ficus indica Webb.), vulgairement figuier de Barbarie, 
et le maguey ou aloès (Agave americana L.), tous deux 
originaires du Mexique’, ont animé d’une vie inconnue 
les rochers stériles ou les lieux sablonneux et déserts 
de la région méditerranéenne. 

La culture des champs de l’Ancien Monde n’a pas 
été moins profondément modifiée ou enrichie que celle 
des jardins et des parcs par les plantes alimentaires 

«importées de l'Amérique, à laquelle il a donné en re- 

tour le froment et l'orge. Les habitants de l’Europe 
méridionale et ceux du bassin de la Méditerranée tout 
entier ont reçu avec le maïs, ceux de l’Europe cen- 
trale, avec la pomme de terre, solanée originaire du 
Chili, un aliment substantiel et précieux. Une autre 
solanée, la tomate (So/anum lycopersicum L.), origi- 
paire peut-être du Pérou, leur a procuré encore un 
condiment agréable et recherché?; et l’on sait quel 
narcotique aussi funeste qu’aimé — le tabac — l'Europe 
et l'Ancien Monde tout entier ont emprunté aux sau- 
vages dégénérés du Nouveau’. 


1. A. de Candolle, Origine des plantes, p. 218et 122. — Id., 
Géographie botanique, t. IT, p. 725 et 739. 

2. A. de Candolle, Origine des Plantes, p. 231. Il faudrait y 
joindre les piments ou poivrons (Capsicum annuum L.). 

3. Iln'est question dans ce qui précède que des espèces 
américaines cultivées, mais bien d’autres plantes du Nouveau 


XII PRÉFACE. 


Ce qui s’est ainsi fait à l’origine des temps mo- 
dernes, s'était produit déjà au moyen âge, comme dans 
l'antiquité et dès les premiers siècles de l’histoire. Les 
peuples de l'Ancien Monde: touraniens, sémites, ariens, 
pour ne parler que de ceux-là, ont porté avec eux 
dans leurs migrations quelques-unes des plantes de 
leurs pays d’origine ou des contrées qu'ils avaient 
traversées ou successivement habitées ; ils ont em- 
prunté à leurs voisins ou aux peuples qu'ils avaient 
subjugués les plantes alimentaires ou industrielles 
qu’ils ne possédaient pas. C’est ce que firent, nous le 
verrons, les Assyriens, quand ils étendirent leurs 
conquêtes de l'Élam et de la Médie, aux bords de 
l'Halys et du Nil, les Pharaons d'Égypte dans leurs 
expéditions au pays de Pount et en Syrie, enfin les 
Médo-Perses, lorsqu'ils eurent soumis à leur domina- 
tion le bassin de l’Indus et toute l’Asie occidentale. 
Les expéditions et les établissements des Phéniciens 
dans l’Archipel et sur presque toutes les côtes de la 
Méditerranée portèrent dans ces contrées nombre de 
plantes utiles, originaires de l'Asie antérieure, dont 
les colons grecs à leur tour contribuëèrent à répandre 
encore la culture ou l'emploi dans l’Europe méridio- 
nale. 

Les conquêtes d'Alexandre, en mettant en rapport 
le monde occidental et le monde oriental, achevèrent 
ce qu’avaient commencé les établissements des Phé- 
niciens et les expéditions des Perses ; elles firent con- 
naître en Grèce plusieurs plantes du plateau de l'Iran 
ou même de l'Inde. De Grèce, où elles furent d’abord 


Monde se sont acclimatées dans l'Ancien; A. de Candolle, 
Géographie botanique, t. IT, p. 723-742, n’en compte pas moins 
de 49. 


\ 


PRÉFACE. XIII 


reçues, ces plantes pénétrèrent en Italie, de là elles se 
répandirent en Espagne et en Gaule, puis, après notre 
ère, en Germanie et dans la Grande-Bretagne. Ainsi 
peu à peu la flore indigène des différents pays du 
monde connu des Anciens a été transformée par les 
migrations des peuples qui s’y sont établis, par leurs 
expéditions guerrières ou les conquêtes pacifiques de 
leurs marchands et de leurs voyageurs. 

Mais rien n’a plus contribué à enrichir la flore agri- 
cole de l'occident que la domination des Arabes". Déjà 
dans l'antiquité, les trafiquants de cette nation avaient 
importé en Égypte et dans l'Asie antérieure quelques- 
uns des végétaux les plus précieux de la péninsule 
hindoustanique; devenus maitres d’un empire qui 
s'étendait des bords de l'Indus aux rivages de l'Atlan- 
tique, ils furent les promoteurs d'un échange inter- 
national sans égal jusque-là, que devaient continuer 
les croisades et les entreprises maritimes des Véni- 
tiens et des Génois. 

Ce sont les Arabes qui ont introduit le coton et la 
canne à sucre sur les côtes de la Méditerranée; ils y 
ont apporté le bigaradier et contribué à y répandre le 
citronnier, le caroubier et le palmier”; ils y ont fait 
connaître le jasmin sambac, cet arbuste parfumé de 
l'Inde, qu'ils avaient peut-être déjà révélé à l'Égypte 
ancienne, et le margousier (Melia azedarach L.), ori- 
ginaire de l'Iran. Les Turcs, qui ont remplacé les 
Arabes dans la domination de l’Asie antérieure, n'ont 
pas moins servi que ce peuple à la diffusion des espèces 


végétales les plus belles ou les plus utiles”. C'est à 


1. Victor Hehn, op. laud., p. 497. : 
2. A. de Candolle, Géographie botanique, t. II, p. 626. 
3. Victor Hehn, op. laud., p. 499. 


XIV PRÉFACE. 

eux que nous devons la connaissance du lilas, de l'Hi- 
biscus de Syrie, cette malvacée aux fleurs brillantes, 
de la rose jaune, de l'hyacinthe d'Orient, qui a donné 
de si nombreuses variétés, de la couronne impériale 
(Fritillaria imperialis L.), belle liliacée de la Perse, 
apportée, comme la tulipe cultivée et la renoncule 
d'Asie, des jardins de Constantinople dans l'Europe 
occidentale. Les Tures encore ont planté les premiers 
dans leurs jardins le marronnier d'Inde, qu'ils avaient 


trouvé dans les montagnes de la Péninsule balkanique: 


et de l’Asie-Mineure, et si ce n'est pas à eux, c'est à 
un peuple de leur race, les Tartares de Russie, que 
l'Europe centrale est redevable de la culture du blé 
noir ou sarrasin' (Polyqgonum fagopyrum L.), cette 
polygonacée, originaire de la Sibérie, ainsi que l’es- 
pèce qui porte le nom de ce pays. 

Tandis que les Turcs propageaient ainsi en Europe 
les plantes de l'Asie antérieure, les Portugais y im- 
portaient celles de la région des moussons et de 
l’'Extrème-Orient; ce sont eux, en particulier, qui y 
ont fait connaître l'orange douce *. Leur exemple fut 
suivi par les navigateurs des autres nations, qui pé- 
nétrèrent à leur tour dans l'Océan indien et la mer de 
Chine; c’est ainsi que le mandarinier, originaire de la 
Cochinchine, le néflier du Japon (Mespilus L.ou Eriobo- 
trya japonica Lind].), le camélia, venu de la même con- 
trée, les rosiers de Bengale et de Banks”, ont pénétré 


1. A. de Candolle, Géographie botanique, p. 953-955. Id., 
Origine des plantes cultivées, p. 280. 

2. Victor Hehn, op. laud., p. 437. Il faut dire toutefois que 
De Candolle, après Gallesio, attribue cet honneur aux Génois. 

3. Ces deux espèces, ainsi que la rose thé, n’ont été intro- 
duites de Chine en Europe que depuis le commencement du 
siècle. 


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PRÉFACE. XV 
successivement dans les jardins de l'Europe tempérée. 
L'Australie aussi devait en enrichir les promenades de 
végétaux inconnus à l'Ancien Monde; il suffit de citer 
l'eucalyptus, qui s’est si rapidement acclimaté dans la 
région méditerranéenne. 

On le voit, à toutes les époques, les plantes ont été 
entre les divers pays l’objet d'échanges continuels; 
par là, leur histoire est liée étroitement à celle du 
commerce international. Par le bien-être qu’elles pro- 
curent à l’homme, les ressources alimentaires ou in- 
dustrielles qu’elles lui offrent, les emplois si divers 
qu’il en fait, elles prennent place également dans l’his- 
toire générale de la civilisation, dont elles ont été, 
surtout dans le passé, les auxiliaires les plus puissants. 
Dans tous les ordres de l’activité humaine on rencontre 
leur action salutaire et bienfaisante; leur culture a été 
l'occupation la plus noble des peuples primitifs, comme 
elle l’est encore des nations les plus civilisées; leurs 
légendes comptent parmi les fictions les plus gra- 
cieuses, et dans leurs formes élégantes les artistes ont 
trouvé les plus beaux motifs de décoration. Aussi à 
quelque point de vue qu'on les considere, les plantes 
méritent de fixer l'attention du penseur et de l'historien 
comme du naturaliste. 

Je ne me propose pas d'en exposer la nomenclature 
ou d'en étudier les caractères; — c'est la l'œuvre 
d'un botaniste et qu’un botaniste seul, comme l’a fait 
M. H. Baillon dans un ouvrage justement estimé, 
peut entreprendre. — Mon dessein est autre ; je vou- 
drais essayer de retracer l’histoire agricole, indus- 
trielle, poétique, artistique et pharmacologique des 


1. /istoire des plantes. Paris, in-8, 1866-1896, t. 1-xIIL. 


XVI PRÉFACE. 

espèces végétales connues des différentes nations de 
l'antiquité classique et du moyen âge. Je ne me dissi- 
mule pas les difficultés de cette entreprise; elles sont 
d'autant plus grandes que personne jusqu'ici n’a 
abordé ce vaste sujet. Victor Hehn a consacré à une 


soixantaine de plantes des monographies, qui sont des 


chefs-d'œuvre d'analyse et d'érudition ; Alphonse de 
Candolle a étudié, avec un soin et une science qu'on ne 
saurait trop admirer, l'origine de 447 espèces culti- 
vées; mais ni l'un ni l’autre n’en ont fait connaitre 
les emplois si divers, encore moins le symbolisme. Les 
historiens de la botanique n’ont point davantage étudié 
ce côté si plein d'intérêt de la vie des plantes ; ils se 
sont bornés, comme Kurt Sprengel' et Ernest Meyer, 
pour ne parler que des plus célèbres”, à nous ap- 
prendre quelles étaient les connaissances botaniques 
des naturalistes, médecins et agronomes de l'antiquité, 
comme des temps modernes, et quels progrès ils avaient 
fait faire à la science; ils n’ont point songé à exposer 
en détail ce qu’a été, aux différentes époques, la cul- 


ture des plantes alimentaires et d'agrément, nia re-. 


chercher quels emprunts ont faits ou ce que doivent 
au règne végétal les diverses industries et l’art de 


1. {Historia rei herbariae. Amstedolami, 1807-1808, 2 vol. 
in-8. — Geschichte der Botanik. Leipzig, 1817-18, 2 vol. in-8. 

2. Geschichte der Bolanik, Studien von Ernst Meyer. Kœnigs- 
berg, 1854-58, 4 vol. in-8. Malheureusement cette œuvre ma- 
gistrale s'arrête à la fin du xvic siècle. 

3. Il faut encore citer: Karl F. B. Jessen, Botanik der Ge- 
genwart und Vorseit in culturhistorischer Entwickelung. Ein 
Beitrag zur Geschichte der abendländischen Vülker. Leipzig, 
186%, in-8, résumé excellent dont le titre fait connaitre l'esprit 
et le but. Quant à l'ÆJistoire de la Botanique de Ferd. Hoefer, 
Paris, 1872, in-12, je ne la mentionne que pour ne pas être 
trop incomplet. 


Le. ] 


PRÉFACE. XVII 
guérir !, encore moins les arts du dessin et la poésie; 
ils ne se sont pas demandé non plus, et ils n'avaient 
pas, il est vrai, à l’essayer, — c'est affaire au folklo- 
riste, — quelle place le monde si varié des plantes 
occupe dans les croyances et les légendes des diffé- 
rents peuples. C’est cette lacune que j'ai voulu combler. 

Inutile de dire comment, il y a dix ans, au lende- 
main de la publication de ma Flore populaire de la 
Normandie, j'ai été amené à entreprendre cet ouvrage, 
devant lequel j'aurais reculé, si j'en avais prévu les 
développements et l'étendue; depuis lors j'y ai consacré 


Ja plus grande partie des loisirs que me laissent mes 


devoirs professionnels. J'ai ‘beaucoup herborisé autre- 
fois, et il y a plus de quarante ans, je me suis livré à des 
recherches dhistoire, que l'état de ma santé et d'autres 
études m'ont forcé pendant longtemps d'interrompre. 
Avec cette Histoire des Plantes, je suis revenu à ces 
occupations favorites de ma première jeunesse ; je ne 
forme qu'un vœu, c'est qu'il me soit donné de la con- 
duire à bonne fin. Si Je puis achever cet ouvrage, ainsi 
que l’Aistoire des rapports intellectuels et littéraires 
de la France et de l'Allemagne, que j'ai projetée, il y a 
près de trente ans, et dont j'ai, à plusieurs reprises, 
publié des fragments ou fait connaitre des épisodes 
détachés, j'y verrai le couronnement le plus cher d’une 
vie consacrée, tout entière, à l'étude et à l’enseigne- 
ment. 


1. Inutile de rappeler ici tous les traités spéciaux de matière 
médicale, dans lesquels on trouve l'énumération des plantes em- 
ployées dans la pharmacopée; j'ai eu à citer déjà et j'aurai plus 
tard à parler longuement de celui de Dioscoride; parmi les 
modernes, je me bornerai à mentionner F. A. Flückiger et D. 
Hanbury, {isloire des drogues d'origine végétale, trad. par le 
Dr Lanessan. Paris, 1878, 2 vol. in-8. 


XVIII PRÉFACE. 


Il me reste en terminant à adresser mes remércie- 
ments aux personnes qui m'ont aidé de leurs conseils 
ou soutenu de leurs encouragements ; j'en dois de 
tout particuliers à M. Victor Loret, l’égyptologue 
connu de Lyon, qui a bien voulu se charger de revoir 
les épreuves de la partie de ce volume qui traite 
des plantes chez les Égyptiens. Je ne puis oublier 
dans l'expression de ma gratitude mon éditeur, qui 
n'a pas hésité à entreprendre la publication d’un 
ouvrage, dont il était encore impossible de prévoir 
l'étendue, et dont le plan n’était pas même arrêté dans 
toutes ses parties : puisse l'accueil fait à mon livre 
récompenser sa généreuse initiative | 

Un mot encore au sujet de l'orthographe que j'ai 
adoptée dans la transcription des noms propres et des 
mots d’origine étrangère ; j'ai suivi en général celle de 
M. Maspero dans la quatrième édition de son excel- 
lente Histoire ancienne des peuples de l'Orient; je ne 
pouvais prendre un meilleur guide. Comme lui, je re- 
présente par où lu des textes chaïdéo-assyriens et 
hébraïques et par £A l’4 sémitique fortement aspiré, 
le cheth de l'alphabet hébreu. L’étendue de la matière 
m'a forcé d’ajourner l'index général, par lequel devait 
se terminer ce volume; on le trouvera à la fin du se- 
cond, qui sera consacré à l'histoire des plantes chez les 
Perses et chez les Hindous et ne tardera pas, je l’es- 
père, à paraitre. 


Aix, der mai 1897. 


ADDITIONS ET CORRECTIONS. 


Page 30, ligne 15, Xussemel, lire : Koussemeth. 

Page 34, ligne 7. Le dokhan, dont il est question dans la 
Bible (Æzechiel, IV, 9), est, non une espèce de sorgho, mais 
le millet, comme je l'ai dit p. 387 et 389. 


Page 50, note 4, Tité, lire : Téti. 

— 93, ligne 26, Chanan, —  Canaan. 

" — 106, — 21, en les défendant, — en défendant. 

— 115, — 20, (anal, —  leenah. 

— 118, — 13, rimmoun, —  rimmon. 

— 124, — 3, Delie, —  Delile. 

— 134, — 24, lappoukh, —  lappouakh. 
— 133, — 6, 11° degré, — 21e degré. 


Page 155. Je ne crois pas, toute réflexion faite, que le nom 


_ asmi doive faire croire à une culture ancienne du Jasminum 


sambac en Egypte. 

Page 163. La plante désignée par l'hébr. shoshan paraît 
bien avoir été en général une liliacée ou une iridacée ; mais ce 
mot ne servit sans doute qu’assez tard à désigner le lis blanc 
et il a été parfois employé comme nom du lotus. 

Page 180. Il est à peine besoin de remarquer que la suppo- 
sition de Wilkinson est absolument arbitraire. 

Page 18%, ligne 19, siliques, lire : gousses. 

— 186, — 3, une épaisse, lire : une espèce. 

Page 195. Si l'huile d'olive fut appréciée, elle ne fut néan- 
moins guère employée ou l'on n’en fabriqua point en Egypte ; 
les comptes administratifs de Ptolémée Philadelphe n’en font 
du moins pas mention, tandis qu'ils partent d’huile de sésame, 
de ricin, de lin, de cnicus et de coloquinte. Grenfell, Revenue 
Laws of Plolemy Philadelphus.. edited from a great Papyrus, 


etc. Oxford, 1896, in-8, pp. 40, 41, 42, 45, 47, 48, etc. 


Page 196, ligne 11, manière, lire : matière. 

— 196, note 1, oxyocanthoïdes, lire : oxyacanthoiïdes. 
- Page 235. Il va sans dire que si je la mentionne, je n'accepte 
point l'explication donnée par M. Goodyear de l'origine de la 
rosette. 


XX ADDITIONS ET GORRECTIONS. 


Page 241, ligne 16, gatlon, lire : gallon. 

Page 303, note 2, El Berseh, lire : El Bersheh. 

Page 312, note 2. Il faut ajouter, à propos des identifications 
arbitraires de MM. Joachim et Lüring, que la Pislia stratiotes, 
plante de l'Hindoustan, n’a pu figurer dans la pharmacopée de 
l'Egypte ancienne et que le Chamacrops humilis, palmier de 
la région occidentale du bassin de la Méditerranée, n’a pas dû 
y prendre place davantage. 

Page 329, lignes 3 et 10, Chypre, lire : Cypre. 


— 355, — 11, des arbustes, — les arbustes. 

— 362, —  6,.Khasdim, —  Kasdim. 

Pages 378, — 26 et 379, ligne 3, Khonsowr, lire : Khousour. 
Page 380, — 19, carthamme, lire : carthame. 


Pages 319 et 500. Outre les deux identifications dont j'ai parlé 
pour l’aspalathe, on en a proposé une autre toute différente ; 
on a voulu y voir une espèce de genêt, le Genisla aspala- 
thoïdes P., — G. acanthoclada DC. d’après Fraas, Synopsis 
plantarum florae classicae, p. 49; — mais cette papillonacée 
ne se rapporte. point à la description que Pline, XII, 52, a 
donnée de l'aspalathe. Le mieux est donc d'avouer, avec Ed. 
Lefèvre dans la Grande Encyclopédie, « qu’on ne connait pas 
la plante qui fournit le bois d’aspalathe. » 

Page 422, ligne 19, latiforme, lire: lotiforme. 

— 472, — 25 et 473, ligne #, Ningirsou, lire: Nin-Ghir- 
sou. 

On ne trouvera point de figures dans ce volume ; pour re- 
médier à cet inconvénient, j'ai renvoyé, toutes les fois que j'ai 
parlé des mêmes monuments, à l'AJistoire de l’art de M. Perrot, 
ouvrage magistral, auquel je dois tant et qui se trouve dans 
toutes les bibliothèques. J'ai eu le regret de ne pouvoir citer la 
thèse de M. Georges Foucart, Æistoire de l'ordre lotiforme ; la 
partie de mon livre, qui traite du même sujet, était imprimée 
quand a paru ce travail remarquable. 


ds di - ot tin ht dit 
: LA 


LIVRE PREMIER 


LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


CHAPITRE PREMIER 


LA FLORE PHARAONIQUE. 


. Au nord-est du. vaste désert qui va des rivages de 


l'Atlantique à ceux de la mer Rouge et comprend presque 


toute l'Afrique septentrionale, s'étend, semblable à une 
oasis immense, entre les dunes du désert de Libye à 
l'occident et la chaîne des monts arabiques à l’orient, 
l’étroite vallée, qui, peut-être d’un des noms sacrés Hà- 
Kou-Phtah — demeure ou château de Phtah — de la 
ville de Memphis — Mannofri — fut appelée Égypte 
par les Grecs". Formée par les alluvions du fleuve, 
dont les débordements périodiques la fertilisent, cette 
« terre des merveilles » est, suivant l'expression d'Héro- 
dote”, un « présent du Nil. » 

Sorti de la région des lacs intérieurs de l’Afrique, ce 
fleuve, l'un des plus grands cours d’eau qui existent, 


1 G. Maspero, Zistoire ancienne des peuples de l'Orient. 
Paris, 4e éd. 1886, in-12, p. 23. — Id., //istoire ancienne des 
peuples de l'Orient. Paris, 1895, in-8, t. |, p. 43. 

2. Historiae, Nb. II, cap. 7. 


I. s' 


2 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. à 


après avoir reçu les nombreuses rivières qui arrosent 
la région tropicale comprise entre le 4° et le 9° degré 
de latitude, coule au nord, sous le nom de Fleuve-Blanc 
— Bahr-el-Abyàd — jusqu'à Khartoum, où il reçoit le 
Fleuve-Bleu — Bahr-el-Azrak, l’Astapos de Ptolémée, 
— qui lui apporte, avec l’Atbara — l’ancien Astabo- 
ras — le dernier de ses affluents, les eaux et les allu- 
vions des montagnes dé l’Abyssinie actuelle’. Se 
frayant avec peine un passage à travers les rochers 
qui barrent son cours tortueux, le Nil, arrivé à Abou- 
Hamed, décrit autour du désert de Nubie un vaste 
demi-cercle jusquà Korosko ; à partir de cette ville il 
reprend la direction du nord, qu’il ne quitte plus, et, 
après avoir franchi une dernière cataracte, celle d’As- 
souan — l’ancienne Syène, — il entre, au 24° degré de 
latitude, dans l'Égypte proprement dite’. Désormais 
rien n'arrête son cours et ses eaux coulent sans obstacle 
jusqu’au point où, divisé en deux branches principales, 
la Canopique et la Pélusiaque, il se jette dans la 
Méditerranée. 

La région qu'enserre la branche pélusiaque à l’est 
et la branche canopique à l’ouest était, à une époque 
antéhistorique, recouverte par les eaux ; la mer venait 
alors baigner de ses flots le pied du plateau sablon- 
neux que domine la grande Pyramide et le Nil se ter- 
minait un peu au nord de l'emplacement où s’éleva plus 
tard la ville de Memphis”. Les alluvions du fleuve, 


1. Ptolémée, Geographia, lib. IV, cap. 8, tab. 4. — Dümi- 


chen, Geschichte des alten Aegyptens. Berlin, 1879, in-8, p. 6. 
— Cav. Antonio Figari-Bey, Studii scientifici sull Egilto e 
sue adiacenze. Lucca, 1864, in-8, vol. [. Introduzione, p. XXI. 
2. ÆElisée Reclus, Vouvelle géographie universelle. Paris, 
1885, t. X, p. 73 et suivantes. 
3. G. Maspero, /istoire ancienne, in-12, p. 6. 


LA FLORE PHARAONIQUE. 2 


en comblant peu à peu le golfe dans lequel il se dé- 
versait, ont donné naissance au Delta, vaste plaine 
marécageuse sans cesse grandissant, qui compte au- 
jourd’hui 23,000 kilomètres carrés et n’a pas moins de 
240 kilomètres et demi à sa base’. 

Ces dimensions considérables, la vallée du Nil ne 
les atteint qu'aux bords de la Méditerranée ; à partir 
de Memphis, sa plus grande largeur ne dépasse pas, y 
compris la vallée secondaire de Bahr-Yousef, 20 à 
25 kilomètres ; au sud de Thèbes même, elle n’en at- 
teint guère que 15; elle se rétrécit encore au delà 
d'Edfou, et jusqu'à Assouan elle ne compte plus que3 ou 
4 kilomètres en moyenne”. Au-dessous d’Ombos même 
la chaîne des hauteurs qui borne la vallée sur la droite, 
le Gebel Silsileh — le Silsilis des Grecs — s’a- 
vance jusqu'aux bords du Nil, et le thalweg se con- 
fond presque avec le lit du fleuve. Il est encore moins 
large à Assouan, où les rochers granitiques de la rive 
orientale, en se prolongeant à travers le Nil, forment 
la première cataracte. Là finit l'Égypte historique, et 
les premiers habitants de la contrée y placèrent, avec 
la limite méridionale de leur pays, les sources du 
fleuve « deux fois pur et mystérieux »; qui le fé- 
conde*. 

Depuis son confluent avec l'Atbara, où il quitte la 
région des steppes, jusqu'à son embouchure dans la 
Méditerranée, le Nil coule au milieu d’une contrée 
aride et déserte; à l'exception du fond de la vallée, 


1. Élisée Reclus, op. laud.,t.X, p. 93.— Dümichen, op. laud., 
p. 12, dit 40 milles allemands; Strabon, Géographie, liv. XVI, 
ch. 6, lui attribuait 1.300 stades. 

2. Elisée Reclus, op. laud., t. X, p. 472. 

3. Dümichen, Geographische Inschriften, pl. 79. 


4 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


que ses eaux recouvrent chaque année de leur limon 
fertilisant, toute la région présente, pendant neuf mois 
de l’année, l'aspect de la stérilité. La rive droite du 
fleuve, d’Assouan au Caire, est dominée par les monts 
arabiques ; prolongement des hauteurs qui forment la 
frontière orientale de la Nubie, ils envoient vers l’est 
de nombreux rameaux, qui les rattachent à la chaine 


bordière de la mer Rouge et s'élèvent par place à près 


de 2,000 mètres. Ces monts sont divisés en plusieurs 
massifs d’une composition géologique différente, l’un 
d'eux, qui appartient encore à la Nubie, court de l’est 
à l’ouest jusqu’au delà du Nil et donne ainsi naissance 
aux cataractes’'. Plus bas est le massif du Silsileh, 
entaillé de carrières aujourd’hui abandonnées, d’où 
sont sortis les matériaux de milliers de temples et de 
palais. 

Les montagnes de la Nubie, ainsi que les hauteurs 
du désert arabique, sont composées d’un grès quart- 
zeux, que traversent d'immenses filons de roches pri- 
mitives”, granit, gneiss, micaschiste, porphyre et dio- 
rite”. Au nord d’'Edfou, les grès font place à des 
calcaires de divers âges, les uns de la période créta- 
cée, les autres de la période éocène; ce sont des ro- 
ches crétacées qui se dressent en falaises au-dessus du 
Nil, présentant avec leurs assises d'aspect monumen- 
tal, séparées par de sombres ravins, les formes les 
plus pittoresques. Les dernières roches, qui se termi- 
nent au Caire même par le Gebel Moqattam, sont 
presque en entier composées de nummulites et d’au- 


1. Élisée Reclus, op. laud., t. X, p. 472-74. 

2. Wiedemann, Aegyptische Geschichte. Leipzig, 1884, vol. I, 
p. 12. — Figari, op. laud., p. 20, 159, 163, 164 et 167. 

3. Élisée Reclus, 0p. laud., vol. X, p. 477. 


Ep, 


LA FLORE PHARAONIQUE. 3) 


tres coquillages unis par un ciment calcaire’. Au delà 
s'étend le désert de sable mouvant de l’isthme. 

A l’ouest du Nil, les terrains primitifs s’enfoncent 
sous le plateau nummulitique du désert de Libye, plaine 
sans fin, parsemée de dunes et dont la stérile uniformité 
n'est interrompue que par quelques oasis lointaines. 
Atteignant une hauteur de 250 mètres aux bords du 
fleuve, ce plateau incline vers l’ouest sa plaine calcaire, 
que recouvre entièrement un sable quartzeux, et s’a- 
baisse dans la région des oasis au-dessous du niveau de 
la Méditerranée*. 

Telle est l'Égypte dans son ensemble, une vallée 
- d’une merveilleuse fertilité entre un désert de pierre, 
qui l'empêche de s'étendre à l’est, et un désert de 
sable, qui la menace du côté de l'Occident. Le Nil, qui 
l’a formée, la conserve aussi, en arrêtant l’envahisse- 
ment du désert libyque et en lui fournissant l'humi- 
dité doublement nécessaire à la végétation dans une 
contrée où la pluie ne tombe presque jamais. C’est le 
Nil — le dieu Hapi — «dont les flots, en se répandant 
sur les vergers, donnent la vie à l'Égypte »; « maitre 
de tous les germes, stabiliteur des vrais biens, il crée, 
comme dit un ancien hymne”, toutes les bonnes choses ». 
Le génie des habitants devait compléter l’œuvre du 
fleuve, ce «dieu caché», père du pays qu’ils ont colo- 
nisé. 

D'origine incertaine, mais appartenant, suivant toute 


1. J. Williamson Dawson, Egypt and Syria. Their physical 
features in relation with Bible history. London, 1885, in-12, p.25. 
2. Elisée Reclus, op. laud., t. X, p. 478. — A. Figari Bey, 
op. laud., t. 1, p. 70. 
3. Papyrus Sallier IT, ap. Maspero, /istoire ancienne, in-8, 
I 


t. I, p. 40-42. 


6 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


vraisemblance, aux races blanches, qui occupent, de 
toute antiquité, la région méditérranéenne du conti- 
nent libyen‘, ils se répandirent peu à peu, en se mé- 
lant peut-être à des colons asiatiques venus à travers 
l’isthme de Suez, dans la vallée inférieure du Nil*°. 
Cette contrée était loin alors d'offrir l’aspect qu'elle 
a pris depuis ; le Delta, peut-être encore en formation, 
était sillonné par les nombreux bras du fleuve et cou- 
vert de marécages; plus loin les débordements non 
réglés du Nil laissaient, en se retirant, de vastes éten- 
dues de terrain submergées*, tandis que les parties 
hautes de la vallée qu'il n'atteignait pas restaient 
presque stériles. Les eaux du fleuve et des lacs, il est 
vrai, étaient remplies de poissons, d'innombrables oi- 
seaux en couvraient la surface ; les fauves en fréquen- 
taient les rives, offrant une proie facile et abondante 
aux nouveaux habitants ; mais quelles ressources agri- ‘ 
coles ou industrielles trouvaient-ils dans la végétation 
indigène ? 


La flore de l’ancienne Egypte n’était pas aussi pauvre 
en végétaux qu'on l’a souvent répété: sans doute elle 
était loin de renfermer les treize cents espèces que 


1. Ed. Meyer, Geschichte des alten Aegyptens. Berlin, 1889, 
in-8, p. 18-23. — G. Maspero, /istoire ancienne, t. I, p. 45. 

2. Gardner Wilkinson, The manners and customs of the 
ancient Egyptians. À new ed. revised by Sam. Birch. London, 
1878, in-8, vol. I, p. 2; Max Duncker, Geschichte des Alterthums. 
Berlin, 1887, in-8, vol. I, p. 11; Brugsch, Geschichte Aegyp- 
tens. Leipzig, 1877, in-8, p. 8; Wiedemann, op. laud., p. 21, 
les font venir de l’Asie antérieure. 

3. G. Maspero, op. laud., in-12, p. 17. 


LA FLORE PHARAONIQUE. 7 


Schweinfurth lui attribue de nos jours’; beaucoup 
d’entre elles y ont pénétré des contrées étrangères: 
la plupart toutefois y sont indigènes. Mais ces plantes 
n'étaient pas réparties également sur le sol de l'É- 
gypte. C'était dans la vallée du Nil proprement dite, 
en particulier dans le Delta, qu'on en trouvait le plus 
grand nombre; mais la nature de la flore changeaiït, 
quand on s’avançait des bords de la Méditerranée aux 
confins méridionaux de la terre de Qimit, où elle pre- 
nait le caractère tropical: elle variait encore plus, si 
l’on quittait les terres inondées de la vallée du Nil pour 
pénétrer dans le double désert qui la borde. Même 
dans le Delta elle différait beaucoup, lorsque de la ré- 
gion calcaire de la Marmaritique, avec sa végétation 
presque entièrement méditerranéenne, on passait dans 
la région sablonneuse de l'isthme, couverte d'espèces 
déjà plus asiatiques”. 

Dans le Delta on trouvait en abondance des renon- 
culacées, des crucifères —— Matthiola, Malcomia, Le- 
pidium, etc., — des caryophyllées, tamariscinées, 
frankéniacées, malvacées — A/caea, Abutilon, Hibis- 
cus, — des géraniacées, zygophyllées, de nom- 
breuses papilionacées, — Ononis, Trigonella, Medi- 
cago, Melilotus, Trifolium, Lotus, Astragalus, Vicia, 
Lathyrus, — des lythrariées, plusieurs Mesembrian- 


1. Sur la flore des anciens jardins arabes de l'Égypte. 
(Bulletin de l’Institut égygtien, n° 8 (an. 1887), p. 294.) 

2. "A. Figari, Studii scientifici sull’Egritto, t. I, p. 203. — 
P. Ascherson, Florula Rhinocolurea. (Mémoires de l'Institut 
égyptien, t. IT (an 1889), 2e partie, p. 786). — G. Schweinfurth, 
Pflansengeographische Skizze des gesammten Nil-Gebiels und 
der Uferländer des Rothen Meeres. (Mittheilungen aus Justus 
Perthes geographischer Anstalt, etc. von À. Petermann, 1868, 
p. 116). 


8 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


themum, des ombellifères, des composées variées — 
telle que le Sphaeranthes suaveolens, corymbifère 
aquatique au délicieux parfum, des Znula, Gnapha- 
lium, Anthemis, Chrysanthemum, en particulier le 
coronarium, plusieurs Senecio, des Echinopus, Car- 
thamus, Cichorium, Picris, Sonchus, la Ceruana pra- 
tensis, astéroïdée particulière à la vallée du Nil”, ete, 
— des convolvulacées, comme la Cressa cretica, rè- 
pandue dans toute l'Égypte, et denombreuses espèces 


du genre type, des Borraginées — Anchusa, Helio- 
tropium, Echium, — des Solanées et des Scrofula-. 
riées, des Labiées, — salvia, Lavendula; etc., — de 


beaux Statice, d'abondantes plantaginées et chénopo- 
dées — Atriplex, Suaeda,Salsola, — des polygonées et 
des euphorbiacées, le saule africain sa/saf, des Lilia- 
cées — Allium, Asphodelus, Muscari —\Alisma”, des 
jones, comme le Juncus acutus L. — l'asir des textes 
hiéroglyphiques*; — enfin des cypéracées et de nom- 


breuses graminées. Parmi celles-ci il faut citer le. 


Panicum obtusifolium, V Arundo donax, le Phragmites 
Isiaca, le Saccharum aegypliacum, Y'Eragrostis aeqyp- 
hiaca,des Bromus, etc.; parmi les premières, les Cype- 
rus papyrus, esculentus, auricomus, alopecuroïdes, ro- 
tundus, etc., le Scirpus maritimus*, plantes aquati- 


1. G. Schweïinfurth, Die letzten botanischen Entdeckungen 
in den Gräbern Aegyptens. (Botanische Jahrbücher, t. VI (an. 
1884), p. 3.) 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, d'après les docu- 
ments hiéroglyphiques. 2e édition. Paris, 1892, in-8, p. 32. 

3. Victor Loret, ARecherches sur plusieurs plantes, XII, 
p. 11. (Recueil detravaux relatifs à la Philologie et à l’Archéo- 
logie égyptiennes el assyriennes, t. X VD). 


4. P. Ascherson et G. Schweinfurth, {lustration de la flore ” 


d'Égypte, passim. (Mémoires de l'Institut égyptien, t. I, 
1re partie (an. 1889), p. 25-180). 


LA FLORE PHARAONIQUE. 9 


. ques qui remplissaient les bas-fonds des marécages et 
des lagunes que le Nil formait en se retirant, tandis 
que des lotus blancs et bleus en couvraient la surface. 

Une partie de ces plantes, surtout celles qui sont 
particulières à la flore égyptienne’, se retrouvaient 
dans la vallée moyenne ou supérieure du Nil, ainsi 
que dans le Fayoum actuel ou même dans les oasis 
de l’ouest; mais on rencontrait aussi dans ces régions 
des espèces qui leur appartenaient en propre, tel que, 
les Polyqala erioptera, Hibiscus verrucosus, Corchorus 
tridens, Astragalus falcinellus, Vigna nilotica, Cassia 
obovata et acutifolia, Potentilla supina, Vahlia vis- 
cosa, l'ashour {Calotropis procera), asclépiadée véné- 
neuse qu’on trouve aussi dans les déserts libyque et 
arabique, les Æeliotropium pallens, Solanum coa- 
quians, Polygonum limbatum,. Panicum  Petiveri, 
Andropogon annulatus, Eragrostis nutans, aegyp: 
tiaca et cynosuroïides", Bromus macrostachys, etc. 
Sans doute on n’y voyait pas ces forêts, dont, on l'a 
prétendu*, l'Égypte aurait été couverte à l’origine : 


1. Outre celles qui sont déjà nommées, on pourrait encore 
citer les Senebiera nilotica, Silene villosa, Mesembryanthe- 
mum coplicum, Ammania aegypliaca, Psoralea plicata, Trigo- 
nella hamosa et laciniata, Crepis senecioïides, Senecio arabi- 
eus, Erigeron aegyptiacum, Conyza Dioscoridis, Echium 
Rauwolfii, ete. — G. Schweinfurth. Pflansengeographische 
Skizze des Nil-Gebiets. (Op. laud., p. 119-120.) 

2. Cette dernière espèce « caractéristique du pays de 
Qimit », appelée aussi Leptochloa bipinnata, est souvent dési- 
gnée sous le nom de halfa. Berichte der botanischen Gesell- 
schaft, t. II, p. 371. | 

3. Illustration de la Flore d'Egypte. (Mémoires, t. II, p. 25- 
180.) 

&. Ad. Erman, Aegypten und aegyptisches Leben im Aller- 
thum. Tübingen, s. d., in-8, vol. I, p. 27. 


10 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


néanmoins des espèces arborescentes variées, le saule . 
safsaf, diverses espèces de tamaris — T'amarix nilo- 
tica, tetragona, arborea, articulata —- des acacias, — 
Acacia nilotica, seyal, tortilis, Ehrenbergpana, — le fi- 
guier faux-sycomore, sinon le figuier sycomore, qui 
n’est plus que cultivé aujourd'hui’, etque Schweinfurth 
croit originaire d'Arabie”, presque partout aussi peut- 
être le dattier, mais à l’état encore sauvage”, et au 
sud le palmier doum y croissaient en abondance. 
Quelques-uns des végétaux, arbres et plantes herba- 
cées, de la vallée du Nil, se rencontraient aussi dans 
les parties non complètement arides du double désert 
qui la borde. Mais là les choses changeaient; à la fer- 
tilité du Delta et des terres inondées par le Nil, faisait 
place une rare et maigre végétation. Ce n’est pas que 
la stérilité régnât partout; les déserts libyque, isth- 
mique et arabique, eux aussi, ont leur flore, celle 
du Sahara“, caractérisée par des espèces particu- 
lières, mais qui varient du nord au sud, et sont plus 
nombreuses à lorient qu'à l'occident de la vallée 
du Nil. Tout aride qu'il est, le désert libyque est loin 
cependant d’être dépourvu de toute végétation, dans 


1. Jllustration de la Flore d'Égypte, p. 141. 

2. Verhandlungen der Berliner Gesellschaft für Anthro- 
pologie, Ethnologie und Urgeschichte, an. 1891. (Zeitschrift 
für Ethnologie, an. 1891, p. 657.) 

3. Il ya au Musée du Louvre douze dattes qui paraissent 
appartenir à la forme non cultivée du Phænix dactylifera L., 
sinon à une des espèces non comestibles ?. reclinata, P. syl- 
vestris ou P. canariensis. Victor Loret et Jules Poisson, Les 
Végétaux antiques du Musée égyptien du Louvre. (Recueil de 
Davaux, t. XVIT (an. 1895), p. 183). — L'AUustration de la 
Flore d'Egypte signale, p. 147, l'existence du P. canariensis 
L. dans la vallée du Nil, mais seulement comme cultivé. 

4. H. Schirmer, Le Sahara. Paris, 1893, in-8, p. 187. 


LA FLORE PHARAONIQUE. 11 


les parties où la dune ne porte pas la stérilité et la 
mort, on rencontre des crucifères, telle que la préten- 
due rose de Jéricho (Anastatica hierochuntina 1.1, 
qu'on retrouve d’ailleurs à l’orient de la vallée du Nil, 
comme a l'occident; plusieurs tamaris, diverses espèces 
de Fagonia, plantes de la famille des zygophyllées, les- 
quelles, avec le genre qui en est le type, affectionnent 
la région saharienne, des papilionacées aux tiges épi- 
neuses et presque sans feuilles, comme l’ago{ (Alhagi 
manniferum Desv.), répandu, ainsi que le curieux 
retem (Retama raetam Webb.), dans les. deux déserts 
égyptiens, plusieurs espèces d’acacias, la coloquinte, 
_ quelques composées aux feuilles velues, des plantaginées 
frutescentes, de nombreuses chénopodées, en particulier 
du genre Salsolu, le Cornulaca monacantha — le had 
— plante favorite des chameaux, des Ephedra, mais 
surtout des graminées rigides et velues telles que les 
Aristida, dont une espèce, l'Aristida Zittelii Asch., est 
particulière au désert libyque”*. 

Ces plantes se retrouvent presque toutes dans le dé- 
sert arabique, mais il en renferme bien d’autres, comme 
le Cocculus leaeba, ménispermée rampante aux fleurs 
d'un beau jaune, des crucifères, comme la Farseha 
longisiliqua et la Moricandia sinaica, les Reseda Boës- 
sert et muricata, le Corchorus antichorus, les Fago- 
na latifolia et glutinosa, de nombreuses légumineuses, 


1. D'après G. Schweinfurth, la vraie rose de Jéricho est 
l’Astericus pygmaeus Coss., plante du désert arabique. Bulletin 
de l’Institut égyptien, n° 4, (ann. 1883), p. 92. 

2. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 168. On y rencontre 
aussi entre autres les Aristida ciliala, pungens, plumosa, 
scoparia, etc. Cf. Gerhard Rohlfs, Drei monate in der libyschen 
Wüste mit Beiträgen von P. Ascherson, W. Jordan und K. Zittel. 
Cassel, 1875, in-8, p. 53 et 71. 


12 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


entre autres des astragales, des acacias — comme 
les Acacia spirocarpa et albida —, végétation arbores- 
. cente, qui était représentée aussi par des tamaris — 
Tamarixr passerinoides et macrocarpa —, le Pistacia 
atlantica, le Balanites aegyptiaca, le Moringa aptera 
et diverses capparidées, comme le Capparis galeata et 
surtout le Maerua uniflora, qu'on rencontre en particu- 
lier dans le pays des Bisharis, sur les côtes de la mer 
Rouge, où il atteint une hauteur de 10 à 12 mètres. 
Ses rameaux qui retombent en berceau offrent aux 
pâtres un asile recherché contre les ardeurs du so- 
leil'. À ces représentants de la flore arborescente du 


désert, il faut ajouter le figuier plumeux*, qu’on voit. 


escalader les roches porphyriques les plus arides, et le 
pseudo-sycomore. 

Les composées comptaient également de nombreuses 
espèces particulières à la même région, tels que les 
Astericus pygmaeus et graveolens, V'Achllaea fragran- 
hissima, les Artemisia herba-alba et judaïcà, les Echi- 
nopus spinosus et glaberrimus, la Centaurea eryn- 
gioides, les Zollikoferia fallax et massavensis, etc. 
On y rencontrait aussi des borraginées, scrofulariées 
et labiées étrangères au désert libyque et à la vallée 
du Nil, par exemple les Heliotropium arbaïnense, 
Scrofularia deserti, Salvia aegyptiaca, les Lavendula 
multifida, pubescens et coronopifolia, le Stachys 
aegyptiaca, la Ballota damascena, les Teucrium sinai- 
cum et leucocladum, des plantaginées, comme le 


1. G. Schweinfurth, Die lelzten botanischen Entdeckungen. 
(Engler’s Botanische Jahrbücher für Pflanzengeschichte und 
Pflanzengeographie, an. 1886. Berlin, in-8, p. 4.) 

2. À. Figari, op. laud., vol. I, p. 211. L’ZUustration de la 
Flore d'Egypte ne mentionne pas cette espèce. 


Lou mn me À Se 


LA FLORE PHARAONIQUE. 13 


Plantago stmicta, des chénopodées — Afriptexz halimus 
et leucocladum, Suaeda vermaculata, Salsola longi- 
folia, — lEuphorbia dracunculoïdes et V'Andrachne 
aspera, V'Allium desertorum, V'Urginea undulata; 
enfin d'assez nombreuses graminées, comme les Pani- 
cum Teneriffae et dichotomum, le Pennisetum orien- 
tale, le Traqus Berteroanus, les Andropogon foveolatus, 
hirtus et laniger, les Aristida hairtigluma, caloptila, 
funiculatu, Schweinfurthi, V'Eragrostis ciharis et le 
Poa sinaica'. La flore de cette région avait dù être, à 
l’origine, bien plus riche, surtout en végétaux arbo- 
rescents que la sécheresse plus grande du climat et 
la main d'homme ont contribué à faire disparaitre 
depuis de longs siècles”. 


IT. 


Quelque variée que soit la flore indigène de l'É- 
gypte, elle ne pouvait néanmoins, dépourvue qu’elle 
était des espèces les plus nécessaires à la vie, suffire 
aux besoins d’un peuple arrivé à un certain degré de 
culture. Les céréales lui faisaient défaut, depuis le riz, 
originaire de la région des moussons et resté si long- 
temps inconnu de l'Asie: antérieure, jusqu’au froment 
et à l’épeautre, dont la patrie incertaine pourrait bien 


1. Zllustration de la Flore d'Égypte, p. 25-180. 

2. Quant aux restes fossiles de la Vicolia aegyptiaca Un- 
ger, dont on retrouve les débrissilicifiés dans le désert situé au 
sud-est du Caire, ils n’appartiennent pas à la flore égyptienne et 
semblent avoir été apportés par les eaux de régions plus 
tropicales. F. Unger, Der versteinerte Wald bei Cairo. (Silt- 
zungsberichte der Kaïserlichen Akademie der Wissenschaften, 

» t. XXXIIT (an. 1858), p. 209-229.) | 


1% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


être la Mésopotamie; elle ne possédait pas davantage 
l'orge, natif peut-être aussi de-l’Asie antérieure, ni le 
millet, venu, il semble, d’une région plus ôrientale, ni 
même le sorgho, encore qu’il paraisse originaire de 
l'Afrique tropicale". La plupart des légumes et nos 
arbres à fruits étaient également inconnus de l'É- 
gypte préhistorique. Aussi pauvre en plantes alimen- 
taires, la flore égyptienne pouvait encore satisfaire 
aux rares besoins des populations primitives que les 
ancêtres des Égyptiens paraissent avoir rencontrées 
à leur arrivée dans la vallée du Nil et qu'ils refoule- 
rent dans l’intérieur du continent”. De race négroïde 
probablement, restés sans doute encore à l’âge de 
pierre”, et, comme toutes les tribus sauvages, vivant 
surtout de chasse et de pêche, ils ne demandaient au 
règne végétal, pour compléter leur alimentation, que 
quelques fruits sauvages et quelques racines. La val- 
lée du Nil les leur offrait. Mais si c'était assez pour 
ces peuplades inférieures, il n’en était pas de même 
pour les colons de race supérieure qui leur succé- 
dérent. 

Sans doute les Rotou, «les hommes » — c’est ainsi 
que s’appelaient les nouveaux habitants — n'étaient pas 


1. A. de Candolle, Origine des Plantes cullivées. Paris, 1883, 
in-8, p. 284-310. 

2. Lepsius, Ueber die Annahme eines sogenannten prehis- 
torischen Steinalters in Aegypten. (Zeitschrift für aegyp- 
tische Sprache (an. 1870), p. 113.) 

3. « Es hat eine Steinzeit gegeben, welche weit über jede 
historische Nachricht, weit selbst über die Anfinge ägyp- 
tischer Geschichte zurückreicht. » W. Reiss, Funde aus der 
Steinzeit Aegyptens. Berlin, 1890, in-8. (Abhandlungen der 
Berliner anthropologischen Gesellschaft. Sitzung vom 16 nov. 
1889, p. 712.) | 


< 


LA “LORE PHARAONIQUE. 1 


or 


le peuple heureux qu'ont rêvé leurs descendants; divisés 
en un grand nombre de tribus, dont les nomes de l’'É- 
gypte pharaonique ont conservé le souvenir, ils durent 
mettre de longues années à s'élever au haut degré de 
civilisation où nous les montre l’histoire la plus recu- 
lée ; mais s'ils étaient encore étrangers à l'agriculture, à 
l’époque de leur établissement dans la terre de Qimit, 
« la terre noire »,— c’est sous ce nom que les anciennes 
inscriptions désignent l'Égypte', — ils ne durent pas 
tarder à s’y livrer. Leurs relations avec les popu- 
lations sémites de l’Asie antérieure les mirent bien 
vite en possession des céréales et des légumes les plus 
utiles, originaires de cette contrée ou de la région du 
Caucase. 

Ces plantes alimentaires, quelqu’en ait été le nombre, 
suflirent sans doute à ces «serviteurs d'Horus» — 
Shosou Hor — pendant la première période de leur 
établissement, celle où, partagés en tribus indépen- 
dantes, ils colonisèrent lentement la vallée du Nil et 
la mirent en état de recevoir les cultures nouvelles 
qu'ils lui apportaient; mais quand toute la terre de 
Qimiteût été réunie sous un même sceptre, que la Basse- 
Égypte — To-miri ou pays du Nord —+et la Haute- 
Égypte — To-risi ou pays du Sud? — formèrent sous 
Menès un seul empire, celui des Pharaons, les espèces 
végétales apportées par leurs ancêtres ne purent, pas 
plus que les plantes indigènes de l'Égypte, contenter 
les habitants du jeune et puissant État; leurs besoins 
et leur luxe croissant, ils demanderent de nouveaux 
végétaux aux pays avec lesquels ils entrérent tour à 


1. Brugsch, Geschichte Aegyptens, p. 14 et 20. 
2. Maspero, //istoire ancienne, in-12, p. 18. 


16 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


tour en relation. Leur agriculture, dès longtemps pros- 
père — elle avait été la condition première de la gran- 
deur deJdeur empire — fit de nouveaux progrès et 
s'enrichit d'espèces exotiques rapportées par les Pha- 
raons de leurs expéditions dans les contrées étran- 
gères, en Nubie et en Éthiopie, dans le désert arabique 
et la presqu'île du Sinaï, ainsi que dans la Syrie mé- 
ridionale. 

Amenemhat I, fondateur de la douzième dynastie, 
se vante, dans un papyrus, d'être le « créateur », c'est- 
à-dire sans doute l'introducteur de «trois espèces de 
grains '». À cette époque, comme nous l'ont révélé 
les fouilles de M. Flinders Petrie*, lés Égyptiens con- 
naissaient et probablement aussi cultivaient déjà, outre 
le dattier, le palmier doum (Æyphaene thebaica 
Mart.), l'Hyphaene arqun Mart., palmier de lawallée 
du désert de Nubie, ainsi que l’hegelig (Balarites 
aegyptiaca Del.), arbre de l'Afrique tropicale, le Mi- 
musops Schimperi Hochst., — le perséa des Anciens 
d’après Schweinfurth * — indigène dans l’Abyssinie et 
dans l’Arabie heureuse, où vient aussi le caroubier, que 
le même botaniste a supposé originaire de ce pays*, 
mais qui croit spontanément, dans toute la région 
orientale dela Méditerranée”, enfin le lin, importé sans 
doute depuis longtemps de la région du ‘Caucase, le 


1. Papyrus Sallier, Il, pl. 1, 7-9, ap. Maspero, Aistoire 
ancienne, in-12, p. 95. 

2. Kahun, Gurob and Hawara. London, 1890, in-4, p. 49-50. 

3. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 67. 

4. Bulletin de l’Institut égyptien, n° 8 (an. 1887), p. 306. 

5. A. de Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 270. — 
Engler, ap. V. Hehn, Xullurpflanzen, p. 443, le croit encore 
indigène dans la Cyrénaïque, l'Algérie et la Sicile. 


LA FLORE PHARAONIQUE. 17 


concombre, les radis, les petits pois et la fève, dont 
la patrie est inconnue, mais presque certainement 
asiatique. 

Ce n’est là probablement qu'une faible partie des 
végétaux exotiques importés jusqu'au xxx° siècle avant 
notre ère dans la vallée du Nil; il est vraisemblable 
que les Égyptiens en avaient déjà recu d’autres, dès le 
temps de l’ancien Empire. Faut-il ranger parmi ces 
végétaux, le figuier commun et l’arbre bag, cultivés, au 
temps de la douzième dynastie, dans le pays d'Edom, 
eomme nous le savons par le récit du séjour que l’exilé 
Sinouhit fit alors chez un des chefs de cette contrée”. 
Si l'Égypte ne les possédait pas encore, on peut croire 
que l'invasion des Hyksos dut y introduire ces arbres 
qu'ils connaissaient et cultivaient peut-être eux-mêmes 
dans leur pays. 

Plus tard, les conquêtes des Ahmessides et des Ra- 
messides ne purent manquer aussi de contribuer à 
enrichir la flore horticole et agricole de l'Égypte; 
poussées au sud jusqu'aux derniers confins de l’'É- 
thiopie, à l’est jusqu'aux bords de la mer Rouge, au 
nord au delà de l'Euphrate, elles avaient révélé à ces 
princes l'existence de nombreuses plantes utiles, étran- 
gères à l'Égypte, et, comme leurs prédécesseurs, ils 
durent songer à en introduire quelques-unes dans leur 
propre pays. Un document célèbre permet de nous 
faire une idée du soin avec lequel les Pharaons cher- 
chaient à acclimater en Égypte les végétaux utiles des 
contrées étrangères, même de celles qu'ils n'avaient 
pas visitées. 

1. G. Maspero, Æistoire ancienne, in-12, p. 97. — Mélanges 
d'archéologie égyplienne et assyrienne, t. II, p. 133. 

I. 2 


13%. LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Parmi celles-ci, il y en avait une, longtemps à demi- 
fabuleuse‘, dont ils avaient souvent entendu parler”, 
la «terre divine », où l’on recueillait les aromates, que 
le commerce des caravanes ou la navigation de la mer 
Rouge leur apportait de temps immémorial : le pays 
de Pount, — la côte occidentale de la mer Rouge de 
Souakim à Massouah, plus tard le pays des Somalis 
et même l'Arabie heureuse“. — La fille de Thoutmès I, 
second roi de la dix-huitième dynastie, la reine Hats- 
hopsitou ou Hatasou, résolut d’y envoyer chercher 
quelques-uns de ces végétaux précieux dont elle ne 
connaissait que les produits. Cinq vaisseaux furent 
équipés dans un des ports de la mer Rouge et, comme 
nous l’apprennent les inscriptions du temple de Deir- 
el-Bahari, élevé par la.souveraine égyptienne en sou- 
venir de cette expédition”, ils abordèrent au pays de 


1. Le conte du papyrus de Saint-Pétersbourg, qui date du 
moyen empire, en fait une ile inaccessible gouvernée par un 
serpent à tête humaine; mais il mentionne déjà la myrrhe, 
l’encens, les huiles et les arbres précieux qu'on y trouvait. 
HdES Aegypten, t. Il, p. 671. 

. « La grande déesse de Poun est citée dans le papyrus de 
Fan empire. » E. Chabas, Études sur l'antiquilé histo- 
rique. Chälon-Paris, 1872, in-8, p. 149. 

3. « Une inscription du règne de Sonkh-Kara de la xIe dy- 
nastie nous relate l'envoi de vaisseaux à Poun pour recueillir 
de l’ana. » E. Chabas, op. laud., p. 150. ” 

4. Krall, Das Land Punt. Wien, 1890, in-8, p. 75. — J. Lie- 
blein, Æandel und Schiffart auf dem rothen Meere in alten 
Zeiten. Leipzig, 1886, in-8, p. 75. 

5. Joh. Dümichen, Die Flotte einer aegyptischen Koenigin 
aus dem xvir. Jahrhundert vor unserer Zeitrechnung. Leipzig. 
1868, in-fol., pl. I-XV et p. 17-18. — Aug. Mariette-Bey, Derr- 
el-Bahari. Documents topographiques, historiques et elhno- 
graphiques recueillis dans ce temple. Paris-Leipzig. 1877, in-4 
et atlas, in-fol. PI. IV-VIT et p. 13-18. 


LA FLORE PHARAONIQUE. 19 


Pount; les indigènes n'hésitérent pas à entrer en rela- 
tions avec eux et bientôt les échanges commencèrent. 
. Les Égyptiens reçurent en retour de leurs présents 
des cynocéphales et des cercopithèques, des lévriers, 
des peaux de léopards, de l’ivoire et de l'or, des aro- 
mates et de l’encens, toutes sortes de bois précieux 
du Tonoutri, — bois d’ébène, bois {aas ou toshp, bois 
khusit, — enfin trente et un « sycomores à anti », 
qui, arrachés avec leurs racines et mis dans des cor- 
beilles, furent transportés en Égypte’. « Jamais on n'a- 
vait ramené chose pareille à aucun roi, qui eût été 
depuis que la terre existe ». Ces riches présents furent 
portés à Thèbes, et dans une grande fête, célébrée en 
l'honneur d’Amon, offerts au dieu, « maître de Kar- 
nak ». Les trente et un sycomores à encens furent en- 
suite plantés dans le jardin sacré, et comme s'ils y 
eussent repris et grandi, « le monument nous montre, 
remarque M. Maspero, quelques-uns d’entre eux arrivés 
à leur taille normale. » 

Cet essai d’acclimatation, s’il est le plus ancien que 
les monuments nous font connaitre, ne fut ni le pre- 
_mier, ni le dernier qui fut tenté en Égypte”. Il avait 
été précédé de l'introduction des céréales, puis de lé- 
gumes et d'arbres à fruits, inconnus dans la vallée du 


1. G. Maspero, De quelques navigations des Égyptiens sur 
les côtes de La mer Érythrée. (Revue historique,t.IX (an. 1879), 
p. 24). — Lieblein, op. laud., p. 24-37. 

2. Une peinture du tombeau de Rekhmara nous montre, 
parmi les présents apportés à Thoutmès III, un sycomore ou 
arbre à anti, et Ramsès IIT rappelle à Phtah, dans le Papyrus 
Harris, les sycomores d’aromates qu’il avait plantés dans sa ville 
de Memphis, après les avoir rapportés lui-même des « terres 
divines » de Pount. Wilkinson, The manners, t. 1, pl. Ir. — 
G. Maspero, De quelques navigations, p. 30. 


20 LES PLANTES GHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Nil; il fut suivi par celle de bien d’autres végétaux 
rares où utiles. Commencées dès les premiers temps 
de son établissement, ces importations se continuérent 
jusqu’à la destruction de l'empire des Pharaons et bien 
au delà : c’est seulement à l’époque de la domination 
perse et sous les Ptolémées que la flore égyptienne 
s'enrichit de plusieurs des espèces végétales les plus 
belles qu’elle ait possédées au commencement de notre 
ère. 


CHAPITRE II. 
L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE 


Aucun document n'est venu nous renseigner sur 
l’état de civilisation auquel les ancêtres des Égyptiens 
étaient arrivés, quand ils s’établirent dans la vallée du 
Nil ; mais tout fait supposer que, s'ils menaient encore 
la vie pastorale et vinrent dans leur nouvelle patrie 
avec leurs troupeaux de chèvres et de bœufs, les seuls 
animaux domestiques qu'ils ont, avec l'âne, —- les 
monuments en font foi — dû posséder tout d’abord, 
ils ne restèrent pas longtemps étrangers aux occu- 
pations agricoles; la nature du pays qu'ils venaient 
coloniser décida de leur manière de vivre’, Dans une 
contrée soumise à des inondations périodiques et 
presque sans pâturages naturels, une existence no- 
made était impossible, la nécessité de demander à la 
culture du sol leur nourriture, et celle de leur bétail, 
contraignit les nouveaux habitants à une vie séden- 
daire et en fit un peuple de laboureurs* et la nation la 
plus industrieuse que l’ancien monde ait connue. 


1. F. Unger, Botanische Streifzüge. (Siltzungsberichte der 
kais. Akademie der Wissenschaften, t. XXX VIII, p. 70 et suiv.), 
admet l'existence de pâturages, à l’arrivée des ancêtres des 
Egyptiens dans la vallée du Nil, mais il reconnait en même 
temps la nécessité où furent les nouveaux venus de se livrer 
à l’agriculture. 

2. Ed. Meyer, Geschichte des alten Aegyptens, p. 25. 


22 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Le Nil, non contenu par des digues, dévastait alors 
.la vallée qu’il fertilise aujourd’hui; de vastes maré- 

cages, laissés par l’inondation, en couvraient les parties 
basses, tandis que les parties hautes, où elle n’arri- 
vait pas, restaient arides et impropres à la culture. Il 
fallait contenir et régler les débordements du fleuve, 
en amener les eaux bienfaisantes sur les terres sablon- 
neuses qu'il ne pouvait atteindre et le renfermer dans 
son lit? c'est ce qu’entreprirent de faire les nouveaux 
arrivants’, et, grâce à un système de canaux bien 
entendu et à une habile distribution des eaux sur 
tout le territoire, l'Égypte devint une des contrées les 
mieux appropriées à une agriculture perfectionnée, 
source première de son étonnante civilisation. 

C’est aux générations sans histoire des premiers 
temps de l'Égypte, aux « serviteurs d'Horus », que re- 
vient l'honneur d’avoir commencé les travaux, qui, mai- 
trisant le Nil, en firent le génie tutélaire et bienfaisant 
de la vallée qu'il avait ravagée jusque-là ; ces travaux, 
inaugurés à l'époque des origines de la nation, furent, 
pendant de longues générations, continués par les 
Pharaons, qui se succédèrent sur le trône. Ménèés, le 
fondateur de l’ancien empire, fit creuser, près de 
Memphis, une digue qui existe encore et sert de clef 
aux réservoirs d'inondation de la Haute-Égypte?. 

Plusieurs des plus grands princes de la XII‘ dynas- 
tie rivalisérent avec lui et le surpassèrent. Ousirtesen I, 
fils d’'Amenembhat I, le premier d'entre eux, fit cons-. 
truire des digues le long de la rive occidentale du 


1. G. Maspero, Histoire ancienne, in-12, p. 17. — Ed. Meyer, 
op. laud., p. 24. 
2. G. Maspero, /istoire ancienne, in-12, p. 43. 


» L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 23 


Nil. Amenembat II alla plus loin; frappé du peu de 
résultats que donnaient les réservoirs de faible dimen- 
sion échelonnés le long du fleuve; il forma le projet 
de les remplacer ou d’en compléter l'effet par la créa- 
tion d’un réservoir immense, où l’excédant des eaux, 
accumulé pendant les années d'abondance, resterait 
emmagasiné, pour subvenir aux crues trop faibles, 
menace de stérilité et de disette pour le pays’. Dans 
une dépression naturelle du sol, située à l’ouest et à 
quelque distance du Nil, — le Fayoum actuel, — il 
établit, au moyen de digues, le lac artificiel de Miri 
— le Mœris des Grecs, —— et le mit en communication 
avec le fleuve, à l’aide d’un double canal, pourvu 
d'écluses, qui permettaient d'y faire entrer les eaux 
du Nil débordé ou de faire écouler celles qui y étaient 
accumulées. 

Ces entreprises colossalés, destinées àfaciliter l'irri- 
gation régulière des terres, peuvent nous donner une 
idée de l'importance que les Pharaons attachaient à 
tout ce qui pouvait favoriser l’agriculture. « J'ai fait 
labeurer le pays jusqu'a Abou — Abydos, — dit l’un 
deux, Amenemhat I, dans une inscription”... Je suis 
l’ami de Nopri *.. Le Nil a accordé à mes prières l'inon- 
dation sur les champs. » Cetteanondation était, sous 
un climat brülant, la condition première de la fertilité 
de l'Égypte; sans elle, le sol était condamné à la 
stérilité; arrosé, au contraire, par les eaux du fleuve 
et enrichi par leur limon, il devenait d'une surpre- 
nante fécondité. 


1. G, Maspero, /istoire ancienne, in-12, p. 108. 

2. Papyrus Sallier II, pl. I, 1. 7-9, ap. Maspero, op. laud.. 
p. 95. 

3. La divinité des grains. 


t2 
ras 


LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 
+ 


Sa mise en culture était d’ailleurs de la plus grande 
simplicité. Quand les eaux du fleuve s'étaient retirées 
et que les vents du nord-ouest avec les chauds rayons 
du soleil d'automne les avaient suffisamment asséchés, 
les Égyptiens donnaient avec un hoyau en bois un 
simple labour à leurs champs, puis ils y répandaient la 
semence que des chèvres" — Hérodote dit des porcs”, ce 
qui ne dut être vrai qu'exceptionnellement et assez 
tard * — venaient ensuite, remplaçant nos herses, fou- 
ler aux pieds pour la faire pénétrer dans le sol. D’au- 
tres fois ils se servaient pour labourer leurs terres 
d'une charrue légère, traînée par deux bœufs', mais 
en se bornant à y tracer un sillon peu profond; tout 
au plus quelques ouvriers venaient ensuite avec un 
hoyau écraser les mottes, pour achever de préparer 
le sol à recevoir la semence qu’on voulait lui confier. 

Quoi qu'ils en soit, cinq ou six mois après ce 
labour primitif, les moissons arrivaient à maturité, 
l'orge d’abord, puis les diverses espèces de froment. 
On procédait alors à la récolte ; les chaumes, coupés 
avec une faucille à une certaine hauteur du sol”, étaent 


1. Rosellini, Monumenti, t. Il, pl. XXXII, 1. — Lepsius, 
Denkmüler, t. HI, pl. XVI Peinture de Giseh (1v° dynastie), 
tombe 15. 

2, Historiae, lib. Il, cap. 14. Hérodote dit que les Egyptiens 
ne retournaient pas le sol; mais les peintures des hypogées 
nous les montrent toujours lui donnant un premier labour. 

3. Wilkinson, The manners, t. II, p. 100. 

4. Rosellini, Monumenti, t. II, pl. XXXIT, 2et 7. — Lepsius, 
Denkmäler, t. V, pl. 106. Peinture de Zaouïet-el-Maïétin (ve dy- 
nastie), tombe 2. — Bas-relief du tombeau de Ti. G. Maspero, 
Histoire ancienne, t. I, p.67. — Plus tard on se servit aussi de 
chevaux, comme on le voit d'après une peinture de Thèbes. 
G. Ebers, L'Egypte, trad. par Maspero, t. Il, p. 211. 

5. Rosellini, Monumenti,t. Il, pl.XXXV,1et 2,et pl. XXXVI, 


L'AGRICULTURE DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE. 29 


liés en gerbe, puis portés sur l’aire et là foulés aux 
pieds des bœufs' ou, dans la Basse-Égypte*, par des 
ànes. Le grain était ensuite déposé dans de vastes gre- 
niers”, en attendant qu'on le livrät au commerce ou à 
la consommation. 

Tels étaient les procédés employés par les anciens 
Égyptiens pour la culture et la récolte des céréales 
dans les parties de la vallée où les débordements du 
Nil fournissaient une humidité suffisante à la végéta- 
tion. Dans les parties insuffisamment inondées ou pour 
les cultures qui réclamaient de fréquents arrosages, on 
les semait dans des carrés entourés de rigoles qu’on 
remplissait d’eau à l'aide d’une machine analogue à la 
shadouf actuelle des fellahs*, simple levier posé sur un 
support et à l’une des extrémités duquel était attaché 
une espèce d’auge, qu'on élevait ou abaissait par 
un mouvement de bascule. Souvent aussi, travail 
plus pénible, on puisait directement l'eau dans les 
bassins ou réservoirs avec des cruches qu'on transpor- 
tait, fixées aux deux extrémités d'une espèce de joug, 
au lieu qu'il fallait arroser. C’est ainsi qu'on voit sur 
une peinture de Béni-Hassan” deux jardiniers, dont le 
premier à l’un de ces jougs posé sur les épaules, 
tandis que le second est représenté incliné, remplis- 


2. — Lepsius, Denkmäler, t. IV, 106. Peintures de Zaouïet-el- 
Maïétin, tombe 2. 

1. Rosellini, Monumenti, t. II, pl. XXXIII, 2 et 3. 

2. Wilkinson, The manners, t. Il, p. 101. 

3. Rosellini, Monumenti, t. Il, pl. XXXIV, 2. 

4. Wilkinson, The manners of the ancient Aegyptians, t. 1, 
281. — Mémoires publiés par les membres de la mission ar- 
chéologique française au Caire, t. V, fasc. IV, p. 607, pl. 1. 

5. Champollion, Les Monuments de l'Egypte et de la Nubie, 
t. II, pl. 185. 


26 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


sant avec l’eau de ses cruches les rigoles de son 
jardin. 


Les Céréales. 


Des céréales, cultivées dans l'Égypte pharaonique, 
le froment était de beaucoup la plus répandue; il avait 
probablement été importé dans la vallée du Nil dès 
les premiers temps de la colonisation de cette région 
par ses nouveaux habitants ; en tout cas il n'y était 
pas indigène ; mais il s'était bien vite acelimaté dans 
cette contrée, où il trouvait les mêmes conditions de 
végétation que dans son pays supposé d’origine, la 
région de l'Asie antérieure, dont la Mésopotamie est le 
centre’, et sa culture devint une des sources principales 
de la richesse et de la prospérité de l'Égypte. De temps 
immémorial elle avait été, comme nous le montre Fhis- 
toire de Joseph”, le grenier où venaient s’approvi- 
sionner les peuples voisins menacés par la disette. 
Pendant deux mille ans sa fertilité ne se démentit 
pas ; après son asservissement à Rome, elle expédiait 
encore chaque année vingt millions de boisseaux de 
froment en Italie”. 


1. Unger, Sitzungsberichte, etc., t. XXXVIII, (1859), p. 79. 
— À. de Candolle, Origine des plantes cultivées, pl. 288.— «Je 
considère comme la patrie vraisemblable du froment la région 
qui s'étend du Caucase,de la mer Caspienne et de la Perse à la 
mer Méditerranée et à la mer Rouge. » Fr. Kürnicke, DieArten 
und Varietälen des Gelreides. Bonn, 1885, in-8, p. 34. 

2. Genèse, cap. XLI, v. 57. Sous Rhamsès I, on voit égale- 
ment les Khiti venir s’approvisionner en Egypte pendant une 
disette. 

3. Dr. A. Thaer, Die all-ägyptische Landwirthschaft. Ein 


L'AGRICULTURE DANS L’'ÉGYPTE ANCIENNE. 21 


Le froment, qu'on a trouvé dans les tombes les plus 
anciennes de l'Égypte et dont tous les musées possè- 
dent des échantillons, ne diffère point de l'espèce de 
blé ou froment’ cultivée de nos jours! ; c’est le Trivi- 
cum vulgare Vill. ; il portait dans la langue hiérogly- 


phique le nom de sou, copte souo *. La race connue des 


anciens Égyptiens était le blé dur (Zriticum durum 
Desf.), l'emrai des Coptes*. IL faut ajouter que les 
artistes pharaoniques ont représenté les épis de fro- 
ment, parfois sans barbes, le plus souvent avec des 
barbes*: quelles variétés avaient-ils en vue dans cette 
double représentation ? C’est ce que je ne sauraisdire. 

Le Triticum vulgare n'était pas la seule espèce de fro- 
ment cultivée dans l'Égypte ancienne; Alph. de Candolle* 
a cru reconnaitre le gros blé ou blé poulard (7riticum 


turgidum L.) parmi des graines tirées de cercueils de 


momies. Unger° à aussi prétendu en avoir découvert 
des fragments dans une brique d'EI-Kab. On vient d'en 
trouver quelques grains parmi les échantillons de blé 
conservés au Musée du Louvre; ils se distinguent par 
leur aspect corné et leur teinte rougeñtre. Comme 
les anciens Égyptiens divisaient le froment en sow 
blanc et en sou rouge, M. Victor Loret incline à voir 


Beitrag zur Geschichte der Agricultur. Berlin, 1881, in-8, 
p. 18. 

1. Schweinfurth, Ueber Pflanzenreste, etc. (Berichte der 
deutschen botanischen Gesellschaft, t. Il (an. 1884), p. 370.) 

2. Victor Loret, La flore pharaonique, p. 23, n° 13. — 


» Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 655. 


3. Victor Loret, op. laud., p. 23, n° 14. 

4. Rosellini, Monumenti, pl. XXXIIT, 1 et 2, représente avec 
des barbes les épis qui sont répandus sur l'aire, sans barbes 
ceux qui sont encore sur leurs tiges. 

-5. Origine des plantes cultivées, p. 288. 

6. Sitzungsberichte, ete., t. XLV (an. 1862), p. 79. 


28 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


dans ce dernier le gros blé, tandis que le sou blanc 
serait le blé tendre”. Il est probable que le blé poulard 
aura pénétré en Égypte à l’époque de la domination 
des Hiksos ; très répandue de nos jours dans la vallée : 
du Nil, cette espèce semble y avoir été beaucoup 
moins cultivée autrefois, encore que Unger incline*, 
il est vrai, sans en donner de preuves, à l'y supposer 
indigène. 

L’épeautre (Triticum spelta L.) était-il aussi cultivé 
en Égypte? Unger l’a admis, en s'appuyant sur le 
témoignage des auteurs classiques. Malheureusement 
ce témoignage n’est rien moins que clair. Hérodote’, 
par exemple, dit bien qu'outre le froment (ruo6<) les 
Égyptiens cultivaient encore l’o/yra(ypz), que « quel- 
ques-uns appellent zeia (£elx) »; mais quelle céréale 
l'historien grec désigne-t-il par les mots o/yra ou 
zeia? Tout ce. qu'il nous en apprend, c’est que les 
Égyptiens s’en servaient pour fabriquer leur pain, et, 
fait bien propre pour surprendre, il ajoute qu'ils regar- 
daient comme une honte de se nourrir de froment, 
ainsi que d'orge. Il semble d’après cela que l'olyra ou 
zeia était assez différent du froment; mais c’est tout 
ce que nous en pouvons conclure. Théophraste connait 
aussi le nom zeia, de même que celui d’olyra, mais 
il mentionne de plus une autre céréale qu'il appelle 
tipha (rwt)* et qu’il regardait, au rapport de Galien, 
avec la zeiëa, comme ressemblant le plus au fro- 


1. Victor Loret et Jules Poisson, Les végétaux antiques du 
Musée dx Louvre. (Recueil de travaux, t. XVII, p. 180.) 

2. Silzungsberichte, etc., t. XXX VIII (an. 1839), P: 19 

3. istoriae, lib. Il, cap. 36. 

4. Historia mlantanin lib: -IT, cap: &;-.1°-et lib. VII, 
cap. 4 


L'AGRICULTURE DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE. 29 


ment. Ce dernier nous apprend’ que Dioclès plaçait, 
au point de vue des qualités nutritives, l’olyra et la 
tipha immédiatement après le froment, et qu'il en 
faisait deux espèces différentes, tandis que Mnésithée 
les regardait comme une seule et même espèce, mais 
en distinguait la zeia, qui pour lui était une céréale des 
pays froids. Dioscoride*, qui ne parait pas connaitre 
la tipha, dit que l'olyra donne une farine plus gros- 
sière que la ze2a ; quant à cette dernière il y en aurait 
deux variétés, qu'on pourrait peut-être identifier avec 
les 7. monococcum L. — notre blé locular ou engrain 
— et T. dicoccum Schrank — l’amidonnier — simples 
races peut-être de l’épeautre. Pline”, qui mentionne 
les noms de la zea, de l’olyra et de la fipha, ne 
donne aucun renseignement sur les plantes qu’ils dé- 
signent. 

On voit combien la question est obscure. Dans une 
étude sur « l’histoire des céréales », Fink‘ arrive à 
cette conclusion que les Anciens ne savaient pas ce 
que c'était que la zea et qu'on ne voit pas quelle diffé- 
rence existait entre l'o/yra et la fipha, mais qu'on 
peut, avec Sprengel, regarder la dernière comme étant 
l'engrain (7. monococcum L.)°. On n’a point rencontré 


L De alimentorum facultatibus, lib. I, cap. 13. Ed. Kühn. 
(Medicorum graecorum opera. Lipsiae, 1823, t. VI, p. 512.) 

2. De materia medica, Db. IT, cap. 111 et 113. 

3. Historia naluralis, lib. XVIII, cap. 19 (6) et 20 (10). 

4. Ueber die älteren Geschichten der Getreidearten.(Abhand- 
lungen der kün. Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 
an. 1826, p. 76.) 

5. Fr. Kôrnicke, op. laud., p. 77, croit que les mots olyra 
et zeia servaient également à désigner l’épeautre, mais que le 
second de ces noms se perdit et que le mot o/yra persista 
seul, et p. 109, il regarde /ipha comme le hom grec de l’en- 
grain. 


+ 


30 LES PLANTES CIHEZ LES ÉGYPTIENS. 


cette dernière céréale dans les hypogées égyptiens, 
mais Schweinfurth a reconnu des épis et des grains” 
de l’amidonnier (7. dicoccum Schrank), au milieu 
d'offrandes trouvées par M. Maspero dans une tombe 
de Gébéleïn’ ; ils appartenaient à la variété /ricoccum. 
Il est donc probable que cette espèce était cultivée 
dans l'Égypte pharaonique. L'épeautre proprement 
dit y fut-il aussi connu et cultivé? Unger a prétendu 
en avoir trouvé des grains dans des tombes antiques”, 
mais Schweinfurth a affirmé ne l'avoir jamais ren- 
contré parmi les restes végétaux des hypogées égyp- 
tiens ; de Candolle à nié également que cette céréale 
ait été connue des contemporains des Pharaons*. 

Il existe un mot copte bdf ou bôte, donné comme 
équivalent du grec &vpz et de l’hébreu kussemet*, qu’on 
traduit d'ordinaire par épeautre; Schweinfurth con- 
sidère ce nom comme désignant plutôt l’amidonnier, 
l'emmer des Allemands (7. dicoccum Schr.), espèce 
qu'il regarde d’ailleurs comme une simple variété de 
l’épeautre : elle aurait, ajoute-t-il, été trouvée par Th. 
Kotschy à l’état réellement sauvage sur les flanes de 
l'Hermon”. Il y aurait eu aussi, dit-il, d’après une 
communication de M. Brugsch, deux espèces de 0h, 
le bôti blanc et le béti rouge; mais il ne nous fait 
point connaître en quoi elles pouvaient différer. Le 


1. Bulletin de l’Institut égyptien, n° 7 (an. 1886), p. 420 
et 4284. 

2. Schreiben von Dr. Steudner : Ueber die Flora in und um 
Alexandrien. (Petermanns Miltheilungen, an. 1861, p. 310.) 

3. Origine des plantes cultivées, p. 291. 

4. Une Scala traduisant boti par al-hommos : pois chiche, ou 
al-dourû : sorgho, on voit que la signification de boti est loin 
d’être certaine. ? 

5. Zeilschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 655. 


22 
L'AGRICULTURE DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE. 31 


büti servait à désigner le mois de {ybi, — le /ubi du 
calendrier copte, — qui va du 17 novembre au 16 dé- 
cembre ‘; ce mois était personnifié sous la figure d’un 
homme, tenant comme emblême un épi de la main 
droite, ce qui permet de conclure que cette céréale 
était déjà arrivée à sa maturité et montre avec quelle 
rapidité elle croissait. 

Après le froment, l'orge —ati— occupait la première 
place parmi les céréales de la vallée du Nil; comme 
lui, il y avait, à une époque antéhistorique, été im- 
porté de l’Asie antérieure, où on l’a, sur les points les 
plus divers, rencontré à l’état spontané une de ses 
variétés, l’orge à deux rangs (Æordeum distichon L.)°. 
Les Égyptiens en connaissaient plusieurs races. Unger 
a découvert des fragments de l'orge ordinaire (Æor- 
deumvulgare L.) dans une brique d’'El-Kab (Eileithyia)”, 
ainsi que de l'orge à six rangs (4. hexastichon L.) dans 
une brique de la pyramide de Dahshour‘, contem- 
poraine de la XIT° dynastie. Parmi les mets funébres 
d’une tombe de Saqqarah, qui date de la cinquième 
dynastie, Mariette a trouvé une coupe remplie d’épis 
d'orge à moitié brisés et décomposés, que Schwein- 
furth regarde comme appartenant à l'espèce vul- 
gaire*. Les épis et les grains d'orge trouvés parmi 


1. Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an.1891, p. 654. 

2. À. de Candolle, op. lauwd., p. 295, lui attribue pour patrie 
la région qui va de la mer Rouge au Caucase et à la mer 
Caspienne. L'espèce sauvage (Æ/ordeum spontaneum C. Koch), 
dit Fr. Kôrnicke, op. laud., p: 141, a été trouvée dans la 
région qui s'étend du Caucase à la Perse. 

3. Sülzungsberichte, t. XLV (an. 1862), p. 79. 

4. Silzungsberichte, t. LIV, 1 (an. 1866), p. 40. 

5. Berichte der deutschen botanischen Gesellschaft, t. I 
an. 1884), p. 370. — Bulletin de l'Institut égyptien, n° 5 
#4 1851), p. 4. 


32 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


les offrandes découvertes par M. Maspero dans les 
anciens tombeaux de Gébéleïn appartiennent, au con- 
traire, à l'espèce à six rangs (4. hexastichon L.)'. Le 
Musée de Boulaq renferme aussi plusieurs morceaux 
de pâte faite de grains d'orge — Schweinfurth ne dit 
pas de quelle variété — grossièrement moulus*?. On a 
même découvert, dans les fouilles d'Abd-el-Gournah, 
autour du cou de la momie d’un égyptien du nom de 
Kent, une espèce de guirlande composée de grains 
d'orge à moitié germés”; mais Schweinfurth, qui en a 
fait mention, n’a pas déterminé l'espèce à laquelle ils 
appartiennent. M. Flinders Petrie a découvert à Ka- 
houn‘ des grains d'orge plus petits que ceux des 
variétés cultivées de nos jours. Les Égyptiens distin- 
guaient deux espèces d'orge, comme de blé, l'afi blanc 
et l’ati rouge”; mais nous ignorons ce qui en faisait la 
différence. 

Wilkinson ‘ et Unger’, à l'opinion desquels se sont 
rangés Lepsius*, Erman° et Franz Wœænig”, ont cru 
reconnaitre dans les représentations de scènes cham- 
pêtres de Thebes et d’'El-Kab, ainsi que parmi des 


1. G. Schweïinfurth, Sur les dernières trouvailles, etc. 
Bulletin, n°7 (an. 1886), p. 420. Le Musée du Louvre ren- 
ferme aussi plusieurs centaines de grains de cette espèce. 
Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), p. 180. 

2. Bulletin de l'Institut égyplien, n° 5 (an. 1884), p. &. 

3. Botanische Jahrbücher, VIII (an. 1886), p. 12. Kent 
paraît avoir vécu au temps de la x° dynastie. 

&. Kahun, Gurob and Hawara, p. 30, 2. 

5. Victor Loret, op. laud., p. 23, n° 18. 

6. The manners and customs, t. Il, p. 427 et 428. 

7. Sitzungsberichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 99. 

8. Denkmäler, t. IIT, pl. 78. 

9. Aegypten, t. II, p. 578. 

10. Die Pflansen im alten Aegypten, p. 172. 


Li | 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 33 


offrandes de Saqqarah et de Gizeh, une autre céréale 
dont Hérodote et Théophraste ne parlent pas, et que 
Pline a mentionnée le premier", le sorgho, ar. dourah 
— Holcus où Androgopogon sorghum Brotero, Sor- 
ghum vulqare Persoon, — cultivée aujourd'hui sur 
une grande échelle dans la Haute-Égypte, la Nubie, 
l'Abyssinie et le Soudan. Malheureusement les pein- 
tures que l’on invoque ne donnent aucune idée du 
dourah ; la plante qu'elles représentent ne lui ressem- 
blent ni par la hauteur des chaumes, ni par la forme 
des épis, courts et arrondis dans la céréale de ces 
peintures, tandis que ceux du sorgho s'étalent en 
panicule. 

Ce qui à pu faire supposer qu'il s’agit de cette cé- 


réale, c'est la manière dont la récolte en est repré- 


sentée; d'après une peinture d'Ei-Kab on ne coupe 
point la plante comme on le faisait pour l'orge ou le 
froment, à l’aide d’une faucille, mais on l’arrache avec 
ses racines, et on en sépare les grains au moyen d’une 
espèce de séran. Comme l'a dit Schweinfurth, il s'agit 
tout simplement de la récolte du lin°. Rosellini avait 
rapporté d’une tombe de Thèbes des semences parmi 
lesquelles Hannerd crut découvrir des grains de sor- 
gho”; mais depuis on a mis ce fait en doute‘. Picke- 
ring prétendait aussi avoir vu dans une chambre funé- 
raire de Saqqarah des tiges de dourah mêlées à des 
fragments de papyrus, mais elles n'auraient remonté 


1. « Milium intra hos decem annos ex India in Italiam invec- 
tum est, nigrum colore, amplum grano, harundinaceum cul- 
mo. Adolescit ad pedes altitudine septem, praegrandibus co- 
mis : jubas vocant. » Lib. XVIII, cap. 55. 

2. Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 654. 

3. Sitsungsberichte, t. XXXVIIT (an. 1859), p. 100. 

4. S. Birch, ap. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. 427, note. 


6 3 


34 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


qu’au temps de la domination romaine. Schweïinfurth 
n'indique point cette céréale parmi les plantes in-. 
digènes de l'Égypte’. On connaît deux espèces de 
sorgho, cultivées de nos jours dans la vallée du Nil, 
le sorgho vulgaire, le dourah des Arabes, et le sorgho 
sucré (Sorghum succharatum P.), mentionné, suppose- 
t-on, dans la Bible sous le nom de dokhan, le dokhn 
des Arabes; de Candolle admet que c'est là l'espèce 
décrite par Pline; il la croit originaire de l'Afrique 
tropicale; le dourah n'avait peut-être pas néanmoins 
été importé de cette région en Égypte, et Pline l'y 
fait venir de l'Inde. 

Outre ces céréales, Unger a mentionné encore, 
comme appartenant à la flore de l’ancienne Égypte, 
le Pennisetum typhoideum DC., le Panicum muilia- 
ceum L., dont l’origine est obscure, et le Panicum 
italicum L., qui parait indigène de l'Asie orientale”. 
Mais le botaniste viennois avoue lui-même qu'on ne 
sait rien de certain sur l’ancienne culture du Pennise- 
um dans la vallée du Nil, et le passage d'Hérodote 
sur lequel il s'appuie pour prouver celle du millet ne 
parait guère s'appliquer à l'Égypte. Quant au panicaut 
d'Italie, Charles Pickering, qui, à la vérité, ne se pi- 
quait guère d’exactitude, croit l'avoir reconnu dans 
les peintures de la tombe de Ramsès et à El-Kab°; 


1. « I'have seen dourra stems intermingled with those of 
the Papyrus in a parcel exhumed at Saccara, possibly as 
ancient as the time of the Romans.» The races of man, 
p. 399. 

2. Illustration de la Flore d'Égypte, p. 163. 

3. Origine des plantes cullivées, p. 307. 

&. Sitzungsberichte, t. XXX VIII (an. 1859), p. 100. 

5. A. de Candolle, 0p. laud., p. 303 et 305. 

6. The races of man, p. 376. 


. 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 39 


mais son témoignage estsresté isolé. Une brique de 
cette dernière localité, il est vrai, examinée par 
Unger', renfermait, affirme-t-il, des caryopses d’un 


_panicaut; mais comme il n'y avait pas de graine, il 


n’a pu en déterminer l'espèce et rien ne dit que ces 
débris appartiennent à l’une des deux précédentes. 
Au cours de recherches ultérieures?, Unger a cru 


encore découvrir des graines d’une autre céréale, 


l'Eragrostis ou Poa abyssinica Link, dans deux briques 
de Dahshour et de Tell-el-Maskhouta; cette plante cul- 
tivée fréquemment aujourd'hui en Abyssinie, donne un 
excellent pain; mais Schweinfurth préfère rapporter à 
l’'Eragrostis aegyptiaca Link, espèce non alimentaire, 


les grains étudiés par le botaniste viennois*; on peut 


donc mettre en doute que l'E. abyssinica Link ait été 
réellement cultivée dans l’ancienne Égypte. 

Il faut rapprocher des céréales utilisées dans la 
vallée du Nil pour la nourriture de l'homme l’avoine 
rigide (Avena strigosa Schreb.);, M. Flinders Petrie en 
a trouvé quatre grains, mêlés aux offrandes d'orge, 
dans la nécropole de Kahoun (XII dynastie)‘; ilen a 
découvert aussi des restes Na le cimetière gréco- 
romain de Hawara”. Cette espèce n’a pas été trouvée 
à l’état spontané et A. de Candolle la regarde comme 
une simple variété de l’avoine cultivée ordinaire ; on 
la rencontre parfois encore aujourd'hui en Ég re 


1. Sitzungsberichle, t. XLV (an. 1862), f. 81. 

2. Sitzungsberichte, t. LIV (an. 1866), p. 42 et LV (an. 1867), 
p. 202. 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 21, n° 11. 

4. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

5. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 49. 

6. Origine des plantes êultivées, p. 301. 


36 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


dans les champs abandonnés, suivant Percy Newberry'; 
mais ce n'est pas une raison pour qu'elle y ait été 
cultivée autrefois. L’était-elle en Asie-Mineure, ainsi 
que parait le supposer le botaniste anglais *, en l’iden- 
tifiant avec le Gpiues — l'avoine — dont parle Galien”, 

comme d'une plante abondante dans cette contrée a 
en particulier dans la Mysie, au-dessus de Pergame ? 
« Il sert, dit le médecin grec, d’aliment aux chevaux, 
non aux hommes, excepté toutefois en temps de disette, 
où l’on en fait alors du pain ». Évidemment rien 
n'indique que le Bromos de Galien fût l'Avena stri- 
gosa; mais que cette espèce ou une autre ait été 
cultivée en Mysie, c'est probablement d'Asie que 
l’avoine rugueuse à été importée dans la vallée du Nil. 


INË 
Plantes fourragères. 


Possesseurs de troupeaux et de bêtes de somme 
d'espèces diverses, les Égyptiens furent naturellement 
obligés de cultiver des plantes fourragères propres à 
nourrir ces nombreux animaux pendant la durée de 
l'inondation, comme à la fin de la saison sèche ; il y avait 
là pour eux une source nouvelle d’occupations agri- 
coles, auxquelles on a jusqu'ici fait trop peu attention. 


. I] faut dire toutefois que Schweinfurth ne la mentionne 
ps comme indigène dans l’Uustratïon de la Flore d'Égypte. 
. Haiwara, Biahmu and Arsinoë, p. 49. 
3. De facultatibus alimentorum, lib. I, cap. 14, éd. Kühn, 
LVL De 022: 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 37 


Ce furent des légumineuses surtout qui, dès les temps 
les plus reculés, furent employées à cet usage, comme 
elle$ servent encore chez nous. Parmi celles que nous 
ont fait connaître les fouilles archéologiques, il faut 
mentionner le trèfle d'Alexandrie, la vesce et la gesse 
cultivées, ainsi peut-être que la gesse velue, enfin le 
pois des champs. 

M. Flinders Petrie a découvert seize graines de 
trèfle d'Alexandrie ({Trifolium Alexandrinum L.), à Ka- 
houn'; cette plante, originaire de l’Asie-Mineure ?, 
avait donc été impoftée en Égypte dès le temps de 
l'ancien empire *; elle y existait sous la XII° dynastie 
_et elle n’a pas cessé d’y être cultivée depuis; comme à 
Kahoun, des graines de ce trèfle ont-été trouvées aussf 
par le même égyptologue dans la nécropole gréco- 
romaine de Hawara*. 

M. Flinders Petrie a également découvert des graines 
— huit — de pois gris (Prsum arvense L.) à Kahoun’; il 
en à aussi rencontré, ce qui est moins surprenant, dans 
la nécropole de Hawara°. Avant lui, Unger avait re- 
connu des fragments de cette légumineuse dans une 
brique de Dahshour’, qui remonte à l'époque de la 
XII° dynastie; on ne peut guère douter dés lors que le 
pois gris n'ait été, de même que le petit pois, nous le 


1. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 85. 

3. Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, 
p. 666, qui croit le trèfle d'Alexandrie originaire de la pres- 
qu'ile des Balkans, n’admet pas qu'il ait pu être importé en 
Égypte avant l'époque gréco-romaine. 

4. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 52. 

5. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

6. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 52. 

7. Sitzungsberichte, t. LIV, 1 (an. 1866), p. 43. 


38 LES PLANTES CHEZ LES*ÉGYPTIENS. 


verrons, cultivé très anciennement en Égypte. Il semble 
d’après cela qu'il soit bien plutôt originaire du Cau- 
case, que de la Péninsule italique, ainsi que l’æ cru 
A. de Candolle*. 

Une autre légumineuse, originaire de la région si- 
tuée au midi du Caucase et de la Caspienne*, la gesse 
cultivée (Lathyrus sativus L.) parait bien-aussi avoir 
été connue dans l’ancienne Égypte. Son nom copte p?- 
houf semble à M. Victor Loret*® d’origine hiérogly- 
phique. Schiaparelli a trouvé des graines de cette 
gesse dans la nécropole de DrahAbou'l-Neggah; mais 
Schweinfurth a mis en doute leur ancienneté”. M. Mas- 
pero en a découvert aussi dans les tombes de Gébé- 
deïn”, relativement récentes, il est vrai. Des restes de 
cette plante ont été rencontrés également par M. Flins 
ders Petrie, dans la nécropole gréco-romaine de 
Hawara°. : 

Toutefois comme la gesse se rencontre souvent à 
l’état subspontané dans les moissons, on peut se de- 
mander si les graines, trouvées dans ces tombes, pro- 
venaient de pieds sauvages ou cultivés. On pourrait 
faire aussi la même remarque au sujet des gousses et 
des graines de gesse velue (Lathyrus hirsutus L.) re- 
cueillies aussi par Schiaparelli dans les tombes de Drah- 
Aboul-Neggah'; mais Schweinfurth n’admet pas leur 


1. Origine des plantes cultivées, p. 262. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 88. 

3. La Flore pharaonique, p. 94, n° 159. 

&. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6 (an. 1885), p. 265. — 
Botanische Jahrbücher, t. VIII (an. 1886), p. 6. 

5. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6. p. 260.— Botanische 
Jahrbücher, t. VIT, p. 

6. Kahun, Gurob di Hawara, p. 47, 2. 

ff Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6, (an. 1885), p. 265. — 
Bolanische Jahrbücher, t. VII, p. 6. 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 39 


authenticité et croit qu’elles proviennent de battages 
récents. On ne peut dès lors qu'hésiter à considérer 
cette espèce comme ayant été anciennement cultivée 
en Égypte. 
La vesce commune (Vicia sativa L.), au contraire, l'y 
était-elle réellement? Schweinfurth a trouvé, dans une 
armoire du musée de Boulaq, un fragment de gousse 
de eette papilionacée provenant des fouilles de Drah- 
Abou’I-Neggah'; Unger en a découvert*aussi des dé- 
bris dans une brique de la pyramide de Dahshour*. Cette 
plante existait donc en Égypte à une époque reculée ; 
mais y était-elle cultivée ou y croissait-elle sponta- 
nément? C'est là une question qu'il est difficile de ré- 
soudre dans l’état actuel de nos connaissances en bota- 
nique égyptologique, surtout à cause de la facilité avec 
laquelle la vesce devient spontanée. On la rencontre 
dans presque toute l’Asie antérieure et jusque dans 
l'Inde*;"on comprend qu’elle ait pu facilement péné- 
trer en Égypte. 
Ces papilionacées ne furent pas les seules plantes 
employées comme fourrages par les anciens Égyptiens; 
‘sans parler des céréales, comme l'orge, dont la paille, 
sinon le grain, dut leur servir pour cet usage; ils eurent 
. l'eCOurS, dans le même but, à bien d’autres représen- 

tants de la flore indigène. Théophraste dit même, sans 
doute en exagérant, que toutes les plantes du pays 
servaient également de fourrages aux bœufs et aux 
brebis. Mais il en cite deux qui, parait-il, étaient sur- 
tout employées comme tels : 


1. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 5 (an. 1884), p. 10. 
2. Sitzungsberichte, t. LIV, 1 (an. 1866), p. 54. 
3. À. de Candolle, Origine des plantes cullivées, p. 86. 


40 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


« I ya, dit-il", une plante qui croit spontanément 
et en abondance au milieu des moissons, on en re- 
cueille lasemence, quand on sarcle celles-ci, eten hiver 
on la dépose dans la terre humide. Elle lève et pousse 
rapidement; on coupe alors la plante, on la fait sé- 
cher et on la donne aux bœufs, aux chevaux et aux 
bêtes de somme. La graine est de la grosseur du sé- 
same, mais ronde, de couleur verte et exceptionnelle- 
ment bonne. » 

Sprengel? a cru reconnaître dans cette plante le Cor- 
chorus aestuans L. ; mais cette tiliacée n’est mentionnée 
dans la flore d'Égypte, ni par Schweinfurth, ni par 
Delile; peut-être est-ce le Corchorus trilocularis L. ou 
antichorus Raeusch*. Il est difficile d’ailleurs de se 
prononcer d’après une description aussi vague que celle 
de Théophraste. Quant à la seconde plante mention- 
née par le naturaliste grec, elle semble bien avoir été 
une graminée : x 

« Il croît, remarque-t-il", dans les lagunes et les 
marécages une plante fort précieuse pour la nourri- 
ture du bétail; elle se mange verte et en hiver on la 
donne sèche aux bœufs qui travaillent; ils s’en trou- 
vent très bien, même quand ils ne mangent rien autre 
chose. » 

Sprengel a supposé qu'il s'agissait du Pamicum ap- 
pressum Lam. ou grossarium L., espèces qui ne sont 
mentionnées, ni par Delile, ni par Schweinfurth, ni 


1. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 14. 

2. Theophrasts Naturgeschichte der Gewächse überselzt und 
erläutert, ap. Fr. Woenig, op. laud., p. 134. 

3. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 53. — Boissier, 
Flora orientalis, t. I, p. 846. 

4. Historia plantarum, Nb. IV, cap. 8, 13. 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 41 


par Boissier; mais il peut bien se faire qu'il s'agisse 
d'un panicum, peut-être le P. paspaliodes Pers., (P. 
gemanatum Forsk.)}, ou du Saccharum aegyptiacum 
Willd.', plantes communes dans les marécages de 
l'Egypte. 


PET: 


- Plantes industrielles. 


À côté des céréales et des plantes fourragères, les 
plantes industrielles occupaient une place considérable 
dans l’agriculture égyptienne; la plus grande était 
prise par le lin. D'une origine incertaine, il avait sans 
doute été importé de l’Asie antérieure dans la vallée 
du Ni. Il y apparaît à l’époque la plus reculée. Les 
peiñtures tombales des Pharaons de la XIT° dynastie à 
Kom-el-Ahmar et à Béni-Hassan* nous font assister 
aux diverses scènes de sa récolte et au rouissage du 
lin, ainsi qu'au filage et au tissage de ses produits: il 
était à cette époque et probablement depuis longtemps 

.déjà employé à Ta. fabrication des étoffes. L'examen 
microscopique a montré que les tissus dont sont enve- 
loppées les momies étaient en pur lin’, et Hérodote 
nous apprend que les prêtres ne devaient porter que 


1. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 159 et 163. — 
Boissier, Flora orientalis, t. V, p. 436 et 454. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 97 et 101. — Victor Hehn, 
Die Kullurpflansens p. 161. 

3. Rosellini, Monumenti dell” Egitto, t. IX, pl. 35,41, 42. 

4. H. Brugsch, Ueber die ägyptischen Benennungen für 
Sindon und Byssus. (Allgemeine Monatschrift. Braunschweig, 
1854, in-8, p. 633.) 


42 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


des vêtements faits avec ce textile’. On a trouvé en 
quantité dans les anciennes tombes des capsules de 
cette plantesi utile. Unger a attribué celles qu’il a ob- 
servées à l'espèce commune (Linum usitatissimum 
L.)?; Schweinfurth, qui a étudié un grand nombre de 
graines de lin trouvées par Mariette à Drah-Abou'l- 
 Neggah, les considère, lui, comme appartenant à l’es- 
pèce à tige basse (L. Aumile Miller)’, qui n'est 
d’ailleurs peut-être qu'une variété plus pétite du L. 
usilatissimum. C'est une intermédiaire entre l'espèce 
et cette variété qui aujourd'hui est, dit-on, exclusi- 
vement cultivée en Égypte et en Abyssinie*. Sur trois 
graines de lin, conservées au musée de Berlin, Braun 
en a reconnu deux comme appartenant à l'espèce à basse 
tige, mais la troisième lui a paru se rapporter au lin à 
feuilles étroites (L. angustifolium DC.)*. C'est, parait- 
il, à cette espèce aussi qu'appartenaient la plupart des 
graines de lin trouvées par M. Flinders Petrie à Ka- 
houn° — 143 sur 163 —, tandis que les 20 autres, 
ainsi que les quatre capsules découvertes à Hawara’, 
se rapportent au Lémum humile. 


1. Jistoriae, Nb. Il, cap. 37. ” né 

2. Sitzungsberichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 128, et LIV 
(an. 1866), p. 46. 

3. Berichte der botanischen Gesellschaft, t. HT (1884), p. 360. 

4. Supplément à d'Ilustration de la Flore d'Égypte. (Mé- 
motres de l’Institut égyptien, t. II, 2e partie, p. 751). 

5. Die Pflansenreste des ägyptischen Museums in Berlin. 
(Zeitschrift für Ethnologie. Berlin, in-8, t. IX (an. 1877), 
p. 290.) Le Linum angustifolium croit spontanément du Cau- 
case à l’Atlantique. « 

Ë Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 50. 

8. Pline parle de quatre espèces de lin d’ Égypte, mais il 

s’agit seulement de formes locales sans importance : « Quatuor 


. 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 43 


Une plante aussi anciennement connue devait por- 
ter un nom indigène, suivant M. Victor Loret', elle 
s'appelait mähi dans la langue hiéroglyphique, déno- 
mination qui s'est conservée en copte. Le lin repré- 
sentait avec l'orge et le froment les principales cul- 
tures de l'Égypte pharaonique. « Son commencement, 
dit une inscription en parlant du champ d'Osiris*, est 
semé d'orge, son extrémité est semée d'épeautre et son. 
milieu est semé de lin». 

Les anciens Égyptiens connaissaientils d'autres 
plantes textiles que le lin? Le chanvre, son rival dans les 
pays tempérés, parait leur être toujours resté inconnu 
‘comme textile et même, quoi qu'on en ait dit”, comme 
stupéfiant; mais on trouve dans la vallée du Nil des 
malvacées dont ils ont pu utiliser les fibres, tel que 
l'Hibiscus, dont une espèce, le cannabinus, est cultivée 
de nos jours en Égypte’. Cependant rien ne nous dit 
qu'on en ait autrefois tiré parti. Il n’en a pas été ainsi 
d'une autre plante que Pline appelle gossipion où xy- 
lon ; le polygraphe latin en a donné une description”, 


ibi genera : Tanaticum ac Pelusiacum, Buticum, Tentyricum, 
cum regionum nominibus, in quibus nascuntur. » Lib. XIX, 
cap. 2. 

1. La Flore pharaonique, p. 107, n° 177. 

2. Victor Loret, Les fêtes d'Osiris au mois de Khoïak. 
(Recueil de travaux, t. IV, p. 24.) 

3. Unger a voulu y voir le népenthès donné par Polydamna 
à Hélène pour lui faire oublier ses maux passés, Sifzungs- 
berichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 110. 

3. P. Ascherson et G. Schweinfurth, Z{lustration de la Flore 
d'Egypte, s. v. Dans une communication faite, en 1891,- à la 
Société d'anthropologie et d'ethnogénie de Berlin, M. Schwein- 
furth a paru regarder comme très ancienne la culture de 
cette plante. Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 656. 

5. bib. XIX, cap. 2: « Superior pars Aegypti... gignit 
fruticem, quem aliqui gossipion vocant, plures xylon, et ideo 

D 


4% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


dans laquelle il est impossible de ne pas reconnaitre 
le cotonnier arborescent (Gossypium arboreum L.), 
plante de la même famille que l’Hibiseus. Cet arbuste, 
auquel Virgile fait allusion dans un vers bien connu des 
Géorgiques', est indigène dans l'Afrique intertropi- 
cale ; il n'y a donc rien de surprenant qu'on le rencon- 
trât dans la Haute-Égypte. 

Les contemporains des Pharaons ont-ils su utiliser 
cette plante textile? Pline dit que les prêtres égyp- 
tiens se servaient de préférence de vêtements en coton; 
H. Brugsch, de son côté, incline à croire que le shent 
ou tablier égyptien était fait d'une étoffe de même 
matière”; enfin des graines du Musée de Florence, 
trouvées par Rosellini dans un vase de Thèbes, ont été 
reconnues par Parlatore, qui les a examinées avec soin, 
comme appartenant au Gossypium arboreum’: 1 semble 
donc hors de doute que les anciens Égyptiens ont connu 
et probablement cultivé le cotonnier arborescent. Pol- 
lux, qui était originaire de la région, le dit expressé- 
ment*, et, comme Pline, il affirme qu'ils tissaient des 
étoffes avec l'espèce de laine que renferment ses fruits, 
mais peut-être ne l'ont-ils fait qu’assez tard, ce qui expli- 
querait l'absence de tissus en coton dans les tombes 
pharaoniques”?. 


lina inde facta xylina. Parvus est, similemque barbatae nucis 
defert fructum, cujus ex interiore bombyce lanugo netur; 
nec ulla sunt eis candore mollitiave praeferenda. » 

1. Nemora Aethiopum molli canentia lana. Lib. II, v. 120. 

2. Allgemeine Monatschrift, an. 1854, p. 652. 

3. Specie di cotoni, p. 16, ap. A. de Candolle, op. laud., p.326. 

4. Onomasticon, 1, 75, éd. Bekker. Berlin, 1846, in-8, p. 293. 
5. M. Victor Loret, op. laud., p. 105, dit, mais sans donner 
aucune référence ni date, qu’on a reconnu, en les examinant 
au microscope, que « quelques-unes » des bandelettes trouvées 


DE 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 45 


Outre les plantes textiles, les Égyptiens cultivaient 
aussi-un certain nombre d’autres végétaux pour en re- 
tirer l'huile ou les matières colorantes nécessaires aux 
usages domestiques où à l’industrie. Parmi les pre- 
miers se rangent, outre l'olivier et l'arbre à noix de 
ben, dont il sera question plus loin, le ricin et le sé- 
same; parmi les seconds, le carthame, le henné et 
l'indigotier. 

Le ricin (Ricinus communis L.) n'est point indigène 
en Égypte ; y a-t-il été anciennement connu ou cultivé? 
- Unger' a cru reconnaitre des plants de ricin dans des 
peintures de Thèbes et de Tell-el-Amarna*, et il affirme 
qu'il se trouve au musée égyptien de Vienne, ainsi que 
dans la collection Passalacqua, une graine de cette eu- 
phorbiacée ; il en existe aussi plusieurs au musée du 
Louvre”. Schiaparelli a également trouvé des graines 
de ricin àsDrah-Abou’I-Neggah, mais Schweinfurth en 
a mis en doute l’ancienneté*, et on ignore l’origine de 
celles du Louvre. Quant aux peintures de Thébes et de 
Tell-el-Amarna qui, d’après Franz Wænig”, représente- 
raient probablement des ricins, l’une, celle de Thèbes, 
est trop conventionnelle ou trop inéxacte pour qu'on 
puisse en tirer aucune conclusion, et l’autre, celle de 


dans les tombes égyptiennes étaient en coton: Unger, Sit- 
zungsberichte, t. XXXVIIT (an. 1859), p. 129, affirme, au 
contraire, que l'examen microscopique des étoffes, décou- 
vertes dans les hypogées pharaoniques, a montré qu’elles 
étaient en fil de lin et non en coton. 

1. Sitzungsberichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 127. 

2. Wilkinson, The manners of ancient Egyptians, t. I, 
p- 413, affirme aussi qu’on a trouvé le ricin dans des tombes 
de Thèbes. 

3. .Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 17, p. 188. 
. Botanische Jahrbücher, t. NII, p. 6. 

. Die Pflanzen im allen Aegypten, p.338. 


où + 


A 


46 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Tell-el-Amarna, représente certainement non un ricin, 
mais une vigne’. On ne saurait trouver là une preuve 
que le ricin ait été cultivé en Égypte au temps de l’an- 
cien empire ; toutefois il est vraisemblable qu'il l’a été 
à une époque reculée. 

Cette plante, qui, dans les pays chauds, devient ar- 
borescente et vivace — Dioscoride* compare le ricin à 
un figuier de petite taille* —, tandis que dans nos cli- 
mats elle est herbacée et annuelle, parait être origi- 
naire de l'Afrique tropicale‘ ; il n'y aurait donc rien de 
surprenant qu'elle eût pénétré de bonne heure dans la 
vallée du Nil. C’est aussi ce qui arriva; la mention faite 
des graines et de l'huile de ricin dans des recettes du 
papyrus Ebers prouve qu'on connaissait et qu'on culti- 
vait sans doute déjà cette plante sous la XIX° dynas- 

Un officier d’Apriès, pharaon de la XX VI°, Nes- 
her, gouverneur des provinces méridionales se vante, 
dans une inscription, d’avoir donné de l'huile de {egem, 
c'est-à-dire de ricin, pour l'éclairage du sanctuaire 
d'Éléphantine. A cette époque le ricin, — sxkxy- 
roisv, Comme l'appelle Hérodote, — devait être com- 
mun dans la vallée du Nil : « On le cultive, dit l’his- 


1. Il en est de même probablement de celle de Thèbes, 
tant elle ressemble à une vigne grossièrement dessinée. 

2. De materia medica, lib. IV, cap. 161 (154). 

3. Pline dit qu'il atteint la hauteur de l'olivier, lib. XV, 
cap. 7. J'ai vu à Vintimiglia des ricins qui avaient trois à 
quatre mètres de haut. 

4. A. de Candolle, op. laud., p. 340. 

5. Chabas, Notice du papyrus Ebers. (L'Egyptologie, t. I 
(an. 1876), p. 178). 

6. Paul Pierret, Ætudes éjyptologiques, fase. If, p. 23, lit 
« huile de l'arbre desher »..M. E. Revillout, Revue “éupioto- 
gique, t. II (an. 1882), p. 82, de « l'huile de /egem. » 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 47 


torien grec”, sau bord des cours d’eau et des étangs. » 
D'après lui, le fruit portait le nom de Atki; c'était 
celui qu’il avait aussi en copte*. Strabon”, ainsi que 
Dioscoride‘, attribuaient ce nom au ricin lui-même, et 
le premier affirme qu’on le semait dans les champs. Le 
nom hiéroglyphique du ricin {egem, tekam ou degam , 
atteste la haute antiquité de sa culture en Égypte et 
paraît bien indiquer qu'il n'y avait pas été importé 
par l'intermédiaire des Sémites. 

Pas plus que le ricin, le sésame (Sesamum indi- 
cum DC.) n’est indigène dans la vallée du Nil. # 


- quelle époque y a-t-il été importé? D'après A. de Can- 


o 


dolle cette plante oléagineuse est originaire des iles de 
la Sonde”; ce serait de là qu’à une époque préhisto- 
rique elle aurait passé dans l'Inde, d’où elle se serait 
ensuite répandue successivement dans la vallée de 
l'Euphrate et plus tard dans celle du Nil. Cette hypo- 
thèse n’a rien d’invraisemblable, mais il faut aire tou- 
tefois q@e toutes les espèces de sésame sont indigènes 
dans l'Afrique tropicale‘, et que par suite la variété 
cultivée pourrait bien venir de cette région. Le sésame 
porte en arabe le nom semsem ou simsim; faut-il y 
voir l'origine du mot hiéroglyphique skemshem, qui, 
d'après M. Victor Loret', désigne une plante dont les 


1. Historiae, Nb. IT, cap. 9%. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 49, n° 64. Dans 
la même langue, le nom de la plante est djismis. 

3. Geographica, lib. XVII, cap. 2, 5. 

4. De materia medica, Lib. IV, cap. 161. Il est surprenant 
que Dioscoride dise que le ricin portait le nom de Systanna 
en égyptien. 

5. Origine des plantes cullivées, p. 339. 

6. Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 659. 

7. La Flore pharaonique, p: 57, n° 91. 


48 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


graines se mangent, c’est-a-dire le sésame? S'il en était 
ainsi, le sésame serait venu en Égypte par l’intermé- 
diaire des Sémites. Toutefois comme le nom copte de 
cette plante, ofe', a une autre origine et qu'on ren- 
contre dans les textes hiéroglyphiques une plante 
appelée ake, dont onretirait de l'huile, le savant égyp- 
tologue lyonnais s'est demandé si ce mot ake ne dé- 
signerait pas le sésame; dans ce cas, l’existence de 
cette plante oléagineuse dans la vallée du Nil remon- 
terait nécessairement à une époque très reculée. Peut- 
être y avait-elle été introduite, comme le pense À. de 
Candolle, à la suite des expéditions des Ramessides 
dans la Mésopotamie, où sa culture parait avoir été 
très ancienne; mais ce n’est là qu’une supposition. 
- Unger* et Franz Wœænig” ont voulu voir des se- 
mences de sésames dans les petites graines dont un 
apprenti boulanger, sur une peinture du tombeau de 
Ramsès III, saupoudre un pain qu'on va mettre au 
four; mais si on se sert aujourd’hui de graines de cette 
plante pour cet usage, on en emploie également d’au- 
tres ; rien ne dit, ainsi que l’a fait remarquer A. de 
Candolle, qu’il n’en fût pas de même dans l'antiquité, 
et il est impossible de reconnaître à quelle espèce 
végétale appartiennent les graines des peintures de la 
XX° dynastie. Hérodote ne mentionne pas le sésame 
parmi les plantes de la vallée du Nil; Théophraste, 
qui revient à plusieurs reprises sur les caractères de 
cette plante, en particulier sur la forme de sa tige et 


1. Cette forme est indiquée par M. Loret; Kircher, Lingua 
aegypliaca resliluta, p. 194, donne pi-phaki. 

2. Silzungsberichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 112. 

3. Die Pflanzen im allen Aegypten, p. 178. 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE 49 


de ses fruits, sur son inflorescence', ne nous apprend 
rien sur les contrées où on la cultivait. Mais Pline? 
l'indique en Égypte; il en est de même de Diosco- 
ride. 

Si on est si peu renseigné sur la culture du sésame 
dans la vallée du Nil, de nombreux documents, au con- 
traire, nous font connaître celle dont le carthame{Car- 
thamus tinctorius L.) y était l’objet; mais si les habi- 
tants du pays retiraient aussi de l'huile de ses graines”, 
c'était surtout à cause de ses propriétés colorantes qu'ils 
_cultivaient cette composée. D'où l’avaient-ils reçue, 
ainsi que les autres peuples de l’ancien monde ? Le car- 
thame n’a été trouvé nulle part à l’état spontané, mais 
A. de Candolle incline à le croire originaire de l'Ara- 
bie*. Quoi qu'il en soit, cette plante fut connue de bonne 
heure en Égypte, M. Schiaparelli a trouvé dans une 
tombe de Shéikh Abd-el-Gournah, qui remonte à la 
XIX° dynastie, un fragment d'une guirlande formée 
de feuilles de saule entremêlées avec des fleurs de 
carthame®. La momie d'Amenhotpou I, découverte en 
1881 par M. Maspero à Deir-el-Bahari, portait sur la 


1. Historia plantarum, lib. VII, cap. 3. 

2. Historia naturalis, Gb. XV, cap. 7, 5. 

3. De materia medica, lib. IT, cap. 121. 

k. « Maxime celebrant (Aegypti) cnicon, Italiae ignotam, 
ipsis .autem oleo, non cibo, gratam : hoc faciunt e semine 
eius. » Pline, lib. XXI, cap. 53. 

5. Origine des plantes cultivées, p. 131. G. Schweinfurtn, 
Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 665, le regarde 
comme venant de la Syrie ou de l'Arménie, où croit à l’état 
sauvage le Carthamus flavescens W., le type peut-être de 
l'espèce cultivée. 

‘6. Botanische Jahrbücher, t. VII (an. 1886), p. 9. — Bul- 
lelin de l'Institut égyptien, n° 6 (an. 1886). p. 280. 


Æ 


I. 


20 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


poitrine une couronne semblable’, dont les fleurs 
avaient conservé presque tout leur éclat. Enfin le mot 
nasi ou nashi, rencontré par Dümichen dans une ins- 
cription hiéroglyphique*, désigne une plante dont une 
partie de la fleur servait à teindre eu rouge. M. Victor 
Loret veut, non sans raison, y voir le carthame”*. Or le 
même mot, avec l'orthographe nas, se retrouve dans 
une inscription de la pyramide du roi Téti, qui appar- 
tenait à la VI° dynastie‘. Si ce vocable n4s(i) est bien 
le nom du carthame, on à là une preuve de l’époque 
reculée à laquelle cette plante aurait été connue en 
Égypte. Pline, qui donne au carthame le nom de cni- 
cos, distingue deux espèces de cette plante précieuse, 
la sauvage et la cultivée; la graine, ditl, en est 
blanche, grosse et amère. Cette graine fournissait aux 
habitants de la vallée du Nil une huile estimée, tandis 
que de la fleur on retirait la couleur rouge dont leur 
industrie avait besoin. 

Un arbuste, « l'arbre au henné » — Shagarat-el- 
Henné des Arabes — (Lawsonia inermis L.), leur don- 
nait une couleur d'un rouge orange non moins recher- 
chée. Cette lythrariée, qui peut atteindre trois à quatre 
mètres de haut, a des feuilles lancéolées, semblables 


à celles de l'olivier, mais plus larges, moins rigides et 


plus vertes, opposées et serrées contre la tige, avec 
des fleurs à quatre pétales blancs, réunies en corymbe 


1. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 70. — 
Berichle der botanischen Gesellschaft, t. II (an. 1884), p. 365. 

2. Geographische Inschriften allägyptischer  Denkmäler. 
(H. Brugsch, Recueil de monuments égyptiens. Leipzig, t. IV 
(an. 1886), pl. 90.) 

3. La Flore pharaonique, p. 66, n° 108. 

4. G. Maspero, La Pyramide du roi Tité. (Recueil de tra- 
vaux. t. V (an. 188%), p. 50). Cf. Victor Loret, op. laud., p. 67. 


ou 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. o1 


à l'extrémité des rameaux et d'une odeur délicieuse; 
elle se rencontre dans toute la région, qui s'étend de 
l'Inde à la Nubie, sans qu'on puisse dire quel est au 
juste son pays d’origine"; Emin Pacha a cru la trouver 
à l’état spontané, à l’est de Latouka au 4° degré de 
latitude septentrionale* ; mais Schweinfurth a mis en 
doute cette découverte, et il inclinerait à faire venir le 
henné de la Perse”, où il aurait été importé de l'Inde 
antérieure. En 1820, Minutoli en trouva des feuilles 
dans des tombes antiques*; M. Maspero a découvert à 
son tour des boutons et des fleurs épanouies de Larw- 
sonia dans les hypogées probablement peu anciens, il 
est vrai, de Gébéleïn”, et plus récemment M. Flinders 
Petrie en a trouvé aussi des fragments dans la nécro- 
pole gréco-romaine de Hawara°. 

Théophraste ne parle pas du Lawsonia ; Dioscoride”, 
qui l'appelle irc et l’a très bien décrit, dit qu’il réus- 
sissait surtout à Canope, et Pline* vante le parfum 
qu’on fabriquait dans cette ville avec ses fleurs. L'arbre 
au henné portait dans la langue hiéroglyphique le nom 
de pouger, hébreu kopher par transposition de lettres, 
en copte koupher ou kouper; M. Victor Loret” y voit 
l'origine probable du nom grec x5r9cs et peut-être de 
l'arabe faghou ou faghiah. Le mot persan Lenné désigne 


1. A. de Candolle, Origine des pläntes cullivées, p."110. 
2. Percy Newberry, ap. Flinders Petrie, ÆZäwara, Biahmu 
and Arsinoë, p. 50. 
Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 658. 
Reise zum Tempel des Ammon, p. 350. 
. Berichte der botanischen Gesellschaft, t. IT(an.1884),p.360. 4 
. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 50. 
. De materia medica, lib. [, cap. 124. 
. Iistoria naturalis, Gb. XIT, cap. 51. 
. La Flore pharaonique, p. 80, n° 134. 


52 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


la poudre rouge orange obtenue avec les feuilles dessé- 
chées et broyées du Lawsonia ; Prospero Alpini, qui en 
parle, la nomme archenda'. Avant lui Pierre Belon 
avait aussi remarqué le Lawsonia, « petit arbre 
d'Égypte tousiours verd qui teinct en rouge » et dont 
les habitants, qui le nomment Æenne ou Alcanna, dit- 
il”, « font de beaux petits bois taillis ». 

Le Lawsonia fut peut-être cultivé dans l’ancienne 
Égypte autant pour le parfum de ses fleurs que pour 
la couleur qu'on extrayait de ses feuilles; l'indigotier 
ne le fut que pour cette dernière raison. Quel est le 
pays d’origine de cette plante? Elle n’est pas indi- 
gène en Égypte; mais une espèce à feuilles argentées, 
l’Indigofera argentea L., croit spontanément dans 
l’'Abyssinie, ainsi qu'au Kordofan et à Sennaar *; peut- 
être a-t-elle été importée de l’une de ces contrées dans 
la vallée du Nil. Un texte hiéroglyphique, relatif à la 
teinture, fait connaître le nom égyptien de l’indigo; il 
s'appélait dinkon, mot qui signifie littéralement « qui 
chasse les tranchées », propriété astringente attribuée 
par Dioscoride à l’indigo‘. M. Victor Loret a voulu 
voir dans le vocable dnkon l’origine du nom grec 
Wwèuév, latin #rdicum, donné par les anciens à l'in- 
digo”; pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que les Grecs 


1. De plantis aegyptiacis, cap. XII, p. 46. Alpini donne au 
henné les noms de « troène égyptien », e/hanne, tamarhendi 
ou « alcanna d'Avicenne. » | 

2. Les observations de plusieurs singularités et choses mémo- 
rables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Egypte, Arabie el autres 
. pays étranges. Paris, 2e éd., 1554, in-fol. Livre If, chap. LXxIT, 
p. 39. 

3. A. de Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 109. 

4. De materia medica, Lib. V, cap. 107. 

5. La Flore pharaonique, p. 90, n° 150. Dans cette hypo- 


L'AGRICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 53 
eussent reçu d'Égypte cette plante tinctoriale, ce qui 
n'est rien moins que prouvé. 

Le dinkon, qu'on trouve mentionné plusieurs fois dans 
les papyrus médicaux, a été connu et peut-être cultivé, 
anciennement, dans le pays de Qimit; Pickering 
a supposé que les pains cylindriques de couleur azu- 
rée qu'on voit, sur plusieurs peintures pharaoniques, 
portés solennellement dans des corbeilles, étaient de 
l'indigo'. D'où était-il apporté en Égypte? Probable- 
ment de l’Abyssinie, de l'Éthiopie ou de la Nubie, où 
il croit spontanément; mais son nom moderne xl, dé- 
rivé du sanscrit #14, fait supposer qu'après avoir été 
importé de ces régions dans l'antiquité, il l’a été de 
l'Inde au moyen âge et peut-être déjà à l’époque gréco- 
romaine. 


. 


thèse, le mot dinkon aurait été transformé en indicon par 
une étymologie populaire. 
1. The races of man, p. 375. 


2 


CHAPITRE III. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE 


La culture des jardins n'occupait pas dans la vie des 
Égyptiens une place moins considérable que celle des 
champs; tandis que la dernière leur procurait les cé- 
réales et les plantes industrielles, la première leur 
fournissait les plantes potagères, non moins néces- 
saires que les céréales à l’alimentation. Si les sujets : 
des Pharaons n'avaient pas un régime aussi exclusi- 
vement végétal que l’adit Pline’, les légumes entraient 
cependant, avec les produits des céréales, pour une 
très grande part dans leur alimentation; les graines 
de quelques légumineuses, les racines ou les feuilles 
de plusieurs alliacées ou crucifères, les fruits de cer 
taines cucurbitacées étaient recherchés par eux ; aussi 
les cultivaient-ils avec un grand soin dans leurs po- 
tagers ou leurs vergers. 

Les plantes potagères, comme nous le montrent les 
peintures des hypogées, étaient cultivées en plates- 
bandes ou carrés, situés à proximité d’une pièce d’eau, 
où l’on pouvait puiser l’eau nécessaire pour les arro- 


1. {istoria naturalis, lib. XXI, cap. 15 (50). 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 6h) 


ser'. Il nous est impossible d’énumérer toutes les 


plantes qu’on trouvait dans les potagers égyptiens, 
mais le nombre des espèces que nous ont fait con- 
naître les monuments ou les anciens textes est déjà 
considérable; parlons d’abord des légumineuses, dont 
les graines étaient un élément important de l’alimen- 
tation des Égyptiens. 

Une de celles qui furent le plus anciennement con- 
nues et peut-être, quoique Hérodote, par une confusion 
d'espèces”, ait dit le contraire, le plus généralement 
cultivées, est la fève ; parmi les offrandes funèbres dé- 
couvertes par Mariette à Drah-Abou’l-Neggah (XII° dy- 
nastie), Schweinfurth areconnu deux fèves, absolument 
semblables à la petite race que de nos jours on cultive 
sur une si vaste échelle en Égypte”. M. Flinders Petrie 
a également trouvé des fèves dans la nécropole de Ka- 
houu“ qui, comme les tombes de Drah-Abou'l-Neggah, 
remonte à l'époque de la XII dynastie. Aïnsi trois 
mille ans avant notre ère la fève existait en Égypte; 
elle n’y est pas indigène; d’où était-elle venue ? L'ori- 
gine de cette légumineuse est obscure, comme celle de 
tant de plantes cultivées, mais il semble bien que son 
berceau se trouve dans la région située au sud de la 
_mer Caspienne*. De là elle se sera, à une époque re- 
culée, répandue dans l'Asie antérieure, d’où les Égyp- 
tiens l'ont reçue ou importée, au temps de leurs pre- 
mières relations avec la Syrie. 

C’est de l'Asie antérieure aussi, où elle paraît avoir 


. Rosellini, op. laud., t. IT, pl. XL, 1. 

Historiae, Hb. IT, cap. 37, 6. 

Berichte der botanischen Gesellschaft, t. II(an.1884), p.362). 
4. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

5. A. de Candolle, op. laud., p. 256. 


OS 19 


35 LES PLANTES CIEZ LES ÉGYPTIENS. 

été cultivée à une époque préhistorique”, et où une 
espèce voisine (Lens Schnitispahni Alefeld) croit à 
l'état sauvage”, que la lentille (Lens esculenta Mœnch) 
pénétra en Égypte, à une époque reculée. Parmi 
les offrandes funéraires trouvées, dans des coupes 
en terre cuite, à Drah-Aboul-Neggah, on aper- 
coit des espèces de gâteaux composés de lentilles 
réduites en une bouillie grossière. Ces lentilles incom- 
plètement écrasées ont paru à Schweinfurth ne différer 
en rien de l'espèce cultivée encore de nos jours dans 
la vallée du Nil”. On vient d'en trouver une graine, 
mêlée à deux fragments d’un fruit de genévrier, au 
musée du Louvre‘. Les lentilles paraissent avoir été 
appelées arshana dans la langue hiéroglyphique; ce 
nom apparait d’abord sous la XIX° dynastie; c’est le 
copte arshin*. À l'époque des Ptolémées on semble 
avoir cultivé en grand ce légume dans le Delta; 
Phacussa, la ville des lentilles, du grec oxés, leur 
devait son nom°. Pline dit qu'il y avait en Égypte deux 
espèces de lentilles”: l’une qui avait la forme de l’es- 
pèce ordinaire, l’autre plus ronde et plus noire. 

Les lentilles et les fèves si répandues dans l'anti- 
quité n'étaient pas les seules légumineuses que con- 
nussent ou cultivassent les sujets des Pharaons; 
M. Flinders Petrie a découvert dans la nécropole de 
Kahoun* une variété de petits pois (Pesum satioum L.), 


1. A. de Candolle, op. laud., p. 258. 

2, Engler, ap. Victor Hehn, Die Kulturpflanzen, p. 215. 

3. Berichte der botanischen Gesellschaft, t. Il, p. 362. 

&. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 25, p. 192. 

5. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 93, n° 156. 

6. Victor Hehn, Die Kulturpflanzen, p. 209. 

7. Historia naturalis, lib. XVIII, cap. 30. 

8. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50, 1. M. Flinders Petrie 


L'HORTICULTURE DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE. 91 


moins grosse que l'espèce cultivée aujourd'hui. Il l’a, 
ce qui est moins surprenant, retrouvée également 
dans le cimetière de Hawara. Cette légumineuse si 
recherchée était donc déjà connue dans la vallée du 
Nil dès le temps de la XII° dynastie. Elle y avait 
sans doute été importée de l'Asie antérieure, son ber- 
ceau peut-être, encore qu'elle ne s’y trouve plus à 
l'état spontané”. 

Ainsi que le petit pois, les anciens Égyptiens pa- 
raissent avoir cultivé le pois chiche (Cicer arietinumL. 
et une espèce de Lupin — le Lupinus termis Forsk. 
— On ne connaît pas le pois chiche à l’état spon- 
tané. A. de Candolle suppose qu'il est peut-être origi- 
naire de la région située au sud du Caucase et au nord 
de la Perse”; c’est de là qu'il serait passé en Égypte; 
on l'y cultivait à l’époque gréco-romaine. M. Flinders 
Petrie en a trouvé des graines dans la nécropole de 
Hawara*, qui date du 1°’ siècle de notre ère. M. Vic- 
tor Loret* a cru pouvoir supposer que le pois chiche 
portait en ancien égyptien le nom de arsha. 

Indigène, il semble, dans les sables de la région mé- 
diterranéenne”, le lupin (Lupinus termis Forsk.), a sans 


a aussi trouvé à Kahoun une graine de pois, que M. Percy 
Newberry n’a pu déterminer; serait-ce la var. elalius, de 
l'espèce cultivée, que Schweinfurth (Z{lustration de la Flore 
d'Egypte, p. 69) indique dans le Delta ? 

1. On en a trouvé aussi une espèce plus petite dans les 
stations lacustres de la Suisse et de la Savoie. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 263. 

3. Origine des plantes cultivées, p. 260. 

4. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 53. 

5. La Flore pharaonique, p. 92, n° 152. 

6. A. de Candolle, op. laud., p. 261. — Schweinfurth (//lus- 
tation de la Flore d'É ‘qypte, p. 60) le regarde seulement 
comme subspontané en Ég gypte. 


DS LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


doute aussi, comme le pois chiche, été cultivé dans 
l'Égypte ancienne, ainsi qu'il l’est aujourd’hui, où on 
mange ses graines cuites, après les avoir fait macérer 
quelque temps dans de l’eau salée. M. Flinders Petrie 
en a découvert de nombreuses graines dans la nécro- 
pole gréco-romaine de Hawara'; mais on n'a pas 
trouvé de restes authentiques de cette légumineuse 
dans les tombes pharaoniques. 

Le cajan (Cajanus indicus L.) a été, tout au con- 
traire, reconnu par G. Schweinfurth parmi les restes 
végétaux trouvés par Mariette à Drah-Abou'l-Neggah ; 
l'existence de cette papilionacée frutescente en Égypte 
remonte donc au moins à l’époque de la XIT° dynastie”. 
Elle y avait sans doute été importée de l'Afrique tro- 
picale, où elle croît spontanément”; Schweinfurth as- 
sure même qu'on la rencontre à l’état sauvage dans la 
Haute-Égypte. On Ja cultive encore de nos jours dans 
la Nubie et au Soudan, à cause de ses graines, qui 
ressemblent aux petits pois, mais n’en ont ni le goût, 
ni les qualités nutritives. 

En même temps qu'ils cultivaient ces légumineuses 
pour leurs graines alimentaires, les anciens Égyptiens 
cultivaient pour leurs fruits d'autres espèces végé- 
tales, en particulier diverses espèces de cucurbita- 
cées. Une des plus anciennement connues et plantées 
dans la vallée du Nil, à été la pastèque (Cotrullus 
vulqaris Schrad.); originaire de l'Afrique intertropi- 
cale“, recherchée par les indigènes de cette région, 


1. Kahun, Gurob and Hawara, p. 47, 2. 

2. Berichte der botanischen Gesellschaft, t. IT, p. 363. 

3. A. de Candolle, op. laud., p. 267, dit par erreur que la 
culture en est toute moderne en Egypte. 

&. G. Schweinfurth, Beiträge sur Flora Aethiopiens. Berlin, 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. H}) 


elle ne pouvait manquer de pénétrer de bonne heure 
en Égypte, et c'est de là peut-être qu'elle s’est ré- 
pandue dans l'Asie antérieure et l'Europe méridio- 
nale. Unger a cru reconnaitre des fruits de cette 
plante parmi les offrandes funèbres représentées dans 
plusieurs hypogées'". Onsen voit bien un, il semble, 
dans la tombe n° 17 de Saqqarah, qui date de la IV* dy- 


nastie’. Dans le cercueil du prêtre Nebseni, décou- 


vert en 1881 à Deir-el-Bahari, monument contempo- 


rain de la XX° dynastie, se trouvaient des fragments 


de feuilles d’une cucurbitacée, que Schweinfurth a 
identifiée avec la variété colocynthoides du Citrullus 
vulgaris”, variété cultivée de nos jours, sous le nom de 
qouiourma dans la Haute-Égypte. Ces feuilles ramol- 
lies dans de l’eau tiède ont pu être étalées sans peine 
sur le papier et se sont fait remarquer par leur vive 
couleur verte. On a découvert aussi des graines de 
pastèque-dans une tombe pharaonique, mais d'une date 
postérieure. Dans la collection Passalacqua se trouvent, 
sous le n° 459, des graines d’une cucurbitacée que 
Kunth n’a rattachée à aucune espèce particulière”, 
mais que Braun regarde comme appartenant au C1- 
trullus vulgaris”. La pastèque, nous le savons par le 
témoignage de la Bible, était cultivée en Égypte dès 
le temps de Moïse°. Il existe en ancien égyptien une 


1877,in-8, p. 250. Engler, ap. V. Hehn, Xullurpflanzen, p.312. 

1. Sitsungsberichte, ete., t. XXXVIIT (an. 1859), p. 12%. 

2. Lepsius, Denkmäler, t. IF, pl. 68. 

3. Berichte der botanischen Gesellschaft, t. II, p. 361. 

4. Catalogue raisonné et historique des antiquités décou- 
vertes en Egyple. Paris, 1826, in-8, p. 229. 

5. Ueber Pflansenreste. (Zeitschrift für Ethnologie). Berlin 
1877, t. IX, p. 303.) 

6. Numeri, cap. XI, v. 5. 


60 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


plante du nom de bettou-ka'; il est difficile de ne pas 
y voir l’origine du copte betuke, ar. bathkh: pastèque. 

Les anciens Égyptiens ont-ils possédé aussi le me- 
lon (Cucumis melo L.)? Unger a cru le reconnaitre, 
tout aussi bien que la pastèque, dans de nombreuses 
peintures de monuments antiques”; on n’a pas découvert 
toutefois de restes de cette plante dans les tombes égyp- 
tiennes avant l’époque gréco-romaine; mais M. Flin- 
ders Petrie en a trouvé une fleur dans la nécropole de 
Hawara*; le melon existait done dans la vallée du Nil 
au 1° siècle de notre ère. D'où y avait-il été importé? 
Également indigène en Afrique et en Asie, dans toute 
la région des tropiques", il avait donc pu être introduit 
en Égypte, soit de la vallée supérieure du Nil, soit de 
l'Inde ; mais on ignore à quelle époque. 

Ainsi que le melon, Unger a cru aussi reconnaître le 
concombre chate (Cucumis chate L.) dans les pein- 
tures d'anciens monuments égyptiens, en particulier. 
dans celles du temple de Deir-el-Bahari; toutefois il n’est 
pas, comme il le dit”, fait mention dans l’Exode de cette 
cucurbitacée, mais du concombre ordinaire. Le melon 
chate ressemble par le goût et la forme au concombre, 
mais ses feuilles et ses fleurs le rapprochent du melon 


s 


1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 73, n° 125. 
Comme le copte betuke est traduit dans les Scalae par auber- 
gine sauvage, M. V. Loret s’est demandé si le mot hiérogly- 
phique betlou-ka n'avait pas la même signification, mais 
comment ce mot aurait-il pu désigner une plante étrangère 
à l’ancienne Egypte? Il faut ajouter que Kircher donne à la 
citrouille le nom de mapiepon et non celui de betuke. 

2. Sitzungsberichte, etc., t. XXXVIIE (an. 1859), p. 124. 

3. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 52. 

4. A. de Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 208. — 
Engler, ap. Victor Hehn, op. laud., p. 312. 

5. Sitzungsberichte, t. XXXVIIT (an. 1859), p. 124. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 6 


commun. Le nom arabe du cucumns chale est qalta, 
dont chate semble être une simple déformation; or 
M. Victor Loret a cru retrouver l’analogue de ce vo- 
cable dans l’ancien égyptien gadi, qui signifie une 
plante « poussant sur son ventre », et il se demande 
_sice mot ne désignerait pas le melon chate'; mais 
comme gassa, autre forme de gatta, a été employé 
pour désigner le concombre, on voit qu'il est difficile 
de se prononcer sur l'existence du melon chate dans 
l’ancienne Égypte. 

Celle du concombre (Cucumis sativus L.) y a été 
mise hors de doute, grâce à la découverte faite à 
Kahoun par M. Flinders Petrie de feuilles et de tiges 
de cette cucurbitacée?; elle existait donc dans la 
vallée du Nil dès le temps de la XII dynastie. D'où 
y était-elle venue? À. de Candolle croit que la patrie 
du concombre se trouve au nord-ouest de la presqu'ile 
hindoustanique”* ; de là il aurait été apporté, sans doute 
par les Touraniens, dans l'Asie antérieure, d’où il aurait 
passé en Égypte: on voit combien sa propagation vers 
l'occident a été rapide. On a cru que le concombre 
portait en ancien égyptien le nom de shoupi* — copte 
shop”; — mais le sens du mot hiéroglyphique n’est 
pas entièrement certain ; il est donc impossible de rien 
affirmer sur ce point. 

Une autre. plante de la famille des cucurbitacées, la 
calebasse (Lagenaria vulgaris Ser.), se rencontre fré- 
quemment parmi les offrandes funéraires des hypogées 


. La Flore pharaonique, p. 75, n° 128. 

. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

. L'origine des plantes cultivées, p. 211. 

. Victor Loret, op. laud., p.75, n° 129. 

. Kircher, op. laud., p. 197, donne la forme pi-shopi. 


O1 + CO D 


62 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


égyptiens; on en à trouvé, en particulier à Drah- 
Abou'l-Neggah', des fruits qui sont ainsi contempo- 
rains des Pharaons dela XIT° dynastie. Unger* et Franz | 
Woenig* ont cru aussi reconnaitre une tige de cale- 
basse dans une peinture de Thèbes. L'existence de cette 
cucurbitacée dans l’ancienne Égypte paraît donc pro- 
bable; si elle est, comme le suppose A. de Candolle*, 
originaire de l'Inde, son introduction dans la vallée du 
Nil prouverait à quelle date reculée remontent les 
relations et les échanges de ce pays avec la péninsule 
hindoustanique *. 

Tandis que les cucurbitacées ont été cultivées en 
Égypte pour leurs fruits, diverses espèces d’aulx et : 
de cruciferes l’étaient, comme chez nous, pour leurs 
racines. La plus répandue et peut-être la plus ancien- 
nement connue était l’oignon (A//um cepa L.). La 
patrie de l'oignon est incertaine, mais il n’est point 
indigène dans la vallée du Nil: de quel pays y avait- 

il été importé ? On paraît l'avoir trouvé à l’état sauvage 
dans l'Afghanistan et le Béloutchistan et Boissieren a 
reçu un échantillon des montagnes du Khorassan° 

Hasselquistl'a même rencontré aux environs de Jéricho’, 
mais il est douteux qu'il y fût spontané. Quoi qu’il en 


1. G. Schweinfurth, Berichte der botanischen Geseseie 
Al AD-3617 

2. Sitzungsberichte, t. XXX VIII (an. 1859), p. 125. 

3. Die Pflanzen im allen Aegypten, p. 206. 

4. Origine des plantes cultivées, p. 196. 

5. Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, 
p. 656, semble indiquer une autre espèce de cucurbitacée, la 
Lufja cylindrica Ser., comme anciennement cultivée en 
Égypte, mais il ne donne aucun renseignement détaillé à ce 
sujet. 

6. A. de Candolle, op. laud., p. 54. 


= 


7. Voyage en Palestine, ap. Franz Woenig, 0p.laud., p. 194. 


L'HORTICULTURE DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE. 63 


soit, l'oignon parait originaire du plateau de l'Iran; 
de là il s’est répandu dans tout le sud-ouest de l'Asie 
antérieure et en Égypte. Il y était connu dès la plus 
haute antiquité. Si l’on en croit Hérodote’, il aurait 
été cultivé sur les bords du Nil plus de trois mille ans 
avant notre ère. 

Les Égyptiens firent de temps immémorial une 
grande consommation de cette alliacée, qui était dans 
leur pays de qualité supérieure. L’estime en laquelle 
les sujets des Pharaons tenaient l'oignon explique le 
rôle considérable qu'il occupait dans les offrandes 
divines ou funéraires. Unger parle d’un oignon trouvé 
dans la main d’une momie”; mais il ne dit pas à quelle 
époque cette dernière remontait, ce qu'ileùt mieux valu 
nous apprendre que de rechercher si l'oignon que tenait 
cette momie eût pu repousser. On n'a pas encore re- 
trouvé, dans les texte égyptiens, d'une manière cer- 
taine, le nom hiéroglyphique de l’oignon; mais comme 
le signe qui représente cette plante se prononce houdy, 
M. Victor Loret* s'est demandé si ce vocable ne serait 
pas le nom, ou l’un des noms, de l'oignon. En hébreu il 
s'appelle beze/, ar. basal; on peut rapprocher de ce 
vocable le mot badjar que M. Maspero à lu, dans un 
tombeau de Thèbes, écrit à côté d’un personnage qui 
porte une botte d'oignons. 

Les oignons sont une des plantes qu'on rencontre le 
plus souvent sur les monuments de l’ancienne Égypte. 


1. L'Asie antérieure, dit Schweinfurth, Zeitschrift für 
Ethnologie, an. 1891, p. 666, a des droits particuliers pour 
être leur patrie. 

2. Iistoriae, lib. Il, cap. 125. 

3. Sitzungsberichte, etc., t. XXXVIIT (an. 1859), p. 108. 

3. La Flore phuraonique. p. 37, n° 42. 


6% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Une peinture de Béni-Hassan nous fait assister à leur 
récolte; un jardinier les arrache et en fait des bottes 
de quatre à six pieds chacune ; c'était ainsi sans doute 
qu'on les portait au marché. Sur un bas-relief de 
Saqqarah, reproduit en gypse dans le Musée égyptien 
de Berlin”, on voit une marchande, qui se rend à la 
ville, portant une corbeille de légumes sur la tête et 
trois bottes d'oignons garnis de leurs feuilles sur 
l'épaule. 

Les artistes égyptiens paraissent avoir adopté trois 
types différents pour la représentation de l'oignon; 
tantôt ils lui donnent des feuilles courtes et étroites, 
qui enveloppent jusqu'à sa moitié la tige comme d’une 
gaine ; d’autres fois ils le figurent avec de longues 
feuilles renflées et des bulbes arrondis, mais quelque 
peu anguleux, ou encore avec un bulbe obovale et une 
tige longue et cylindrique. M. Franz Woænig* regarde 
la première forme comme étant celle de l’ail propre- 
ment dit (A/lium sativum L.); la seconde, à ses yeux, 
représente la ciboule {Z2polle) ou oignon d'été (4. 
cepa L.), et dans la troisième il veut voir l’échalote 
(A. ascalonicum L.). Unger avait cru aussi dans la 
dernière reconnaître cette alliacée. Mais l’échalote 
n’a été trouvée dans aucune tombe et n’est mentionnée 
dans aucun texte hiéroglyphique ; elle ne se rencontre 
même pas de nos jours dans la vallée du Nil; il est 
douteux qu’on l’y ait jamais cultivée. Elle ne parait 
d’ailleurs être qu'une forme modifiée et persistante ou 
une race de l'oignon, et A. de Candolle* ne croit pas 


1. Rosellini, Monumenti civili, t. II, pl. 40. 
2. Franz Wœnig, op. laud., p. 196. 

3. Die Pflanzen im allen Aegypten, p. 197. 
4. Origine des plantes cullivées, p. 52. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 65 


qu'elle remonte pis haut qu'au commencement de 
notre ère. Quant à l'échaloigne (Ascalonia) de Théo- 
phraste ‘et de Pline * ce n’était qu’une variété d'oignon, 


. quine parait avoirrien de commun avec notre échalote. 


Reste l'ail. Hérodote en mentionne l'existence en 
Égypte dès le temps de l’ancien empire‘; la Bible, du 
temps de Moïse‘; le Talmud en parle souvent; Pline 
aussi en fait mention et aujourd’hui encore cette plante 
est une de celles qu’on cultive le plus dans la vallée 


du Nil: d’où y a-t-elle été importée? On l'ignore, 


mais comme elle pourrait bien n'être qu'une variété 
cultivée, ainsi que le suppose A. de Candolle’, de 
diverses espèces d’aulx mal définies qu'on rencontre 
depuis la Tartarie jusqu'en Espagne, cette plante 
serait encore venue de l'Asie antérieure dans l’ancienne 
Égypte, où l’on ne peut douter qu’elle ait existé. Schia- 
parelli a trouvé dans ure tombe de l'Assassif près 
Thèbes, un faisceau de tiges d'un A//um, garnies 
encore de feuilles; l’examen microscopique a montré 
au Dr. Volkens que, malgré les différences qu’elles 
présentaient, ces tiges appartenaient à l'ail propre- 
ment dit. L'égyptologue italien a également découvert 


. Historia plantarum, Db. VIT, cap. &, 11. 
. Historia naturalis, lib. XIX, cap. 32. 

. Historiae, lib. IT, cap. 125. 

. Numeri, cap. XI, v. 5. 

. Origine des plantes cultivées, p. 52. 

. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6, p. 274. — Bola- 
nische Jahrbücher, t. VII, p. 10. Dans le Bulletin, Schwein- 
furth dit que « le tissu de la tige de l’ancien A/lium correspond 
entièrement avec celui du poireau, mais diffère sous des 
rapports essentiels de l’ail. » Dans les Jahrbücher, on lit, au 
contraire : « Dr. Volkens kam schliesslich zu dem Ergebniss, 
dass diese Pflanze... dem Knoblauch (A. Sativum L.), 
angehôürt. » 


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66 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


dans un des tombeaux de Drah-Abou’l-Neggah trois 
paquets formés de tiges et de feuilles du même A//um, 
pelotonnées sur elles-mêmes et attachées au moyen de 
fibres de feuilles du dattier’. 

Schweinfurth avait pris d'abord l’A//Zum de l’Assassif 
pour le poireau (A/lium porrum L.); cette espèce fut 
aussi anciennement cultivée en Égypte, comme nous 
le savons par le témoignage de la Bible”, et Pline dit 
que le poireau d'Égypte était supérieur à celui de 
toutes les autres contrées”. On avait cru que le poi- 
reau n’était point mentionné dans les textes hiérogly- 
phiques; mais, d’après M. Victor Loret', il en est 
question, sous le nom aagi — le copte eshé, 1qi ou 
idji — dans plusieurs papyrus. L’A/lium porrum n'est 
point indigène dans la vallée du Nil: de quelle région y 
avait-il été introduit ? Le poireau paraît n'être qu’une 
variété cultivée de l'Allium ampeloprasum L., com- 
mun dans l’Asie antérieure et la région méditerra- 
néenne*; c'est probablement de ces contrées qu'il 
aura été importé en Égypte. 

Les différentes espèces d’aulx sont plutôt des condi- 
ments que des aliments véritables ; une plante à racine 
vraiment comestible, et qui, indigène dans la vallée 
du Nil, y fut peut-être aussi cultivée dès une haute 
antiquité, comme elle l’est de nos jours, est le souchet 
esculent (Cyperus esculentus L.); il y a au musée de 
Boulaq une coupe remplie de bulbes de cette cypéracée, 


1. Bulletin, n°6, p.275. Botanische Jahrbücher, t. VII, p. 10. 

2. Numeri, cap. XI, v. 5. 

3. « Laudatissimus in Aegypto. » Æist. naturalis, lib. XIX, 
Cap. 33. 

4. Recueil de travaux, etc., t. XVII, p. 181. 

5. A. de Candolle, op. laud., p. 81. 


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L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 67 
. 


que Mariette a probablement trouvée à Drah-Abou'l- 
Neggah, dans un tombeau de la XIJ° dynastie’. On a 
également découvert des bulbes de la même plante à 
Gébéleïn*, dans une tombe qu'on a supposé être celle 
d’Ani, contemporain de la XX° dynastie. Il en existe 
des bulbes au Musée de Berlin ; mais Braun les regar- 
dait comme appartenant à une variété particulière et 
non cultivée, le C. melanorrhizus Del.*. C'est également 
à cette forme que M. Poisson rapporte les tubercules 
de cette cypéracée, qui sont au Musée du Louvre*. 
Théophraste parle du €. esculentus comme d'une 
plante sauvage, qui croissait dans les terrains sablon- 
neux voisins du Nil”: il lui donne le nom de malina- 
thalle. Suivant M. Victor Loret”, dans la langue hié- 
roglyphique, cette cypéracée s'appelait gaïou, comme 
le souchet à racine arrondie, et ses rhizomes portaient 
le nom de shabin; les Arabes qui en font un grand 
commerce leur donnent celui de Aabb-el-azis, c'est-à- 
dire « grains exquis ». 

Une autre plante à racine également comestible, 
mais qui, quoique exotique en Égypte, semble aussi 
néanmoins y avoir été cultivée, assez tard toutefois, 
est la Colocase (Arum esculentum L. ). Originaire de 
l'Inde’, elle n’a été connue des écrivains anciens que 


1. G. Schweinfurth, Votice sur les restes de végétaux con- 
tenus dans une armoire du Musée de Boulag. (Bulletin de 
l’Institut égyptien. n° 5 (an. 1886), p. 5.) 

2. G. Schweinfurth, Die lelzten botanischen Entdeckungen. 
(Botanisehe Jahrbücher, t. VIIL, p. 15). Bulletin de l'Institut 
égytlien, n° 6 (an. 1885), p. 260. 

. Zeitschrift für Ethnologe, t. IX, p. 296. 

. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 5, p. 181. 
. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 12. 

. La Flore pharaonique, p. 27, n° 26. 

. A. de Candolle, op. laud., p. 59. 


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68 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


par l'Égypte, où elle avait pénétré sans doute vers le 
commencement de notre ère. Diodore ‘ et Dioscoride? 
l'ont confondué avec le lotus; mais Pline l’a bien 
décrite. C’est, dit-il”, « une plante appelée aron en 
Égypte ; elle a la feuille de la patience; la tige est 
droite, longue de deux coudées ; la racine est douce, 
au point qu’elle peut même se manger crue ». Impos- 
sible de méconnaître à cette description la colocase; 
mais on voit que cette plante, par suite de son intro- 
duction tardive dans la vallée du Nil, n’appartient point 
à la flore pharaonique. 

Le radis, au contraire, en fait partie. Hérodote 
avait bien parlé de l'existence ancienne de cette cru- 
cifèére en Égypte‘; mais on avait mis en doute la 
véracité de son récit; la découverte, par M. Flinders 
Petrie, d'un radis à Kahoun” justifie l'historien grec ; 
cette crucifère a véritablement existé en Égypte dès 
les temps de l’ancien empire. Originaire probablement 
du nord de la région syro-arménienne”, c’est de là 
qu'il avait été importé en Égypte à une époque, on 
le voit, très reculée. 

Le radis et les diverses espèces d’aulx étaient-ils, 
avec le souchet comestible, les seules plantes que les 
anciens Égyptiens cultivassent pour leurs racines ? On 
a admis parfois qu'ils connaissaient aussi la betterave ; 


Charles Pickering s’est demandé si une plante qui se 


. Bibliotheca historica, 1. I, cap. 34. 

. De materia medica, 1. IV, cap. 414 (1. III, cap. 157). 

. Historia naturalis, lib. XIX, cap. 30. 

. Historiae, lib. IT, cap. 125, 5. 

. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

. G. Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, 
p. 665. 


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su. Dé. ds, | 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 69 


trouve représentée sur une peinture de Béni-Hassan 
était une betterave ou un radis’; Unger inclinait à y 
voir un radis”; Franz Wœænig n’a pas hésité à la 
regarder comme une betterave’; Rosellini l’a prise 
pour un chou palmiste‘; le mieux est de s’abstenir. 
Quant au navet, il n’est pas vraisemblable qu'on ait 
jamais, avant notre ère, cultivé cette crucifère en 
Égypte; le radis était la seule plante de cette famille 
qui y fût semée à cause de ses racines comestibles ; 
mais on en cultivait d'autres pour leurs feuilles ali- 
mentaires ; tel était le chou (Brassica oleracea L..). 

Originaire de l’Europe”, cette crucifère fut peut-être 
importée dans la vallée du Nil dès une haute anti- 
quité; M. Victor Loret a cru en trouver la mention 
dans un passage du papyrus Sallier ‘; il aurait porté le 
nom hiéroglyphique shaïou, analogue au copte pt-shiou, 
qui désigne ce légume dans une Scala d'Oxford. En 
tout cas le chou était cultivé en Égypte à l’époque 
gréco-romaine ; M. Flinders Petrie a trouvé des feuilles 
et des graines de cette crucifère dans la nécropole de 
Hawara’. Pline dit qu'on ne mangeait pas le chou en 
Égypte, à cause de son amertume. Athénée se borne 
à remarquer * qu’au bout d’un an il devenait, sous l’in- 
fluence du climat, amer à Alexandrie. 


1. The races of man, p. 371. 

2. Sitzungsberichte, etc., t. XXXVIII (an. 1859), p. 117. 

3. Die Pflanzen im alten Aegypten, p. 28. 

4. T monumenti dell” Egilto e della Nubia. Monumenti 
civili. Pisa, 1834, in-8, t. |, p. 388. 

5. A. de Candolle, op. laud., p. 68. 

6. Recherches sur plusieurs plantes connues des anciens 
Égyptiens, X, Le poireau, p. 3. (Recueil de travaux, t. XVI.) 

7. Kahun, Gurob and Hawara, p. 47. 

8. Historia naturalis, lib. XX, cap. 68 (35). 

9. Deipnosophistae, lib. IX, cap. 9 (369). 


10 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Indigène en Perse”, naturalisé dès longtemps dans 
l'Asie antérieure, l'Europe méridionale et le nord de 
l'Afrique, le cardame des Anciens — notre cresson 
alénois — (Lepidium sativum L.) a dû aussi, et même 
assez tôt, être cultivé dans la vallée du Nil; Miglia- 
rini à Cru en reconnaitre des graines * parmi celles qui 
se trouvent au Musée égyptien de Florence, il en existe 
aussi une vingtaine au Musée du Louvre”, et M. Victor 
Loret rapporte à une racine égyptienne le nom copte 
pr-ghleimi de cette plante’. Il y a donc des raisons d’ad- 
mettre la culture du cardame dans l’ancienne Égypte. 

L'endive (Cichorium endivia L.), qu'on a voulu 
identifier avec lasers de Pline”, est indigène dans tout 
le bassin de la Méditerranée‘; elle se rencontre aussi 
à l'état sauvage dans la vallée du Nil’; Maillet trou- 
vait celle qui y croit ainsi spontanément préférable à 
la variété qu'on cultive en France‘. Mais cette plante 
a-t-elle aussi été un objet de culture dans l’ancienne 
Égypte comme elle l’est parfois dans l'Égypte actuelle 
Je ne saurais le dire, comme j'ignore si la laitue fai- 
sait partie des plantes potagères de ce pays. 

Il existe deux espèces indigènes de laitue en 


1. A. de Candolle, op. laud., p. 69. 

2. Indication succincte des monuments égyptiens du Musée 
de Florence. Florence, 1859, in-8, p. 75, n° 3624. 

3. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 33, p. 199. 

4. La Flore pharaonique, p. 110, n° 189. 

9. Historia naturalis, lib. XX, p. 32. 

6. A. de Candolle, op. laud., p. 77. 

7. D’après Schweïinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, 
p. 662, cette espèce sauvage est le C. divaricatum Schousb., 
type, pour lui, du C. endivia L. 

8. Description de l'Égypte. La Haye, 1740, in-12, t. II, 
p. 101. « Il croît en Egypte, dans les campagnes, une chicorée 
mille fois plus douce que celle de nos jardins. » 


L'HORTICULTURE DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE. 71 


Égypte‘; mais on n’y rencontre pas la scarole (Lactuca 
scariola L.), qui est regardée comme le type de la 
variété cultivée”. Cette espèce a-t-elle été importée 
dans la vallée du Nil? Le fait n’est pas invraisem- 
blable, mais n’a dû peut-être se produire qu’à l’époque 
grecque. Des graines de la laitue cultivée ont été, il 
est vrai, trouvées au Musée égyptien de Berlin; mais 
A. Braun, qui les a déterminées, doute de leur an- 
cienneté*. 

Parmi les plantes figurées le plus souvent dans les 
anciens hypogées, au milieu des offrandes funèbres, 
M. Victor Loret a cru reconnaitre des laitues pom- 
mées* — évidemment de la variété appelée scarole. — 
La supposition peut être vraie de quelques-unes de 
ces représentations”, mais elle n’est guère admissible 
pour les plantes aux feuilles agglomérées réunies au 
bout d’une longue tige. Il faut dire toutefois, en faveur 
de l'existence ancienne de la laitue en Égypte, que 
cette plante porte en copte le nom pi-6b°, qui semble 
d'origine hiéroglyphique ; M. Victor Loret le rapproche 
des plantes abou ou afa, mentionnées toutes deux 
dans les papyrus médicaux, mais qu’on n’a pu encore 
identifier. 


1. Zllustration de la Flore d'Égypte, p19% 

2. À. de Candolle, op. laud., p. 75. 

3. Zeitschrift für Ethmologie, t. IX (an. 1877), p. 290. 

4. La Flore pharaonique, p. 68, n° 113. Il est à remarquer 
que Maillet, op. laud., dit que les laitues ne pomment pas en 
Egypte. 

5. Par exemple des plantes à feuilles vertes ramassées en 
paquet qu'on voit parmi les offrandes du tombeau de Rokhou. 
Mémoires publiés per les membres de la Mission archéologique 
du Caire, t. I, pl. IV. 

6. Kireher, op. laud., p. 196. 


2 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


1 
t 


S'il n’est pas impossible que lés anciens Égyptiens 
aient cultivé la laitue, est-il probable qu'ils aient 
aussi cultivé l’ache ou céleri (Apium graveolens L.)? 
Indigène dans presque toute l'Europe, ainsi que dans 
l'Afrique septentrionale et l'Asie antérieure’, l’ache 
se rencontre dans les marécages de l'Égypte, et 
sa présence dans la guirlande que la momie de Kent, 
officier de la XX° dynastie, portait sur la poitrine 
montre qu'on lui attribuait peut-être chez les Égyp- 
tiens, comme plus tard chez les Grecs et les Romains, 
une signification symbolique ; mais c'est l'espèce sau- 
vage, Schweinfurth l'a reconnu”, que les contempo- 
rains des Pharaons employaient dans les cérémonies 
funébres. 

D'après M. Victor Loret”, qui croit que l'Aprum 
portait en égyptien le nom de nat, copte nuit, les 
habitants de la vallée du Nil auraient aussi connu 
lache cultivée, ainsi même que le persil — le « mat 
du Nord » — mentionnés l’un et l’autre, avec l’ache 
sauvage — le « math des marais » — et une autre 
ombellifère appelée « mat de montagne » — peut- 
être le Crithmum pyrenaicum Forsk. —, dans les 
papyrus médicaux. De l'identité du copte mat, qui ne 
désigne que l’ache cultivée, tandis que l’ache sauvage 
est appelée kram dans cette langue *, avec l'égyptien 
mati, M. Victor Loret conclut que ce dernier mot, 


1. A. de Candolle, op. laud., p. 71. 

2. Botanische Jahrbücher, t. VIT, p. 13. 

3. Recherches sur plusieurs plantes connues des anciens 
Égyptiens, XI, p. 8. (Recueil de travaux, ete., t. XVI.) 

4. Kircher, op. laud., p. 195, donne à l’ache cultivée le 
nom de pi-mil, à l'ache sauvage celui de pi-kram et le nom 
de pi-serinou au persil. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 73 


employé seul, désigne, lui aussi, l’ache cultivée ; cette 
plante aurait donc pris place dans les jardins égyp- 
tiens. 

Le pourpier (Portulaca oleracea L.) s'y trouvait-il 
également? Originaire de la région qui s'étend de 
l'Himalaya à la Grèce’, cette plante a été connue de 
l'Égypte pharaonique. M. Maspero a trouvé dans un 
texte hiéroglyphique le nom makhmalkhaï, qu'il faut 
rapprocher du copte mehmoulr, traduit en grec par 
aBo%yvn : pourpier *; il est dès lors difficile de ne point 
admettre que le mot makhmakhaï ne désigne pas cette 
plante. Le Pseudo-Apulée attribuait aussi au pour- 
pier le nom égyptien #270thmutim”, qui n'en est évi- 
demment qu'une variante. Le Portulaca oleracea 
existait donc à une époque reculée dans la vallée du 
Nil; Schweinfurth l'y regarde comme indigène, et il 
n'est pas impossible qu'il y ait été anciennement 
cultivé. 

Une autre plante qui dut aussi pénétrer en Égypte, 
mais à une date relativement récente, est la coranete ou 
jute, ar. molokhiéh {Corchorus olitorius L.).Théophras- 
te”, qui paraît bien avoir connu cette plante, parle de son 
amertume passée en proverbe et ajoute que ses feuilles 
ressemblaient à celles du basilic. Pline de son côté 
nous apprend qu'on la mangeait à Alexandrie‘; le 
Corchorus était dès lors cultivé de son temps en 
Égypte. De Candolle ne croit pas qu'il y fût connu 


. À. de Candolle, op. laud., p. 70. 

. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 73, n° 124. 
. De herbarum virtulibus, cap. 10%. 

. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 50. 

. Historia plantarum, Bb. VIT, cap. 7, 2. 

. Historia naturalis, lib. XXI, cap. 52. 


D O1 O9 D 


14 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


anciennement ‘; Schweinfurth ne le considère aussi 
que comme subspontané dans la vallée du Nil”; peut- 
être y fut-il importé de la région tropicale sous les 
Ptolémées. 

Les figures, dans lesquelles M. Victor Loret a cru 
reconnaitre des laitues, ont été prises par Unger pour 
des représentations d’artichauts”. Quelque grande 
qu’ait été en botanique l'autorité du naturaliste vien- 
nois, il est difficile, bien que M. Franz Woœnig n'ait 
pas hésité à l’admettre, de se ranger à sa manière de 
voir“, et il est plus que douteux que l’artichaut ait été 
connu, encore moins cultivé, en Égypte, avant l’époque 
gréco-romaine. 

À côté des plantes plus ou moins alimentaires dont 
il vient d’être question, les anciens Égyptiens en culti- 
vaient d’autres comme condiments, à cause de leurs 
qualités aromatiques: tels étaient l’anis, la coriandre, 
le cumin et probablement l’aneth et le fenouil. Suivant 


Pline et Dioscoride’, l’anis d'Égypte ne le cédait qu'à 


celui de Crète; cette ombellifère croissait donc en 
Égypte, mais elle n’y est pas indigène; à quelle 
époque y fut-elle importée ? L’anis (Pimpinella ani- 
sum L.) porte en copte le nom emkt ou mhi, découvert 
par M. Victor Loret dans deux manuscrits de la Bi- 
bliothèque nationale‘; or on trouve dans le Papyrus 


. Origine des plantes cullivées, p. 105. 
. [lustration de la Flore d'Egypte, p. 53. 
. Sitzungsberichte, t. XXXVIIT (an. 1859), p. 112. 
. C’est aussi l’avis d'A. de Candolle, op. laud., p. 75. 
. « Laudatissimum est Creticum, proximum Aegyptium », 
lib. XX, cap. 73. — De materia medica, Nb. IT, cap. 58. 
6. Recherches sur plusieurs plantes, etc., XIIT, p. 5. (Recueil 
de travaux, t. XVI.) 


I D — 


LE 


[SA 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 75 


Ebers le terme maqaï, nom d'une substance qui, 
« desséchée, broyée et triturée », était recommandée 
contre les « oppressions de l'estomac »; l’habile 
égyptologue lyonnais y à cru trouver la forme antique 
de emi et par suite le nom de l’anis ; cette plante à 
donc été introduite dans la vallée du Nil, au plus tard, 
au commencement de la XVII dynastie; elle y fut 
sans doute cultivée depuis lors, comme elle l’est encore 
aujourd'hui, surtout dans le Fayoum et la Haute- 
Égypte. | 

La coriandre (Coriandrum sativum L.) dut l'être 
également au plus tard vers la même époque; son 
nom hiéroglyphique ounshaou, qu'on rencontre fré- 
‘quemment, ainsi que le nom de sa graine, ounshi?, 
dans les papyrus médicaux, en est la preuve. Il existe, 
au Musée de Leyde, deux paquets de graines de co- 
riandre trouvées, dit-on, dans des tombes pharaoni- 
ques ; mais l’origine en est douteuse”. On a découvert 
dans un hypogée de la XXIT° dynastie, situé à Deir-el- 
Bahari, des fragments de cette plante que Schweinfurth 
a pu identifier‘. Enfin plus récemment M. Flinders 
Petrie a, ce qui ne saurait surprendre, trouvé une 
capsule de coriandre dans la nécropole gréco-romaine 
de Hawara. Pline regardait la coriandre d'Égypte 
comme préférable à celle des autres pays‘; mais sui- 


1. Figari, Studii sull” Egitto, t. Il, p. 97. — Jllustralion de 
la Flore d'Egypte, p. 80. 

2. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes, VI. 
(Recueil de travaux, t. XV.) Dioscoride, liv. HT, chap. 4% (71), 
dit que les Egyptiens appelaient ochion la coriandre. 

3. Communication de M. Pleyte. : 

4. Berichte der botanischen Gesellschaft, t. II, p. 359. 

o. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 52. 

6. /istoria naturalis, lib. XX, cap. 82. 


16 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


vant lui, cette plante n'existait pas à l’état sauvage 
dans la vallée du Nil; elle ne pouvait donc qu'y être 
cultivée. Une inscription parle de la graine ounshi 
du district troïque”, situé en face de Memphis. 

Le cumin (Cuminum cyminum L.), « le meilleur des 
condiments », comme l'appelle Pline*, fut aussi an- 
ciennement connu et sans doute cultivé en Égypte: 
Dioscoride dit que le cumin qui croissait dans ce pays 
prenait place pour sa bonté tout après celui d'Éthio- 
pie”. On conserve au Musée de Florence une graine de 
cette ombellifère trouvée dans une tombe pharaonique*. 
Le cumin portait dans la langue hiéroglyphique un 
double nom, celui de fapnen, qu'on rencontre souvent 
dans les papyrus médicaux, et le nom de gamnimi, 
qui paraît emprunté aux langues sémitiques”, — hé- 
breu Æammon, ar. kammotn. — C’est de Syrie, en 
effet, que cette ombellifère, originaire du Turkestan, 
fut probablement importée en Égypte. 

Le cumin est renommé pour ses vertus carmina- 
tives ; il en est de même de l’aneth (Anethum graveo- 
lens L.) et pour cette raison cette plante fut, ainsi 
que le cumin, cultivée dans l’ancienne Égypte, comme 
elle l’est dans l'Égypte actuelle®. L’aneth portait, dans 
la langue hiéroglyphique, le nom d’ammisi, qu’on ren- 
contre dans les Papyrus Ebers et de Berlin; il faut 
rapprocher de ce mot le vocable amisi, emisé de 


- 


4. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes, VI, p. 3. 

2. Historia naturalis, lib. XIX, cap. 57. 

3. De materia medica, lib. IT, cap. 61 (78). 

&. A. Migliarini, /ndication succincte des monuments égyg- 
liens, p. 75, n° 3628. 

5. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 72, n° 122. 

6. Zllustration de la Flore d'Egypte, p. 81. 


: 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 77 


quelques Scalue coptes, rendu par le grec 4vrbev, ar. 
shebet'; on voit donc que l’aneth était connu et pro- 
bablement cultivé dans la patrie des Pharaons dés les 
premiers temps de la XVIII* dynastie ; plante indigène 
dans l'Asie antérieure et dans la région méditerra- 
néenne*, il n'est pas surprenant qu'il ait pénétré en 
Égypte à une époque aussi reculée. 

Le fenouil (Fæniculum officinale L.) y dut pénétrer 
aussi à une date ancienne. Il est fait mention dans le 
Papyrus gnostique de Leyde de la plante shamari 
hoout ; or M. Victor Loret” a trouvé dans une Scala de 
la Bibliothèque nationale le nom copte shamar hoout, 
traduit par l'arabe shamär berri « fenouil sauvage »', 
ce qui parait bien prouver que la plante du Papyrus de 
Leyde est le fenouil. M. Loret croit aussi que le mot 
shamärn, qui se rencontre une fois dans le grand 
Papyrus Harris, désigne probablement la même om- 
bellifère. Il incline à la retrouver dans la plante besbes 
des Papyrus Ebers et de Berlin, nom qui se serait 
conservé dans l'arabe bisbas, une des appellations du 
fenouil. 


IT. 


On vient de voir combien fut considérable — encore 
ai-je dù en oublier — le nombre des plantes potagères 
cultivées dans les jardins égyptiens ; mais elles étaient 


1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 71, n° 120. 

2. Boissier, Flora orientalis. Genève, 1872, in-8, t. Il, p. 1026. 

3. La Flore pharaonique, p. 71, n° 121. 

4. Kircher, op. laud., p. 193, donne au fenouil ordinaire le 
nom de pi-aneoumor et celui de malatron au fenouil sauvage. 


178 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


loin d’être les seules qu'on y rencontrâät. Si, à côté de 
la culture agricole proprement dite, avait pris place une 
culture maraichère, qui ne lui cédait guère en impor- 
tance, les habitants de la vallée du Nil ne s’en tinrent 
pas là, et, à ces deux cultures si prospères, ils joigni- 
rent, lès monuments en font foi, d'abord celles des arbres 
fruitiers, et plus tard celle des plantes d'agrément et 
des fleurs. Quel a été l’état successif de ces dernières 
cultures dans l'Égypte ancienne ? 

Les peintures d'une tombe de Béni-Hassan, qui 
représentent la propriété de Khnoumhotpou, contempo- 
rain de la XIT° dynastie, peuvent nous donner une idée 
de ce qu'était, à cette époque, la culture maraïîchère et 
fruitière dans la vallée du Nil’. À gauche, on voit une 
vigne, dont trois vendangeurs cueillent les raisins 
déjà mürs, qu'un quatrième emporte dans des cor- 
beilles ; au delà, s'élèvent deux figuiers, l’un couvert 
de fruits, que cueillent deux ouvriers, aidés dans leur 
besogne par trois singes cynocéphales, l’autre qui en 
est dépouillé. Puis vient le potager, couvert de plantes 
disposées en plates-bandes quadrangulaires, que deux 
ouvriers sont occupés à arroser, tandis qu’un troisième 
personnage, le jardinier de Khnoumhotpou lui-même, 
— il s'appelait Noufirhotpou —, met en bottes des 
oignons nouvellement arrachés”. Plus loin, à droite, 
se dresse un dattier qui complète le tableau. 

Le jardin pharaonique, tel que l’a peint l'artiste de 


1. Champollion le Jeune, Monuments de l'Égypte et de la 
Nubie, t. IV, pl. CCOVII, 3; CCCLVIIT, 1, 2. — Rosellini, 
Monumenti civili (Atlas), t. If, pl. XL. — Lepsius, Denkmäler, 
t. IV, pl. 127, tombe 2, face occidentale B. — Percy E. New- 
berry, Beni-Hasan. London, 1893-9%, in-fol., t. I, pl. XXXIX. 

2. Rosellini, Monumenti civili (texte), t. I, p. 383-85. 


L’HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 19 


la XII‘ dynastie, renfermait à la fois, on le voit, des 
légumes et des arbres à fruit. La culture des légumes 
remonte sans doute aux temps les plus reculés de 
l'histoire égyptienne ; celle des arbres à fruits n’est 
guère moins ancienne. Sur une peinture tombale de 
Gizeh', qui date de la IV* dynastie, se trouve déjà 
représentée la cueillette des fruits du sycomore, ainsi 
que la fabrication du vin. Une peinture de Zaouïet-el- 
Maïétin*, un peu postérieure, — elle remonte seule- 
ment à la VI* dynastie, — mais encore fort ancienne, 
nous fait assister aux différentes scènes de la ven- 
dange ; on y voit aussi des sycomores, qu'on est en 
train d’abattre et dont plus loin on débite le bois. Sur 
une tombe de Béni-Hassan”, qui remonte à la XII° 
dynastie, sont représentés des dattiers que des ouvriers 
viennent abattre ; sur une autre tombe, également de 
Béni-Hassan*, celle de Khati, est sculptée de nouveau 
une vigne dont on cueille le raisin. 

La culture des arbres fruitiers avait donc pris de 
bonne heure, à côté des cultures agricoles ou marai- 
chères, une place qui, modeste d'abord, ira toujours 
grandissant; on les plantait aux bords des jardins pota- 
gers ou des réservoirs aménagés partout où le Nil ne 
portait pas, en débordant, ses eaux bienfaisantes. 
C’est ainsi que sur une peinture tombale de Shéikh 
Abd-el-Gournah*, contemporaine de la XVIII* dynas- 


1. Lepsius, Denkmäler, t. IL, pl. 53, tombe 16. 

2. Lepsius, Denkmäler, t. IV, pl. 111, tombe 14. 

3. Lepsius, Denkmäler, t. IV, pl. 126, tombe 2. 

4. Rosellini, Monumenti civili (atlas), t. IT, n° 37, 1 et 2 ; 
(texte), t. I, p. 368. 

5. Champollion le Jeune, Monuments de l'Egypte et de la 
Mubie, t. II, pl. 185, 2. — Rosellini, Monumenti civili, t. 1, 
no 40, 2. 


80 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


tie, on aperçoit un sycomore qui ombrage de son épais 
feuillage un réservoir, où un jardinier vient puiser de 
l'eau; au delà se dresse un arbre, que Rosellini a 
pris pour un acacia où un tamaris, plus loin un pal- 
mier doum. Désormais il n’y aura pas une pièce d’eau, 
nous en verrons tout à l’heure de nombreux exemples, 
qui ne soit entourée d'arbres’. Mais ce n’est pas là 
seulement qu’on les trouvait. 

Les jardins, tels que celui de Khnoumhotpou, où aux 
légumes utiles se joignaient quelques arbres à fruits, 
suffisaient peut-être aux besoins des habitants de 
l’ancien Empire ; il n’en fut plus de même pour ceux 
du nouveau, il leur fallait des jardins d’un tout autre 
caractère. L’antique culture maraichère ne fut plus 
assez pour eux; si le colon des campagnes s’en con- 
tentait toujours, si elle fournissait à l'artisan des 
villes une ample ressource pour son alimentation, elle 
ne pouvait satisfaire au luxe croissant et aux goûts 
nouveaux des grands; leurs riches habitations de la 
ville, leurs maisons champêtres surtout réclamaient 
autre chose que des jardins destinés aux besoins ordi- 
naires de la vie; il fallait à ces résidences somp- 
tueuses de l’ombre et de la fraicheur ; des arbres seuls 
pouvaient leur en donner, et ceux-ci n’occupaient 
qu'une place restreinte dans les jardins potagers; 
aussi, outre ces jardins, que les grands faisaient cul- 
tiver par leurs métayers ou par leurs serviteurs, 1ls 
en avaient de tout différents, consacrés à des cultures 


1. C’est ainsi que, sur une peinture thébaine de la XVIIIe 
dynastie, le réservoir, où des captifs occupés à construire le 
temple d’Amon puisent de l’eau, est entouré d’une rangée de 
sycomores. Prisse d’Avennes, /istoire de l'art égyptien d’après 
les monuments. Paris, 1878, in-fol., pl. 59. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 81 


tout autres, et qui, tenant à la fois du parc et du ver- 
ger, étaient l'accompagnement obligé et l’ornement 
ordinaire de leurs palais et de leurs villas”. 

C'était là qu'après les fatigues de la guerre ou le 
soin des affaires les pharaons et leurs officiers allaient 
goûter le repos ; là, au bord des pièces d’eau qu'ani- 
maient de leurs ébats des oiseaux aquatiques, à 
l'ombre des arbres rares ou utiles qu'ils avaient réunis 
à grand'peine, ils allaient avec leurs femmes « faire 
un jour heureux » et prendre le frais”, jouissance si 
délicieuse dans un pays dévoré par les ardeurs du 
soleil, qu'on n’en concevait pas de plus grande au 
delà de la tombe: «Que je me promène, fait dire à 
un mort son inscription funéraire”, chaque jour, sans 
cesse, au bord de mes étangs, que mon âme repose 
sur les branches des arbres que j'ai plantés, que je 
me rafraichisse sous mes sycomores. » Ce n'était pas 
seulement pour les hommes occupés que les jardins 
étaient ainsi un lieu de délassement et de repos, les 
dames aussi y trouvaient une retraite charmante et 
recherchée ; elles aimaient à se promener dans les 
nombreuses allées qui y étaient ménagées; elles y 
recevaient les visites de leurs amies et y passaient dans 
de longs entretiens les heures brülantes du jour. 

Les Égyptiens aussi, et cela se comprend, mettaient 


1. « J'ai planté ta ville de Thèbes », dit Ramsès dans le 
Papyrus Harris, « d'arbres, d’arbustes, de fleurs Aura, menhet, 
pour ton nez. » PI. VII. Zeitschrift für ägyplische Sprache, 
t. XI (an. 1873), p. 54. 

2. G. Maspero, Le tombeau de Nakhti. (Mémoires publiés par 
les membres de la mission archéologique francaise au Caire, 
t V, p. 412). 

3. Karl Piehl, Votes de critique. (Recueil de travaux, etc. 
t. I, no 3, p. 196.) 


TJ, 6 


82 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


le plus grand soin à entretenir et à embellir ces lieux 
de prédilection ; ils les ornaient d'arbres amenés par- 
fois de lointaines contrées. Un officier de Thoutmes [°* 
(XVII dynastie), Anna, intendant des greniers d'Amon 
et directeur des travaux duroi, rappelle avec complai- 
sance, dans son inscription funèbre’, les arbres nom- 
breux et plusieurs d’essence rare dont il avait rempli 
son jardin. Dans le papyrus moral de Boulaq, un 
vieux scribe, Khonsouhotpou, félicite son fils Ani du 
domaine qu'il avait acquis et accru. « Tu as, lui dit- 
il, mis en état tes champs, entouré de haies ton 
domaine ; tu as planté autour de ta demeure des syco- 
mores en allées. Tu remplis ta main de toutes les fleurs 
que tu vois. » : 

Les jardins, aux yeux des Égyptiens, étaient d’un si 
grand prix que, dans leur anthropomorphisme, ils ne 
croyaient pouvoir offrir aux dieux rien de plus grand 
ou de plus auguste. Parmi les dons que Ramsès II 
fit aux temples d'Égypte, il y avait cinq cent quatorze 
parcs ou bois sacrés. «Je t'ai aménagé d'immenses 
jardins avec des arbres magnifiques et des vignes », 
dit le Pharaon dans la charte de donation, en parlant 
des parterres offerts aux divinités d'Héliopolis..…. « J'ai 
fait planter pour toi des bosquets remplis d'arbres divers 


1. Henri Brugsch, Recueil de monuments égypliens. Leipzig, 
1862, in-4&, {re partie, p. 48, pl. XXXVI. — Charles E. Mol- 
denke, Ueber die in allägyptischen Texten erwähnten Bäume 
und deren Veriwerthung. Leipzig, 1886, in-8, p. 18. — H. Bous- 
sac, Le tombeau d'Anna. (Mémoires de la mission archéolo- 
gique au Caire, 1896, t. XVIIT, fase. 1, pl.s. n.). 

2. E. de Rougé, Etude sur le Papyrus 4 du musée de Boulagq. 
(Comptes rendus de l’Académie des Inscriptions, an. 1861, 
p. 345). — Amélineau, La morale égyptienne quinze siècles 
avant notre ère. Paris, 1892, in-8, p. 90. à 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 83 


et de dattiers, avec de vastes bassins couverts de fleurs 
de lotus et de jones". » 

Ces textes nous laissent déjà entrevoir ce qu'était 
un jardin dans l’ancienne Égypte ; les peintures des 
hypogées achèvent de nous le faire connaître ?. Établi, 
pour en faciliter l’arrosage, dans le voisinage de quel- 
que canal, entouré, ainsi que la villa dont il dépendait, 
de murs qui en défendaient l'accès, le jardin pharao- 
nique était d'ordinaire divisé en plusieurs sections, 
consacrées chacune à une culture particulière et 
séparées les unes des autres par une muraille peu 
élevée ; des bassins y entretenaient une fraicheur per- 
pétuelle, en même temps qu'ils fournissaient l’eau 
nécessaire aux plantes qu'on y cultivait. Dans le 
voisinage de ces bassins des espèces de kiosques en- 
tourés d'arbres permettaient de jouir en paix du repos 
et de l'ombre. Une large porte donnait accès dans le 
jardin et une allée conduisait à la maison d'habitation 
située le plus souvent à l'extrémité opposée de l’en- 
ceinte. Éloignée du tumulte de la ville et protégée 
contre les ardeurs du soleil, une pareille retraite offrait 
à son possesseur un intérieur calme et paisible, où il 
vivait exempt du souci des affaires et loin des bruits 
du monde. Elle pouvait d’ anjeurs offrir les dispositions 
les plus diverses. 

Une peinture de Thèbes, par exemple”, nous montre 


1. Aus dem grossen Papyrus Harris von Aug. Eïisenlohr, 
pl. XXVIL (Zeitschrift für ägyptische Sprache, t. XI (an. 1873), 
p. 98-99. : 

2. G. Wilkinson, The manners and customs of the ancient 
ÆEgyptians, t. T, p. 377. — Perrot et Chipiez, Histoire de l’art 
dans l'antiquité. Paris, 1882, in-8, t. [. L'Égypte, p. 482. 

3. J. Rosellini, Monumenti civili, t. II, p. 382-84. Atlas, 
t.. IE, pl. LXV I, 2 2: 


84 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


une enceinte quadrangulaire, dans laquelle on pénètre 
par deux portes; celle de droite donne accès dans la 
maison, celle du côté gauche conduit dans le jardin ; 
celui-ci parait, par le manque de perspective, divisé 
en trois sections ; en haut on voit une treille formée de 
trois vignes couvertes de grappes de raisins déjà 
mûres ; de chaque côté se dresse un arbre sans carac- 
tère bien défini, mais probablement un sycomore. 
Dans la seconde section se voient un grenadier et 
peut-être un perséa. Au delà de ce jardin si simple 
s'étend une cour, au fond de laquelle se trouve une 
espèce d'office garni de vaisselle et de victuailles ; au 
bas se dresse une table d'offrandes. A droite de la cour 
règne une galerie pourvue d’une large fenêtre et plus 
loin apparait l'habitation. Le moment où l'artiste a 
peint cette villa est celui où la maitresse de la maison 
et les femmes de sa famille reçoivent la visite de 
dames étrangères, qui viennent prendre part à une 
fète. Celles-ci sont entrées par la porte du jardin et 
s’avancent, en s'inclinant, vers la maitresse de la 
maison, debout sur le seuil de la porte, et lui offrent 
leurs hommages ét des présents. 

Une autre peinture, qui se trouve également dans 
une tombe thébaine', représente à droite une rési- 
dence d'été précédée d’un portique, devant lequel se 
dressent un obélisque et une espèce de colonne ou de 
mt. Au delà s'étend le jardin, avec son bassin cen- 
tral, alimenté par les eaux d’un canal extérieur, avec 
lequel il communique par une large tranchée ou fossé 
intérieur. De chaque côté de ce fossé et du bassin 
s’alignent des arbres sans caractère distinctif, mais 


4. G. Wilkinson, 0p. laud., t. I, p. 366, pl. 156. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 89 


dans lesquels il faut voir sans doute des sycomores ; 
on en voit également le long de la façade septen- 
trionale de la maison; parallèlement à la tranchée inté- 
rieure sont plantés des papyrus’ et un arbuste sans 
forme précise, mais qui représente peut-être un cep 
de vigne. L'artiste ne s’est pas borné à donner cette 
esquisse ; il a représenté dans la partie du jardin, voi- 
sine de la villa, une visite faite à la maïtresse de la 
maison par des dames, à chacune desquelles elle offre 
un bouquet. 

Dans ces deux peintures l'artiste pharaonique a 
tenu à nous faire assister à des scènes d'intérieur qui 
nous initient à la vie intime de ses contemporains ; 
dans quatre autres peintures, également thébaines et de 
la même époque, l’une qui se trouve au British Museum, 
la seconde publiée par les membres de la mission 
archéologique française au Caire, la troisième donnée 
dans les Monuments de Lepsius et la quatrième repro- 
duite par Rosellini, l'artiste, au contraire, a laissé de 
côté les scènes d'intérieur et ne s’est attaché qu'à 
représenter, dans leurs moindres détails, les villas et 
surtout les jardins de son temps. 

Le jardin de la peinture conservée au British 
Museum*® est d'une grande simplicité. Composé d'un 
enclos rectangulaire allongé, au centre s'étend un 
bassin de même forme, sur lequel on voit des oies 
prendre leurs ébats, tandis que des poissons se jouent 
dans ses eaux, au milieu desquelles poussent six 
touffes de lotus. Autour de ce bassin se trouve une 


1. Il semble aussi qu’il y a seize touffes de papyrus dans le 
bassin. 
2. Northern Egyptian gallery, n° 177. 


86 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


rangée de plantes aquatiques et d’arbustes ; j'ai compté 


cinq touffes de papyrus, un arbuste à fleurs ou fruits 
rouges à peine distincts et un autre arbuste à fleurs 
blanches. Je reviendrai plus loin sur ces deux arbus- 
tes. Au delà et parallèlement à chacun des murs du 
jardin, règne une rangée d’arbres; en haut, d'abord 
un sycomore, un arbre à basse tige et à feuilles longues, 
avec des fruits semblables à des dattes’, un palmier 
doum, puis encore un sycomore, un dattier, peut-être 
un perséa, suivi d’un second palmier doum, enfin un 
troisième sycomore, au pied duquel une femme range 
des figues dans une corbeille. À gauche on voit un 
sycomore entre deux perséas. En bas il y a sept arbres 
analogues à ceux de la partie haute du jardin, mais 
distribués d’une manière un peu différente ; d’abord 
un arbre méconnaissable, ensuite un dattier, un syco- 
more, peut-être un perséa, puis encore un dattier, un 
sycomore et un dattier. Le côté droit est détruit. Là 
se trouvait sans doute la demeure du propriétaire du 
jardin ; elle était probablement aussi simple que celui-ci. 

Le jardin de Rekhmara, officier de Thoutmès II, à 
Shéikh Abd-el-Gournah, — j'aurai encore occasion 
d'en parler dans un autre chapitre — offre un aspect 
bien plus opulent*. Le vaste bassin qui en forme le 
centre est entouré d’une premiere rangée de dix-neuf 
à vingt arbres sans caractère distinctif, mais qui pour- 
raient bien être des jeunes sycomores ; au delà règne 
une seconde rangée d'arbres composée de vingt-six à 


1. On serait tenté d’y voir un jeune dattier, ce qui confir- 
merait l’assertion de Théophraste, que cet arbre peut porter 
des fruits n'étant encore arrivé qu'à la hauteur d'homme. 

2. Mémoires de la mission archéologique francaise au 
Caire, t. V, liv. I, p. 166, pl. XXXVIII. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 87 


vingt-huit dattiers ou doums, alternant entre eux ; 
plus loin on voit une troisième et dernière rangée de 
22 arbres, encore sans caractère bien défini: syco- 
mores, perséas, myrobalans, grenadiers peut-être et 
arbres fruitiers semblables. De la villa le portique 
seul est représenté. 

Surune peinture d’un destombeaux de Tell-el-Amarna, 
celui d’Aï, gendre du pharaon Khouniaton, l'artiste 
pharaonique, au contraire, a représenté en son entier 
la résidence du défunt, avec son jardin et ses dépen- 
dances'. Entourée d’une enceinte murée, une porte 
principale, flanquée de deux portes plus petites, y 
donnait accès et conduisait dans une allée ombragée 
d'arbres, qui séparait les deux corps de bâtiments 
principaux ; devant chacun d'eux et au midi se trou- 
vait un bassin, une rangée d'arbres régnait tout autour 
du bâtiment de droite et au nord de la maison de 
gauche se trouvait le jardin avec son large bassin au 
milieu, une espèce de pavillon ou de kiosque à côté, 
une double rangée d'arbres en bas, ainsi qu'à droite 
et à gauche et une simple rangée en haut. Au-dessus 
du corps de bâtiment de droite et au dela de la rangée 
d'arbres qui le bordait au nord, s'étendait la maison 
d'exploitation agricole, avec la basse-cour, les écuries, 
les greniers, etc. Des deux corps de bâtiments celui 
de droite était de beaucoup le plus considérable, celui 
de gauche semble avoir été entouré d’une cour inté- 
rieure plantée d'arbres, et à droite et à gauche de 
laquelle se trouvaient les offices ou les caves, à en 


1. Lepsius, Denkmäler, t. VI, pl. 95. — Wilkinson, op. laud., 
t. I, p. 369, pl. 9. — Prisse d’Avennes, /ZZistoire de l'art égyp- 
tien, pl. 45. — G. Maspero, L’Archéologie égyptienne. Paris, 
1887, p. 17. 


88 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


juger par le grand nombre d’amphores et de vases 
divers qu’on y voit. 

Quant aux arbres qui entourent les habitations, on 
en compte de cinquante à soixante ; mais il est assez 
difficile d'en reconnaître la nature; deux en bas pa- 
raissent être des figuiers, si l’on en juge d’après la 
forme de leurs feuilles, qu'on pourrait prendre aussi, 
il est vrai, pour des feuilles de vigne ; les autres étaient 
probablement des sycomores, mais leur forme purement 
schématique ne permet guère de se prononcer avec 
certitude. Plusieurs des arbres du jardin, par contre, 
se reconnaissent sans peine; on y voit un palmier 
doum, quatre dattiers, dix grenadiers, six arbres qu'on 
peut prendre comme ceux du bas pour des figuiers, 
quatre sans caractère défini, peut-être des sycomores, 
et un dont les rameaux dénudés ne permettent aucune 
identification. | 

On voit quelle quantité d'arbres étaient accumulés 
autour de la villa des tombes de Tell-el-Amarna; il y en 
avait un bien plus grand nombre encore dansle parterre 
de la villa d’un chefmilitaire, contemporain d’Amenhot- 
pou Il, septième roi dela X VII‘ dynastie, résidence dont 
Champollion' et Rosellini”ontdonnéle dessin, reproduit 
dans les ouvrages sur l’agronomie, l'archéologie ou la 
botanique égyptiennes de Wilkinson”, Franz Woœnig*, 
Charles Moldenke* et Maspero°®. Leur ensemble for- 


Monuments de l'Égypte et de la Nubie, pl. 261. 
Monumenti civili, texte, t. Il, p. 382; atlas, t. IT, pl. 69. 
The manners and customs t. 1, p. 377, pl. 150. 

. Die Pflanzen im allen Aegypten, p. 232. 

Ueber die altägyptischen Büume, p. 41. 

. L’Archéologie égyptienne, p. 15. — Histoire ancienne, 
ED: 297 


© D = 


CROSS 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 89 
mait un vaste carré, entouré de murs crénelés et situé 
à l’ouest d’un canal dont il est séparé par une chaussée, 
que bordait une rangée de sycomores. Sur cette chaus- 
sée s’ouvre la porte d'entrée ; elle donne sur une cour 
intérieure, où se trouve une petite habitation; on dirait 
la loge du portier. Au delà de la cour s'étend le vignoble, 
vaste plant composé de vingt-quatre ceps, conduits 
sur des treillis, et formant un berceau impénétrable 
aux rayons du soleil. Plus loin et à l'extrémité oppo- 
sée à la porte d'entrée s'élève la villa, séparée du mur 
de clôture de droite par une double rangée d’arbres, 
la première composée de quatre sycomores, la seconde 
de dattiers et de palmiers doums. De chaque côté de la 
cour qu'entourent des murs peu élevés sont creusés deux 
bassins rectangulaires ; deux autres bassins presque 
carrés sont situés au-dessus et au-dessous de la vigne ; 
à droite et à gauche de ceux-ci et à gauche des deux 
autres sont plantés des papyrus ; des touffes de papyrus 
encore semblent pousser au milieu de ces bassins, sur 
les eaux desquels se jouent des viseaux aquatiques, des 
oies et des canards. Près des derniers bassins, et à 
côté des papyrus, s’élevaient deux espèces de kiosques, 
où l’on venait sans doute prendre le frais. 

Le reste du jardin était rempli par des arbres à fruit. 
Des deux côtés de la vigne s’étendait une longue rangée 
de dattiers; au nord et au sud de la villa, étaient 
plantés des sycomores, huit au nord, quatre au sud; 
derrière eux s’alignaient huit dattiers ; une rangée de 
douze sycomores, au contraire, se trouvait au delà des 
bassins du jardin ; en haut et en bas de celui-ci courait, 
parallèlement au mur de clôture, une autre rangée de 
trente-cinq arbres, palmiers doums, sycomores et dat- 
üers alternant entre eux. Une double rangée de pal- 


90 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


miers s'élevait aussi le long du mur de clôture de 
droite, tandis que trois sycomores se dressaient de 
chaque côté de la loge du garde, ainsi que huit syco- 
mores au-dessous, huit palmiers au-dessus des bassins 
de droite. Enfin, entre les bassins et ceux du jardin se 
trouvait un petit enclos rempli de douze arbres, peut- 
être des sycomores. Cela faisait en tout, y compris les 
vingt-quatre vignes, deux cent soixante dix-huit arbres. 
On voit par là quel aspect particulier offrait ce jardin ; 
les arbres y étaient multipliés, moins pour l'agrément 
qu'en vue de l’ombre et de la fraicheur, et il faut ajou- 
ter de l'utilité, puisque presque tous étaient ou parais- 
sent avoir été des arbres à fruits. 

Autant qu'on en peut juger par une représentation 
souvent imparfaite ou conventionnelle, les jardins dont 
je viens de parler, si l’on fait abstraction des deux 
arbustes de la peinture du Musée britannique, ne ren- 
fermaient pas plus de six à sept espèces d'arbres; le 


jardin de Thèbes à obélisque n’en contenait même peut- 


être que deux ; c’est peu et sans doute il en était sou- 
vent dans la réalité tout autrement; nous connaissons 
au moins un jardin, celui du scribe Anna, qui en ren- 
fermait un nombre bien plus grand’. L'inscription 
funéraire de cet officier nous apprend qu’il avait planté 
dans son parc vingt espèces différentes d'arbres, parmi 
lesquelles d’ailleurs se trouvaient les diverses essences 
dont j'ai signalé l'existence dans les jardins que je viens 
de décrire”. Malheureusement sur ces vingt espèces, 


1. Henri Brugsch, Recueil de monuments, pl. XXXVI. — 
G. Maspero, {istoire ancienne, t. T, p. 201. 

2. Charles E. Moldenke, op. laud., p. 20. — H. Boussac, Le 
tombeau d'Anna, pl. s. n. La peinture du jardin d’Anna ne 
donne qu’une idée imparfaite du nombre — on en voit moins 


CN 7 


”  L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 91 


cinq ou six n’ont pu être identifiées. Restent quatorze 
à quinze espèces connues ; mais elles étaient loin d’être 
cultivées, nous venons de le voir, dans tous les jardins 
pharaoniques, et le nombre de celles qu'on y rencon- 
trait variait d’ailleurs avec l'étendue de ces jardins, 
ainsi qu'avec le goût ou la richesse de leurs posses- 
seurs. Ce n'étaient pas toutes non plus des essences à 
fruits ; à côté d'elles prenaient place des arbres d’orne- 
ment, cultivés pour la grâce ou la beauté de leur feuil- 
Jage, mais en bien moins grand nombre toutefois que 
les arbres fruitiers. 

Les plus répandus parmi ces derniers étaient le 
dattier, le palmier doum et le sycomore; le jardin du 
scribe Anna renfermait cent soixante-dix dattiers, cent 
vingt palmiers doums et quatre-vingt-dix sycomores, 
ainsi que trente-un caroubiers' et douze vignes ; mais 
les autres arbres fruitiers n'y figuraient qu'en nombre 
presque insignifiant ; on n'y comptait que cinq figuiers, 
cinq grenadiers, autant d'arbres nebs*, trois perséas, 
deux arbres à noix de ben et seulement un palmier 
argoun. Quant aux arbres d'ornement, ce même jardin 


de cinquante — et des espèces d’arbres qu'il renfermait ; la 
disposition en est d’ailleurs toute particulière ; la maison se 
trouve avec les greniers dans la partie méridionale ; au delà 
est le bassin avec ses lotus habituels, ayant à droite quatre, à 
gauche trois arbres, qui semblent appartenir à des essences 
différentes ; puis viennent trois rangées d'arbres, dont les dat- 
tiers, plantés au milieu de la première, sont seuls reconnais- 
sables ; enfin au fond et à gauche se trouve le ‘kiosque, où 
Anna et sa femme prennent le frais et devant lequel s'étend 
un plant irrégulier de palmiers doums. 

1. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes, VII. Le 
caroubier. (Recueil de travaux, t. XV, p. 113.) 

2. Voir le chapitre suivant, p. 125. 

3. Victor Loret, Recherches, etc. I. L'olivier et le moringa. 
(Recueil de travaux, t. VII, p. 101.) 


92 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


en renfermait trois espèces, en nombre restreint tou- 
tefois : dix tamaris, ainsi que dix saules safsaf et seu- 
lement trois acacias. Aucune de ces espèces ne se ren- 
contrait, à ce qu'il semble, dans le verger de l'officier 
d’Amenhotpou II, ainsi que dans les autres parterres des 
hypogées thébains'. Ils ne paraissent aussi avoir ren- 
fermé ni caroubiers, ni arbres #26bs ou à noix de ben, 
ui palmiers argouns ; mais les autres arbres à fruits y 
étaient plus ou moins complètement représentés : il y 
avait jusqu'à quatre-vingt-douze dattiers, vingt-deux 
palmiers doums, soixante-douze sycomores et vingt- 
quatre vignes dans le parterre du chef militaire con- 
temporaïin d'Amenhotpou Il. 

Telle était à peu près la composition d’un jardin 
égyptien à l’époque de la XVIII dynastie; il sufti- 
sait peut-être aux exigences de l’époque; mais il man- 
quait de variété et on y eût cherché en vain quelques- 
uns des meilleurs-fruits de l'Asie antérieure, ainsi que 
plusieurs des plus beaux arbres d'ornement de la 
région méditerranéenne, qu'il devait posséder plus 
tard. I] les acquit successivement, d’abord sous les 
grands princes du nouvel empire, plus tard à l’époque 
de la domination perse et surtout sous celle des Pto- 
lémées. Les expéditions des Ahmessides et des Rames- 
sides en Éthiopie au sud, en Syrie et jusqu’à l'Eu- 
phrate au nord, l'occupation de la terre de Qimit par 
les Perses, qui, partis du plateau de l'Iran, avaient 
étendu leur domination d’un côté jusqu’à l'Indus et de 
l’autre jusqu'aux rivages de la Méditerranée, enfin la 
conquête d'Alexandre et l'établissement de dynasties 


1. On apercoit, au contraire, un acacia ou un tamaris dans 
le jardin potager de la peinture d’Abd-el-Gournah. 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 93 


grecques en Syrie et sur le trône d'Égypte, n'avaient 
pu manquer d’avoir leur contre-coup sur l’agronomie 
et l’horticulture, comme sur la civilisation, de l’Asie 
antérieure tout entière et en particulier de la vallée du 
Nil. Ces grands mouvements de peuples et d’armées, 
ainsi que les relations pacifiques et commerciales qui 
les accompagnèrent ou qui les suivirent, eurent pour 
conséquence naturelle de transporter, hors de leur 
pays d’origine, nombre d'espèces végétales; plusieurs 
pénétrèrent alors pour la première fois dans l’antique 
patrie des Pharaons. 

Dès longtemps les princes égyptiens avaient aimé 
à enrichir leur pays des produits de l'étranger; l’expé- 
dition pacifique envoyée par la reine Hatshopsitou au 
pays de Pount chercher des arbres à encens, dont j'ai 
parlé plus haut', ne fut pas un fait isolé. Ramsès III 
rappelle dans le grand Papyrus Harris les arbres que, 
lui aussi, avait fait planter dans la cour du temple de 
Thèbes”. Leurs expéditions militaires au delà des fron- 
tières de l'Égypte offraient, d’ailleurs, aux Pharaons 
une occasion naturelle d'importer dans leur pays les 
végétaux utiles qu’ils avaient remarqués à l'étranger. Ils 
n’y manquèrent pas. C’est sous les Ahmessides proba- 
blement, conquérants de la Syrie, que la flore horti- 
cole de l'Égypte s'enrichit de l'olivier”, cultivé depuis 
un temps immémorial au pays de Chanaan. Le pom- 


1. Chapitre 1, p. 18. 

2. Zeitschrift für ägyptische Sprache, t. XI, p. 35. 

3. M. W. Pleyte (La couronne de la Justification, p. 13), 
suppose que l'olivier a été introduit en Egypte sous la XIXe 
dynastie ; il me semble plus conforme à la réalité d’en faire 
remonter l'introduction, soit aux Hycsos, soit aux princes de 
la XVIIIe dynastie. 


94 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


mier apparait à l'époque de la XIX'* dynastie ; Ramsès IT 
fit planter des pommiers dans ses jardins du Delta’. 
L'importation de l’amandier semble avoir été plus tar- 
dive*, elle n'eut peut-être lieu que sous les Ptolémées. 
C'est sous ces princes encore, et vraisemblablement 
même sous les derniers d’entre eux, sinon à l’époque 
romaine, que le mürier à fruits noirs, le pêcher, le ce- 
risier, de même peut-être que le Re furent im- 
portés dans la vallée du Nil. 

En même temps qu'ils s’enrichissaient ainsi d’ arbres 
fruitiers jusqu'alors inconnus, les parcs égyptiens s’em- 
bellirent également de nouveaux arbres d'ornement. 
L'introduction du peuplier blanc et du platane, que 
Théophraste montre croissant, bien qu’en petit nombre, 
sur les bords du Nil*, doit remonter à une époque 
déjà reculée; celle du chêne, qui, d’après le même na- 
turaliste, se serait trouvé en abondance, avec des 
perséas et des oliviers, dans un bois des environs de 
Thèbes”, doit être également ancienne; en est-il de 
même de l'introduction du frêne, qu'il faitcroitre aussi, 
de même que l’ormef, en Égypte? Je ne saurais rien 
en dire, pas plus qu'au sujet de l'importation dans la 
vallée du Nil du tilleul, cet arbre de la région tempé- 


1. Victor Loret, Recherches, ete. V. Le pommier. (Recueil 
de travaux, t. VII, p. 113.) 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 83. 

3. M. Flinders Petrie a trouvé des fruits de ces divers arbres 
dans la nécropole gréco-romaine de Hawara, ce qui n’est pas 
toutefois une preuve absolue que ceux- ci fussent cuîtivés en 
Egypte; le poirier même n’y est pas planté aujourd’hui. 
G. Schweinfurth, ustration de la Flore d'Égypte, s. v. 

&. Iistoria plantar um, lib. IV, cap. vu, 2. 

5. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. Théophraste se 
sert seulement du mot 3-5 sans dire de quelle espèce il s’agit. 

6. Historia plantarum, Lib. IV, cap. var, 2. 


L'HORTICULTURE DANS L’'ÉGYPTE ANCIENNE. 95 


rée de l’Europe, dont M. Flinders Petrie a retrouvé 
des restes dans la nécropole gréco-romaine de Ha- 
wara'. Cette importation remonte sans doute assez peu 
haut. C’est probablement aussi à une date récente que 
le laurier”, originaire de la région méditerranéenne, a 
pénétré dans les jardins de l'Égypte. Si l'introduction 
de ces espèces nouvelles enleva à ces jardins le carac- 
ère intertropical qu'ils avaient eu jusque-là et les 
rapprocha des jardins de l'Asie antérieure ou de l’Eu- 
rope méridionale, c'est à des parcs et à des vergers 
bien plus qu’à des parterres qu’ils ressemblaient, Pour 
être de véritables parterres, il leur aurait fallu ce qui 
semble leur avoir longtemps manqué, des fleurs et une 
végétation herbacée. 

On a admis, il est vrai, que les Égyptiens ont cul- 
tivé les fleurs de tout temps ; mais rien ne tend à le 
prouver, et on peut dire qu'en réalité les choses se 
sont passées autrement. Tels qu'ils sont représentés, 
les jardins des hypogées pharaoniques ne renferment, 
un seul excepté, aucune autre fleur ou plante herbacée 
que les lotus qui en couvrent les bassins et les papyrus 
qui garnissent les bords de ceux-ci. Unger toutefois 
mentionne un jardin représenté, dit-il”, sur les murs 
d'une tombe de Thèbes et où se trouveraient de véri- 
_ tables fleurs; après avoir remarqué qu'il était situé au 


1. Kahun, Gurob and Hawara, p. 46, 2. 

2. Trouvé par Flinders Petrie dans la nécropole de Hawara, 
Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 51. 

3. Silzungsberichte, t. XXXVIIT (an. 1859), p. 105. Unger 
s’est contenté de citer la tombe n° 11, indication vague que 
Franz Wæœnig s’est borné à reproduire. Il s’agit ei évidemment 
des peintures de fantaisie qu'on voit sur les parois du tombeau 
de Ramsès IT. 


96 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


bord d’un canal, à en juger par les hachures destinées 
à figurer l’eau : « Près de ce canal, ajoute-1l, sont dis- 
posées par rang des plates-bandes de fleurs en forme 
de demi-lune, chacune d’elles couverte d’une espèce de 
fleur différente, mais d’une seule. Cependant, re- 
marque-t-il encore, comme ces fleurs sont représentées 
d'une manière conventionnelle, il est à peu près im- 
possible de les reconnaître; j'inclinerais toutefois à 
voir dans l’une d'elles une corymbifère et j'en pren- 
drais une autre, dont les feuilles seules sont figurées, 
pour une espèce de betterave. » Il est trop évident 
qu'on ne peut rien conclure d’une pareille peinturé ; 
pour l'artiste pharaonique elle n’a été qu’un motif de 
décoration et les plantes qu'il a représentées n'ont 
pas plus de réalité dans la nature que les quadrupèdes 
à tête d'oiseau qu’on aperçoit sur d’autres monuments. 

La présence dans les sarcophages de débris de 
plantes ou de guirlandes de fleurs n’est pas non plus 
une preuve aussi concluante de la culture de ces der- 
nières qu'on a souvent voulu le croire. Une partie des 
débris végétaux trouvés dans les tombes pharaoni- 
ques appartiennent à la flore des champs ou des ma- 
récages, tel que le coquelicot, la dauphinelle orien- 
tale, la centaurée déprimée, le chrysanthème à cou- 
ronnes, l’épilobe, etc.'; les couronnes qui en sont 
faites ne prouvent pas plus que ces plantes fussent 


1. G. Schweinfurth, Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3 
(an. 1882), p. 72, suppose que le coquelicot et la centaurée 
déprimée ont été introduits en Egypte comme plantes d’orne- 
ment; mais si l’on n’y rencontre plus aujourd’hui cette espèce 
de centaurée à l’état sauvage, rien n'indique qu'elle ne s’y 
trouvât pas autrefois et le coquelicot se voit encore dans les 
moissons du Delta. 


CL: 


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Ce, 
À 


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L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 97 


cultivées par les anciens Égyptiens que les bouquets 
de bluets et de bruyère commune qu'on vend dans 
nos rues n’indiquent que ces fleurs croissent dans des 
jardins et non dans les champs ou dans les landes. 

Il ne saurait y avoir de difficulté que pour les plantes 
qui n'existent plus aujourd'hui en Égypte, comme la 
dauphinelle orientale et la centaurée déprimée, ou qui 
ne s’y rencontrent, croit-on, que cultivées ou naturali- 
sées, telle que l’alcée ou guimauve à feuilles de figuier '; 
mais les premières, introduites avec les cultures, ont 
pu finir par disparaitre, après avoir subsisté dans la val- 
lée du Nil un temps plus ou moirs long, disparition qui 
est moins surprenante que celle du papyrus, tout indi- 
gène qu’il était en Égypte. Quant aux secondes, c'est-à- 
dire aux plantes qui sontcultivées de nos jours ou se sont 
naturalisées, il faudrait mieux en connaître l'histoire 
qu'on ne le fait pour se prononcer. Schweinfurth s’est 
demandé * si l’alcée à feuilles de figuier, qu'on trouve 
à l’état sauvage dans le Liban, et la dauphinelle orien- 
tale, plante de la région méditerranéenne, ne pour- 
raient pas se rencontrer quelque jour en Égypte, d'où 
elles ont disparu à l’état spontané. Aïnsi les raisons 
qu'on a invoquées jusqu'ici en faveur de la culture des 
fleurs dans les jardins de l'Égypte pharaonique sont à 
peu près sans valeur. 

Toutefois le moment vint où, dans la vallée du Nil, 
on cultiva les plantes à fleurs, comme on le faisait de 
temps immémorial pour les arbres à fruits. À quelle 
époque remonte cette culture particulière? Rien n’est 


1. G. Schweinfurth, Bulletin de l'Institut égyptien, n° 8 
(an. 1887), p. 318. 
2. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 70. 


: 7 


98 : LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


venu nous l’apprendre jusqu'ici; peut-être commenca- 
t-elle dès le temps des Ahmessides ou du moins des 
Ramessides. Un document officiel en constate du moins 
l'existence sous cette dernière dynastie. Dans la charte 
où Ramsès III énumère les dons qu'il avait faits aux 
divinités de Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis, le 
Pharaon parle, à plusieurs reprises, des fleurs qu'il avait 
fait planter dans les bosquets sacrés. Aïnsi, rappelant 
le domaine consacré au dieu de Thèbes et les vastes 
jardins dont il était embelli, il ajoute qu'il s’y trou- 
des « serres — c’est ainsi que traduit Eisenlohr'— avec 
des fleurs de tout pays, des arbustes et des lotus ». Et 
parlant ailleurs des jardins immenses, ainsi que des 
bosquets, remplis d'arbres et de dattiers, qu'il avait 
consacrés au dieu d’'Héliopolis, il dit encore qu’on y 
trouvait des bassins «couverts de lotus et de jones, et 
des fleurs de tous pays, douces et parfumées ». 

Sans doute il faut faire la part de l’'emphase habi- 
tuelle aux documents officiels de l’ancienne Égypte, et 
ces mots « fleurs de tous pays » ne sauraient être l’ex- 
pression de l’état véritable de la culture horticole au 
temps du nouvel empire. Mais sous ces exagérations 
ordinaires aux scribes pharaoniques, on ne saurait 
nier qu'il n’y ait un fond de vérité, et qu’on ait sans 
doute cultivé des fleurs, peut-être même exotiques, 
dans les jardins des Ramessides. IL dut en être de 
même sous les dynasties suivantes; mais c'est après 
la conquête perse, sous les Ptolémées, et encore plus 
à l'époque gréco-romaine, que le culte des fleurs acheva 
de se développer et prit une véritable importance en 


1. Aus dem grossen Papyrus Harris, pl VIITet XXVII. 
(Zeitschrift für ägyptische Sprache, t. XI, p. 54 et 99). 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 99 


Égypte. L'horticulture fit de grands progrès dans le 
monde hellénique‘'; les Égyptiens s’y livrèrent avec 
ardeur et avec succès, ainsi qu'en témoigne Athénée *; 
désormais les plantes de leur pays ne leur suffirent 
plus ; ils en demandèrent d'inconnues aux pays étran- 
gers : arbustes et plantes herbacées d'ornement y 
pénétrèrent à la fois. 

Les arbustes y prirent place, à ce qu'il semble, les 
premiers. La sesbanie d'Égypte (Sesbania aegyptiaca, 
Pers.), cet arbrisseau d'origine nubienne, dont on a 
trouvé des fleurs dans la tombe d’Ahmes [°'°, était peut- 
être dès lors cultivé dans les jardins de Thèbes; elle 
ne dut pas être le seul arbuste qui y fut planté. Sur la 
peinture n° 177 de la galerie nord du Brètish Museum, 
dont j'ai parlé plus haut, on voit, comme je l'ai remar- 
qué, au bord du bassin central, à côté des touffes de 
papyrus, deux arbustes, l’un, à fleurs rouges, mais à 
peine distinctes, ainsi que les feuilles, et qu'il est dès 


1. Dans son étude sur Les premiers établissements des Grecs 
en Egypte (Paris, 1893, in-4, p. 234), M. D. Mallet semble 
croire que le goût des fleurs, avec celui des couronnes, était 
venu d'Egypte en Grèce ; mais c’est là une pure supposition. 
« Nulle part, dit-il, les fleurs n'étaient plus variées et plus 
nombreuses que dans la vallée inférieure du Nil. » Quoi qu’en 
aient pu affirmer les poètes grecs, qui d’ailleurs n’en parlaient 
que par oui dire, rien n’est moins conforme à la réalité, et la 
plupart des fleurs dont les Egyptiens des derniers temps 
faisaient des couronnes étaient exotiques et ont dû être im- 
portées dans leur pays. Il faut ajouter que le témoignage 
d'Apulée qu'invoque M. Mallet ne peut rien prouver pour 
l’époque pharaonique. 

2. Deipnosophistae, lib. V, cap. xxv (196): ‘H yxo Alyuzros 
ua Tobs xnnevovtas té oraviws xat xaû” uizay Évestnzutav èv Étépots 
guoueva trous ap0ovx yevvé 2at Dix ravtôs. 

3. G. Schweinfurth, Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3 
(an. 1882), p. 68. 


100 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


iors impossible d'identifier ; l’autre, à fleurs blanches, 
en bouquets terminaux, à feuilles qui paraissent en- 
tières, dans lequel j'inclinerais à voir l’arbre au henné, 
s'il était permis de se prononcer en présence d’une 
peinture aussi confuse et si cet arbrisseau était réelle- 
ment indigène dans l'Éthiopie orientale comme on l’a 
dit’. Recherché pour la belle couleur orange que donnent 
ses feuilles, l’arbre au henné ne devait pas l’être moins 
pour le parfum de ses fleurs, à une époque surtout où 
le jasmin était sans doute encore inconnu en Égypte. 
Il n’y aurait donc rien de surprenant à ce qu'il eùt été 
importé de bonne heure et cultivé dans les jardins 
pharaoniques. C’eût été aussi naturel et plus facile que 
d'y planter les « sycomores à encens » que la reine 
Hatshopsitou fit apporter du pays de Pount à Thèbes. 

Avec cet arbuste bien d’autres devaient pénétrer, 
mais beaucoup plus tard, dans les jardins égyptiens, 
tel que le myrte, la rose à cent feuilles, le jasmin sam- 
bac, originaire de l'Hindoustan, qu'on a cru, peut-être 
par erreur, reconnaitre dans une tombe de Déir-el- 
Bahari”, mais dont M. Flinders Petrie a découvert des 
débris certains dans la nécropole gréco-romaine de 
Hawara*. Le savant égyptologue anglais y a aussi ren- 
contré des fleurs de la rose sainte, variété cultivée de 
la rose d'Abyssinie“. S'il fallait en croire Pline’, par 
malheur si souvent inexact, les Ptolémées auraient 
également fait planter en Égypte le ladanum ou ciste 


1. Voir plus haut, chap. 11, p. 51. 

2. G. Schweinfurth, Berichte der botanischen Gesellschaft, 
t. II (an. 1884), p. 268. 

3. Kahun. Gurob and Hawara, p.47, 1. 

4. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 48. 

5. 11ist. naturalis, Lib. XIT, cap. XXXvIT. 


où til e- 
' ‘ 


L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 101 


ladanifère. C’est encore sous ces princes, sinon seule- 
ment à l’époque romaine, que fut aussi introduit en 
Égypte le lierre', cet arbuste grimpant de la région 
tempérée de l’Europe et de l’Asie antégieure. 

Après ces arbrisseaux ou en même temps qu'eux 
prirent place dans les jardins égyptiens des fleurs 
herbacées ; de temps immémorial, — nousle voyons par 
les diverses peintures des hypogées, — les plantes sym- 
boliques du papyrus et du lotus blanc, avaient figuré 
dans les réservoirs et les étangs ; il en fut peut-être 
de même du lotus bleu, indigène comme eux dans la 
vallée du Nil. Le lotus rose, exotique au contraire, n'y 
fut planté que beaucoup plus tard, seulement à l’époque 
perse, dit Schweïinfurth*. Quant aux fleurs de jardin pro- 
prement dites on les voit apparaître à l'époque des 
Ahmessides ou des Ramessides. Une peinture de la villa 
d’Apoui, contemporain de Ramsès II, est la première 
où l’on en aperçoive. 

Sur une des parois du tombeau de ce personnage, 
« porteur de ciseau », estreprésenté, avec le portique de 
sa maison, deux bassins couverts de lotus et flanqués 
tous deux de papyrus”. Quatre jardiniers sont occupés 
à puiser de l’eau à l’aide de shadoufs, établis à l'ombre 


des arbres du jardin, un puissant sycomore et quatre 


autres arbres dont deux pourraient bien être des sidrs 
(Zizyphus spina-Christi W.), les deux autres des juju- 
biers communs (Z2zyphus vulgaris Lam.), accompagnés 
chacun d'un tamaris ou d'un saule safsaf. Nous n'avons 
jusqu'ici sans doute rien qui distingue ce jardin des 


1. Trouvé par Flinders Petrie dans la nécropole de Hawara. 

2. Bulletin de l’Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 65. 

3. Mémoires publiés par les membres de la mission archéo- 
logique francaise au Caire, t. V, fase. IV, p. 607, pl. 1. 


102 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


parterres pharaoniques que nous connaissons ; ce qui 
est nouveau, c’est la présence de deux touffes de plantes 
d'ornement ; l’une aux fleurs composées, terminales et 
de couleur bleue, parait être le bluet oriental (Centau- 
rea depressa Bieb.), dont on a précisément découvert 
des restes dans une tombe de cette époque, l'autre aux 
feuilles radicales, lancéiformes et entières, aux fleurs 
également terminales, isolées et blanches, portées sur 
un pédoncule, a tout l'aspect d’une liliacée ou d’une 
plante analogue’, mais sa représentation conventionelle 
rend difficile de dire à quelle espèce elle appartient. 
Quoi qu'il en soit, il semble bien qu'il y ait là un 
commencement de culture florale ; et à partir de cette 
époque, sinon plus tôt, à côté des arbres fruitiers ou 
d'ornement prendront place dans les jardins égyptiens 
quelques fleurs ou plantes d'agrément. Telles furent 
peut-être la dauphinelle orientale, l’alcée à feuilles de 
figuier, même l'iris de Sibérie, que Percy Newberry 
croit avoir reconnue sur une peinture de la tombe de 
Thoutmès [I à Karnak”, la menthe poivrée, découverte 
en 1884 par M. Maspero, à Shéik Abd-el-Gournah*, 
plantes auxquelles il ne serait pas impossible que 
fussent venues se joindre quelques représentants de la 
flore indigène comme l'héliotrope de Nubie au parfum 
délicieux’. Toutefois ce fut beaucoup plus tard, et 


1. On serait tenté d'y voir un Arum colocasia. On retrouve 
d’ailleurs cette plante dans la planche où Prisse d’Avennes à 
figuré des « plantes et fleurs tirées des monuments », mais il 
a donné à la corolle la couleur jaune. /Zistoire de l’art égyp- 
tien, t. II, pl. 62. 

2. Fiinders Petrie, Kahun, Gurob and Hawara, p. 47, 1. 

3. Berichte der deutschen botanischen Gesellschaft, t. I 
(an. 1884), p. 367. — Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 666. 

4. Flinders Petrie, Mahun, Gurob and Hawara, p. 47, 1. Il 


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L'HORTICULTURE DANS L'ÉGYPTE ANCIENNE. 103 


seulement depuis l'établissement de relations suivies 
avec la Grece, surtout sous les Ptolémées et même à 
l’époque de la domination romaine, que pénétrèrent 
en Égypte le convolvulus épineux, qu'on n’a trouvé 
à l’état spontané que dans la Gédrosie et les déserts 
de la Perse méridionale’, la célosie argentée, gra- 
cieuse amaranthacée de la région soudanienne”, le 
réséda odorant, dont la patrie est incertaine”, ainsi 
que la marjolaine, qu’on croit originaire de la Grèce”, 
peut-être la douce-amère et le narcisse tazzette”, 
importé probablement de la Palestine, plantes dont 
M. Flinders Petrie a découvert des débris dans la 
nécropole de Hawara*°. 


faut dire toutefois que ni Schweinfurth, ni Boissier ne font 
mention de cette espèce en Egypte. 

1. Flinders Petrie, Kahun, Gurob and Hawara, p. 47,1. 

2. Flinders Petrie, Zawara, Biahmu and Arsinoë, p. 51. 

3. Flora orientalis. Genève, 1876-83, in-8, t. I, p. 423. — 
Kahun, Gurob and Arsinoë, p. 46, 2. 

k. Percy E. Newberry, On some funeral wreaths discovered 
in the cemetery of Hawara. (The archaeological Journal, 
t. XLVI (an. 1889), p. 428.) 

5. Les végétaux du musée égyptien du Louvre. (Recueil de 
travaux, t. XVIT, p. 186). 

6. Flinders Petrie, Æawara, Biahmu and Arsinoë, p. 51. 
Malheureusement l'étude que M. Percy E. Newberry a faite 
des plantes découvertes par M. Flinders Petrie est pleine de 
fautes d'impression ou de rédaction; c’est ainsi qu'il y est 
question d’une Matthiola librator, espèce de giroflée qui 
n'existe pas ; qu’au lieu du myrte est mentionné le Lychnis 
cœli-rosa L. etc. G. Schweiïinfurth, Flinders Petries Ausgra- 
bungen im Fajum. (Petermann’s Geographische Mitthei- 
lungen, t. XXXVI (an. 1890), p. 54.) 


CHAPITRE IV. 


LES ARBRES FRUITIERS ET LES ARBRES D ORNEMENT 
LES PLANTES D'AGRÉMENT 


Parmi les arbres cultivés dans les jardins ou les 
vergers égyptiens, les espèces à fruit occupaient la 
place la plus considérable ; au premier rang y figura, 
depuis au moins vingt-cinq siècles avant notre ère, le 
dattier (Phænix dactylifera L.). Indigène dans la zone 
chaude et sèche, qui s'étend du Sénégal au bassin de 
l'Indus *, ce palmier a dû être acclimaté de bonne heure 
dans la vallée du Nil, s’il n’y a pas existé de tout temps. 
M. Moldenke* a admis qu'à leur arrivée dans ce pays 
les ancêtres des Égyptiens l'y auraient trouvé déjà 
cultivé; cette circonstance que le nom bennou ou 
bounnou, benra, que le dattier porte dans la langue 
hiéroglyphique, est égyptien, lui a fait supposer du 
moins qu'ils n'avaient pas reçu cet arbre de l'étranger. 


4. Th. Fischer, cité par Engler, ap. Victor Hehn, Xultur- 
pflanzen, p. 273. 

2. Car. Frid. Phil. de Martius, Zistoria naturalis palmarum. 
Monachi, 1836-50, t IIT, p. 260. — A. de Candolle, Géographie 
botanique raisonnée, p. 343. — Id., Origine des plantes cul- 
tivées, p. 240. 

3. Ueber die allägyptischen Büume, p. 31. 


LES ARBRES FRUITIERS. 105 


Charles Pickering a, tout au contraire, considéré le 
dattier comme exotique et en plaçait, sans preuves 
d’ailleurs, l'importation en Égypte, au temps de la 
XII dynastie’. Ce qui est vrai, c’est que cet arbre 
n'apparait d'abord sur les monuments que vers cette 
époque. Une peinture de Béni-Hassan”, qui en est 
contemporaine, représente deux hommes, suivis par 
des chèvres, occupés à abattre des dattiers. Toutefois 
si les débris de feuilles de dattier, qui, d’après Unger*, 
auraient été trouvés dans les hypogées de Saqqarah, 
sont bien authentiques, il y aurait là un témoignage de 
l'existence, sinon de la culture, en Égypte, de ce pal- 
mier, à l’époque de la VI* dynastie. 

Le mot bennou, suivant M. Moldenke, signifie 
« qui porte de doux fruits »; il semble indiquer qu'à 
l'époque où les Égyptiens le donnèrent au PAœnix 
dactylifera, ce palmier était déjà anobli par la culture. 
Où cette culture a-t-elle pris naissance ? À quel peuple 
revient le mérite d’avoir découvert la fécondation 
artificielle des dattiers? Carl Ritter a supposé® que 
cet arbre précieux était resté longtemps à l'état sau- 
vage et que l’espèce en avait été anoblie d'abord par 
les Nabatéens de la Babylonie, assertion répétée 
depuis par Victor Hehn”; mais n'est-il pas plus vrai- 
semblable de penser que la culture et la fécondation 
artificielle du dattier furent découvertes simultané- 
ment dans plusieurs des contrées où il croit spontané- 


1. The races of man, p. 373. 

2. Tombe n° 2. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl: 40. 

3. Sitzungsberichte, t. XXX VIII, p. 105. 

4. Die Erdkunde im Verhältniss zur Natur und zur Ges- 
chichte des Menschen. Berlin, 1847, in-8, t. XIII, p. 775. 

5. Die Kullurpflanzen, p. 263. 


106 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


ment? En tout cas on ne voit guère comment les 
Égyptiens du moyen empire, à plus forte raison leurs 
ancêtres, auraient pu les recevoir des habitants des 
bords de l'Euphrate. 

Quoi qu'il en soit de l'époque où la culture du 
dattier s'établit dans la vallée du Nil’, elle finit par y 
prendre la plus grande extension; elle y trouvait 
d’ailleurs, surtout dans la Thébaïde et les oasis, les 
conditions les plus favorables : un sol sablonneux et 
humide, avec un climat sec et brülant. Sous la XVIII® 
dynastie cette culture apparaît comme florissante et 
une des plus importantes de la contrée; le jardin 
d'Anna, nous l'avons vu, renfermait 170 dattiers ; 
celui du chef militaire contemporain d'Amenhotpou IT, 
dont j'ai donné plus haut la description, n’en conte- 
nait pas moins de 93. Le port élevé et élégant du 
palmier, la bonté de ses fruits, les nombreux usages 
auxquels on employait son bois et même les fibres de 
ses feuilles, suffisent pour expliquer la prédilection 
dont il était l'objet; aujourd’hui encore il est l'accom- 
pagnement indispensable des villages arabes, que sa 
couronne de feuilles domine, en les défendant contre 
les ardeurs du soleil, leurs humbles maisons en terre 
et en « créant pour les plantes non désertiques, qu’on 
y cultive, un milieu tempéré où elles peuvent vivre »°. 

1. A côté du palmier cultivé subsista l'espèce sauvage ; il 
semble bien que ce soit à cette espèce qu'appartiennent les 
dattes conservées au Musée du Louvre. Recueil de travaux, 
t. XVII, p. 183. — Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, 
an. 1891, p. 65 et 66, remarque que l’on rencontre par place 
des dattiers qui ont conservé les caractères du type sauvage ; 
il incline néanmoins à regarder le dattier cultivé comme 
dérivé du ?. reclinata Jacq., qu’on rencontre dans les mon- 


tagnes de l’Abyssinie et de l’Arabie méridionale. 
2. Henri Schirmer, Le Sahara, p. 205. 


LES ARBRES FRUITIERS. 107 


Fait surprenant, Hérodote’, qui parle de la beauté 
et de la fécondité des dattiers de l’oasis d'Augilas, ne 
dit rien de ceux de l'Égypte; mais Théophraste, au- 
quel on doit des renseignements si précis sur la 
culture de cet arbre et sur les régions où on le ren- 
contrait, n'a pas oublié de mentionner les palmiers de 
la vallée du Nil; il nous apprend même” que dans ce 
pays, comme en Syrie d’ailleurs, il y en avait qui 
donnaient déjà des fruits au bout de cinq ans et 
n'étant encore arrivés qu'à la hauteur d'homme. 
Strabon fait aussi mention des dattiers d'Égypte; 
mais, d'après lui, ils étaient de l'espèce la plus com- 
mune, et 1] va Jusqu'à dire que dans le Delta les fruits 
en étaient presque immangeables ; toutefois il en était 
autrement dans la Thébaïde et en particulier dans 
l’île de Méroë, dont les palmiers, remarque-t-il, l'em- 
portaient sur ceux de tous les autres pays. Aujourd'hui 
c'est encore dañs la Haute-Égypte, ainsi que dans les 
oasis, que le dattier réussit le mieux et donne les 
meilleurs fruits. 

A côté du dattier prenait place dans les parcs 
égyptiens le palmier à éventail, mama — le doum des 
Arabes — (Hyphaene thebaica Mart.): il y enavait 120 
dans le jardin d'Anna. Originaire de l'Afrique tropicale* 


- et croissant aujourd'hui encore spontanément dans 


les vallées de la Nubie et de la Haute-Égypte’, cet 
arbre, on le voit, était cultivé déjà dans la vallée 


1. Historiæ, lib. IV, cap. 172. 

2. Historia plantarum, lib. Il, cap. 6, 7. 

3. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 51. 

4. E. Boissier, Ælora orientalis, t. V, p. 46. — O. Drude, 
Handbuch der Pflanzengeographie, p. 164. 

5. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 147. 


108 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


moyenne du Nil au xvirr° siècle avant notre ère. Si les 
fruits de ce palmier trouvés par M. Flinders Petrie 
à Kahoun n'étaient pas importés de l’Éthiopie, il faut 
même admettre qu’il fut planté en Égypte huit siècles 
plus tôt. Le palmier doum tirait son nom indigène 
mama, « divisé en deux parties »', de la bifurcation 
que sa tige présente dans sa partie supérieure. Théo- 
phraste, qui l'appelle cucifère (xeuxégoooc), en a fait 
son caractère distinctif : 


L'arbre qu’on appelle cucifère, dit-il?, présente, dans son 
tronc et ses feuilles, une grande ressemblance avec le dattier, 
mais il en diffère en ce que, tandis que la tige du dattier est 
simple et entière, son tronc se bifurque en deux branches 
secondaires, dont chacune se divise elle-même en deux autres, 
qui portent des rameaux courts et peu nombreux. 


C’est avec ce tronc bifurqué que le palmier doum 
est représenté d'ordinaire sur les peintures des hypo- 
gées égyptiens, en particulier sur celle du parc de 
l'officier d’Amenhotpou IT°. Sur une peinture de Tell el- 
Amarna*, au contraire, l'artiste pharaonique l’a repré- 
senté avec une tige simple, mais avec des feuilles en 
éventail, leur forme caractéristique. 

Les fruits du palmier doum, qu'on a trouvés en im- 
mense quantité dans les tombes pharaoniques et dont 
on peut voir des échantillons dans tous les musées 
égyptiens d'Europe”, sont remarquables par leur forme 
et leur grosseur. 


Charles E. Moldenke, op. laud., p. 66. 
[Historia plantarum, lb. IV, cap. IT. 
Voir plus haut, chap. III, p. 88. 
Lepsius, Denkmäler, t. HIT, pl. 95. 
5. Migliarini, op. laud., p. 74, n° 3605. — S. Birch, Catalo- 
que of the collection of Egyptian antiquities, at Alnwick Castle. 


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LES ARBRES FRUITIERS. 109 


Is diffèrent de la datte, dit Théophraste!, par leur dimen- 
sion, leur forme et la saveur ; assez volumineux pour remplir 
la main, ils sont ronds et non oblongs; de couleur jaunûtre, 
ils renferment un suc doux et agréable au goût. Ils ne sont 
pas, ajoute--il, disposés en grappes comme les dattes, mais 
croissent isolés les uns des autres. Le noyau en est gros et 
très dur. 


Ces fruits portaient en égyptien le nom de gougour, 
origine évidente du radical xx, du DUR xeux16pOpOs, et 
du mot 52°, que, dans un autre passage *, Théophraste 
attribue à un palmier qui croit en Éthiopie, et qui 
n’est autre évidemment, sa description même en fait 
foi, que le xouxégocos ou cucifère. C’est le cuci de 
Pline *, lequel, dans ce qu'il en a dit, s'est borné à co- 
pier le naturaliste grec ; toutefois il a ajouté, au sujet du 
fruit, qu'il renferme une amande douce, tant qu’elle 
est fraiche, mais qui, séchée, durcit au point de n'être 
plus mangeable qu'après une macération de plusieurs 
jours. Dans un hymne, où un poète pharaonique com- 
pare Thot à un doum haut de soixante coudées”, il est 
question de ces amandes et du suc qu'elles renfer- 
maient. Les fruits du palmier doum ne pouvaient être 
comparés à ceux du dattier; ce n'était pas pour eux 
aussi, mais bien plutôt.pour son port et pour la dureté 


London, 1880, in-4, p. 184, n° 1437. — Les végélaux du musée 
égyptien du Louvre. (Recueil de travaux, t. XVII, p. 182). 

1. Historia plantarum, lb. IV, cap. 2, 7. 

2. Victor Loret, Recherches sur quelques plantes, I. Les 
Palmiers d'Égypte. (Recueil de travaux, t. II, p. 24.) 

3. Charles Joret, Des noms de palmier. (Revue des études 
grecques. Paris, in-8, an. 1892, p. 417.) 

4. Historia plantarum, lib. IL, cap. Vi, 10. 

5. Historia naturalis, lib. XIIT, cap. 18. 

6. Victor Loret, Les palmiers d Egypte. (Recueil de travaux 
t. II, p. 23.) — Charles Moldenke. op. laud., p. 69. 


110 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


de son bois, que ce bel arbre était cultivé dans les parcs 
égyptiens, dont il était un des ornements. 

On y plantait aussi, mais bien plus rarement, le 
palmier argoun (Hyphaene arqun Mart.), — le dellah 
des Arabes; — originaire de l’Éthiopie, il croît en- 
core aujourd'hui en Nubie, où le voyageur Kotschy 
l'a retrouvé en 1837”, dans la vallée formée par la 
courbe que décrit le Nil entre Korosko et Abou-Hamed ; 
il avait été importé de cette région dans la moyénne 
Égypte, où il ne fut jamais commun et d’où il a dis- 
paru ; il y avait un palmier argoun, mais un seul, dans 
le jardin du scribe Anna. Cet arbre était-il cultivé 
dans d’autres parcs égyptiens? On serait tenté de le 
supposer, d’après le grand nombre de fruits qu’on en a 
rencontrés dans les tombes pharaoniques et qu'on voit 
dans les musées égyptiens *; mais il pourrait se faire 
aussi que ces fruits eussent été importés directement 
de leur lieu d’origine. 

Quoi qu'il en soit, les fruits du palmier argoun, 
sinon cet arbre lui-même, furent connus en Égypte dès 
les temps du moyen empire; M. Flinders Petrie en a 
découvert plusieurs dans la nécropole de Kahoun’, 
contemporaine de la XII° dynastie. On en a également 
trouvé dans les tombes de Drah-Abou’I-Neggah, qui 
remontent à la même époque‘. Le palmier argoun 
portait en ancien égyptien le nom de mama-n-khanen, 


1. Journal of Botany, feb. 1877. 

2. Il y en a en particulier quatre au Musée du Louvre. 
(Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 7, p. 182. 

3. Kahun, Gurob and Hawara, p. 49, 2. 

4. G. Schweinfurth, Ueber Pflanzenreste. (Berichte der 
botanischen Gesellschaft, t. IT (an. 1884), p. 369). 


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LES ARBRES: FRUITIERS. 111 


« cucifère à noyaux »', comme si les noyaux de ses 
fruits eussent été plus gros que ceux du palmier doum 
ou que, étant dépourvus de péricarpe charnu, ils eussent 
été composés presque exclusivement d'un noyau, ce qui 
en est le caractère véritable et les distingue des fruits 
du palmier doum ou #74ma ordinaire. 

Si le dattier finit par prendre une place prédomi- 
nante dans les cultures égyptiennes, plus ancien que 
lui dans la vallée moyenne du Nil, s’il n'y est pas in- 
digène, le sycomore (Ficus sycomorus L.), en avait oc- 
cupé à l’origine une bien plus considérable, mais qu'il 
ne conserva qu'en partie. Il était si répandu dans la 
vallée du Nil, au temps de l'ancien empire, que 
l'Égypte a parfois été appelée « la Terre des syco- 
mores »”, et le nom de beaucoup de localités était tiré 
de celui de cet arbre. Le nom indigène du sycomore, 
neha où nehi, copte nouhi, « qui protège », est dérivé 
de l'ombre fournie par son épais feuillage ; il remonte 
à l'antiquité la plus reculée ; il était devenu synonyme 
d'arbre en général; aussi, avec l’adjonction d’un quali- 
ficatif, servait-il à désigner les arbres exotiques encore 
inconnus *. 

Avant l'importation du figuier, les fruits du syco- 
more, quoique un peu doucetres, devaient être très re- 
cherchés ; son bois ne l'était pas moins ; aussi ne cessa-t- 
on de le planter dans les parcs et Les places publiques 


1. Ou mama en khanini. Victor Loret, Les palmiers d'Égypte. 
(Recueil, vol. IT, p. 24.) — Charles Moldenke, op. laud., p. 71. 
2. Inscription de Rosette, lig. 11, ap. Charles Moldenke, 


. 0p. laud., p. 83, note. 


3. Dans les inscriptions de Deir-el-Bahari, les arbres à 
encens, apportés à la reine Hatasou, sont appelés « sycomores 
à encens » : nehaou-it nt ânti. 


112 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


de l'Égypte; le scribe Anna, nous l'avons vu, avait 
90 sycomores dans son jardin ; on en comptait 92 dans 
celui de l'officier d’Amenhotpou IT, et les vergers de 
toutes les villas représentées sur les murs des hypo- 
gées pharaoniques en renferment quelques-uns. Re- 
poser et respirer le frais à l'ombre de ses sycomores 
passait pour la jouissance suprême, celle qui devait 
être le plus enviable pour les morts dans l’autre vie. 
« Il parcourt son domaine du couchant (sa nécropole), 
il prend le frais sous ses ombreux sycomores », dit 
Anna de lui-même” dans son inscription funéraire. 
Le sycomore est un des arbres le plus ancienne- 
ment représenté sur les monuments ; une peinture des 
pyramides de Gizeh, contemporaine de la V° dynastie, 
nous fait assister à la récolte de ses fruits”. Deux per- 
sonnages, montés chacun dans un sycomore, en cueil- 
lent les figues, que des serviteurs, debout au pied de 
ces arbres, reçoivent et rangent dans des corbeilles. 
Une peinture d’une tombe de Zaouïet-el-Maïétin*, qui 
remonte à la VI° dynastie, représente des hommes en 
train d’abattre des sycomores, dont les chèvres s’em- 
pressent de venir brouter le feuillage. Il n’est presque 
aucune représentation de villa ou de jardin, où l’on 
n’apercoive quelques sycomores, et souvent, on se le 
rappelle, en grand nombre‘. D'ordinaire, ils étaient fi- 


1. Brugsch, Recueil, t. I, pl. XXXVI, trad. Moldenke, op. 
laud., p. 19. 

2. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 53, tombe 16. Une scène 
analogue, mais où on ne voit que la partie inférieure des syco- 
mores, est représentée sur la tombe 14 de Zaouïet-el-Maïétin. 

3. Lepsius, Denkmäler, t. IV, pl. 111, t. 14. 

4. Par exemple dans la peinture du jardin du chef militaire, 
contemporain d’Amenhotpou IT. 


LES ARBRES FRUITIERS. 113 


gurés d’une manière schématique et couverts de feuilles 
à peine distinctes”; plus tard les artistes pharaoniques 
les représentèrent avec des feuilles éparses et lan- 
céolées et des fruits attachés au tronc par bouquets ; 
parfois aussi ils supprimèrent les feuilles, mais en 
laissant les fruits”. Le sycomore jouait un rôle con- 
sidérable dans le culte; ses fruits en particulier étaient 
une des offrandes les plus ordinaires qu’on faisait aux 
morts; aussi en trouve-t-on de nombreuses représen- 
tations dans les peintures des hypogées et de non moins 
nombreux spécimens dans les tombes pharaoniques et 
dans les musées égyptiens. 

De tous les arbres de l'Égypte, le sycomore fut un 
de ceux qui attira le plus l’attention des écrivains de 
l'antiquité classique : 


Le sycomore, dit Théophraste #, 4 suxäutvos, ressemble beau- 
coup à notre figuier, à la fois par le feuiliage, la hauteur et le 
port; mais ses fruits offrent ceci de particulier qu'ils poussent 
sur le tronc lui-même ; ils ressemblent à ceux du figuier pour 
la forme et la grosseur ; par le goût, ils rappellent les figues 
d'Olynthe, mais ils sont plus sucrés et n’ont pas de pépins. 
Ils ne peuvent arriver à maturité que quand on y pratique 
une incision ; mais cette incision, une fois faite, ils mürissent 
en quatre jours. Quand ils ont été enlevés, d’autres repous- 
sent à la même place et cela peut se répéter jusqu’à trois fois 


1. Champollion, Description de l'Égypte, t. IT, pl. 162. — 
Mémoires des membres de la mission française au Caire, t. V, 
fase. 1V, p. 607, pl. 1. Tombeau d’Apoui. Ici les fruits sont 
représentés isolés. 

2. C’est le cas pour quelques-uns des sycomores de la pein- 
ture 177 du Musée britannique. 

3. Il y en a plusieurs, en particulier, au Musée du Louvre. 
Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 16, p. 188. 

4. Historia plantarum, hb. IV, cap. 1, 1. 


+ 8 


114 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS 


et davantage même, dit-on, chaque année. Cet arbre distille 
un suc laiteux ; le bois en sert à une foule d’usages. 


Pline’ n’a fait que répéter, en le traduisant, ce que 
Théophraste avait dit du sycomore, mais il s’est 
étendu plus que le naturaliste grec sur les nombreux 
emplois du bois de cet arbre, d’après lui aussi le syco- 
more aurait donné, non pas trois, mais quatre et même 
sept récoltes de fruits par an. 

À côté du sycomore il faut placer le figuier commun 
(Ficus carica L.), l’un des arbres les plus communément 
cultivés dans l’ancienne Égypte, quoiqu'il ne le fût pas 
autant, il s’en faut, que le sycomore. Il n’y avait que 
5 figuiers dans le jardin d'Anna contre 90 sycomores. 
Le figuier est souvent mentionné dans les textes pha- 
raoniques et on le voit aussi fréquemment représenté 
sur les monuments, mais il y apparait moins ancien- 
nement que le sycomore. Une des peintures de la 
tombe n° 2 de Béni-Hassan”, qui date de la XII° dy- 
nastie, représente un serviteur qui cueille les fruits 
d'un figuier et en remplit une corbeille de papyrus ou 
de jonc qu’il tient à la main; plus loin un autre se 
prépare à enlever, à l’aide de courroies, une corbeille 
déjà remplie, déposée sur le sol, tandis que trois singes 
cynocéphales, qui ont aidé à cueillir les figues, se paient 
de leur peine, en dévorant quelques-uns de ces fruits 
savoureux. La fidélité du dessin ne laisse place à aucun 
doute au sujet de l'arbre ou des fruits représentés par 
l'artiste pharaonique. 

Cette peinture nous montre que le figuier existait 


1. Æistoria naturalis, lib. XIII, cap. 14. 
2. Côté occidental B. Lepsius, Denkmäler, t. IV, pl. 127. — 
Rosellini, Monumenti civili, t. II, pl. 39, 2. 


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LES ARBRES FRUITIERS. 115 


en Égypte vingt-trois ou vingt-quatre siècles avant 
notre ère. Il y fut cultivé bien plus anciennement; des 
listes d'offrandes, qui datent de la IV* et de la V*° dy- 
nastie, permettent de conclure à la présence du figuier 
— J'arbre teb ou tab — dans la vallée du Nil à cette 


époque reculée', car il n’est guère possible de sup- 


poser que les figues mentionnées dans ces textes eus- 
sent été importées des pays voisins. D'ailleurs un do- 
cument, qui remonte à 4000 ans avant notre ère, nous 


_ apprend que dans la villa d'Amten, officier d’un haut 


rang contemporain de la IV° dynastie, se trouvait une 
plantation considérable de figuiers et de vignes*. 
Mais de quelle contrée la culture de cet arbre, étran- 
ger à la flore indigène, avait-elle été importée dans la 
vallée du Nil? Le comte de Solms-Laubach, dans son 
étude sur « L'origine, la domestication et la diffusion 
du figuier commun »*°, incline à croire qu’elle a été dé- 
couverte d'abord, au sud-est de la presqu'île arabique, 
chez le clan des Bahrà de la tribu des Qoucàa, au dialecte 
desquels le nom du figuier — sém. /’n, héb. ta’nat — 
parait emprunté’; cette culture aurait passé avec eux 
dans l’Idumée et de là dans la Célésyrie. En tout cas, 
c'est aux Sémites que l'Ancien monde en est rede- 


1. Charles Moldenke, op. laud., p. 96. 

2. Lepsius, Denkmäüler, U, pl. 3-7. — Cf. Charles Moldenke, 
op. laud., p. 97. 

3. Die Herkunft, Domestication und Verbreitung des gewühn- 
lichen Feigenbaums (Ficus carica L.), p. 77. Abhandlungen 
der Küniglichen Gesellschaft zu Güttingen, t. XXVIIT, an. 1881, 
n° 2). Schweinfurth, Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, 


: p. 657, croit le figuier originaire du pays de Pount. 


- 4. Paul de Lagarde, Ueber die semitischen Namen des Fei- 
genbaums und der Feigen. (Nachrichten von der Kün. Gesell- 
schaft der Wissenschaften und der Universität zu Gültingen, 
an. 1881, p. 378-382.) 


116 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


vable; c’est d'eux que l'Égypte l’a reçue vraisembla- 
blement à travers l’isthme de Suez ou la Mer Rouge”. 

Dans le bois sacré du temple de Denderah se trou- 
vait un arbre appelé Æounth qui n’est mentionné, ni 
parmi ceux qui croissent dans le jardin d'Anna, ni 
parmi les arbres d’aucun autre parc connu : à quelle 
espèce végétale appartenait-il ? La ressemblance de ce 
mot kounth avec le copte kente « ficus » a fait penser 
à Dümichen* qu'il désigne l'espèce de figues appelées 
xérravx par les Grecs, nom que Pline’, sous la forme 
cottana, indique comme étant celui des petites figues 
de Syrie. Les Arabes donnent aujourd'hui encore aux 
figues sauvages du désert le nom de koftayn', qui 
n'est autre que le cottana des Grecs et de Pline. Il n’y 
a donc point de doute sur l'identification faite par Dü- 
michen; mais cette variété de figuier paraît avoir été 
peu commune en Égypte et n’y avoir été cultivée qu’as- 
sez tard. 

Dans l’énumération des arbres qu'Anna, le scribe 
de Thoutmès I (XVIII dynastie), avait fait planter 


1. Toutefois, il faut dire que le figuier croit à l’état sauvage 
dans toute la région qui s'étend de la Perse orientale et même 
du Gange supérieur aux rivages de l'Atlantique, entre le 25e 
et le 40-42e degré de latitude. (A. de Candolle, op. laud., 
p. 235. Engler, ap. V. Hehn, p. 98.) On a même trouvé des 
restes fossiles de cet arbre au nord de cette dernière limite 
dans le terrain quaternaire du bassin de Paris. Gaston de 
Saporta, Sur l'existence constatée du fiquier aux environs de 
Paris à l’époque quaternaire. (Bulletin de la Société géologique 
de France. Série INT, vol. II (1873-74), p. 442.) 

2. Dümichen, Bauurkunde des Denderatempels, pl. XIX. 
Cf. Charles Moldenke, op. laud., p. 18, note et p. 100. 

3. Historia naturalis, lib. XIIT, cap. 10 (5). 

&. Wilkinson, The manners of the ancient Egyptians, t. 1, 
p. 408. 


LES ARBRES FRUITIERS. 117 


dans son parc, on trouve cinq anhmen; c'est là la 
plus ancienne mention que l’on connaisse de cet arbre, 
mais ce n’est pas la seule; sous la forme anhmäni ou 
arhmaäni, on le trouve également mentionné au nombre 
des arbres d’une villa de Ramsès IT (XIX® dynastie)"; 
parmi les dons en nature offerts aux temples d'Égypte 
par Ramsès IIT (XX° dynastie), il y avait, avec des 
pommes et des figues, des raisins et des dattes, etc., 
des fruits d’ahrmän”. Iest également question dans le 
Papyrus Ebers de l'écorce de l'ahrmaän”. MM. Charles 
Moldenke‘et Victor Loret” ont presque en même temps 
et indépendamment l’un de l’autre, ce qui donne plus 
de force à leur démonstration, reconnu dans cet ana- 
men, anhmaänt où arhimänti — ce ne sont pas la les 
seules formes que présente ce mot —le grenadier, en 
copte erman ou herman. Cetarbre était donc cultivé en 
Égypte dès l’époque de la XVIII dynastie; mais la 
diversité même des noms qu'il y portait, non moins que 
leur forme exotique, montre qu'il n'y était pas indigène : 
de quel pays et à quelle époque y avait-il été importé? 

De Candolle à rendu vraisemblable que le grena- 
dier est originaire de la région située au sud du Cau- 
case et de la Caspienne, jusqu’au golfe persique”; il 
parait l'avoir été aussi dans tout l'Afghanistan et le 
Béloutchistan’. C'est de là qu'il se serait répandu dans 
toute l’Asie occidentale et dans le bassin de la Médi- 


1. Papyrus Anastasi, IV, pl. IT, 11, 3-5. 

2. Papyrus Harris. K. Piehl, Dict., n° 1, p. 6. 

3. PI. XVI, 15-18 et XIX, 19-22 

4. Ueber die altägyptischen Büume, p. 115, note. 

5. Recherches sur plusieurs plantes, etc., III. Le Grenadier. 
(Recueil, vol. VIT, p. 109.) 

6. Origine des plantes cultivées, p. 184. 

7. Engler,ap. Victor Hehn, Xulturpflanzen, p.239. Boissier 


118 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


terranée ; avait-il pénétréen Égypte avant la XVIIT° dy- 
nastie? Dans le désert, les Israélites, entre autres 
plaintes, reprochaient à Moïse de « les avoir conduits 
dans des lieux stériles, où ne croissaient ni figuiers, 
ni vignes, ni grenadiers'». Ils avaient donc vu le grena- 
dier en Égypte; mais si ce fait confirme les témoi- 
gnages qui l'y font croître, il ne nous apprend point 
si cet arbre y était cultivé longtemps avant l'exode des 
Hébreux ; peut-être avait-il été importé par les Hyksos 
dans la vallée du Nil. En tout cas, c’est, il semble 
bien, par l'intermédiaire des Sémites que le grenadier 
a été connu des Égyptiens; le nom qu'il portait chez 
ce peuple rappelle l’hébreu rimmoun, arabe roum- 
man, berbère armoun. 

Le grenadier parait avoir été assez commun en 
Égypte à l’époque du nouvel Empire; on le rencontre 
fréquemment sur les peintures des anciens hypogées, 
et on à trouvé souvent aussi des fruits de cet arbre 
dans les tombes de la même époque. Dans le jardin de 
la villa d'Amenhotpou IV (XVIII dynastie), peints sur 
la muraille d'un tombeau de Tell-el- Amarna*°, on 
voit dix grenadiers reconnaissables à la forme des 
fruits et des feuilles. C’est la la plus ancienne repré- 
sentation que l’on connaisse du grenadier. Sur une 
peinture un peu postérieure d’une autre villa, cet arbre 
a été figuré sans feuilles, mais avec des fruits arrivés 
à leur complet développement*. Les grenades se re- - 


admettait aussi que le grenadier est indigène dans une partie 
de la péninsule des Balkans et des iles de l’Archipel. 

1. Numeri, cap. XX, v. 5. 

.2. Lepsius, Denkmäüler, t. \, pl. 95. 

"8. Champollion, Monuments, ie IT, pl. 174. — Rosellini, 
Monumenti civili, vol. Il, pl. 78, .« 


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LES ARBRES FRUITIERS. 119 


trouvent fréquemment, avec les figues et les grappes 
de raisin, dans les représentations des offrandes faites 
aux dieux; on en voit en particulier parmi les of- 
frandes de Ramsès IV, pharaon de la XX° dynastie’. 
C’est à cette époque aussi que remontent les plus an- 
ciennes grenades découvertes dans les tombes *. Les 
fleurs de grenadier que M. Maspero a trouvées dans 
un hypogée de Shéik-Abd-el-Gournah paraissent plus 


récentes”; elles ne datent peut-être que de la XXVI° 


dynastie. 

Cet arbre semble s'être modifié" sous le climat de 
l'Égypte; Théophraste‘ dit que les fruits des grena- 
diers qu'on plantait ou semait dans cette contrée 
avaient quelque chose de sucré avec une saveur vi- 
neuse. Pline mentionne® deux variétés de grenadiers 
d'Égypte, l’une à feuillage rouge et l’autre à feuillage 
blanc. Les produits de cet arbre occupaient une grande 
place, nous le verrons, dans la médecine égyptienne, 
ainsi que dans la confiserie et l’art du liquoriste. 

Si l’on ignore à quelle époque le grenadier à été im- 
porté en Égypte, on ne connait pas davantage la date 
à laquelle le Mimusops, exotique comme lui, fut trans- 
planté dans la vallée du Nil; mais cet arbre dut y être 
cultivé dès les temps les plus reculés ; on en a trouvé 
des restes dans les tombes des époques les plus di- 
verses; celles de Drah-Abou'’l-Neggah et de Gébéleïn 


1. Franz Wænig, op. laud., p. 326. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 77, n° 131. Elles 
paraissent plus petites que les grenades ordinaires ; Schwein- 
furth les compare à celles de la presqu'ile du Sinaï. 

3. G. Schweinfurth, Berichte der deutschen botanischen 
Gesellschaft, t. 1, p. 360. 

%. Histori® plantarum, lib. IT, cap. 2, 7 

5. Historia naturalis, Lib. XIII, cap. 36. 


120 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


en renfermaient des fruits". Sices fruits ne remontent 
point d’une manière certaine jusqu'à la XIT° dynastie, 
comme on l’a cru parfois”, il n’en est pas moins vrai que 
le Mimusops était connu dès cette époque en Égypte; 
la découverte faite par M. Flinders Petrie de fruits et 
de feuilles de cet arbre dans la nécropole de Kahoun° 
prouve qu'on le connaissait et peut-être aussi qu'on le 
cultivait dans la vallée du Nil dès le temps des Ousir- 
tesen. 

Mais si l'existence, sous l’ancien Empire thébain, du 
Mimusops dans la‘terre de Qimit paraît incontestable, 
on a été longtemps avant de reconnaître à quelle espèce 
appartiennent les spécimens trouvés dans les hypogées 
antiques. Le botaniste Kunth, qui a étudié les plantes 
de la collection Passalacqua*, et Migliarini, auteur du 
Catalogue du Musée de Florence”, avaient rapporté les 
débris de Mimusops de ces collections à la variété elengi 
L. Cette espèce étant originaire de l'Inde, il est par suite 
bien douteux qu’elle ait pu être connue en Égypte du 
temps de l’ancien Empire thébain. En étudiant de plus 
près, en 1877, les échantillons de Mimusops au Musée de 
Berlin, Braun a reconnu qu'ils appartenaient à une es- 
pèce différente, le M. kummel Bruce”, plante abys- 
sinienne, dont le fruit, de la forme et de la grosseur 


4. G. Schweinfurth, Die letzten botanischen Entdeckungen. 
(Botanische Jahrbücher, t. VITT (an. 1886), p. 7.) 

2, Schweinfurth, tbid., les regarde comme étant de l’époque 
gréco-romaine. 

3. Kahun, Gurob and Hawara, p. 49, 2. 

4. Catalogue raisonné el historique des antiquilés décou- 
vertes en Égypte: Paris, 1826, in-8, p. 22, 8. 

5. Indication succincte des Monuments historiques, p. 74, 
n° 3613: « Noyau singulier du fruit, Mimusops elengi. » 

6. Ueber Pfanzsenresle aus altägyptischen Gribern. (Zeit- 
schrift für Ethnologie, t. IX (1877), p. 501. 


LES ARBRES FRUITIERS. 121 


d’un cynosbatos, est assez agréable à manger, à cause 
de son goût sucré; tandis que son noyau, relative- 
ment volumineux, renferme une amande d’une saveur 
amère ?. 

C’est à cette espèce qu'Ascherson a également at- 
tribué les feuilles des couronnes du musée de Leyde”. 
Mais par une comparaison attentive de nombreux 
échantillons provenant d’Abyssinie avec les feuilles 
des guirlandes anciennes, Schweinfurth a constaté 
l'identité des dernières avec le AZ. Schimperi. Hochst”, 
espèce dont les feuilles, portées sur des pétioles longs 
et minces, sont plus elliptiques et moins obtuses que 
celles du M. Æummel'. Le M. Schimperi indigène, 
comme le Y. kummel, en Abyssinie, ainsi que dans 
l'Arabie méridionale’, fut importé en Égypte à une 
époque reculée et, à partir de la XXIT° dynastie, ses 
feuilles furent employées dans la fabrication des cou- 
ronnes funéraires. 

Schweinfurth a regardé le Mimusops Schimperi 
comme le Perséa des Anciens Schreber° et Sprengel” 
avaient identifié cet arbre fameux avec le Cordia myxa. 


1. Victor Loret, La Flore pharaonique, n° 98, p. 61-62. 
M. Loret a en vue le fruit du M. Schimperi H.; mais ce qu'il 
en dit s'applique également à celui du M. kummel B. 

2. W. Pleyte, La couronne de la justification. (Actes du 
sixième Congrès international des Orientalistes, tenu en 1883 
à Leide. Leide, 1885, t. IV, p. 15.) 

3. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3, p. 67. 

4. À. de Candolle, Prodromus, t. VIII, p. 203 et 672. 

5. Schweinfurth, Zeëtschrift für Ethnographie, an. 1891, 
p. 656. 

6. De persea Aegyptiorum.(Magazin für die Botanik, hergg. 
v. Rômer u. Usteri. Lief. IV, 46 et V, 14.) 

7. Theophrast's VNaturgeschichte der Gewächse, t. II, p. 130, 
ap. Franz Wœnig, op. laud., p. 320. 


122 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


E. Meyer! y voyaitle Diospyros mespihformis Schimper. 
Delile?, suivi par Unger*, Brugsch, Piehl et d’autres, 
le Balanites aegyptiaca Del. Malheureusement rien 
n’a permis jusqu'ici de trancher la question. La des- 
cription que Théophraste a donnée du perséa* ne con- 
vient entièrement à aucun des arbres auxquels on 
l'a rapportée. Cet arbre toujours vert du naturaliste 
grec, dont le port, les feuilles et les fleurs sont ceux 
du pommier, ne ressemble à aucun d’eux. Il faut en dire 
autant du fruit, de la grosseur d’une pomme, d’après 
Théophraste, mais oblong et semblable à une amande, 
au noyau moins gros, mais plus tendre que celui 
du coccyméléa — le Cordia myxa —, à la chair d’une 
saveur douce et agréable, légère à l'estomac. Cepen- 
dant quelques-uns de ces derniers caractères peuvent 
se rapporter au fruit du Mimusops ; ils excluent, au 
contraire, le Cordia myxa et ne peuvent s'appliquer 
au Balanites aegyptiaca, pas plus, quoi qu’en ait pensé 
E. Meyer, qu'au Diospyros méspihformis, arbre dont 
il se borne àdire d’ailleurs « qu’il est peut-être le per- 
séa»; le Diospyros ne parait pas au reste avoir été 
cultivé en Égypte. Il n’en fut pas de même du Cordia 
myxa et en particulier du Balanites aegyptaca, dont 
on a retrouvé des débris dans les hypogées. 

Indigène dans les vallées désertes de la Nubie méri- 
dionale et en Abyssinie, ainsi que dans le Soudan orien- 
tal et occidental et le territoire du Nil Blanc”, le Bala- 


1. Botanische Erläuterungen zu Strabons Geographie. 
Kôünigsberg, 1852, in-8. p. 116. 
2. Description de l'Égypte. Paris, 1824, in 8,t. XIX, p. 273. 
3. Sitzungsberichte, t. XXXVIIT (an 1859),*p. 125. 
4. Historia plantarum, Bb. IV, cap. 2. 5. 
5. A. de Candolle, Prodromus, t. I, p. 768. — Delile, op. 


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LES ARBRES FRUITIERS. 123 


nites aegypliaca Del. (Ximenia aegyptiaca L.) — le 
lebakh des anciens auteurs arabes, le hegelig des 
Arabes d'aujourd'hui — dut pénétrer de bonne heure 
en Égypte et y être fréquemment cultivé; des fruits 
de cet arbre ont été reconnus par Schweinfurth dans 


- des tombes antiques’, et M. Flinders Petrie en a dé- 


couvert aussi en abondance dans la nécropole de Ka- 
houn, qui remonte à la XII° dynastie ; Rohlfs a trouvé 
également des noyaux de Balanites dans une ancienne 
tombe de l’oasis de Dakhel au désert de Libye*; les 
musées égyptiens de Florence”, de Berlin‘ et de Pa- 
ris® en renferment aussi des fruits. 

D'uné hauteur moyenne, aux rameaux épineux, avec 
des feuilles ovales, le Balanites porte des fruits allon- 


gés, de la grosseur d’une prune — les bas-reliefs leur 


donnent la forme d'une amande ou d’un œuf —; ils 
renferment un seul noyau; d’un vert sombre avant la 
maturité, ces fruits prennent, quand ils sont mürs, 
une couleur brun-orangée ; la chair, d'abord d'un goût 
astringent, prend à la longue une saveur douceàtre et 


laud., p. 269. — Th. von Heuglin, Reise im Gebiet des weissen 
Nil, p. #1 et 82, ap. Franz WϾnig, op. laud., p. 319. 

1. Bullelin de l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 66, n° 5 
(an. 1884), p. 5, n° 6 (an. 1885), p. 268. 

2. Verhandlungen der Berliner Gesellschaft für Anthropo- 
logie, etc. Berlin, an. 1875, p. 58. 

3. Migliarini, /ndicalion succincte, p. 74, n° 3607. Sous le 
n° 2692, p. 56, est indiqué aussi un bâton recourbé en bois de 
Balanites aegyptiaca. 

4. Braun, Ueber Pflanzenreste. (Zeitschrift für Ethnologie, 
t. IX, p. 306.) 

5. V. Loret et J. Poisson, Ætudes de botanique égyplienne. 
Les végélaux antiques du Louvre, 31. (Recuel de travaux 
t. XVII, p. 196.) Les fruits des échantillons du Louvre sont 
plus allongés que ceux du type moderne. 


124 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


légérement amère ; l’amande aussi est amère et on en 
retire une huile estimée. Cette olacinée, décrite lon- 
guement par Delie, croit encore aujourd’hui en Égypte 
à l’état subspontané. M. Moldenke, qui l'identifie avec 
l'antique perséa', a cru la reconnaitre dans l’arbre 
shoub ou shaubou, dont il se trouvait 31 pieds dans 
le jardin d'Anna, mais M. Loret voit dans l'arbre shoub 
le lentisque*. M. Maspero, de son côté, a identifié le 
Balanites aegyptiaca avec l'arbre ashed ou ashdou des 
textes hiéroglyphiques”, arbre dans lequel M. Moldenke 
avait voulu voir“ le Cordia myxa ou sébestier. 
Indigène peut-être en Nubie et en Abyssinie, ainsi 
que dans le territoire de la rivière des Gazelles, con- 
trée où il est un des principaux représentants de la 
flore arborescente, le Cordia myra L. croissait aussi 
dans l’ancienne Égypte et on le trouve encore fréquem- 
ment dans l'Égypte actuelle. On en voit des noyaux 
dans les Musées égyptiens de Florence” et de Vienne*. 
et M. Flinders Petrie en a découvert des fruits dans la 
nécropole gréco-romaine de Hawara”. D'une hauteur 
d'environ quatre mètres, l'écorce grisàtre, couronnée 
d'une large cime, le sébestier a les feuilles presque 
aussi larges que longues et les fleurs en corymbe; il 
produit un fruit noirâtre et savoureux, à la Chair vis- 
queuse et de la grosseur d'un gland. Il semble être le 


1. Ueber die altägyptischen Büume, p. 12%. 

2. La Flore pharaonique, p. 103, n° 169. 

3. Proceedings of the society of biblical Archacology, 
t. XIII (an. 1891), p. 498. 

4. Op. laud., p. 107, note. 

5. Migliarini, op. laud., p. 74, n° 3610. 

6. Unger, Sitzungsberichle, t. XXXVIIT, p. 113. 

7. Harwara, Biahmu and Arsinoë, p. 48. 


LES ARBRES FRUITIERS. 195 


coccymelea de Théophraste’, arbre qui, d’après le natu- 
raliste grec, se rencontre en abondance dans la Thé- 
baïde et dont les fruits desséchés et écrasés servaient 
aux habitants de cette contrée à faire des gâteaux?. 
M. Moldenke a identifié le jujubier avec l'arbre 4sAt 
ou ashdou”, qu'on rencontrait dans les bois sacrés de 
dix-sept des nomes égyptiens; M. Victor Loret, 
lui, y avait vu le sébestier‘; mais il a renoncé à cette 
interprétation, depuis que M. Maspero a attribué au 
mot ashdou une signification différente. 

Comme l'arbre ashdou, et plus souvent encore, on 
rencontre l'arbre nebs, nabas ou noubsou dans les textes 
hiéroglyphiques. M. Moldenke a cru pouvoir identifier 
cet arbre avec le sébestier” ; Brugsch avait vu en lui 
d'abord le sycomore, puis le mürier°; avec bien plus 
de raison M. Victor Loret’ y a reconnu le jujubier 
(Zizyphus lotus L. où spina-Christi W., Rhamnus na- 
peca Forsk.), identification que M. Maspero est venu 
confirmer par de nouvelles ettoutes puissantes raisons". 


1. Historia plantarum, Gb. IV, cap. 2, 10. Il faut remarquer 
toutefois que Théophraste attribue au coccymelea une hau- 
teur considérable et compare so fruit à une nèfle, caractères 
qui ne conviennent guère au sébestier. 

2. Ibn Baïithar, Traité des simples, n° 57.(Notices et extraits, 
t. XXV, 2, p. 236.) 

3. Il avait d’abord vu dans l'arbre asht le jujubier (Zizyphus 
spina Christi W.). Op. laud., p. 107, note 1. 

4. Flore pharaonique, p. 6%, n° 101. 

5. Op. laud., XI, p. 108. Toutefois, il faut dire que dans une 
note de la même page il incline à y voir le lotus (Zizyphus 
lotus W.) 

6. Wærterbuch, 750,t Dictionnaire géographique, s. v. 

7. La Flore pharaonique, p. 98, n° 166. Il lui donne la 
forme plus complète nabas, mot qui rappelle le nom arabe 
nabak du fruit. 

8. Votes au jour le jour, 12. (Proceedings of the society of 
biblical Archaeology, t. XHI, p. 496.) 


126 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Cet arbre — le sidr des Arabes — appartient, sui- 
vant Schweinfurth!, à la flore indigène de l'Égypte ; 
cultivé aujourd’hui dans les jardins et les parcs de 
cette contrée, on le rencontre aussi fréquemment à l’état 
sauvage dans la haute vallée du Nil, où.Cailliaud l’a 
signalé dans ses voyages au delà de la seconde cata- 
racte*. 

Le jujubier porte un fn nabak, qui, arrivé à son 
complet développement, ressemble, dit Athénée”, pour 
la couleur à une datte, pour la grosseur à une olive, 
mais renferme un très petit noyau. M. Flinders Petrie a 
trouvé quatre de ces fruits dans une tombe de Kahoun*. 
Les fouilles de M. Maspero à Gébéleïn ont fait aussi 
découvrir des baies et des graines de cette rhamnée”, 
que Schweinfurth a pu étudier et reconnaître‘. Il est 
d'ailleurs fait mention des fruits du #abas, c'est-à-dire 
du jujubier, dans la plupart des listes d'offrandes. Cet 
arbre avait donné son nom à la ville nubienne de Pnob- 
sou”. Le nabus était ainsi connu et probablement aussi 
cultivé en Égypte dès les temps les plus reculés ; on 
l'a identifié avec le lotos des écrivains grecs”, et la 


1. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 8 (an. 1887), p. 308. 

2. Voyage à Méroë, t. IV, p. 378. 

3. Deipnosophistae, lib. XIV, 65. 

4. Kahun, Gurob and Hawara, p. 42, 2. 

5. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6 (an. R p. 260. — 
Botanische Jahrbücher, t. VIII (an. 1886), p 

6. On a trouvé six fruits de cet Abo Se les plantes 
égyptiennes du Musée du Louvre. (Recueil de travaux, t. XNII, 
27, p. 193.) Bonastre l’y avait déjà signalé, Journal de Chimie, 
t. XIV (an. 1828), p. 434. 

7. G. Maspero, Proceedings of the society of biblical Ar- 
chaeology, t. XIII, p. 497. 

8. Fraas, Flora classica, p. 94. — O. Lenz, Botanik der 
Griechen, p. 5419 


be dire 


dit TA bis Télé) ni, its Nés à D 
+ 


à nf 
+ 


+ 


Let and ME 


de ii di dé rad d an à Le à 


LES ARBRES FRUITIERS. 127 
description qu'a donnée Polybe’ de ce dernier ne peut 
guère convenir qu'au Zizyphus lotus où spina-Christi. 
Théophraste, au contraire, parait plutôt désigner le 
micocoulier (Celtis australis L.) par le nom de /otos et 
le jujubier par celui de palouros* ; ilen est de même 
de Pline”, qui au reste n’a guère fait que copier, en 
l'abrégeant, le naturaliste grec*. 

Parmi les arbres à fruits de l’ancienne Égypte, il 
faut encore ranger le caroubier (Ceratonia siliqua L.). 
M. Flinders Petrie a trouvé à Kahoun une gousse et 
six graines de cette légumineuse, répandue de nos 
jours sur tous les bords de la Méditerranée ; il dit 
aussi en avoir découvert à Gourob deux gousses et 
sept graines, et M. Greville Chester en aurait rencontré 
également des restes dans les tombes de Thèbes’. Un 
fruit, qui figure parmi des offrandes dans la peinture 
d'un hypogée de Béni-Hassan, a été regardé par Un- 
ger comme une gousse de Ceratonia, et Kotschy a 
rapporté en Europe une canne trouvée à Thèbes dans 
le cercueil d'une momie et qu’on a reconnue, à l'exa- 


1. Athénée, Deipnosophistae, lib. XIV, cap. 65 (561 d). C'est 
aussi, il semble bien, de fruits du Zizyphus, que, d'après Hé- 


rrodote (lib. IV, cap. 177), se nourrissaient les Lotophages. 


2. Historia plantarum, lib. IV, cap. 3. Il faut dire toutefois 
que quelques caractères, entre autres la forme du fruit et la 
taille de l’arbre, conviennent bien peu au micocoulier. 

3. Historia naturalis, lib. XIII, cap. 32 (17). 

4. On a trouvé, au Musée du Louvre, un fragment de noyau 
qui à paru appartenir au jujubier commun (Zizyphus vulgaris 
L.) Recueil de travaux, t. XVII, n° 28, p. 194); mais comme on 
ignore l'origine de la collection végétale de notre grand Musée, 
il est impossible de conclure de cette trouvaille, à moitié 
douteuse encore, à l'existence du jujubier commun en Egypte 
à l'époque pharaonique. 

5. Kuhun, Gurob and Hawara. p- 38, ! et 50, 1. 


128 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


men microscopique, comme étant en bois de carou- 
bier'. On ne peut guère douter dès lors que cet arbre 
n'ait été connu et probablement aussi cultivé en 
Égypte à une époque très reculée. Il se rencontre 
encore aujourd'hui, bien qu'il n’y soit pas commun, 
dans la vallée du Nil. Y est-il indigène ou y a-t-il été 
importé? Théophraste affirme que le caroubier — 
zzebva — ne croissait point en Égypte’; mais com- 
ment expliquer alors la dénomination de figuier d’E- 
gypte qu'on lui donnait — à tort, remarque-t-il, il est 
vrai? — Il ajoute qu'il croissait en Syrie et en Ionie, 
ainsi qu'aux environs de Cnide et de Rhodes, c’est-à- 
dire dans la région orientale de la Méditerranée; c’est 
elle que de Candolle regarde comme son pays d’ori- 
gine, ainsi peut-être que la Cyrénaïque”; il a dû se 
répandre de là dans tout le bassin méditerranéen. On 
vient de voir qu'il était connu, sinon cultivé, en 
Égypte, sous la XIF dynastie. Strabon, qui l'appelle 
xsozrix, le fait même croître en Éthiopie‘. 

Dans le Papyrus des signes, découvert à Tanis par 
M. Flinders Petrie”, après la figure de la gousse, on 


1. Unger, Sitzungsberichte, t. XXXVIII (an 1859), p. 132. ” 

2. ITistoria plantarum, Lib. IV, cap. 2, 4. 

3. Origine des plantes cultivées, p. 268. On le trouve ‘aussi 
dans le Yémen, où A. Deflers en a vu dans les gorges du 
Sabor, près Tâez, à 1,400 mètres d'altitude, des troncs de 1 
à 2 mètres de circonférence et de 10 à 12 mètres de hauteur. 
Voyage au Yémen. Journal d'une excursion botaniqne faite 
en 1887 dans les montagnes de l'Arabie heureuse. Paris, 1889, 
in-8, p. 134. 

». Geographica, lib. XVII, cap. 2. E. Meyer a cru que le 
géographe grec s'était trompé. 

5. Two hieroglyphic Papyri from Tanis. London, 1889, 


» 


p. XVII, n°s 2, 3. 


LES ARBRES FRUITIERS. 129 


lit: « fruit de l’arbre noudjim »; M. Victor Loret’ 
traduit par « fruit du caroubier », noudjim ou noutem 
étant, suivant lui, le nom du caroubier, et s’écrivant 
« au moyen d’une gousse » *. Il a cru aussi retrouver 
la mention des fruits du noudim ou du caroubier dans 
une vieille recette de parfumerie, qui indique la pré- 
paration d’un parfum destiné à oindre les membres 


‘divins. Le signe hiéroglyphique de la gousse étant 


employé dans les inscriptions des plus anciennes 
pyramides *, M. Victor Loret en conclut à l'antiquité 
du mot noudjim' et par suite à celle du caroubier 
dans la vallée du Nil. M. Moldenke* a rencontré la 
mention d'un arbre not’em, mais il n'est pas parvenu 
à le déterminer; ce mot, qui est sans doute le même 
que nout'em ou noudjim, se présente, dit-il, après la 
chute du #, sous la forme abrégée nem ; si ce dernier 
mot est identique pour la signification avec nout’em et 
noudjim, comme il y avait seize arbres nem dans le 
jardin d'Anna, le caroubier aurait été planté dans le 
parterre de l'officier de Thoutmès I. M. Moldenke n’a 
pas été plus heureux dans l'explication du mot ses- 
notem, que pour celle du vocable not’em"; il l'a expliqué 
par « bois de cèdre » ou de « cyprès », tandis qu'il faut 
le traduire sans doute, avec M. Victor Loret, par 
« bois de caroubier. » 


1. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes, VII, 1893, 
p. 10. (Recueil de travaux, t. XV.) 

2. La Flore pharaonique, p. 83, n° 146. 

3. M. Moldenke a vu dans cette gousse un fruit d’acacia. 

&. Il faut dire toutefois que l'identité de la gousse et du mot 
noudjim ne prouve pas que celui-ci ait toujours nécessaire- 


. ment signifié caroubier. 


5. Ueber die altäügyptischen Büume, XXII, p. 139. 
6. Op. laud., XX, p. 133. 


L =, 


130 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Le fruit du caroubier s'appelait en ancien égyptien 
darouga, autre forme, dit M. Victor Loret, de garouta, 
mot qui signifie gousse et répond au copte garaté; 
mais à côté de ce vocable, qu’on peut rapprocher de 
l'arabe kharob et qui parait d’origine sémitique, il y 
en avait deux autres purement égyptiens dyairi et ouhà 
ou hou ; le premier, qui signifie « aigrelet », ne s’est, 
d’après M. Victor Loret', appliqué d’abord qu’à la pulpe 
seule du fruit; plus tard il a servi à désigner le fruit tout 
entier et s’est substitué au mot plus ancien owhd. 
Celui-ci, qui signifie « être recourbé en forme de crois- 
sant », servait à désigner la gousse du caroubier, sur- 
tout la gousse fraîche, tandis que garouta était plutôt 
le nom de la caroube sèche. 

Parmi les arbres fruitiers anciennement cultivés en 
Égypte, il faut placer l'olivier et l'arbre à noix de ben, 
encore que les fruits en soient plutôt employés pour leurs 
propriétés oléifères que comme comestibles. L’olivier 
n’est point indigène en Égypte et l'on ignore à quelle 
époque il a été importé dans la vallée du Nil; mais 
croissant spontanément dans presque toute l'Asie 
antérieure, des steppes du Pendjab aux bords de la 
Méditerranée”, cultivé à l’époque la plus reculée en 


1. Recherches sur plusieurs plantes, IX, p. 13. (Recueil de 
travaux, t. XV.) — La Flore pharaonique, p. 89. 

2. D'après Engler, ap. Victor Hehn (Xulturpflansen, p, 117), 
l'olivier serait aussi indigène dans la presqu'ile des Balkans, 
ainsi qu'en Italie, en Sicile, en Espagne et dans toute la 
Mauritanie. A. de Candolle (Origine, p. 215), le croyait ori- 
ginaire de la région syrienne, Schweinfurth (Bulletin de 
l’Institut égyptien, an. 1887, p. 305) le supposait importé de 
l'Arabie heureuse; depuis (Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, 
p. 663) il s’est borné à dire qu'il a d’abord été cultivé en 
Syrie. 


LES ARBRES FRUITIERS. 131 


Syrie, il dut pénétrer de bonne heure en Égypte. 
En tout cas, il existait dans la vallée du Nil au temps 
des Ramessides ; s’il n'est point sûr qu'il soit, comme 
l'ont cru Rosellini' et Franz Woænig*, représenté sur 
une peinture des hypogées de Tell-el-Amarna, qui 
remontent à la XVIII dynastie, un document, qui 
date de la XX°, le Papyrus Harris, en fait connaître la 
culture d’une manière certaine et on pourrait dire offi- 
; cielle. L'un des rois de cette dynastie, Ramsès IT, 
- rappelle lui-même, dans ce papyrus, les plantations 
… d'oliviers qu'il avait faites en l'honneur des Dieux’. 
Ainsi l'olivier était connu et fut même cultivé en 
Égypte sous la XX° dynastie; on a trouvé d’ailleurs 
dans les tombes de cette dynastie et des suivantes des 
couronnes faites de feuilles d’olivier. M. Maspero a aussi 
découvert dans une tombe de Shéikh Abd-el-Gournah 
” des fragments de guirlandes faites en feuilles d’olivier * 
et le Musée de Leyde possède deux couronnes sem- 
blables, dont l’une est encore intacte. M. W. Pleyte 
a cru, d’après ces faits”, pouvoir reporter l'introduc- 
. tion de l'olivier en Égypte à l’époque de la XIX° dy- 
nastie. Elle remonterait bien plus haut, si les noyaux 


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1. Monumenti dell Egillo, t. I, pl. 78. 

2. Die Pflanzen im alten Aegypten, p. 329. 

3. Papyrus Harris, von Eisenlohr, XXVIT, XLIX. (Zeit- 
schrift für aegyptische Sprache,t. XI (an. 1873), p. 99, 155, etc.) 

4. G. Schweinfarth, Ueber Pflanzenreste. (Berichte der bota- 
pce Gesellschaft, t. IT (1884), p. 368). 
_ 5. « Si les momies qui les portent (les couronnes d’olivier) 
appartiennent à la XXe jusqu'à la XXV- dynastie, nous pou- 
vons déduire de là, comme date de l'introduction de l'olivier 
en Égypte, à peu près la XIXe dynastie. » La couronne de la 

… justification. (Actes du sixième Congrès international des 

Orientalistes, tenu en 1883 à Leide. 4° partie. Leide, 1885, 
in-8, p. 13.) 


132 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


d'olive, découverts par Schiaparelli dans une tombe 
de Drah-Abou'l-Neggah, étaient bien contemporains de 
ce monument et provenaient de cultures égyptiennes. 
Ils ont paru à Schweinfurth appartenir à deux races 
distinctes'; peut-être se rapportent-elles à l'olivier 
ordinaire (Olea europea L.) et à sa variété de Nubie 
(Olea nubica Schw.), que Percy Newberry a reconnue 
parmi les restes végétaux trouvés à Hawara*. Miglia- 
rini a, dans son catalogue du Musée égyptien de Flo- 
rence”, attribué certaines feuilles de guirlandes 
funéraires à une autre espèce, l’olivier sauvage (Olea 
oleaster L.). 

Suivant Théophraste, l'olivier croissait en Égypte, 
mais seulement dans la Thébaïde, non près du Nil 
toutefois, mais à une certaine distance — trois cents 
stades — du fleuve, « dans les terres qui n'étaient 
arrosées que par des sources »; le naturaliste grec 
avait ici sans doute en vue les oasis du désert libyque, 
où l'olivier pousse encore de nos jours d’une manière 
merveilleuse. Théophraste ajoute que l'huile d'olive 
égyptienne n’était pas inférieure à celle de la Grèce, 
mais l'odeur, dit-il, en était moins agréable. D’après 
Pline’, les olives d'Égypte auraient été très charnues, 
mais auraient donné peu d'huile. Strabon° vante la 
beauté et la fécondité des oliviers du nome d’Arsinoë 
— le Fayoum actuel, — et il dit que l'huile en était 


1. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6 (année 1885), p. 266. 

2. Flinders Petrie, Zawara, Biahmu and Arsinoë, p. 48. 

3. Indication succincte des Monuments égyptiens, p.72, n° 2465. 

4. Historia plantarum, lib. IV cap. 2, 9. 

5. « In Aegypto carnosissimis olei exiguum ». Lib. XV, 
cap. 4. 

6. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 35. 


di h hiénté alnét hob TS 


iii pis jbélses 


L/, 287 


LES ARBRES FRUITIERS. 133 


excellente, quand elle était faite avec soin; mais il 
ajoute que le reste de l'Égypte était dépourvu d’oliviers, 
à l'exception des jardins d'Alexandrie ; on y voyait des 
oliviers qui produisaient des fruits, toutefois sans 
fournir de l'huile. 

Brugsch* a attribué à l'olivier le nom bek, bek-t, 
beka. baka, qu’on trouve dans les textes hiérogly- 
phiques, comme celui d’un arbre dont on retire un 
breuvage et un parfum; d’autres égyptologues ont cru 
qu'il était désigné par le mot f’ettu* ; la forme authen- 
tique est djadi, radical qui se rencontre avec ce sens 
depuis l’époque des Ramessides”. Les textes où il 
apparaît montrent qu'on faisait en Égypte une grande 
consommation d'olives, comme fruits comestibles, 
mais encore plus pour en extraire l'huile des lampes 
sacrées . 

Le nom bag, qu’on a attribué parfois, je viens de le 
dire, à l'olivier, désigne en réalité un tout autre arbre, 
mais des fruits duquel on extrait également de l'huile, 
c'est le Bxhaves aiyurtix de Théophraste, le Myrobalanum 
de Pline. M. Victor Loret avait cru pouvoir identifier 
cet arbre avec le Moringa oleifera Lam.*; mais 
Schweinfurth® ayant trouvé une graine de Moringa 
aptera Gaertner parmi les restes végétaux découverts 
par Schiaparelli à Drah-Abou'l-Neggah, le savant égyp- 


1. Hierogl. demotisches Woærterbuch, vol. Il, pl. 425-426. 

2. Charles Moldenke, op. laud., p. 117 et 119. 

3. Victor Loret, La Floré pharaonique, p. 59. Le signe 
hiéroglyphique pour les mots l’ellu et djadi est d’ailleurs le 
même. 

4. La Flore pharaonique, p. 86, n° 1%5. 

5. Les dernières découvertes botaniques dans les anciens 
tombeaux de l'Egypte. (Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6, 
1886, p. 270.) — Botanische Jahrbücher, t. VIT (an. 1886), p. 8. 


134 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


tologue a renoncé à sa première interprétation et admis 
que le bag des textes hiéroglyphiques est bien l’es- 
pèce de Moringa déterminée par le botaniste allemand”. 
Le Moringa aptera, nommé yesser (yesar) en arabe, 
se rencontre fréquemment dans les vallées du désert 
arabique, ainsi que dans l’oasis de Dakhléh*. Il en est 
fait mention dans les textes des plus anciennes dynas- 
ties. 

Les arbres fruitiers dont je viens de parler sont ceux 
qui furent le plus anciennement cultivés dans les jar- 
dins de l'Égypte pharaonique; c'étaient ceux d’ailleurs 
que leur offrait la flore indigène ou des contrées voi- 
sines ; mais ils ne suffirent pas toujours aux habitants 
de la vallée du Nil et quand ceux-ci furent en rapport 
avec l'Asie antérieure ou avec la Grece, ils leur em- 
pruntèrent quelques-unes de leurs espèces indigènes ; 
commencée dès le temps des Ramessides, cette impor- 
tation nouvelle se continua jusqu'aux premiers siècles 
de notre ère. 

La plus importante des espèces qui ait été ainsi accli- 
matée en Égypte est le pommier (Pyrus malus L.); 
il y fut cultivé dès le temps des Ramessides*. Son nom 
hiéroglyphique dapih, qu'il faut rapprocher du mot arabe 
taffah, copte djepeh, hébreu tappoukh, se rencontre 
déjà dans le papyrus Anastasi IIL. « Les grenades, les 
pommes, les [olives] et les figues du jardin fruitier », 
comme traduit M. Victor Loret*. Ramsès II, je l'ai 


1. Recherches sur plusieurs plantes. I. (Recueil de travaux, 
AVAL, °p. 1019 ; 

2. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 60. 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 82, n° 137. 

4. Recherches sur plusieurs plantes. V. « Le pommier. » 
(Recueil de travaux, vol. VIF, p. 113.) 


LES ARBRES FRUITIERS. 135 


déjà dit, fit planter des pommiers dans ses jardins du 
Delta. On voit Ramsès HI donner aux ‘prêtres de 
Thèbes, pour leurs offrandes, 348 paniers de pommes”. 
Le pommier était donc cultivé dans la vallée du Nil 
dès le temps de la xix° dynastie, et son nom à forme 
sémitique montre qu'il y était venu sans doute de la 
Syrie ; il avait dü-être apporté dans cette dernière con- 
trée de l'Asie Mineure ou de la région du Caucase, son 
vrai pays d’origine”. 

Si le pommier a été ainsi cultivé en Égypte à une 
époque reculée, en a-t-il été de même du mürier, de 
l’amandier, du pêcher, du cerisier et du poirier dont 
M. Flinders Petrie a trouvé des fruits dans la nécro- 
pole de Hawara”. Cela est peu probable. Rien ne 
prouve d’abord que les fruits de Hawara fussent tous 
de provenance indigène, et supposé qu'ils l’aient été, 
_on serait tout au plus en droit d'en conclure que les 
arbres qui les portaient étaient cultivés dans la vallée 
du Nil à l’époque gréco-romaine. Il n’est pas impossible 
toutefois que quelques-uns d’entre eux aient été im- 
portés en Égypte, sous la domination des premiers Pto- 
lémées ou même plus tôt; mais la plupart ne purent y 
_ être transplantés que vers le commencement de notre 
ère*. En tout cas on ne leur connaît pas de nom hiéro- 
glyphique”, et la forme hellénique des noms coptes de 


1. Grand Papyrus Harris, pl. XL, à, 14-15. 
2. À. de Candolle, op. laud., p. 187. 
3. Hawara, Biahmu uR Arsinoë, p. 48 et 50. — Xahun, 


_  Gurob and Hawara, p. 47, 


4. Ces divers arbres a aujourd’hui cultivés en Égypte, 
à l'exception du poirier, dont Schweinfurth ne fait point 
mention dans l’/{{ustration de la Flore d'Égypte. 

. 5. C’est par erreur que Brugsch a attribué celui de nef à 


136 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


leurs fruits peut faire croire qu’ils n’ont été connus des 
Égyptiens que par l'intermédiaire des Grecs. Tels sont 
ceux de l’amande, leuke, de la pèche, ou-persi, de la 
cerise, {amaskion, de la poire, apidia'; quant au mù- 
rier, M. Percy Newberry dit, il est vrai, qu'il est 
souvent mentionné dans les inscriptions hiérogly- 
phiques de la XIX° dynastie”; mais il n’en donne au- 
cun exemple. Il y a là une erreur évidente du bota- 
niste anglais. Originaire du Pont et de la Médie, le 
Morus nigra L. ne paraît point avoir été connu des 
anciens Sémites; il a dü l'être encore moins de 
l'Égypte pharaonique”. 

M. Flinders Petrie a trouvé aussi dans la nécro- 
pole de Hawara une noisette et des noix‘; faut-il en 
conclure que le noyer et le noisetier étaient cultivés 


l’'amandier. /ier.-demotisches Woerterbuch, suppl. 713. Cf. 
Moldenke, op. laud., XXV, p. 1435. 

1. Victor Loret, La Flore pharaonïique, p. 83 et 84, nos 138, 
139, 140, 141. Les pommes, les poires, les prunes, qu'on mange 
aujourd’hui en Egypte sont mauvaises et y sont pour la plupart 
importées, ainsi que les cerises, les noix et les noisettes, de 
la Grèce ou de la Syrie. P. Ascherson et Magnus, Ueber Pflan- 
senreste. (Zeitschrift für Ethnologie, t. IX, p. 29%.) 

2. Flinders Petrie, Xahun, Gurob and Hawara, p. 48, 1. 

3. M. Victor Loret (La Flore pharaonique, p. 46, n° 60), 
regarde le nom copte ou-mation du Morus nigra L. comme 
une dénomination populaire grecque, le mot ou-katmis, au 
contraire, par lequel est désigné le Morus alba L., lui paraît 
être d’origine égyptienne ; mais comment le mürier blane, 
indigène seulement dans la Chine et la Mongolie, aurait-il pu 
être connu en Égypte avant le mürier noir, originaire de la 
région du Caucase? Le Morus alba ne parait pas avoir été 
importé dans l’Asie occidentale et par conséquent en Egypte 
avant le moyen âge. A. de Candolle, op. laud., p. 120 et 122. 
— V. Hehn, op. laud., p. 318. 

4. Kahun, Gurob and Hawara, p. 47, 2. — Jlawara, 
Biahmu and Arsinoë, p. 50. 


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LES ARBRES FRUITIERS. 137 


en Égypte? Rien de moins légitime; arbuste des pays 
froids ou tempérés, le noisetier ne paraît pas avoir été 
planté dans la vallée du Nil, où il ne pourrait guère 
s’acclimater. Quant au noyer, il n’est aujourd hui en- 
core que rarement cultivé en Égypte’; il ne devait pas 
l'être davantage au 1°" siècle de notre ère, si même il 
l’était déjà. En tout cas il l'y était depuis peu. Le nom 
copte de la noix, koiri ou kaïré, déformation évidente 
du pluriel grec x49vx, montre bien que le noyer a dû 
être importé de la Grèce en Égypte. Quant au nom 
copte de la noisette, pantoki, il semble une simple 
transformation de l’arabe boundoug”, ce qui témoigne 
encore en faveur d’une provenance exotique‘. 

Ce que je viens de dire du noisetier et du noyer s’ap- 
plique aussi au cédratier; sans doute cet arbre a été 
anciennement cultivé en Eygpte; mais il n’a dû, 
quoique M. Victor Loret ait cru le contraire‘, y 
être importé qu'à une époque relativement récente, 
sinon postérieure à notre ère’. Il n’y a donc pas lieu 


1. Zllustration de la Flore d'Égypte. (Mémoires de l'Institut 
égyptien, vol. IT (1889), 1re partie), p. 141. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 45. n° 58. 

3. « Hazel nut is likely to have reached Hawara by means 

of trade », dit M. Percy Newberry, Xahun, Gurob and Hawara, 
p. 48, 1. Je parlerai plus loin des fruits de pin pignon trouvés 
à Drah-abou’l-Neggah. (Bulletin de l'Instilut égyptien, n° 5 
(1884), p. 6), et dont il existe aussi un exemplaire dans la col- 
lection égyptienne du Musée du Louvre. (Recueil de travaux, 
t. XVII, 14, p. 187). 
- 4. Le cédratier dans l'antiquité. Paris, 1891, in-8. (Extrait 
des Annales de la Société botanique de Lyon, vol. XVID. 
Il existe aussi un citron — il a dù même en exister deux — 
au Musée du Louvre; mais la présence, même dans cette 
collection, de ce fruit, originaire de l’Inde, suffit à faire douter 
de son ancienneté. 

9. Revue critique, an. 1893, I, t. XXXV, p. 113. 


138 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


de parler ici de cet arbre; c'est quand j'étudierai la 
flore de l’Asie antérieure, où il apparaît d’abord, qu'il 
conviendra d’en faire l’histoire, ainsi d’ailleurs que 
des cinq ou six derniers arbres fruitiers, dont 1l vient 
d’être question, et qui sont indigènes ou ont été cul- 
tivés depuis la plus haute antiquité dans cette région. 

Mais il est un arbre à fruit — la vigne — dont il 
me faut parler maintenant, à cause de l'ancienneté de 
son importation dans la terre des Pharaons, et de l’ex- 
tension qu'y prit sa culture. La vigne (Vies vau/fera 
L.), paraît originaire de la région forestière, qui 
s'étend du Turkestan et du Caucase aux montagnes de 
la Thrace ‘; mais de là elle s’est répandue dans toutes 
les parties du monde connu des Anciens. Les Sémites 
la cultiverent dès les temps lés plus éloignés. L'his- 
toire de Noé a symbolisé la découverte des propriétés 
enivrantes du jus de raisin”. L’offrande de pain et de 
vin, faite par Melchisédech en l'honneur d'Abraham, 
montre l'usage des produits de la vigne connu en Sy- 
rie près de vingt siècles avant notre ère. On sait, par 
le récit du Livre des Nombres’, que, avant l’établis- 
sement des Hébreux, la vigne était, avec le figuier et 
l'olivier, cultivée dans le pays de Chanaan, et qu'elle 
y portait des fruits d’une merveilleuse grosseur. 

Elle était aussi alors et depuis longtemps connue en 


1. A. de Candolle, op. laud., p. 153. — A. Grisebach, Die 
Vegetation der Erde, t. I, p. 323. — O. Schrader, Thier- und 
Pflansengeographie, p. 27. — Engler, ap. Victor Hehn, Æul- 
turpflanzen, p. 87. 

2. (renesis, cap. 1x, vers. 20 et 21. 

3. (renesis, Cap. XIV, vers. 18. 

&. Numeri, cap. xIu, veré. 24. 

5. Franz Delitzsch, Die Bibel und der Wein. Leipzig, 1885, 
in-8, p. 8. 


f} 
D 
“ 


LES ARBRES FRUITIERS. 139 


Égypte. Osiris, preuve de son ancienneté, était regardé 
comme l'inventeur de sa culture’. Des peintures con- 
temporaines de la IV*, de la VI et de la XIT° dynasties 
ee la cueillette du raisin et la fabrication du 
vin”. Il est souvent question de la vigne dans les 
. textes hiéroglyphtques de l’époque des Ahmessides et 
_ des Ramessides; on en voit aussi de fréquentes repré- 


_ sentations sur les monuments contemporains. Sur la 


table des offrandes d’une des peintures du tombeau de 


 Rat’eserkasenb (X VIII’ dydastie), on voit quatre jarres 
_ de vin enguirlandées de pampres couverts de raisins’. 


Le scribe Anna, nous l'avons vu, avait fait planter 


douze vignes dans son jardin et on en comptait vingt- 
- quatre dans le parterre de l'officier d'Amenhotpou I. 
Le papyrus Harris nous apprend que Ramsès IIT fit 


établir des vignobles en plusieurs lieux de la Haute et 
de la Basse-Égypte‘. On voit par les peintures des hy- 


_ pogées de Béni-Hassan et d'El-Amarna que les anciens 
= Égyptiens plantaient leurs vignes en rangs parallèles 


et les conduisaient sur des treillages, de manière à 


… former des berceaux impénétrables aux rayons du 
De, I 
_ soleil. 


On a souvent rencontré des débris de vigne dans les 
hypogées. Schiaparelli a trouvé à Drah-Abou’l-Neggah 


1. Franz WϾnig, op. laud., p. 259. 
2. Lepsius, Denkmäler, t. I, pl. 53, tombe n° 6 de Gizeh 


— (IVe dynastie); t. IV, pl. 111, tombe n° 14 de Zaouïet-el-Maïétin 


(VIe dynastie) ; #bid., pl. 127, tombe 2 de Béni-Hassan 
(XIIe dynastie). — Rosellini, Monumenti civili, t. II, n°s 37, 38 
et 40. 

3. Mémoires de la mission archéologique au Caire, t. V, 


fase. IV (an. 1893), pl. IT, paroi F, p. 575. 


. 4. P. VII, 1. 10. (Zeitschrift für ägyptische Sprache, t. XI 
(an. 1873), p. 35.) 


140 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


des paquets de feuilles, dont quelques-unes étaient 
encore en parfait état de conservation ; après les avoir 
ramollies dans de l’eau tiède, Schweinfurth a pu les 
étaler dans l’herbier de Boulaq'; elles ressemblent aux 
feuilles de l'espèce encore aujourd’hui cultivée en 
Égypte; mais la face inférieure en est recouverte 
d'une espèce de feutre de poils blancs. Parmi les restes 
végétaux découverts par Mariette dans la même loca- 
lité se trouvaient entre autres des raisins secs, qui 
appartiennent, d’après Schweinfurth*, à la variété 
noire à grosses baies recouvertes d’un duvet bleuâtre. 
Dans les fouilles faites à Gébéleïn par M. Maspero, 
on a rencontré aussi des grains de raisin à peau 
épaisse, de 16 à 17 millimètres de longueur sur 10 à 
11 de largeur, avec trois à quatre graines, abrupte- 
ment atténuées en pointe tronquée et mesurant en 
longueur, largeur et épaisseur respectivement 7, 4 et 
3 millimètres”. On voit de ces raisins dans la plupart 
des musées égyptiens d'Europe‘. Braun, qui a étudié, 
avec un soin particulier, ceux qui sont au Musée de 
Berlin’, à trouvé qu’ils renfermaient chacun trois 
graines; quant à la dimension, ils se rapprochent des 
raisins de Corinthe, mais devaient être plus foncés. 
Enfin, dans les raisins rapportés de Hawara par 
M. Flinders Petrie, M. Percy Newberry a reconnu la 
Vitis vinifera L. var. Corinthiaca‘. Les Égyptiens 


1. Botanische Jahrbücher, t. VII (an. 1886), p. 8. 

2. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 5 (1884), p. 9. 

3. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6 (an. 1886), p. 260. 

4. Il en existe une trentaine de grains au Musée du Louvre, 
à peau épaisse et à grosses graines. Recueil de travaux, t. XVIT, 
29, p. 194. | 

5. Zeitschrift für Ethnologie, t. IX (an. 1877), p. 306. 

6. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 50. 


PIN C A 


| 


LES ARBRES D'ORNEMENT. 141 


avaient d’ailleurs plusieurs espèces de raisins, tels que 
le thasien qui, d’après Pline’, était sucré et légèrement 
laxatif, l’ecbolos*, qui aurait, d’après lui, provoqué 
les avortements. 

Le nom hiéroglyphique de la vigne, ainsi que celui 
du raisin, était arouri — le copte aloli. — Le raisin 
vert s'appelait gangani, en copte shelshérli, le raisin 
séché au soleil ashep ou shep°. Quant au vin il portait 
le nom de arp. 


II. 


Les arbres à fruits n'étaient pas seuls cultivés dans 
les jardins égyptiens, le besoin d'ombre et de fraicheur 
y fit aussi planter, ainsi que dans le voisinage des 
villes, des arbres ou des arbustes d'ornement‘. La 
flore indigène en offrait un certain nombre, remar- 
quables par la grâce et l'élégance de leur feuillage, 
tels que les tamaris, les acacias et le saule safsaf; 
plusieurs d’entre eux, sinon tous, furent cultivés dans 
les parterres pharaoniques. 

On compte en Égypte huit espèces de tamaris’, 
dont l’une, le 7. arborea Bunge, est même spéciale à 


. Historia nalturalis, lib. XIV, cap. 9 (7). 
. Historia naturalis, lib. XIV, cap. 24 (18). 
. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 101, n° 167. 
. «J'ai planté (autour de) la ville de Thèbes des arbres, 
des arbustes, des fleurs », dit Ramsès III dans le grand pa- 
pyrus Harris, pl. VIL. Zeitschrift für aegyptische Sprache, 
t. XI, p. 54. 3 

5. Ce sont, d’après l’Austration de la Flore d'Egypte, les 
T. tetragyna Ehr., nilotica B., mannifera Ehr., arborea B., 
articulata Vah]l, amplexicaulis Ehr., passerinoides Del. et 
macrocarpa Ehr. 


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142 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


cette contrée ‘; deux surtout sont représentées aujour- 
d'hui dans les plantations : le 7. articulata Vahl — 
ar. athl ou acl, — dont on fait des avenues, et le F. 
nilotica Bunge, — ar. tarfah. — Ce dernier vocable 
est traduit dans les Scalae coptes par she-n-osi, tandis 
que açl répond à pi-nam où pi-nom°; M. Victor Loret 
incline à reconnaitre dans lost copte l'équivalent du 
terme hiéroglyphique aser, qu’on rencontre dans l’ins- 
cription du tombeau du célèbre Khnoumhotpou à Béni- 
Hassan. Ce mot qu'il faut rapprocher du nom hébreu 
du tamaris ashel, doit donc être traduit aussi par ta- 
maris; il servait sans doute à désigner plus particu- 
lièrement le 7, nlotica; mais on le donnait probable- 
ment aussi à d’autres espèces du genre. 

L'inscription du tombeau de Khnoumhotpou parle 
d’un bois de tamaris que possédait l’illustre mort ; celle 
du tombeau d'Anna nous apprend que le scribe d’Amen- 
hotpou IT avait planté dix tamaris dans son jardin. 
Unger a découvert des fragments de 7. nilotica dans 
une brique d'EI-Kab*; la momie de Kent, personnage 
de la XX° dynastie, reposait sur un lit de branches, 
reliées par des fibres de dattier et que M. Schwein- 
furth a reconnues comme appartenant à la même es- 
pèce de tamaris”. M. Flinders Petrie à trouvé aussi 
des débris de ce bel arbre dans une tombe de 
Kahoun*°. | 


1. Illustration de la Flore d'Égypte, p. 50. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 79, n° 133. 

3. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 124. Cf. Charles Moldenke, 
op. laud., p. 129. 

&. Sitzungsberichte,t. XLV (an. 1862), p. 81. . 

5. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6 (an. 1885), p. 282. — 
Botanische Jahrbücher, t. VIT (an. 1886), p. 14. 

6. Kahun, Gurob and Havara, p. 50, T. 


L 
3 
d = 
. 
1 


LES ARBRES D’'ORNEMENT. 143 


En comprenant le Prosoms Stephaniana Willd. 
ou Acacia heterocarpa Del., il y a en Egypte huit 
espèces d’acacias'; deux paraissent avoir été plus par- 


ticulièrement cultivées : l'Acacia nilotica Forsk., va- 


riété de l'A. aralnea Willd., et l’Acacia seyal L. Au nord 
du 11° degré de latitude, l’acacia du Nil ne se rencontre 
aujourd’hui que planté dans les jardins et les prome- 
nades, mais on l’y trouve fréquemment. Il ne devait 
pas à une époque reculée être moins commun à l’état 
spontané, et on peut supposer qu'il formait un des 
principaux éléments des forêts qui durent à l’origine 
couvrir une partie de la vallée du Nil; suivant Théo- 
phraste*, cet arbre était, de son temps, très répandu 
dans la Thébaïde. 

Mais si l’Acacia nilotica croissait à l’état spontané 
en Égypte, on le cultivait aussi, à l'époque pharao- 
nique, comme on le fait de nos jours, dans les parcs 
et les jardins. Anna en avait trois dans Le parterre de sa 
villa”; ce bel arbre figurait dans 24 des 42 bois sacrés 
des nomes égyptiens. Strabon parle d'un bocage d'acan- 
thes thébaïques — acacias — qui se trouvait auprès du 
sanctuaire d'Acanthos en Lybie‘. On a trouvé fréquem- 
ment des débris de cette mimosée dans les hypogées 
pharaoniques ; M. Flinders Petrie a découvert dans la 
nécropole de Kahoun divers ustensiles en bois, ainsi que 
des gousses, d’acacia*. Unger a cru aussireconnaitre des 
débris de gousses du même arbre dans une brique d’El- 


1. Zlustration de la Flore d'Égypte, p. 71-72. 

2. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. 

3. Charles Moldenke, op. laud., EV, p. 74. 

4. Dahshour. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 35. 
« 5. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50, 1. 


14% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Kab'. Quelques-unes des guirlandes qui ornaient les 
momies d’Ahmès I et d’'Ahmenhotpou I étaient faites 
en fleurs d’acacia du Nil*. 

L’Acacia nilotica est souvent mentionné dans les 
textes égyptiens; il portait, dans la langue hiérogly- 
phique, le nom de shent ou shant, — hébreu shett, ar. 
sant, copte shonte ou shanti*; — les Grecs lui don- 
naient celui d'#xxv0x Théoph. ou d’éxxxix Diosc.; les 
Latins l’appelaient acanthus où spina aegyptiaca. Son 
port, la beauté de ses fleurs, employées pour faire des 
couronnes, la dureté de son bois, qui le rendait propre 
aux usages les plus divers, la multiplicité de ses épines, 
dont toute la plante, à l'exception du tronc, était cou- 
verte; enfin la gomme — kamui', copte komé, origine 
probable du grec xéuu, lat. qummi, — qui sortait na- 
turellement à travers l'écorce, mais coulait surtout en 
abondance des incisions faites à l’arbre, avaient frappé 
les Anciens ; Théophraste” et après lui Pline° en ont 
longuement parlé. 

On rencontre souvent dans les textes hiéroglyphiques 
une espèce d'arbre du nom de as, dont le bois était, 
comme celui de l’acacia du Nil ou sent, employé dans 
les constructions, en particulier pour faire des bateaux, 
des portes ou des boiseries. C’est ainsi que sur une 


1. Sitzungsberichte, t. XLV (an. 1862), p. 81. 

2. G. Schweinfurth, Ueber Pflansenreste. (Berichte der 
botanischen Gesellschaft, t. Il (1884), p. 363.) 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 84, n° 142. 

4. A. Wiedemann, Sammlung allägyptischer Wôürter, welche 
von klassischen Autoren umschrieben oder übersetzt worden 
sind. Leipzig, 1883, in-8, p. 26, donne les formes kemai, 
kema. 

5. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. 

6. /Jistoria naturalis, lib. XVII, cap. 19. 


LES ARBRES D'ORNEMENT. 145 


inscription de l’obélisque de Thèbes, transportée aujour- 
d’hui à Rome, Thoutmès IT se vante d'avoir fait 
construire en bois ask une grande barque dédiée à 
Amon’. Dans l'inscription qui rappelle la restauration 
du grand portail du temple d'Edfou, il est dit aussi que 
les portes en ont été faites en bois de l'arbre as4°: quel 
était cet arbre ask, dont le bois était ainsi employé 
dans l’industrie pharaonique ? Depuis M. de Rougé on 
s’est généralement accordé à y voir une espèce d’acacia, 
sans doute l'A. seyal Del., espèce indigène en Égypte 
comme l’acacia du Nil, mais dont les feuilles sont com- 
posées d’un moindrenombre de folioles*. Une inscription 
du temple de Hibé, qui nous apprend que les portes 
en avaient été faites en bois de l'arbre ask, ajoute 
que ce bois venait des contrées de l’ouest et que l’arbre 
qui l’avait fourni portait le surnom de pir-shen*. 

M. Victor Loret, qui mentionne ce vocable et lui at- 
tribue le sens de « grains chevelus », l’a donné d’abord 
comme le nom des fleurs de l'A. Farnesiana Willd‘: 
mais cette espèce américaine n’ayant pu évidemment 
être connue dans l’ancienne Égypte, il s’est demandé 
depuis si l’arbre pir-shen, dont les fleurs portent dans 
_ les recettes de parfumerie le nom de sanndr, ne serait 


1. J. de Horrack, Votice sur le nom hiéroglyphique du cèdre. 
(Revue archéologique, t. X (an. 1864), p. 45.) Il faut dire que 
M. de Horrack traduit ask par cèdre. 

2. H. Brugsch, Æine neue Bauurkunde des Tempels von 
Edfou. (Zeitschrift [für aegyptische Sprache, t. XIII (an. 1875), 
p- 122. — Charles Moldenke, op. laud., VI, p. 89. 

3. M. Victor Loret dit que cet acacia, appelé {alh en arabe, 
porte dans les Scalae le nom de pi-tarinon; Kircher qu'il 
cite aussi traduit tout simplement pi-tarinon par virgultum. 

4. Charles Moldenke, op. laud., VI, p. 91. 

5. La Flore pharaonique, p.86, n° 144. 

1& 10 


146 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


point l’A. spirocarpa Hochst., en arabe sammor. C’est 
là une hypothèse ingénieuse, mais difficile à accepter ; 
l’A. spirocarpa, arbre du désert arabique méridional, 
n’a guère pu être le per-shen des contrées de l’ouest, dont 
parle l'inscription hiéroglyphique. En réalité, ce nom 
désigne l’ash ou A. seyal, comme nous le voyons par 
l'inscription du temple de Hibé*. 

Il n’est point certain que l'arbre ask eût été planté 
dans le jardin d'Anna, mais il se trouvait dans les bois 
sacrés de dix-sept nomes. Rencontrait-on dans ceux-ci 
d’autres espèces d’acacia ? On l’ignore, mais le faitn’est 
pas improbable; on pourrait le croire en particulier pour 
les À. albida Del., Ehrenbergiana Hayne, tortilis H. et 
heterocarpa Del. (Prosopis Stephaniana Willd), très 
répandus dans l'Égypte ; on a du moins trouvé au Mu- 
sée du Louvre un fragment de guirlande, faite de fleurs 
d'A. tortilis et cinq gousses d'A. heterocorpa*, ce qui 
montre que, s'ils ne les cultivaient pas, les anciens 
Égyptiens connaissaient et utilisaient cés espèces, 
comme les A. néotica et seyal. Ils connaissaient 
aussi le Mimosa polyacantha L., dont « les feuilles 
ailées, dit Pline”, se replient quand on les touche ». 
Cet arbre, qu'on rencontre aujourd’hui encore dans la 
Haute-Égypte, croissait autrefois, suivant le poly- 
graphe latin, aux environs de Memphis. 

Il se trouvait dans le jardin d'Anna huit arbres 


1. « Ses portes ont été faites en bois d’ash de la région de 
l'Occident, (arbre) dont le nom est pir-shen ». H. Brugsch, 
Ueber eine Bauurkunde von Edfu. (Zeitschrift für ägyptische 
Sprache, t. XIII (an. 1875), p. 123). 

3. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 22 et 23, p. 191. 

4. Historia naturalis, Nb. XIII, cap. 19. 


LES ARBRES D'ORNEMENT. 147 


ther, ter ou tari'; ce nom — copte téré ou thôri* — 
désignait le Salix safsaf Forsk., espèce de saule indi- 
gène dans la vallée du Nil, ainsi que dans les oasis, 
mais qu’on plantait également dans les parcs et en 
haies. Ses feuilles élégantes et flexibles servaient à faire 
des guirlandes. Les momies des pharaons de la XVIIT* 
dynastie, Ahmès I et Amenhotpou II, trouvées, en 1881, 
à Deir-el-Bahari, étaient ornées de couronnes faites de 
feuilles de safsaf* ; la momie de la princesse Nesi-Khon- 
sou de la XXII° dynastie en était également parée. 
Schiaparelli aussi a découvert dans une tombe de 
Shéik Abd-el-Gournah*, des débris d’une couronne 
faite de feuilles de saule et de fleurs de carthame. 

Ces arbres ne durent pas être les seuls de la flore 
indigène qui furent cultivés dans les jardins ou les parcs 
pharaoniques ; y planta-t-on aussi la Maerua uniflora 
Vahl — le mérou des Arabes — arbre immense, qui 
est un des ornements du désert éthiopien ; on en a re- 
trouvé des fruits et des graines dans une tombe de 
Gébéleïn" ; mais ce n’est nullement une preuve qu'il fût 
cultivé dans la vallée du Nil. On peut en dire autant 
du Cocculus leaeba D., arbrisseau rampant des déserts 
égyptiens, dont on a trouvé également des baies dans 
la tombe d’Ani à Gébéleïn*. 

A-t-on cultivé dans l’ancienne Égypte le térébinthe 
(Pistacia terebinthus L.) et le lentisque (Pés/acia 


1. Charles Moldenke, op. laud., p. 126. 
2. Kircher, Scala magna, p. 175, donne pi-thôri. 
3. G. Schweinfurth, Ueber Pflanzenreste. (Berichte der 
_ botanischen Gesellschaft, t. I (an. 1884), p. 369.) 
4. G. Schweinfurth, Die letzten botanischen Entdeckungen. 
. (Botanische Jahrbücher, t VIII (an. 1886), p. 9.) 
5. G. Schweinfurth (Botanische Jahrbücher, t. VII, p. 4. 
6. Botanische Jahrbücher, t. VIT, p. 15. 


148 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


lentiscus L.), arbres qui appartiennent à la flore médi- 
terranéenne ? M. Moldenke a cru pouvoir identifier le 
térébinthe avec l'arbre dru", planté dans les bois sacrés 
de deux nomes ; mais, suivant M. Victor Loret, lenom du 
térébinthe n’a pas encore été trouvé dans les textes 
égyptiens *; seule la résine qu’on entire, la térébenthine, 
y est mentionnée dès les temps de l’ancien empire; son 
nom hiéroglyphique parait avoir été sounter, conservé 
dans le copte sonte ou sonti « résine ». Il est vrai que le 
sounter était parfois tiré, comme on le voit par les inscri- 
ptions de Deir-el-Bahari *, du pays de Pount, ce qui ferait 
supposer que l’arbre qui le produisait était exotique. 

Quoi qu'il en soit, il est d'autant plus vraisemblable 
que le Pistacia terebinthus existait dans l'Égypte 
ancienne qu’un des nomes de cette contrée portait 
le nom de « Nome du térébinthe »*. Quant au lentis- 
que, d’après Galien’, il croissait autrefois en Égypte, 
ce qui ne doit pas surprendre, car une espèce voisine, 
le Pistacia atlantica Desf., s’y rencontre encore 
aujourd’hui à l’état spontané‘. Le lentisque s'appelait 
shoub, suivant M. Victor Loret’, dans la langue 
hiéroglyphique et la résine qu’on en retirait portait 
le nom de jatti; elle était d’un usage fréquent dans la 
parfumerie égyptienne. 

S'il est probable seulement que le lentisque ait été 


1. Ueber die altägyptischen Büume, XXIV, p. 142. 
2. La Flore pharaonique, p. 97, n° 164. 

3. Victor Loret, op. laud., p. 97. 

&. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 72. 

5. De facullatibus alimentorum, VII, 69. 

6. P. Ascherson, dans le Supplément à l'Illustration de la 
Flore d'Egypte (Mémoires, t. Il, p. 752), indique au lieu du 
P. atlantica, le P. khinjuk, comme croissant en Egypte. 

7. La Flore pharaonique, p. 97, n° 165. 


LES ARBRES D’ORNEMENT. 119 


cultivé en Égypte, il est certain que des « sycomores 
a encens » y furent plantés; la reine Hatshopsitou 
(XVIII dynastie) en envoya chercher, nous l’avons vu, 
au pays de Pount, et l’un des rois de la XIX® dynastie, 
Ramsès IIT, en fit planter, comme elle, dans les jardins 
du dieu de Thébes'. Il parait que ce double essai 
d’acclimatation réussit. Abd-allatif affirmait avoir vu 
encore quelques-uns de ces arbres aromatiques et l’on 
rapporte, dit M. Victor Loret”, que le dernier périt en 
1613. A quelle espèce végétale appartenaient-ils ? Il est 
probable que c’étaient des Boswellia Carteri Franchet”, 
une des espèces qui représentent, dans le pays des 
Somalis, la tribu des Burséracées, dont les précieux 
représentants donnent l’encens et la myrrhe. 

On a trouvé dans les tombes de Deir-el-Bahari et de 
Drah-Abou’l-Neggah des fruits du genévrier de Phénicie 
(Juniperus phoenicea L.)*, et M. Flinders Petrie en a 
même découvert des rameaux entiers à Hawara, dans 
la momie d’un crocodile”; cet arbre ne parait pas avoir 
été indigène en Égypte, y était-il cultivé? Il portait 
dans la langue hiéroglyphique les noms de ouan, aoun, 
ouar, arou, dont la diversité même semble indiquer une 
origine étrangère"; le bois de genévrier, utilisé dans 
l'industrie, est désigné dans les textes comme « bois 


1. Grand Papyrus Harris, (Zeitschrift, &. XIIT, p. 55.) 

2. Le cédratier, p. 43. 

8. Dr. Hamy, Ætude sur les peintures ethniques d'un tombeau 
thébain de la XVIIIe dynastie. Paris, 188%, p. 23. 

4. G. Schweinfurth, Ueber Pflansenreste. (Berichte der 
botanischen Gesellschaft, t. Il, p. 369.) Il existe deux frag- 
ments d'un pareil fruit au Musée du Louvre. Recueil de tra- 
vaux, t. XVIT, 12, p. 186. 

5. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 18. 

6. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 41, n° 51. 


150 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


syrien », dénomination qui en rappelle la provenance 
exotique. Les baies de genièvre, pershou, mot qui 
parait à M. Victor Loret dériver d'un radical sémi- 
tique, étaient employées dans la médecine égyptienne ; 
il n’est donc pas surprenant qu'on en ait trouvé dans 
les hypogées pharaoniques. 

On rencontre dans un texte religieux de la pyramide 
du roi Pépi, de la VI° dynastie, le mot s#b°, qui sert à 
désigner le cèdre; dans la tombe de Ti à Saqqarah 
sont représentés aussi deux ouvriers en train de tra- 
vailler du bois de cet arbre; supposant qu'au temps de 
l’ancien Empire, les Égyptiens n'avaient pas de rela- 
tions commerciales avec la Syrie, M. Victor Loret en 
a conclu que le bois de cèdre mis en œuvre par les char- 
pentiers du roi Ti était de provenance indigène, en- 
core qu'aucune conifère ne croisse spontanément en 
Égypte?. En tout cas, si l’on a jamais rencontré le cèdre 
dans la vallée du Nil, il y a disparu de bonne heure et 
on ne parait pas avoir jamais songé à le planter dans 
les parcs ou les bois sacrés. Mais dès une époque re- 
culée on importa en Égypte du bois de cèdres coupés 
sur le Liban*; on y fit aussi usage de la résine qu’on 
retire de cet arbre. On peut croire que le cône de cèdre 
conservé au Louvre, loin d’être de provenance indi- 
gène, est un fruit apporté de la Syrie. 

Les deux cônes de pin pignon découverts par Ma- 
riette dans une tombe de la XII° dynastie à Drah-Abou’l- 


1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 42, n° 52. 

2. Ed. Bonnet, Le piante egiziane del Museo reale di Torino. 
(Nuovo Giornale Botanico Italiano (Nuova serie), t. Il 
(an. 1895), p. 82.) 

3. G. Maspero, Récit de la campagne de Mageddo. (Recueil 
de travaux, etc., t. IT, p. 148 et 150.). 


LES ARBRES D'ORNEMENT. 151 


Neggah, mais dont Schweinfurth a mis en doute l’anti- 
quité', sont aussi Sans doute des fruits importés de la 
région méditerranéenne; on peut en dire autant 
du cône de même espèce, qui existe au Musée du 
Louvre” et de ceux que M. Flinders Petrie a décou- 
verts dans la nécropole” gréco-romaine de Hawara ; 
ce sont des fruits importés d’un arbre exotique, non 
d’une espèce arborescente indigène ; rien ne dit même 
qu'on ait jamais cultivé le pin pignon à l’époque pha- 
raonique, dans les parcs égyptiens*. 

On y planta, au contraire, des espèces exotiques, 
apportées de l’Asie antérieure ou même de l'Europe, 
telles que le chêne, le peuplier blanc, le platane même. 
On cultive de nos jours trois espèces de chêne en 
Égypte, les Quercus Suber L., pedunculata Ehr. et 
lusitanica Lam”: les y rencontrait-on déjà avant notre 
ère? M. Flinders Petrie a trouvé une paire de semelles 
en liège à Hawara°; mais rien ne prouve qu'ils ne fus- 
sent pas d'importation étrangère ou que le chêne liège 
fût alors planté en Égypte. D’après Migliarini * une 
guirlande, dont les restes fragiles sont conservés au 
Musée de Florence, était composée de feuilles de Quer- 
cus aesculus L. et de saule, mêlées à des pétales de 
lotus blanc; malheureusement Migliarini s’est trompé 


1. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 5 (an. 1884), p. 6. 

2. Victor Loret, Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 14, 
p. 187. 

3. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 50. 

4. D’après Schweinfurth (Z{lustration, p.179), il y est encore 
rare aujourd’hui. 

5. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 141. 

6. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 52. 

7. Indication succincte des Monuments égyptiens du Musée 
de Florence, p. 72. Le Q. aesculus est étranger à la flore de 


l'Asie antérieure. 


152 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


si souvent dans ses déterminations qu’on est en droit 
de se demander si les feuilles qu’il aobservées appar- 
tiennent bien au Q. aesculus. Etait-ce le Q. lusitanica 
ou le Q. pedunculata, variété du rouvre, qui se trouvait, 
avec des perséas et des oliviers, dans le bois de Thèbes, 
dont parle Théophraste"? Comme le naturaliste grec 
s’est servi ici du simple mot Spüs, sans y ajouter au- 
cune épithète, il est impossible de se prononcer à cet 
égard. Mais quoi qu'il en soit, les chênes de Thèbes 
avaient dû être importés de l’Asie antérieure ou de 
l’Europe, leur patrie. 

C’est des mêmes régions aussi que fut tranplanté en 
Égypte le peuplier blanc qu'y fait croitre également 
Théophraste*; la beauté de son feuillage avait sans 
doute frappé les habitants de la vallée du Nil; cette 
circonstance explique qu’ils aient essayé d’acclimater 
dans leur pays cet arbre, ami du voisinage des eaux. 
Peut-être y plantèrent-ils aussi le peuplier de l’Eu- 
phrate (Populus euphratica Oliv.), qu’on rencontre 
aujourd'hui dans la petite oasis” et dont on a trouvé 
un fragment de guirlande au Musée du Louvre”. L'ombre 
qu'il donne et son large feuillage les engagèrent à y 
planter le platane, objet, nous le verrons, d'une véné- 
ration si grande chez les Anciens. On pourrait supposer 
que le peuplier blanc et le platane furent introduits 
dans la vallée du Nil seulement sous la domination 
perse; il ne semble pas du moins que ce soient des 
Sémites qu'ils les aient reçus. 

Il est probable que le tilleul, dont M. Flinders Pe- 


4. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. 

2. Historia plantarum, lb. IV, cap. 8, 2. 

3. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 142. 

4. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 15, p. 187. 


LES ARBRES D'ORNEMENT. 153 


trie a trouvé des fragments dans la nécropole de Ha- 
wara', ne pénétra que beaucoup plus tard dans la 
patrie des Pharaons. Il dut y être importé d'Europe, 
probablement de la Grèce. C’est aussi de ce pays, sinon 
de l’Asie occidentale, que le laurier fut introduit en 
Égypte, où depuis il n’a pas cessé d'être cultivé. D'après 
M. W. Pleyte”, plusieurs momies du Musée de Leyde, 
qui datent, il est vrai, de la basse époque, portent des 
couronnes en feuilles de laurier ; M. Flinders Petrie a 
également découvert à Hawara des débris de guirlan- 
des qui, suivant M. Percy Newberry, sont faites de 
feuilles du Laurus nobils”*. 

Ce fut pour son feuillage odorant, mais peut-être 
encore plus pour l'emploi qu'on en faisait en couronnes, 
que cet arbre fut importé dans da vallée du Nil. L’u- 
sage des couronnes, qui apparaît dés la plus haute anti- 
quité et dont le goût alla toujours en augmentant, fit 
naturellement rechercher les plantes qui pouvaient les 
fournir. La flore égyptienne en offrait un nombre assez 
considérable à l’état sauvage; on dut songer, pour se 
les procurer plus aisément, à les cultiver dans les jar- 
dins, et comme ces plantes indigènes finirent par n'être 
plus suffisantes, on en importa des pays étrangers. 
C’est ainsi, nous le savons, que plusieurs espèces exoti- 
ques, arbres, arbustes ou plantes herbacées, pénétrè- 
rént successivement dans la vallée du Nil, dont elles 
enrichirent et complétèrent la flore horticole. 

Quels furent les arbustes à fleurs les plus ancienne- 
ment cultivés dans les jardins égyptiens ? Il est pro- 


1. Kahun, Gurob and Hawara, p. 47, 1. 

2. La couronne de la justification. (Actes du sixième Con- 
grés international des Orientalistes, IVe partie, p. 6.) 

3. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 51. 


15% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


bable que la sesbanie (Sesbania aeçypthaca Pers.) fut un 
des premiers que l’on y planta. Cette papilionacée 
dut attirer de bonne heure, par la beauté de ses fleurs, 
l'attention des habitants de la vallée du Nil, où elle 
est indigène; j'ai rappelé plus haut qu'on en a trouvé 
des guirlandes qui ornaient la momie d’Ahmès [*'*; au- 
jourd'hui encore on s’en sert pour faire des clôtures”; 
il n’est pas impossible qu'on l’ait plantée dans les 
jardins dès le temps des Pharaons, encore que son 
nom n'ait point été relevé dans les textes hiérogly- 
phiques. 

Le nom de l'arbre au henné s’y rencontre, au con- 
traire, mais rarement etseulement dans des textes de 
parfumerie ; on à trouvé aussi des restes de cet ar- 
buste dans une tombe du nouvel Empire, postérieure 
toutefois à la XX° dynastie”; il est probable qu'il fut 
importé en Égypte au plus tard sous les Ramessides. 
Le parfum de ses fleurs, non moins que la couleur 
qu'on retire de ses feuilles, devait également le faire 
rechercher et désormais il ne dut plus cesser de prendre 
place dans les cultures égyptiennes. M. Flinders Petrie 
en à trouvé des débris dans la nécropole gréco-romaine 
de Hawara*. 

Pickering* et Unger° ont pensé que les rameaux verts 
que les chanteuses et les danseuses des peintures pha- 


1. Schweinfurth, PBullelin de l'Institut égyplien, n° 3 
(an. 1884), p. 68. — Ueber Pflansenreste. (Berichte der bota- 
nischen Gesellschaft, t. Il, p. 363.) 

2. À. Figari, Studii scientifici sull Egitto, t. IT, p. 226. 

3. Schweinfurth, Ueber Pflanzenreste, etc. (Berichte der 
botanischen Gesellschaft, t. II, p. 360.) 

4. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 50. 

5. The races of man, p. 375. 

6. Sitzungsberichte, t. XXXNIII, p. 131. 


LES ARBRES D'ORNEMENT. 155 


raoniques tiennent parfois à la main étaient des bran- 
ches de myrte; mais c'est là une simple supposition. 
Théophraste', il est vrai, parle du myrte d’ Égypte et 
. dit que dans ce pays il était particulièrement odorant. 
Pline? affirme aussi que cet arbuste était cultivé dans 
la vallée du Nil, et Figari*, ainsi que M. Flinders Pe- 
trie‘, en ont trouvé des rameaux dans d'anciens hypo- 
gées, le premier à Bubastis, le second à Hawara; mais 
ces hypogées sont de l’époque gréco-romaine. Il est 
probable que le myrte ne fut introduit en Égy pte que 
sous les Ptolémées et peut-être même sous les derniers 
princes de cette dynastie. 

C'est probablement aussi à cette époque qu'y fut 
importé le Jasminum sambac L.; M. Percy Newberry 
- a reconnu cette espèce hindoustanique parmi les restes 
- végétaux découverts à Hawara par M. Flinders Pe- 
trie’; Schweinfurth a cru aussi reconnaitre des fleurs 
_ de cet arbuste ou d’une espèce voisine dans une cou- 
ronne trouvée en 1881, à Deir-el-Bahari°. Ascherson, 
_ de son côté, dit avoir vu au musée de Zurich une cou- 
ronne de même origine dans la composition de laquelle 
se trouvaient des fleurs d’une espèce de jasmin sem- 
- blable au sambac. Il faut ajouter que le nom copte 
. asmi de la fleur du jasmin paraît bien d'origine égyp- 
tienne*, circonstance qui peut faire croire à une cul- 


1. Historia plantarum, lib. VI, cap. 8, 5. 
2, Historia naturalis, Lib. XV, cap. 29. 
3. Studii scientifici sul’ Egitto, t. IH, p. 220. 
4. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 51. 
5. Kahun, Gurob and Hawara, p. 47, 1. 
…— 6. Ueber Pflanzenreste (Berichte der botanischen Gesellschaft, 
- 4. II, p. 368.) 
7. Berichte der botanischen Gesellschaft, t. T, p. 546. 
. 8. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 58, n° 93. 


156 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


ture ancienne de cet arbuste au doux parfum dans la 
vallée du Nil. 4 

Bien que Ebers l’ait donné à une de ses héroïnes", 
le nom de la rose n’apparaït sous la forme ouartou — 
copte ouert — que dans des textes démotiques, et il. 
est probable que la reine des fleurs, originaire de la 
région du Caucase, ne pénétra en Égypte qu’assez tard, 
peut-être même pas avant l'époque des Ptolémées ; 
sa culture devait bientôt prendre une grande extension 
dans le nome d’Arsinoé; on l'y trouvait en abondance 
au commencement de notre ère. Ce fut l'espèce à cent 
feuilles qui y fut d’abord introduite; mais une autre 
espèce, forme voisine de la Rosa sancta Rich., laquelle 
paraît être une variété cultivée et acclimatée en 
Abyssinie de la Rosa gallica L.?, y fut aussi importée ; 
M. Flinders Petrie en a trouvé des restes dans la né- 
cropole gréco-romaine de Hawara*. 

J'ai dit plus haut que: cet égyptologue y a aussi 
trouvé le lierre, arbuste européen, importé au plus tôt, 
sans doute à cause de sa signification religieuse, sous 
les Ptolémées. Il portait en égyptien, dit Plutarque*, . 
le nom de yevécipts « plante d'Osiris ». Quant aux autres 
arbustes ou arbres d'ornement, qui purent être intro- 
duits depuis cette époque dans la vallée du Nil, ils 
n’appartiennent pas à la flore pharaonique, c’est quand 


1. Ouarda. Roman de l'ancienne Égypte, 1882. 

2. Fr. Crépin, Sur les restes de roses découverts dans les 
tombeaux de la nécropole d'Arsinoë. (Bulletin de la Société 
royale de botanique de Belgique, t. XXVIIT (an. 1888), 2e partie, 
p. 184.) 

3. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 48. 

1. De Iside et Osiride, cap. 37. C’est l’égyptien khi-n-ousiri 
« arbre d'Osiris », Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 69, 
n° 115. 


LES FLEURS D'AGRÉMENT. 157 


il sera question de celle de leur pays d’origine qu'il 
conviendra d’en parler, ainsi que des arbres fruitiers 
qui furent importés en même temps dans l'Égypte 
grecque ou romaine. Mais il me faut dire un mot des 
fleurs et des plantes d'ornement qui paraissent y avoir 
été anciennement cultivées. 


II. 


Si en Égypte, comme chez tous les peuples d’ail- 
leurs, les fleurs ne furent à l’origine l’objet d'aucune 
culture, elles finirent cependant, quelques-unes au 
moins, par prendre place dans les jardins, et non 
contents de celles que leur offrait leur pays, les habi- 
tants de la vallée du Nil en importèrent plusieurs des 
pays voisins ; les Pharaons qui envoyaient des expé- 
ditions lointaines pour leur rapporter des aromates ou 
les rares produits du Tonitru ou du Pount, qui fai- 
saient représenter sur leurs édifices les végétaux ou 
les animaux inconnus des contrées qu'ils avaient sub- 
_ juguées', ne pouvaient manquer d'importer dans leur 

patrie quelques-unes des plantes exotiques qu'ils” 
avaient remarquées dans leurs expéditions. C’est ainsi 
que furent successivement cultivées dans les jardins 
égyptiens, à côté peut-être de quelques plantes indi- 
gènes, des plantes exotiques dont j'ai donné les noms 
dans le chapitre précédent, la célosie argentée, l'hé- 
liotrope de Nubie, l'iris de Sibérie, le bluet oriental, 
l’alcée à feuilles de guimauve, le réséda odorant, la 
menthe poivrée, l'immortelle (Helichrysum staechas 


1. Peintures de Karnak faites sous Thoutmès 111. G. Maspero, 
L'Archéologie égyptienne. Paris. 1887, in-8, p. 90. 


158 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


L.)', et d'autres encore. Toutefois ces plantes n’ont 
pas d'histoire et elles n’ont d'importance la plupart 
que par l'usage qu'on en fit pour les couronnes ; c'est 
donc seulement quand il sera question de ces dernières, 
qu'il conviendra de parler de ces fleurs successivement 
acclimatées ou cultivées dans les parterres pharaoni- 
ques. 

Il en est une cependant pour laquelle il me faut 
faire exception, parce qu’elle vient d'être l’objet 
d’une assez longue étude par MM. Poisson et Loret*?: 
c’est le lis blanc. On ne connaît point d’une manière 
certaine le pays d'origine de cette fleur”, qui joue, 
depuis deux mille ans, un si grand rôle dans la sym- 
bolique et la poésie des peuples de l’Asie antérieure et 
de l'Europe. Toutefois, quelle qu’en soit l’origine, le lis 
paraît avoir été, comme la rose, cultivé assez tôt dans 
la partie occidentale du bassin de la Méditerranée, 
mais seulement sans doute après celle-ci; Théophraste, 
qui parle longuement de la rose, ne dit rien du lis. 

Comme la rose aussi, le lis se répandit successive- 
ment dans les diverses contrées de la région méditer- 
ranéenne ; il pénétra ainsi en Égypte. Il servait à pré- 
parer un parfum ou huile odorante célèbre, l’unguentum 
susinum. L'auteur du traité De la nature de la femme, 


1. Au lieu de cette espèce méditerranéenne, mais étrangère 
à la flore de l'Egypte, M. Percy Newberry a indiqué le Gna- 
phalium luteo-album X.., commun dans le Delta. Schweinfurth, 
Petermann’s Miltheilungen, an. 1890, p. 54. 

2. Recueil de travaux, t. XVII, n° 10, p. 185. 

3. « Habitat in regione montanàâ... sed ubique cultum et 
fere non semper spontaneum. » Boissier, Flora orientales, 
t. V, p. 173. Le botaniste génevois croyait cependant en avoir 
un échantillon d’un pied indigène, récolté dans le Liban, 
auprès de Ghafir. 


DRE FORT 


LES FHEURS D'AGRÉMENT. 159 


attribué à Hippocrate, en fait déjà mention; mais il 
est douteux qu’il le considéràt, ainsi qu'on l’a dit’, 
comme propre à l'Égypte. Dioscoride?, qui s’est étendu 
longuement sur la préparation du sousinon, vante celui 
qu'on faisait en Phénicie et en Égypte, Galien 
parle aussi du sousinon blanc d'Égypte’. Dioscoride‘ 
donne au lis les noms égyptiens de suusaisoi et de 
rlhos — les symphaephos et tialos d'Apulée”. — 
M. Victor Loret ne serait pas éloigné d'attribuer à ce 
dernier vocable une origine ancienne, et ilnous apprend 
qu'une liliacée du Musée du Louvre, « trouvée, dit 


l'étiquette, sur la poitrine de la momie d’une jeune 


fille », et qu’on avait regardée jusqu'ici comme une 
scille, serait, d’après M. Poisson, un lis blanc°. Quoi 
qu’il en soit de cette identification, que l’état incomplet 
de la plante permet de contester, on peut admettre 
que le lis a été cultivé en Égypte; mais il est vraisem- 
blable qu’il n’y a pénétré qu'après la conquête perse, 
sinon seulement sous la domination grecque; il n'y a 
d'ailleurs joué aucun rôle ni dans le culte, ni dans l’or- 
nementation. [ln’en a pas été de même des quatre 
plantes aquatiques, les trois premières indigènes et 
l’autre exotique: le papyrus, le lotus blanc, le lotus bleu 
et le lotus rose, dont l'utilité et le caractère religieux 
exigent que nous étudiions en détail chacune d'elles. 
Indigène en Égypte, d'où il a disparu, et en Nubie, où 


1. Littré, Œuvres complètes d'Hippocrate, t. VII, p. 361, 


_ note 9. 


2. De materia medica, lib. I, cap. 62, p. 63. Édit. Sprengel. 
3. Steph. Lexicon graecum, s. v. so6stvov. 

4. De materia medica, lib. IT, cap. 106. 

5. De herbarum virtutibus, cap. 108. 

6. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 10, p. 185. 


160 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


il est encore abondant, le papyrus était autrefois com- 
mun dans le pays de Qimit; les nombreuses représen- 
tations qu’on rencontre de cette cypéracée sur les an- 
ciens monuments en sont une preuve, et témoignent de 
la place considérable qu'il occupait dans la vie des 
anciens Égyptiens. Son nom hiéroglyphique était 4a!, 
les Grecs lui donnèrent celui de 85fxccs* ou de rérupoc”, 
en latin papyrus. Sa tige triquêtre, qui peut atteindre 
de quatre à cinq mètres de haut — Théophraste dit 
quatre coudées — garnie à la base de quelques feuilles, 
nue à sa partie supérieure, et couronnée par une 
panicule élégante, d’abord pyramidale, mais qui, : 
lors de son complet développement, s'étale en forme 
de bouquet, en font déjà une plante ornementale ; les 
divers usages auxquels il servait le rendaient encore 
plus précieux. 

Choisi comme symbole du Delta, le papyrus crois- 
sait, en abondance, dans les marécages qui avoisinaient 
le Nil et dans les eaux calmes dont la profondeur ne 
dépassait guère un demi-mètre, le rhizome de la gros- 
seur du bras, rampant au-dessus de la vase, où il en- 
fonçait de nombreuses radicules, avait parfois, suivant 
Théophraste*, jusqu’à dix coudées, et les stolons qui 
en surgissaient formaient à eux seuls une espèce de 
fourré inextricable; les plantations de papyrus ser- 
vaient aussi de refuge aux innombrables oiseaux aqua- 
tiques, qui peuplent les marais de l'Égypte. Les pein- 
tures des hypogées nous représentent les chasseurs qui 


1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 29, n° 28. 
2. Hérodote, Æistoriae, lib. IT, cap. 92. 

3. Théophraste, /isloria plantarum, lib. IV, cap. 3, 3. 
4. [Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 3. 


LES FLEURS D'AGRÉMENT. 161 
les poursuivent, montés sur des bateaux plats, au milieu 
de leurs humides retraites". 

Le papyrus ne croissait pas en Égypte seulement à 
l'état sauvage ; on le plantait aussi dans les parcs, au 
bord des pièces d’eau dont il conservait la fraicheur ; 
c'est ainsi que dans le jardin de l'officier d'Amenhotpou 
If, dont j'ai donné plus haut la description, on voit, de 
chaque côté des quatre bassins qui y sont creusés, 
une rangée de papyrus. On en voit aussi des touffes à 
l'extrémité des bassins des jardins d’'Apoui’. On ne 
cultivait pas seulement le papyrus à cause de son port 
élégant et gracieux, mais aussi à cause de son utilité ; 
ses feuilles et ses tiges, ses racines mêmes, servaient à 

_ de nombreux usages et en faisaient une des plantes les 
plus précieuses de la vallée du Nil. 

Les nymphéacées occupaient encore une place plus 
grande dans la vie des anciens Égyptiens. Plusieurs 
plantes de cette famille ont été cultivées ou croissaient 
spontanément en Égypte à l’époque pharaonique, la 
plus commune et celle qu’on trouve le plus ancienne- 
ment représentée sur les monuments antiques est le 
Nymphaea lotus L., indigène, d’ailleurs, dans la vallée 
du Nil. On le reconnait sans peine * à ses pétales blancs, 
parfois bordés de rouge, à ses sépales lancéiformes, au 


1. Lepsius, Denkmäler, t. IV, pl. 106. Zaouïet-el-Maïetin 
(VIe dynastie), tombe 2 

2. Mémoires publiés par les membres de la Mission francaise 
au Caire. Le tombeau d’Apoui, paroi B, t. V, fase. 4. 

3. En particulier sur la peinture de la tombe II de Zaouïet- 
… el-Maïetin. (Lepsius, Denkmäler, t. IV, pl. 105) et sur celle de 
» la tombe de Ti au musée Guimet. tableau 2, peintures qui re- 
… présentent l’une et l’autre une joute sur l'eau, ainsi que dans 
la peinture 177 de la galerie égyptienne au British Museum, 
dont j'ai déjà parlé et dans celle du jardin d'Apoui. 

11 


162 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


- nombre de quatre, à ses feuilles arrondies et profon- 
dément échancrées, à ses fruits en forme de capsule de 
pavot. On a trouvé dans la tombe de Ramsès II, pha- 
raon de la XIX° dynastie, un grand nombre de pétales 
de ce lotus très bien conservés‘. Il en existe cinq fleurs 
au Musée égyptien du Louvre*. 

Hérodote a mentionné d’une manière expresse cette 
nymphéa parmi les plantes aquatiques de l'Égypte. « IL 
pousse, dit-il*, dans les campagnes inondées par le 
Nil une quantité prodigieuse de lis que les Égyptiens 
appellent lotus. » Il parle ensuite de leurs graines, sem- 
blables à celles du pavot et dont on se servait comme 
aliment, ainsi que de leurs racines comestibles. Théo- 
phraste a décrit, en détail, le Nymphaea lotus“, sa 
corolle blanche, composée de pétales étroits rappelant 
ceux du lis, mais qui, plus nombreux, sont appliqués les 
uns contre les autres, sa tige et ses feuilles, analogues 
à celles du Nelumbium, mais plus petites et plus faibles, 
sa capsule enfin, qui, divisée en compartiments, égale 
en dimension le plus gros pavot et renferme un grand 
nombre de graines, semblables à celles du millet. Le 
botaniste grec signale aussi cette propriété du lotus 
blanc, commune à toutes les nymphéacées, qu'au cou- 
cher du soleil ses pédoncules se recourbent et cachent 
sous les eaux les fleurs qui se ferment alors, pour se 
rouvrir, en même temps que les pédoncules se dressent, 
quand le soleil reparaît sur l'horizon. 

Le lotus blanc portait en ancien égyptien le nom de 


1. G. Schweinfurth, Ueber Pflansenreste. (Berichte der 
botanischen Gesellschaft, t. Il (an. 1884), p. 359.) 

2. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 34, p. 199. 

3. Historiae, lib. IT, cap. 92. 
. Plantarum historia, lib. IV, cap. 8, 9. 


E 


À LES FLEURS D'AGRÉMENT. 163 
_ seshen ou soushin, copte shdshan, dont il faut rappro- 
_ cher l'hébreu shdshan et l'arabe sousan, vocables qui, 
_ toutefois, désignent, non le lotus, mais le lis blanc!. 
Cette nymphéacée, qui apparaît sur les plus anciens 
_ monuments et était regardée comme l'emblème de la 
_ Haute-Égypte, parfois même de l'Égypte tout entière, 
croît spontanément dans la vallée du Nil; on l’y ren- 
contre aujourd'hui encore, comme au temps d'Hérodote 
et de Théophraste ; lorsque le Nil inonde les campagnes, 
“elle se développe peu à peu et fleurit à l’époque de la 
. plus haute crue des eaux, pour se faner et périr, quand 
_ celles-ci se retirent dans le lit du fleuve. 
Le Nymphaea lotus n’était pas la seule nymphéacée 
. qu'on trouvät dans les canaux, ainsi sans doute que 
. dans les bassins des parcs égyptiens ; avec lui y crois- 
sait le lotus bleu (Nymphaea caerulea Sav.), indigène, 
comme lui, dans la vallée du Nil, mais dont ni Héro- 
- dote, ni Théophraste n'ont parlé; Athénée* est le pre- 
. mier auteur ancien qui en ait fait mention; mais ce 
. nymphéa — le Awzvez, comme il l'appelle — est figuré 
| “souvent sur les monuments pharaoniques ; Delile* a été 
… jusqu’à dire que les Égyptiens l'ont « peint et sculpté 
. dans leurs temples plus fréquemment qu'aucune autre 
- plante ». On le trouve représenté dès les temps de 
. l’ancien empire. Un jeune veau blanc sur une peinture 
- du tombeau de Ti (V° dynastie) porte au cou, en guise 


4. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 113, n° 193. — 
- Cf. Sur les noms égyptiens des lotus. (Recueil de travaux, 
t. I, p. 190 et suivantes.) Outre le nom de soushin, Franz 
- Wœnig, op. laud., p. 23, attribue aussi au lotus blanc les 
_ noms de nekheb, nesheb, neheb. 

2. Deipnosophistae, lib. XV, cap. 21 (677). 

3. Flore d'Egypte, p. 423. 


16% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


de clochette, un lotus bleu attaché par un ruban rose". 
Sur la planche 74 du grand ouvrage de Rosellini”, on 
voit un lotus qui, d’après Unger”, est certainement le 
Nymphaea caerulea. Le même botaniste parle aussi 
d'un papyrus du musée égyptien de Londres où se 
verrait encore une représentation de cette nymphéacée. 
Schweinfurth® a trouvé des fleurs entières de lotus 
bleu avec leurs longs pédoncules dans la tombe de 
Ramsès IT restaurée sous la XXI° dynastie ; les pétales 
et les sépales de cette plante, remarque le voyageur 
naturaliste, entrent pour une part considérable dans la 
composition des guirlandes de fleurs de cette époque, 
et on les rencontre également dans celles d’autres 
dynasties. M. Flinders Petrie a découvert des restes de 
cette nymphéacée dans la nécropole gréco-romaine de 
Hawara*. 

La couleur des fleurs du Nymphaea caerulea le dis- 
tingue tout d’abord du lotus blanc ; mais il en diffère 
aussi par d’autres caractères : la corolle est plus arron- 
die, les pétales lancéolés, moins rayonnants, au nombre 
seulement de douze à quatorze, les feuilles sont plus 
petites, ovales, évasées en forme de cœur. Le nom 


1. Musée Guimet, tab. VI. Cf. Victor Loret, L'Égyple au 
temps des Pharaons, p. 114. 

2. Monumenti dell Egilto, t. II. 

3. Botanische Streifzüge. Silzungsberichte, etc.,t. XXX VIII, 
p. 123.) On pourrait croire que c’est là tout simplement une 
figure de fantaisie, comme celle du n°4, qui représente des 
lotus jaunes. 

4. Ueber Pflanzenreste. (Berichte der botanischen Gesell- 
schaft, +. Il, p. 357.) — Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3 
(an. 1882), p. 60. 

5. Hawara, Bialhmu and Arsinoë, p. 52. 


sait 2e ciblée bit je) € 


’ 


LES FLEURS D'AGRÉMENT. 165 


hiéroglyphique du lotus bleu est sarpat”. Cette plante 
de l’ancienne Égypte, qui croissait encore dans la 
basse vallée du Nil, il y a moins d’un siècle, en a dis- 
paru de nos jours; on ne la trouve plus que dans le 
bassin supérieur du fleuve vers le 14° degré de latitude, 
mais plus au Sud il couvre toutes les eaux stagnantes, 
en compagnie du lotus blanc *. 

Dans le cercueil d’un nommé Kent, enseveli à Shéik 
Abd-el-Gournah sous la XX° dynastie, M. Schweinfurth ? 
a remarqué une guirlande formée en partie « de pétales 
et de fleurs naines et choisies exprès de lotus bJeu » ; 
dans cette forme plus petite du Vymphaea caerulea, M. 
Victor Loret‘ a cru reconnaitre la variété stellata Willd. 
de cette nymphéacée, variété reconnue par Delile”; 
mais dont on peut se demander si les contemporains des 
Pharaons l’avaient distinguée de la forme plus grande. 

En même temps que le lotus blanc et le lotus bleu 
avec sa variété, qui croissent spontanément dans la 
vallée du Nil, on cultivait dans l’ancienne Égypte une 
autre nymphéacée, exotique, elle, et plus remarquable, 


sinon plus célèbre: le lotus rose (Ne/umbium speciosum 


Willd). A quelle époque ce lotus, que M. de Candolle a 
cru à tort indigène, mais qui est originaire de l'Inde, 
a-t-il été transplanté dans la patrie des Pharaons ? 
Jessen® parle de son importation, mais sans en fixer la 
date; Schweinfurth la croit récente: l’absence du 


4. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 116, n° 194. — 
Recueil de travaux, t. I, p. 194. 

2. Franz WϾnig, op. laud., p. 34. 

3. Les dernières découvertes. (Bulletin, n° 6 (1885), p. 280.) 

4. La Flore pharaonique, p. 118, n° 195. 

5. Flore d'Egypte, p. 422. 

6. Botanik der Gegenwart und Vorzeit in culturhistorischer 
Entwickelung. Leipzig, 1864, in-8, p. 3. 


166 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Nelumbium dans les peintures des hypogées pharao- 
niques, tandis qu’on le rencontre dans celles de l’époque 
wréco-romaine, lui a fait admettre que cette belle nym- 
phéacée n’avait été apportée en Égypte qu’après la con- 
quête perse’. M. Victor Loret est d’une autre opinion; 
il suppose que l'introduction du lotus rose remonte très 
haut dans le passé, mais que son caractère de plante 
sacrée l’a fait représenter sur les anciens monuments 
d’une manière conventionnelle, qui n’a pas permis de 
l'identifier jusqu'ici”. Pour lui, il n'hésite pas, dans les 
fleurs des nymphéacées aux couleurs vives et variées, 
qu'on aperçoit sur certaines peintures du nouvel empire, 
à voir des fleurs de Nelumbium. 

L’explication est ingénieuse ; mais j'avoue qu'elle ne 
me convainc pas. Les nymphéacées des peintures aux- 
quelles fait allusion M. Victor Loret sont de simples 
motifs de décoration sans caractère distinct; on ne peut 
rien en conclure. D'ailleurs, le lotus blanc était, lui aussi, 
une plante sacrée, ce qui n’a pas empêché les artistes 
pharaoniques de le représenter avec une vérité qui le 
fait reconnaitre à première vue. C'est lui qu’on voit sur 
tous les canaux et les réservoirs des jardins de l’ancien, 
comme du nouvel empire; pourquoi n'y aurait-on pas 
représenté également le Nelumbium, s’il y avait été 
réellement cultivé eomme le lotus blanc? A l'époque 
des Ptolémées, où il n’avait rien perdu de son carac- 
tère sacré, on n’a pas hésité à le peindre; il est diffi- 
cile de comprendre pourquoi on ne l’aurait pas fait 


1. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 64. — 
Ueber Pflanzenreste. (Berichte der botanischen Gesellschaft, 
t. II, p. 357.) — Zeitschrift für Ethnologie, an. 1891, p. 659. 

2, Recueil de travaux, t. I, p. 193. — La Flore pharaonique, 
p.111; n°2797; 


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LES FLEURS D'AGRÉMENT. 167 


sous la XVIII et la XIX® dynastie, s’il avait été connu 
alors dans la vallée du Nil. Il existe au Musée britan- 
nique un paysage du temps des Ptolémées où l’on voit, 


. parmi les plantes qui y figurent, des Nelumbium recon- 


naissables à leurs feuilles orbiculaires et à leurs fruits 
en pommes d’arrosoir'. Depuis cette époque, le lotus 
rose devint de plus en plus fréquent sur les monuments 
même en dehors de l'Égypte; le Musée de Naples pos- 
sède une grande mosaïque venant de Pompeï, où les 
fruits de cette belle nymphéacée figurent parmi les 
autres produits caractéristiques du Nil*. 

M. Victor Loret attribue au lotus rose le nom de 
nekheb où nesheb, qui apparait dans les textes hiéro- 
glyphiques dès la XVIIT° dynastie, mais qu'on a attri- 
bué aussi au lotus blanc’. Hérodote est l’auteur le plus 
ancien qui ait fait mention du Nelumbium ; après avoir 
parlé du lotus blanc, auquel il donne le nom de lis: 

Il nait encore dans le Nil, ajoute-t-ilt, d’autres lis, mais 
semblables à des roses ; leurs fruits, qui ont la forme d’un nid 


de guêpes, renferment des graines nombreuses, de la gros- 
seur d’un noyau d'olive. 


Théophraste a complété le peu que nous apprend, 


Hérodote : 


La fève (d'Égypte) — c'est le nom qu'il donne au Velum- 


… bium — croît, dit-il”, dans les marais et les eaux stagnantes ; 
— sa tige, de la grosseur du doigt, analogue à celle du roseau, 


1. Unger, Botanische Streifzüge. (Silzungsberichte der 


…— Wiener Akademie, t. XXXVIII (an. 1859), p. 118.) 


2. Schweinfurth, De la Flore pharaonique. (Bulletin de 


- l'Instilut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 65.) 


3. M. H. E. Lüring, Die über die medicinischen Kenntnisse 


… der alten Aegypter berichtenden Papyri, Leipzig, 1888, in-8o, 


p. 162, attribue, lui, ce nom au lotus bleu. 
4. Hastoriae, lib. II, cap. 92, 14. 
5. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 7. 


s . D 


168 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


mais non noueuse, est remplie de cloisons, comme un rayon 
de miel ; elle peut atteindre une longueur de quatre coudées et 
se termine par une capsule qui a la forme d’un nid de guêpes!. 
Chacune des cellules dans lesquelles elle se divise renferme 
une espèce de fève qui fait saillie; elles sont au nombre 
de trente au plus. La fleur, deux fois plus grande que celle 
du pavot, est d’un rôse pâle ; elle dépasse de beaucoup la sur- 
face de l’eau. Les feuilles qui l'entourent, portées sur des 
pétioles de même longueur que le support du fruit, sont 
grandes et rappellent par leur forme le chapeau thessalien. 
Quand on écrase la graine, on voit au-dedans un petit corps 
replié sur lui-même — le germe — duquel sort la tige. La 
racine est plus épaisse que celle du roseau et est cloisonnée 
comme la tige. 


Pline” n’a rien ajouté d’essentiel à la description de 
Théophraste ; pour la rendre plus exacte, voici quelques 
caractères complémentaires empruntés pour la plupart 
à Delile*. Les feuilles du lotus rose, entières, d'un vert 
gai et mollement velues, ont 45 à 50 centimètres de 
large ; leurs pétioles qui s'élèvent de 4 à 7 décimètres 
au dessus de la surface des eaux sont garnis d’aiguillons 
recourbés, ce que Théophraste dit à tort des racines ; 
celles-ci sont charnues, noueuses et traçantes ; quant 
aux fleurs, elles ont jusqu'a 15 à 20 centimètres de 
large ; elles dépassent de 1 mètre 1/2 à 2 mètres le 
niveau de l’eau et ont une forte odeur d'anis ou de 
cannelle ; les pétales nombreux, obovales aigus, sont 
disposés sur trois rangs, les intérieurs sont plus petits ; 
ils sont couronnés d’une frange épaisse de filets d’éta- 
mines, qui environne l'ovaire ; celui-ci, évasé à sa par- 
tie supérieure, est, à son complet développement, large 
environ comme la paume de la main ; les graines ovoïdes 


1. Il serait plus exact de dire d’une pomme d’arrosoir. 
2. Historia naturalis, lib. XVIIT, cap. 30. 
3. Flore d'Egypte, p. 427. 


LES FLEURS D'AGRÉMENT. 169 


et un peu saillantes ont l'écorce dure, noire et lisse 
et renferment une amande douce, blanchâtre et char- 
nue, bonne à manger, pourvu qu'on en rejette le germe 
intérieur qui est amer. 

Théophraste regardait le Nelumbium comme crois- 
sant spontanément en Égypte, mais, ajoute-t-il, on 
en sème aussi les graines ; on les entoure d’une couche 
de limon, mêlé de paille, pour qu’elles s’enfoncent plus 
sûrement et qu’elles ne pourrissent pas. « On peut créer 
ainsi de véritables plantations de fèves (d'Égypte) ; car, 
une fois que les graines ont germé et pris racine, elles 
ne meurent plus ». Strabon* parle d’une de ces plan- 
tations de lotus roses, — il les appelle, comme Théo- 
phraste, « fèves d'Égypte », — qu’on voyait, sem- 
blable à une forêt aquatique, aux environs d'Alexandrie; 
« elle offrait, dit-il, un aspect agréable et qui réjouissait 
la vue. On allait dans des barques garnies de cabines 
diner au milieu de ces lotus et à l'ombre de leurs larges 
feuilles ». 


1. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 15. 


CHAPITRE V. 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION ET DANS L’INDUSTRIE. 


La flore indigène de l'Égypte et celle des pays voi- 
sins, qu'ils mirent — on en a vu de nombreux exem- 
ples — si souvent à contribution, offraient aux habi- 
tants de la vallée du Nil de quoi satisfaire à leurs 
besoins les plus pressants, comme aux exigences de 
l’industrie et des arts qu'ils poussèrent si loin; elle 
leur fournissait à la fois des aliments sains et forti- 
fiants, des boissons rafraichissantes et agréables, des 
tissus souples et légers pour se vêtir, des matériaux 
variés pour se construire des maisons et des embarca- 
tions, fabriquer leurs meubles ou les ustensiles indis- 
pensables à la vie ; il faut ajouter, objet d'étude pour 
un autre chapitre, des aromates pour le culte ou la 
parfumerie, des remèdes dans leurs maladies. 


114 


Si les premiers habitants de l'Égypte furent avant 
tout un peuple de chasseurs et de pêcheurs, ils trou- 
vaient aussi une partie de leur nourriture dans les 
fruits sauvages et les plantes bulbeuses qui croissent 
spontanément dans la terre de Kimit°. Les populations 
supérieures, qui les chassèrent ou les asservirent ne 


1. Unger, Sitzungsberichte, t. XXXVIII, p. 77. 


L LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 171 


dédaignèrent point ces mets simples que leur offrait 
d'elle-même la nature; mais ils y joignirent d’autres 
aliments végétaux plus nutritifs et plus variés qu'ils 
demandèrent à la culture des champs. Aussi loin que 
nous pouvons remonter dans le passé, nous trouvons 
les habitants de l'Égypte en possession des céréales ; 
les apportèrent-ils avec eux ? Les reçurent-ils par l'inter- 
médiaire du commerce? Nous l'ignorons ; mais ce qui 
est hors de doute, c’est que dès les temps les plus 
reculés ils leur demandèrent une partie de leur alimen- 
tation. 

On a vu plus haut’ comment ils cultivaient ces plantes 
précieuses; quand ils les avaient récoltées — orge, 
froment ou variétés d'épeautre — et que, en les faisant 
fouler aux pieds des bœufs”* ou des ânes”, ils avaient 
séparé de la paille le grain nourricier ; ils écrasaient 
celui-ci entre deux pierres plates ou le broyaient dans 
une espèce de mortier‘; plus tard peut-être, car les 


monuments ne nous renseignent pas à cet égard, ils 


eurent recours à.des moulins à bras, composés de deux 
meules, dont l’une mobile et percée d’un trou pour y 
verser le grain tournait sur la seconde fixe et placée 
au-dessous”. La farine obtenue par ce procédé primi- 
tif était séparée du son, au moyen d’un tamis en 
papyrus ou en jonc tressé, puis transformée en pain. 


1. Chapitre 11, p. 24. 

2. Rosellini, Monumenti, t. Il, pl. xxxu et xxx. — Lep- 
sius, Denkmäler, t. IV, pl. 106. Zaouïet-el-Maïétin, tombe 2, d. 

3. Lepsius, Denkmäüler, t. II, pl. 9. 

&. C’est ce qu'a cru S. Birch. Cf. Wilkinson, op. laud., t. T, 
p. 399, note 2. 

5. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 359. 


172 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Les peintures du tombeau de Ramsès [T° nous font 
assister aux divers procédés de la panification ; nous y 
voyons des ouvriers pétrir, ici avec leurs mains, là 
avec leurs pieds”, la pâte dans une espèce d’auge ou 
de cuve en pierre; quand elle avait été suffisamment 
travaillée, on la passait au maître boulanger, qui la 
faconnait en pains aux formes les plus diverses”. La 
farine d'orge et de froment servait indifféremment, 
ainsi que celle d’olyra et de zeia, à faire ces pains; la 
farine d'orge, Hérodote semble dire aussi celle de 
froment — mais il faut peut-être entendre par la la 
farine de gros blé, — donnait naturellement un pain infé- 
rieur et par là même dédaigné*; avec la farine d’olyra 
et de zeïia on faisait un pain meilleur et plus léger, dont 
les Égyptiens se nourrissaient surtout, suivant l’histo- 
rien grec. 

Les anciens habitants de la vallée du Nil semblent 
avoir ignoré l'emploi de la levure ; pour rendre leur pain 
plus agréable et plus digestif ils y mêlaient sans doute 
diverses plantes, en particulier, une lichénée, la 
Parmelia furfuracea Asch.; on a trouvé dans la cachette 
de Deir-el-Bahari une corbeille remplie de ce lichen, le 
sheba ou shibah des Arabes, qui s’en servent aujourd’hui 
encore comme de levure pour faire leur pain et lui 


1. Tombeau de Ramsès III à Thèbes. Wilkinson, op. laud., 
FX IT Hp: RES 

2. « Les Égyptiens, dit Hérodote, lib. Il, cap. 36, pétrissent 
la pâte avec les pieds, l'argile avec les mains. » 

3. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. 34. — Franz Wœænig, op. 
laud., p. 177. 

4. Hérodote, lib. IT, cap. 36, 2, va jusqu'à dire, ce qui doit 
ètre au moins en partie inexact, que les Egyptiens regardaient 
comme une honte de se nourrir d'orge et de froment. 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 173 


donner un goût qu'ils recherchent”. La Parmelia fur- 
furacea est étrangère à l'Égypte ; on l’importe des îles 
de l’Archipel où elle croit en abondance. Forskäl avait 
déjà signalé cette coutume”, et il a mentionné l'impor- 
tation de ce lichen et d’une autre espèce du même 
genre, la Parmelia prunastri, dont il avait vu des ba- 
teaux chargés débarquer à Alexandrie. 

Si le pain était un des aliments les plus recherchés 
par les Égyptiens, le monde végétal leur en fournissait, 
parfois même sans culture, d’autres encore, et en quan- 
tité telle qu'ils auraient pu, dit Pline”, se passer de 
céréales. Les habitants du Delta trouvaient en parti- 
culier dans les plantes aquatiques, si abondantes dans 
cette région, une partie importante de leur alimenta- 
tion; les racines de quelques-unes d’entre elles, les 
graines, seules ou avec les racines, de quelques autres 
leur offraient une nourriture salubre et peu coûteuse : 
tels étaient le papyrus, plusieurs espèces de souchets 
et les diverses nymphéacées. 

Après avoir arraché les papyrus qui croissent en abon- 
dance dans les endroits marécageux, les habitants du Delta, 
dit Hérodote‘, coupent la partie Supérieure de la tige, qu'ils 
réservent pour différents usages ; quant à la partie inférieure, 


ils la mangent ou la vendent. Ceux qui veulent la rendre plus 
délicate la font rôtir dans un four ardent. 


Si l'on en croyait Théophraste, c'eût été surtout 
comme aliment que le papyrus était utilisé en Egypte. 


. € Tous les habitants, dit-il, mangent les rhizomes de cette 


1. Schweinfurth, De la Flore pharaonique. (Bulletin de 
l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 74. 

2. Flora aegyptico-arabica, p. 193. 

3. Historia naturalis, lib. XXI, cap. 50. 

4. Historiae, lib. Il, cap. 92, 5 et 6. 

5. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 4. 


174 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


plante, soit crus, soit bouillis ou grillés. Ils en sucent aussi 
les tiges en rejetant ensuite les fibres, après les avoir mûâ- 
- 5 ] ; 

chées. » : 


Diodore fait également mention de l'usage que les 
Egyptiens faisaient du papyrus dans leur alimenta- 
tion; parlant de la sobre éducation des enfants! : 


Ils ne leur coûtent presque rien à élever et il les accou- 
tument à la plus grande frugalité. Ils leur donnent à manger 
n'importe quel mets grossier et facile à préparer, tels que des 
rhizomes de papyrus cuits sous la cendre, ainsi que desracines 
d’autres plantes aquatiques, soit crues, soit bouillies ou 
grillées. 


Parmi ces plantes il faut citer le souchet comestible 
(Cyperus esculentus L.) — la malinathalle de Théo- 
phraste*, — autre cypéracée, dont les rhizomes ser- 
vaient, ainsi que ceux du papyrus, à la nourriture des 
habitants du Delta, tout comme ils leur servent encore 
aujourd'hui. « Is en recueillaient les bulbes, nous ap- 
prend le naturaliste grec, les faisaient cuire dans de 
la bière, ce qui leur donnait un goût sucré et les man- 
geaient comme dessert. » Ils mâchaient, au contraire, 
les tiges du sari” — les saria — comme celles du pa- 
pyrus, ainsi peut-être que les tiges du 2nasion, plantes 
qui croissaient spontanément dans les lieux inondés et 
dans les flaques d’eau. J’incline à voir dans ces deux 
plantes les Cyperus alopecuroïdes Rottb. et auri- 
comus Spr. où dives Delile, espèces à racines tuber- 


1. Bibliotheca historica, lib. I, cap. 80, 5. 

2. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 12. 

3. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 5 et 6. Théophraste 
se borne à remarquer que le mnasion servait à l’alimentation, 
sans dire comment on le mangeait. 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 175 


- 


culeuses', que l’on peut, je crois, identifier avec les 
plantes aquatiques sar et menh, dont il est question 
dans une inscription du temple d'Edfou*. 

Malgré les ressources que leur offraient pour leur 
alimentation les divers Cyperus dont je viens de parler, 
les Égyptiens en trouvaient encore de plus abondantes 
dans la famille des nymphéacées. La racine du lotus 
blanc —— le corsion — « ronde et de la grosseur d’une 
pomme », suivant Hérodote”, d’un coing, d’après Théo- 
phraste*, « d’un goût agréable et doux », était pour eux 
un mets facile à se procurer, puisque, après l’inonda- 
tion, toute la partie de l'Égypte qu’elle atteignait se 
couvrait de ce nymphéa. Ils la mangeaient, nous ap- 
prend le naturaliste grec, bouillie et grillée. Il est pro- 
bable que les racines du lotus bleu se mangeaient de 
la même maniere. 

L’'acclimatation du Nelumbium ou lotus rose pro- 
cura aux habitants de la vallée du Nil un nouvel ali- 
ment’; sa racine, écrasée et bouillie, servait de pain, 
dit Théophraste”, aux habitants des marais ; ils la man- 
geaient aussi crue, comme les rhizomes ou les tiges 
de souchets. Toutefois les graines des nymphéas en- 


1. Boissier, Ælora orientalis, t. V, p. 367 et 375. Théo- 
phraste n’ayant donné aucune description du mnasion, il est 
trop évident que cette identification n’est qu'hypothétique. 

2. « Les sar, menh, serped, sesen, toutes plantes croissant 
dans le Nil. » Dümichen, Ædfou, ap. Brugsch, Dict. hiéroy., 
p. 659 et 1169. Les serped et les sesen sont les lotus bleus et 
blancs. 

3. Historiae, lib. IT, cap. 92, 3. 

4. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 11. 

5. Goodyear (Wm. H.) n'hésite pas à dire qu'il est probable 
que le lotus rose fut introduit en Egypte comme plante ali- 
mentaire. The grammar of the lotus. London, 1891, in-4, p. 35. 

6. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 11. 


176 LES PLANTES CIHEZ LES ÉGYPTIENS. 


traient encore plus que leur racine dans l'alimentation 
des Égyptiens. 

Ils mangeaient vertes ou sèches, rapporte Hérodote", 
les graines du lotus rose — les lis du Nil, comme 
il les appelle; — ils pilaient, au contraire, les graines 
du lotus blanc et en faisaient une espèce de pain, qu'ils 
cuisaient au feu. C'était le « pain de lis », dont ilest 
question dans un des Papyrus Anastasi’; il fut long- 
temps recherché des gourmets et on le voit figurer 
encore sur la table des rois de la XIX° dynastie”. 
Théophraste, qui a décrit très exactement les fruits du 
Nelumbium, ne parle point de leur emploi dans l’alimen- 
tation; mais il s'est étendu longuement sur les usages 
que les habitants du Delta faisaient pour leur nour- 
riture des graines du lotus blanc. Après avoir dit que 
les fruits de ce nymphéa ressemblent à des têtes de 
pavot : | 

« Les Égyptiens, ajoute-t-il‘, ramassent ces fruits et les 
mettent en tas pour qu'ils se désagrègent, puis quand l'écorce 
en est pourrie, ils les lavent et en enlèvent les graines; ils 
font sécher celles-ci, les écrasent et en fabriquent du pain, 
dont ils se nourrissent. » 

Pline, qui donne au lotus blanc le nom de /ofome- 
tra, connaissait aussi très bien l'usage que les Égyp- 
tiens en faisaient dans leur alimentation : 


« Avec la graine qui est semblable au millet, dit-il’, les 


. Historiae, lib. IT, cap. 92, 3 et 4. 

NON Del 111 

. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 66. 

. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 11. 

. Historia naturalis, lib XXII, cap. 98. M. Franz Woœnig, 
0p. laud., p. 28, a supposé, mais sans en donner aucune 
raison, que, sous le nom : de lotometra, Pline avait désigné le 
lotus bleu. 


CR SE EIONE 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 177 


habitants de l'Égypte, les bergers surtout, font un pain que 
l'on pétrit avec de l’eau et avec du lait. On prétend que rien 
n’est plus salutaire ni plus léger que ce pain. » 


Si les rhizomes des souchets et des nymphéas, ainsi 
que les graines de ces dernières, entraient d'une ma- 
nière toute particulière dans l’alimentation des anciens 
Égyptiens, ces plantes étaient loin d'être les seules, 
sans parler des céréales, qui servissent à les nourrir. La 
flore nilotique leur offrait bien d’autres aliments végé- 
taux, et ils en avaient demandé un non moins grand 
nombre à celle des pays étrangers : légumes cultivés 
en grand nombre dans les jardins, plantes herbacées 


croissant à l’état sauvage, fruits des arbres indigènes 


ou acclimatés dans les jardins, complétaient et va- 
riaient leur alimentation. 

On raconte que, quand Amrou s’empara d’Alexan- 
drie, il n’y avait pas moins de quatre mille marchands 
occupés à vendre des légumes dans cette ville‘; la con- 
sommation et la vente n’en devaient pas être moindres 
dans les villes de l'Égypte ancienne; les scènes de la 
vie privée, représentées sur les tombes pharaoniques 
et qui nous permettent de deviner ce qu'était alors la 
culture et l'usage des plantes potagères dans cette 
contrée, les offrandes si nombreuses de légumes et de 
fruits, que l’on voit sur les peintures des hypogées en 
sont une preuve indéniable. Hérodote rapporte”, avec 
une exagération manifeste, il est vrai, mais elle n’infir- 
me pas le fait en lui-même, qu'on paya la somme de 
1,600 talents d'argent pour les radis, oignons et aulx, 
consommés par les ouvriers de la quatrième pyramide. 


1. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 25. 
2. Historiae, lib. Il, cap. 125, 5. 
E 12 


478 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Une peinture de Béni-Hassan, dont il a déjà été ques- 
tion, nous montre un potager, dont les plates-bandes 
soigneusement arrosées sont couvertes de légumes”: 
oignons qu'on arrache et met en bottes, concombres qui 
débordent dans les allées. Sur une autre peinture de la 


même localité on voit deux ouvriers qui reviennent 


des champs en portant dans des paniers, soutenus par 
des courroies, des lotus et des légumes de diverses 
espèces ‘. 

Les oignons, les aulx et les poireaux d'Égypte 
étaient, avec les pastèques et les melons chate, ceux 
que regrettaient le plus les Hébreux, errant dans le 
désert”. C’étaient là aussi les légumes les plus re- 
cherchés des habitants de la vallée du Nil. Au premier 
rang venait l'oignon, auquel le sol léger et gras de 
. l'Égypte convient à merveille; il y acquérait des quali- 
tés toutes particulières et il y croissait en telle abon- 
dance qu’il ne devait pas être plus difficile de se procu- 
rer ce légume à l’époque pharaonique que de nos jours, 
où il est à vil prix. On portait les oignons au marché, 
comme le montrent les peintures des hypogées, par 
bottes de cinq à six pieds. D’après Plutarque, les 
prêtres égyptiens s’abstenaient de l'oignon, ce légume 
ne convenant pas, dit-il‘, à ceux qui font pénitence, 
pas plus qu’à ceux qui célèbrent des fêtes, parce qu'il 
excite la soif et fait pleurer. 

Suivant Hérodote, on vient de le voir, l’ail aurait 


1. Champollion, Les Monuments de l'Égypte, t. IV, pl. 104 bis. 

2. Numeri, cap. x1, vers. 5. 

3. Champollion, Monuments, t. IV, pl. 358, 2. Béni-Hassan. 
— Rosellini, Monumenti, t. Il, pl. 1,4. — Lepsius, Denkmäler, 
t. IV, pl. 127, etc. 

4. De Iside et Osiride, cap. vin. Ed. Gustav Parthey. 
Berlin, 1850, in-8, p. 13. 


- 


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LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION 179 


existé dans la vallée du Nil dès l’époque de la IV° dy- 
nastie; Pline dit que les habitants l'avaient divinisé!, 
ainsi que l'oignon : c'est là tout ce que les écrivains 
de l'antiquité nous ont appris sur l'emploi, dans l'ali- 
mentation des habitants de l'Égypte, de ce condiment 
si recherché des populations du Midi. Quant aux pas- 
tèques et aux gatta ou agqour — le melon chate — 
la Bible seule en parle”; les peintures des hypogées et 
quelques feuilles de pastèques trouvées dans les tombes 
sont, avec le récit mosaïque, tout ce qui nous ren- 
seigne sur leur culture ; mais on ne peut douter qu’elle 
n’y füt très développée, ni que l'usage que l’on faisait 
de ces cucurbitacées ne fût important, et leur présence 
dans presque toutes les représentations d’offrandes est 
la preuve manifeste du prix qu’on y attachait. 

A côté de ces légumes qui jouent plutôt le rôle de. 
condiments ou de dessert que d'aliments proprement 
dits, prennent place les graines si nutritives des pa- 
pilionacées. Hérodote aflirme qu’on ne cultivait pas 
les fèves en Égypte et qu'on ne mangeait ni crues, ni 
cuites, celles qui y poussaient par hasard. « Les prêé- 
tres, » ajoute-t-il — affirmation qu'il est impossible de 
prendre au pied de la lettre — «n’en supportent même 
pas la vue, dans la croyance que ce légume est im- 
pur. » La trouvaille, qu'on a faite, nous l’avons vu’, 
de fèves dans une tombe de Drah-Abou’l-Neggah et 
dans la nécropole de Kahoun prouve que cette légu- 
mineuse servait dans les offrandes funéraires et par 
suite était connue ét probablement aussi cultivée en 


1. Historia naturalis, lib. XIX, cap. 32, 1. 
2. Numeri, cap. XI, vers. 5. 

3. Historiue, lib. II, cap, 37. 

4. Voir chapitre 111, 4, p. 59. 


180 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Égypte dès le temps de la XII° dynastie; mais on ne 
sait rien du rôle qu’elle jouait en ce pays dans l’ali- 
mentation. 

On n’est pas mieux renseigné au sujet de l'usage que 
les Égyptiens de l’époque pharaonique pouvaient faire 
des pois chiches et des lupins pour leur nourriture; 
tout ce qu’on peut en dire, c’est que ces légumes exis- 
taient en Égypte, les pois chiches du moins, depuis 
une époque reculée’. Il en fut de même du cajan des 
Indes, dont la culture dans la vallée du Nil, ainsi que 
celle des petits pois, remonte à la XII° dynastie, sinon 
au delà. À cette époque, une découverte de M. Flin- 
ders Petrie l’a montré”, ces deux légumineuses étaient 
déjà connues des Égyptiens. 

La culture des lentilles dans la terre de Kimit re- 
monte au moins à une date aussi reculée et elle y a été 
plus répandue. Strabon rapporte que les habitants de 
Memphis regardaient les débris, de forme lenticulaire, 
des pierres employées à la construction de cette ville, 
comme les restes des mets dont se nourrissaient les 
ouvriers des pyramides : souvenir, conservé par la tradi- 
tion, de l’usage ancien des lentilles dans l’alimentation 
des habitants de cette contrée. Les Égyptiens faisaient 
avec les lentilles une espèce de bouillie grossière; 
c'est sous cette forme sans doute qu'on les offrait aux 
morts, ainsi que le peuvent faire supposer les restes 
qui ont été trouvés à Drah-Abou’l-Neggah, dans une 
tombe de la XII° dynastie‘. Wilkinson a supposé que 
le serviteur qu'on voit, sur une peinture de Ramsès II 


. Voir plus haut, chap. nr, p. 57. 

. Kahun, Gurob and Hawara, p. 30, 1. 

. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 34. 

. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 5 (an. 1884), p. 7. 


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LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 181 


à Thèbes, accroupi devant une marmite, était occupé à 
faire cuire des lentilles‘; à côté de lui se trouveraient 
deux corbeilles remplies de ces légumes. Loin de dimi- 
nuer, la culture des lentilles ne fit, ce semble, qu’aug- 
menter avec le temps. Un fait montre l'extension qu’elle 
avait prise, à l’époque gréco-romaine, dans la vallée 
du Nil. Le vaisseau qui transporta à Rome l’obélisque 
de Caligula, avait, rapporte Pline*, reçu, en guise de 
lest, 120,000 boiïsseaux de lentilles. Les lentilles de 
Péluse étaient renommées* pour leur bonne qualité 
bien au delà des frontières de l'Égypte. 

Si l’on en croit Hérodote, dès le temps des pyra- 
mides, les radis servaient d’aliment en Égypte, tout 
comme les aulx etdles oignons; les fouilles de M. Flin- 


 ders Petrie à Kahoun ont montré qu’ils y étaient cer- 


tainement connus, au moins à l’époque de la XIT° dy- 
nastie‘. D’après Pline* la culture en aurait eu une 
grande importance, surtout à cause de l'huile qu’on 


_retirait des graines; le polygraphe latin va jusqu’à 


dire que les Egyptiens semaient les radis de préfé- 
rence aux autres plantes, parce qu'ils en retiraient 
plus de profit que du blé et que ce produit payait moins 
d'impôts”. Les radis se mangeaient crus, comme les 
racines des souchets et des lotus. Ce n'étaient pas 
les seuls légumes que les Égyptiens consommassent de 


. The manners of the ancient Egyptians, t. Il, p. 34. 
. Historia naturalis, lib. XVI, cap. 76, 5. 
. Virgile, Georgica, lib. I, v. 228. 
. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50, 1. 
. Historia naturalis, lib. XIX, cap. 16. Il est probable que 
le radis, dont on retirait de l'huile n'était pas le Raphanus 
salivus ordinaire, mais la variété olifer. 

6. Il faut dire toutefois que la description de Pline ne paraît 
s'appliquer qu'en partie au-radis proprement dit. 


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. 


182 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


cette facon; ils en mangeaient bien d’autres sans être 
cuits, comme la chicorée, peut-être la laitue, le fe- 
nouil, le cresson alénois et le corchorus, ainsi, d’après 
Pline’, que la chondrille, l'hypochéride, etc. 

A côté des légumes proprement dits, il faut ranger 
les plantes qui servaient de condiments, tels que le 
cumin, la coriandre, l’aneth et l’anis, le sésame même, 
qui furent successivement acclimatés et sans doute aussi 
employés dans la vallée du Nil°. Il est même probable 
que ce ne furent pas les seuls condiments en usage 
chez les Égyptiens ; peut-être connurent-ils, à l’époque 
des Ptolémées du moins, quelques-unes des épices qui 
croissent dans l'Hindoustan et la Malaisie; mais jus- 
qu'ici aucun document ne nous renseigne sur ce point. 


Les fruits occupaient, comme les légumes, une large 
place dans l'alimentation des anciens Égyptiens; ils y 
avaient servi dès les temps préhistoriques ; ils y servi- 
rent encore plus à l’époque des Pharaons. Les plus an- 
ciennement connus furent les fruits indigènes ou demi- 
sauvages du sycomore — neha — du jujubier — noub- 
sou; plus tard vinrent les dattes, les raisins, les fruits 
de l'arbre ashdou (Balanites aegyptiaca L.), du perséa, 
ainsi que les figues ordinaires, les grenades, puis les 
pommes, les amandes, enfin les müres, les cerises, 
peut-être même les poires et les noix. 

Parmi ces fruits, ceux du sycomore figurèrent long- 
temps au premier rang; on les mangeait frais ou 


1. Historia naturalis, lib. XXI, cap. 52. 
2. Cf. chapitre m1, paragraphe #4, p. 75-78. 


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LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 183 


secs; on en faisait aussi des gâteaux'. Mais si ces 
fruits ne cessèrent pas d’être recherchés et prirent 
toujours place dans les offrandes, ils ne vinrent dans 
la suite que bien après les figues proprement dites, 
qui leur sont si supérieures. Comme aujourd'hui, on 
mangeait ces dernières fraiches ou séchées. 

Il en était de même des dattes, que leurs qualités 
nutritives firent mettre bientôt au premier rang des 
fruits égyptiens, et qui, comme de nos jours, devin- 
rent, surtout dans les oasis et la Haute-Égypte*, un 
des principaux aliments des habitants de la vallée du 


Nil, et l’une des richesses du pays. Ils les mangeaient 


fraiches au moment de la maturité, ou le plus souvent 
ils les conservaient pour l'hiver. Dans ce dernier cas, 
ils les faisaient sécher à l’air libre, ou en faisaient des 
espèces de gâteaux — l’agoueh des Arabes — qu'on man- 
geait cuits, ou qu'on servait comme dessert. Dans le Pa- 
pyrus Harris il est question de dattes « pressées »”, of- 
fertes par Ramsès [Taux divinités de Thèbes. Wilkinson 
parle de gâteaux de dattes trouvées à Thèbes“; il en 
est fait mention dans la liste d’offrandes de la tombe de 
Rekhmara (XVIII dynastie)”. Les dattes étaient em- 
ployées aussi pour la nourriture des animaux. Les 
fruits du palmier doum entraient, comme ceux du 


1. Ilest fait mention de gâteaux de figues de sycomores 
dans la liste des offrandes faites à Rekhmara (XVIIIe dynastie). 


Philippe Virey, Le tombeau de Rekhmara. (Mémoires de la 


Mission archéologique au Caire, t. V, p. 104.) 

2. Fr. Hasselqvist, Voyage en Palestine dans les années 1749- 
4752, 2e partie, p. 145. 

3. ‘Zeitschr ift fur aegyptische Sprache, t. XI (an. 1873), p 

4. The manners of the ancient Egyptians, t. I, p. 398. 

5. Philippe Virey, Le tombeau de Rekhmara. (Mémoires de 
la Mission archéologique au Caire; t. V, p. 104.) 


184 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


dattier, dans l'alimentation des anciens habitants de 
l'Égypte; les habitants actuels en font encore usage: ils 
enlèvent le noyau et en mêlent la pulpe à la farine de 
dourrah pour en faire du pain’. 

Si l’on en juge par leur fréquence dans les tombes, 
les fruits du Balanites aeqyptiaca ou ashdou servaient 
aussi, du temps des Pharaons, à l'alimentation en 
Égypte. On en voit des amas dans les peintures des 
hypogées de l’ancien et du nouvel empire. Ces fruits 
sont d'ordinaire peints en rouge ou jaune brun, par- 
fois même en noir”. On les mangeait comme dessert. 
Il devait en être de mème des fruits du Memusops 
Schimperi ou perséa, qu'on rencontre aussi fréquem- 
ment dans les tombes pharaoniques. La présence des 
fruits du caroubier et du sébestier dans les tombes 
permet de supposer qu'ils entraient aussi dans l’ali- 
mentation; les baies du sébestier sont encore au- 
jourd’hui employées contre la toux, et la pulpe des 
siliques du caroubier est comestible. Dans le Papyrus 
Anastasi IV il est fait mention de trente paniers 
de ouäh, nom hiéroglyphique de la caroube, et le 
grand Papyrus Harris mentionne un don, fait par 
Ramsès III aux divers temples d'Égypte, de 92,000 
couffes de caroubes, une autre fois de 106,000 et de 
21,000 mesures de darouga, autre nom, mais d’ori- 
gine sémitique, du même fruit’. Il entrait donc 
en quantité considérable dans la consommation; 

À 


1. Franz Wæœnig, op. laud., p. 316. 

2. G. Maspero, Votes au jour le jour, II. (Proceedings of 
the Society of biblical Archaeology, t. XITT, p. 500.) 

3. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes, IX et X. 
(Recueil de travaux, t. XV.) 


LES PLANTES DANS L’ALIVENTATION. 185 


mais ilservait, ce semble, surtout à la nourriture des 
bestiaux . 

Les jujubes — ar. nabaq, nabéca — jouaient encore 

_un rôle plus grand dans l'alimentation des anciens 


. Égyptiens. Ils les mangeaient fraiches ou sèches. On 


date: Sd à 4 Li se af ne +: ‘+ dé mfih ss és, Ar étre. POS 


voit de véritables amas de ces fruits recherchés dans 
plusieurs peintures des mastabas de Saqqarah. Ils 
figuraient sur les tables funéraires, soit sous leur forme 
ordinaire, soit pétris en une espèce de gâteaux — fou 
noubsou où ta-nebs*. — Pline dit que des fruits du pru- 
nier d'Égypte — le jujubier — on faisait une pâte 
estimée. Athénée nous apprend comment on la pré- 
parait : 


« Quand les fruits du jujubier, dit-il‘, sont arrivés à matu- 
rité, on les cueille ; une partie écrasée avec de la farine est 
conservée dans des vases pour l'usage des serviteurs ; le reste, 


« dépouillé de son noyau, est préparé de la même manière et 


sert à la nourriture des maitres. On en retire aussi, ajoute le 
polygraphe grec, une espèce de vin. » 


D'un usage non moins grand, sinon plus grand, que 
les derniers fruits dont je viens de parler, étaient ceux 
du grenadier. La culture de cet arbre prit une grande 
extension — les monuments en font foi — à partir de 
la dynastie des Ahmessides; la saveur agréable et les 
qualités rafraichissantes des grenades expliquent l'im- 
portance de la consommation que l’on en faisait. Ces 
fruits figurent en quantité parmi les dons que Ram- 
sès III fit aux temples d'Égypte. On mangeait d’ordi- 


. Franz Wœnig, op. laud., p. 334 et 345. 

. G. Maspero, Proceedings, t. XIII, p. 497. 

. Historia naturalis, lib. XIII, cap. 19. 

4. Deipnosophistae, lib. XIV, cap. 65. . 

5. Grand Papyrus Harris, pl. XVI, lig. 15 et 18. 


2 © 


186 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


naire les grenades fraiches; mais on les faisait cuire 

aussi, et on fabriquait, dit-on, avec leur sirop épaissi, 

une épaisse de miel. 
Les raisins, soit frais, soit séchés, entraient aussi 


en quantité considérable dans l'alimentation des Égyp- 


tiens. Sur les plus anciennes peintures on voit des 
corbeilles remplies de grappes de raisin. Ces fruits 
figurent souvent aussi parmi les offrandes funèbres". 
Dans le Papyrus Harris”, il est fait également mention 
de dons nombreux de raisins offerts par Ramsès III 
aux trois grands sanctuaires pharaoniques. 

Aux fruits dont je viens de parler, récoltés de 
temps immémorial dans la vallée du Nil, vinrent s’a- 
jouter plus tard ceux du pommier, du mürier, du noyer 
et de l’amandier, arbres acclimatés successivement 
dans l'Égypte ancienne, ainsi peut-être que le pêcher 
et le cerisier. Le pommier avait été importé déjà, nous 
le savons, à une époque reculée; les autres arbres 
n y furent sans doute transplantés, s'ils le furent tous, 
— Jes noms même qu'ils portent en sont la preuve, — 
qu'à l'époque grecque; j'incline à croire qu’on se borna 
à importer de la Syrie ou des iles de la Grèce les 
fruits du noisetier et du pin pignon, dont le premier 
même ne parait jamais avoir été cultivé en Égypte. Y 
importait-on aussi les fruits de la macre (7rapa na- 
tans L.); les récoltait-on aux bords du Nil, où d’après 
Pline”, croissait cette plante aquatique? Je ne saurais 
le dire; mais il existe un fruit de macre au Musée du 


1. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 5 (an. 188%), p. 9 et 
n° 6 (an. 1885), p. 260. 

2. Zeitschrift für aegyptische Sprache, t. XI (an. 1873), 
D 5721.02 

3. Historia naturalis, lib. XXI, cap. 58. 


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LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 187 


Louvre’, ce qui montre que les Égyptiens connaissaient 
cette plante comestible et probablement se nourris- 


_ saient de ses fruits. 


Ils connurent aussi, mais sans doute assez tard, 


. le baobab (Adansonia digitata L.), cet arbre gigan- 


_ tesque des steppes de l'Afrique tropicale, dont les 
fruits atteignent la grosseur d'un petit melon. Ne 
dépassant pas le 14° degré de latitude dans la vallée 
du Bahr-el-Abiad, il s'élève dans celle du Bahr- 
el-Azrak jusqu'à Abou-Harras, à une quarantaine de 
lieues au sud de Khartoum, et remonte vers l’est, 
jusqu'à Keren, presque à la hauteur du 16° &egré, 
sans atteindre les bords de la mer Rouge”. Schwein- 
furth a signalé sa présence dans les jardins du Caire° 
Prosper Alpin l'avait déjà rencontré en on 
mais aucun écrivain de l'antiquité n'en a parlé. Il 
est peu probable aussi qu'il ait jamais été planté 
… dans l'Égypte pharaonique. Il existe un fruit de bao- 
- bab dans la collection égyptienne du Musée du 
“ Louvre’ et trois, de diverse grosseur, dans celle du 
Musée de Turin° ; mais on en ignore malheureusement 
. Ja provenance et l’époque. Il est probable qu'ils au- 
 rontété importés par des caravanes venues d’Éthiopie 
- en Égypte, où leur pulpe acidulée était peut-être re- 


1. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), p. 190. 
, 2 Schweinfurth, Mittheilungen aus Justus Perthes geogra- 
… phischer Anstalt, an. 1868, p. 159 et pl. 9. 
| 3. Illustration dela F lore d'Égypte, p. 53. 

4. De plantis Aegypti liber, fol. 27. 

5. Victor Loret et Jules Poisson, Études de botanique égyp- 
tienne. (Recueil de travaux, t. XV Il, 122973) 

6. Dr. Ed. Bonnet, Le piande_ egisiane del Museo reale di 
Torino. (Estratto dal Nuovo giornale Botanico Ilaliano, 
vol. II, n° 1. Gennaio, 1895.) 


188 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


cherchée déjà autrefois, comme elle l’est aujourd’hui’, 
a cause de ses propriétés alimentaires et médici- 
nales. 


Les anciens Égyptiens ne demandaient pas unique- 
ment des aliments aux plantes ; ils en retiraient encore 
des boissons variées : les principales étaient la bière, 
le vin de raisin, de dattes et de quelques autres fruits. 
La bière était faite avec de l’orge fermentée* ou même 
germée*. Peut-être y ajoutait-on quelque amer, comme 
des lupins ou une espèce de siser — Szum sisarum L.". 
— Cette boisson, don d'Osiris, ne le cédait, d’après 
Diodore”, au vin ni en force ni en agrément. Il en est 
souvent'question dans les offrandes ; elle figure aussi 
au nombre des dons faits par Ramsès IIT aux temples 
des Dieux”. 

La bière servait surtout de boisson aux basses 
classes; il en était de même du vin de palmier. On 
préparait ce dernier, soit en faisant une incision dans 
le tronc du dattier, dont on recueillait dans un vase la 
sève qu'on laissait ensuite fermenter, soit, — procédé 
sans doute plus ordinaire, le premier entrainait la mort 


1. Raffenau-Delile, Centurie de plantes d'Afrique, etc. 
(Fr. Cailliaud, Voyage à Méroë, au fleuve blanc, etc. Paris, 
1826, in-8, t. IV , p. 302.) 

2 Hérodote, Historia, lib. IT, cap. 77, 4. 


3. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 6 (an. 1885), p. 271 et 279. 


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. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 395. 
. Bibliotheca historica, lib. I, cap. 3%, 10. 

Papyrus Harris, pl. XVII, a, 1. 14; pl. XVII, 6, 148; 
pl. XLIV, XLIX, etc. 


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LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 189 


du dattier, — en faisant macérer dans l’eau les dattes 
arrivées à maturité et en exprimant ensuite le jus’. 

Les anciens Égyptiens fabriquaient encore du vin 
ou des liqueurs avec d’autres fruits : grenades, ju- 
jubes, figues, caroubes, sébestes, etc. L'abus n’en 
paraissait pas moins funeste que celui du vin dé raisin: 
« Abstiens-toi de liqueur de grenade, ne t’adonne pas 
à la liqueur de figue, ignore la liqueur de caroube », 
lit-on dans le Papyrus Anastasi IV*. Il est fait men- 
tion, parmi les produits d’un jardin de Ramsès II, d’une 
espèce de sirop, appelé shedeh-1t; M. Victor Loret 
croit qu’il était fait avec des grenades*. Une liqueur 
faite avec des figues ou des grenades figure dans la 
liste des offrandes, donnée par une inscription de la 
tombe de Rekhmara, préfet de Thoutmès IIT*. Athé- 
née a donné la recette de la préparation du vin de ju- 
jubes®. Pour le faire on laissait macérer ces fruits dans 
l'eau, puis on les écrasait et on exprimait le jus. Le 
vin ainsi obtenu, dit le polygraphe grec, était d’un 
goût aussi doux et agréable que le meilleur moût. On 
le buvait sans eau; mais il ne se Conservait pas plus de 
dix jours. On le préparait aussi de temps à autre, sui- 
vantle besoin qu'on en avait. On faisait également, 
ajoute Athénée, du vinaigre avec ces fruits, comme 
on en fabriquait d’ailleurs avec les dattes° et sans 
doute avec les grenades,, 


1. Pline, Historia naturalis, lib. XIV, cap. 19, 3. 

2. Victor Loret, Recherches, etc., XII. La caroube. (Recueil de 
travaux, t. XV). 

3. La Flore pharaonique, p. 77, n° 131. 

4. Philippe Virey, op. laud., p. 104. 

5. Deipnosophistae, lib. XIV, cap. 65. 

6. Xénophon, Anabasis, lib. Il, cap. 3, 15, parle du vinaigre 
fait avec les dattes. 


190 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


À part la bière, les divers breuvages dont je viens 
de parler étaient sans grande importance dans la con- 
sommation égyptienne; il n’en était pas de même du 
vin de raisin. Les nombreuses représentations, que les 
peintures des hypogées de Béni-Hassan, Zaouïet-el- 
Maïétin, Karnak, Abd-el-Gournah", nous ont laissées de 
la fabrication du précieux liquide, sont la preuve évi- 
dente de l'extension qu’en avait pris l’usage dès l'é- 
poque la plus reculée et du prix qu’on y attachait. 
Elles nous permettent de suivre les diverses scènes de 
la vendange, telle qu’on la faisait il y a près de cinq mille 
ans. 

Après les avoir cueillis, on portait les raisins dans 
une auge en bois, où ils étaient foulés aux pieds. Le 
jus qui en découlait était reçu dans des cuves; pour 
extraire celui qui restait dans les grappes on pressait 
le marc dans une espèce d’outre ou de poche en fil de 
laine au moyen de leviers ‘attachés aux deux extré- 
mités. Lorsque le vin recueilli dans les cuves avait 
cessé de fermenter, on le versait dans des jarres ou 
amphores que l’on bouchaitet scellait; puis on les ran- 
geait dans les celliers. Un serviteur spécial paraïtavoir 
été chargé de cette importante fabrication ; il est ques- 
tion dans le Papyrus Anastasi d’un chef des vignobles, 
dans les caves duquel se trouvaient de larges provi- 
sions de vin”. . 

Les Égyptiens distinguaient le vin blanc dbesh du 


4. Champollion, Monuments, t. IV, pl. 380 et 389. — Rosel- 
lini, Monumenti civili, t. IT, pl. XXX VIT et XXXVIII.— Lepsius, 
Denkmäüler, t. II, pl. 111, a. Zaouiïet-el-Maïétin, t. 14. — Wil- 
kinson, op. laud., t. 1, p. 385. — Franz Wœænig, op. laud., 
p. 263. : 

2. IV, pl. 7, 1. 3, ap. Franz WϾnig, op. laud., p. 270. 


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LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 191 


vin rouge éeshr, et ils avaient des crus très différents 
et quelques-uns renommés. Rosellini avait déjà men- 
tionné un certain nombre de vins égyptiens’; M. Vic- 
tor Loret en a relevé dix espèces différentes, la plu- 
part connues dès l'époque des pyramides”. On ne peut 
s'expliquer aussi qu'Hérodote ait dit que l'Égypte ne 


“produisait point de vin et qu'avant Psammétique les 


habitants de ce pays n’en buvaient pas et n'en fai- 
saient point d’offrandes”. Les écrivains postérieurs 
furent mieux renseignés. Suivant Strabon*, le nome 
d'Arsinoë produisait du vin en grande quantité ; la ré- 
gion maréotique en produisait davantage encore et qui 
se conservait très longtemps. La couleur, dit Athé- 
née”, en était pale, la-qualité excellente ; il était doux 
et léger, avec un bouquet agréable; il n’était nulle- 
ment astringent et ne portait point à la tête. 

Le sophiste grec mettait néanmoins le vin de Ténia 
au-dessus de celui de la Maréotique ; ilétait plus riche 
en alcool, son bouquet avait quelque chose d’aroma- 
tique et il était légèrement astringent. À en croire 
Clément d’Alexandrie®, le vin de Mendès était aussi 
renommé. Mais il y avait, remarque Apulée, bien d'au- 
tres crus dans la vallée du Nil, dont les produits ré- 
putés différaient à la fois par le goût et la couleur. Et 
il ajoute que le vin qu’on récoltait à Antylla était 
préféré à tous les autres. Quelques-uns des vins de la 
Thébaïde étaient recherchés pour leur légèreté, en 


17 Monumenti civili, t. I, p. 377. 

. La Flore pharaonique, p. 101, n° 167. 
. Historiae, lib. III, cap. 6. 

. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 14. 

. Deipnosophistae, lib. I, cap. 60 (33). 

. Paedagogus, lib. If, cap. 2 (68). 


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192 LES PLANTES CIEZ LES ÉGYPTIENS. 


particulier celui de Coptos, « si salubre, dit Athénée, 
que les malades pouvaient en boire impunément, même 
pendant la fièvre. » Pline vante aussi le sebenny- 
tique, « fourni, dit-il’, par trois espèces de raisin, le 
thasien, l’æthale et le peucé. ». 

Les Égyptiens faisaient une consommation impor 
tante de vin; l'État en accordait chaque jour une ra- 
tion déterminée aux guerriers et aux prêtres”. On voit, 
preuve évidente du prix qu’on y attachait, Ramsès III 
en faire don de quantités énormes aux divinités de 
Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis”. Dans les réu- 
nions et les fêtes, on offrait, les monuments en font 
foi, du vin à tous les hôtes, hommes ou femmes. C’é- 
tait surtout après le repas qu'on le buvait, et on ne 
parait pas en avoir usé toujours avec modération. Une 
peinture de Béni-Hassan* nous montre des maitres 
que leurs esclaves rapportent ivres morts chez eux. À 


en juger par d’autres peintures de Thèbes, qui nous 


les montrent chancelantes et arrivées au dernier pé- 
riode de l'ivresse”, les dames elles-mêmes ne se fai- 
saient pas faute de boire du vin avec exces. 


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Outre les boissons proprement dites, les Égyptiens 


1. Historia naturalis, lib. XIV, cap. 9 (2). 

2. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 397. 

3. Papyrus Harris, pl. XVIT, b, 1.13, tr. by Birch: « Wine 
amphorae 39510. » (Zeitschrift für aegyptische Sprache, t. XI 
(an. 1873), p. 65.) 

&. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 394, n° 169. Cf. « Lettre 
au scribe Pentaour », F. Chabas, Mélanges égyptologiques, 
3e série, t. Il, p. 86. 

5. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 392 et 393, nos 167 et 168. 


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LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 193 


demandaient aussi au règne végétal l'huile nécessaire 
non seulement à leur alimentation, mais à l'éclairage de 
leurs maisons et à la fabrication des parfums. J'ai parlé 
de la culture des principales plantes dont les fruits ou 
les graines leur servaient pour cet usage; celles aux- 
quelles ils paraissent avoir eu recours le plus ancien- 
nement furent le sésame, le ricin', ainsi peut-être que 
le carthame et le moringa; ils ne durent faire usage 
que plus tard de l'huile tirée des fruits de l'olivier, 
comme de celle des graines du radis, dont nous ne 
connaissons d’ailleurs l'emploi que par le témoignage 
de Pline’; le polygraphe latin* mentionne aussi Phuile 
de chortine que donnait une herbe dont il n'indique 
pas le nom, et celle de cnédine, extraite d'une ‘espèce 
d’ortie. 

Pour fabriquer l'huile de sésame, on mettait d’abord 
les graines à macérer dans l’eau chaude“; on les éten- 
dait sur une table, on les frottait, puis on les plon- 
geait dans l’eau froide pour faire surnager les pailles ; 
on exposait alors les graines ainsi nettoyées au soleil 
et, une fois sèches, on les portait au moulin. L'huile 
de sésame était, il semble”, employée à la fois dans la 
cuisine et pour l'éclairage; inférieure comme assai- 
sonnement, on la regardait comme la meilleure huile 
à brûler‘; elle était fort chère dans l'antiquité. 


1. Pline, mais son autorité est ici. comme si souvent ailleurs, 
sans valeur aucune, dit que l’huile de ricin n’était connue 
que depuis peu de temps en Egypte. Lib. XV, cap. 7. 

2. Historia naturalis, b. XIX, cap. 26. 

3. Historia naturalis, b. XV, cap. 7. 

4. Pline, op. laud., lib. XVIIT, cap. 23, 2. . 

5. Dioscoride, De materia medica, lib. IT, cap. 121, dit que 
les Egyptiens s’en servaient, mais sans indiquer au juste pour 
quel usage. 

6. Wilkinson, The manners and customs, t. II, p. 399. 

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194 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Les Égyptiens se servaient aussi beaucoup plus de 
l'huile de ricin, qui coûtait deux fois moins’. La pré- 
paration de cette dernière a été décrite par Hérodote. 
« Après avoir recueilli les graines de ricin, dit-il”, on 
les écrase et on exprime l'huile; d’autres fois aussi on 
les fait bouillir et on recueille alors l'huile qui sur- 
nage” ». Cette huile est grasse, remarque-t-il encore, 
et non moins bonne pour l'éclairage que celle d'olive; 
mais elle répand une odeur désagréable ; elle n’en était 
pas moins recherchée ; Strabon rapporte * que « presque 
tous les habitants en faisaient usage », et il ajoute que 
« les hommes des classes pauvres et les ouvriers s’en 
oignaient même les membres ». On s’en servait aussi, 
on l’a vu par l'inscription d’Apriès mentionnée plus 
haut”, pour l'éclairage des temples. 

L'huile de sésame et celle de ricin étaient les deux 
espèces d'huile les plus communes à l’époque pharao- 
nique; tout en restant très employées, elles cédèrent 
néanmoins par la suite en partie la place à d’autres 
huiles qui, quoique beaucoup moins répandues dans 
l'antiquité, finirent, dans les derniers temps de la domi- 
nation égyptienne, par entrer dans la consommation. 


1. Eugène Revillout, La valeur de l'huile. (Revue égypto- 
logique, t. IT (an. 1882), p. 162.) 

2. Historiae, lib. Il, cap. 94. 

3. Pline, lib. XV, cap 7, 2, indique les deux procédés: 
suivant Dioscoride (1, 38), les Egyptiens, après avoir lavé les 
graines de ricin, les moulaient avec soin, puis ils en expri- 
maient l'huile à l’aide du pressoir. 

4. Geographica, lib. XVIT, cap. 2, 5. 

5. Page 46: « En l’an 30, le 4 de Thot, dit une autre ins- 
cription, en la main du dieu Imouth et de la grande déesse 
Astarté, don d’un kesro d'huile de {ekem pour le luminaire. » 
Eugène Revillout, L'antigraphe des luminaires. (Revue égyp- 
tologique, t. IT (an. 1882), p. 179.) 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 195 


Lorsque l'olivier eut été importé en Égypte, il servit, 
malgré sa rareté relative, à faire une huile qui fut bien 
vite appréciée. 

Plus importante encore peut-être fut la fabrication 
de l'huile fournie par l'arbre bag, et plus ancienne aussi, 
car il en est fait mention dans les documents de l'é- 
voque la plus reculée. Cette huile estimée était extraite 
des fruits du Moringa — les noix de ben; — elle por- 
tait le nom de bagi'. On en distinguait deux espèces, 
le bäqgi rouge et le bagi vert, ce qui concorde avec ce 
que Pline dit de l'huile du #yrobalan”, laquelle, 
d'après lui, était rouge en Égypte, verte en Arabie. 

Non moins recherchée paraît avoir été l'huile de car- 
thame; on cultivait surtout cette composée, dit Pline’, 
pour l'huile qu'on retirait de ses graines. Suivant 
Dioscoride*, on la préparait en les écrasant, après les 
avoir préalablement lavées. On procédait, sans doute, 
de même pour obtenir l'huile d’ortie ou cnédine, celle 
de chortine et l'huile de radis. 

Outre l'huile, on demandait au règne végétal le tanin 
usité, comme aujourd'hui, pour la préparation des 
peaux, la gomme et les résines d’un emploi si fréquent, 
enfin les matières colorantes. La gomme était produite 
par diverses espèces d’acacias”, en particulier par celui 
du Nil; on se bornait le plus souvent à la recueillir 
sur le tronc de l'arbre; mais pour que la récolte füt 
plus abondante on y pratiquait une incision‘. Les 


1. Victor Loret, Recherches sur quelques plantes, II. (Recueil 
de travaux, t. VIL.) 
. Historia naturalis, lib. XIT, cap. 46. 
. Historia naturalis, lib. XXI, cap. 53. 
. De matleria medica, lib. I, cap. 44. 
. Pline, Æisloria naturalis, lib. XXIV, cap. 
. Théophraste, Æistoria plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. 


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196 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


résines et gommes-résines étaient fournies par le len- 
üsque, le térébinthe, le pin d’alep, le cèdre et diverses 
burséracées exotiques, dont il sera question dans le 
chapitre de la pharmacopée. 

Les longues gousses de l’acacia du Nil fournissaient, 
ainsi que l'écorce de l’acacia seyal, un excellent tanin!. 
On retirait surtout les matières colorantes végétales 
du carthame et de l’indigo”; c’est avec ces substances 
qu'étaient presque exclusivement teintes les étoffes” ; 
mais nous ignorons comment on les préparait. On 
parait avoir retiré aussi une manière colorante du 
genévrier‘, et les feuilles broyées du henné donnaient 
une couleur jaune orange recherchée; les Égyptiens 
s'en servaient, on l’a reconnu à l’examen de quelques 
momies, pour se rougir la paume des mains. Dios- 
coride nous apprend” qu'à l’aide de la même poudre 
diluée dans du suc de saponaire, les dames égyptiennes 
se teignaient les cheveux en blond. Quant à l'encre, 
on la fabriquait avec diverses plantes et divers fruits 
— figues, dattes — réduits en charbon et délayés 
dans de l’eau avec de la myrrhe°. 

Nous ne savons pas à l’aide de quels procédés les 
Égyptiens nettoyaient les tissus; la découverte, dans la 


1. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. #17, dit, mais sans s'appuyer 
sur aucun témoignage authentique, que l'écorce du Ahus 
oxyocanthoides L. servait aa même usage. 

2. Chapitre IT, paragraphe 111, p. 49-52. 

3. Alois Riegl, Die ägyptischen Textilfunde im k. k. üster- 
reich. Museum, Wien, 1889, p. IX, ne parle pas du carthame, 
mais cite la garance, dont il n’est, à ma connaissance, fait 
mention dans aucun texte égyptien. 

4. H. L. E. Lüring, Die über die medicinischen Kenninisse 
der alten Aegypter berichtenden Papyri, p. 16%. 

5. De materia medica, lib. [, cap. 124. 

6. H. L. E. Lüring, op. laud., p. 102. 


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LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. 197 


collection Passalacqua”, d’un fruit de Sapindus emar- 
ginatus Vahl, fruit qui sert dans l'Inde à transformer 
l’eau en une émulsion savonneuse et à nettoyer les 
étoffes précieuses, pourrait faire croire que les Égyp- 
tiens des derniers temps l'importaient de son pays 
d’origine et s’en servaient aux mêmes usages. 


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Le règne végétal ne fournissait pas seulement aux 
anciens habitants de la vallée du Nil les aliments les 
plus indispensables, ainsi que des boissons salutaires 
ou l'huile nécessaire à leur usage, ils lui demandaient 
aussi des textiles pour confectionner les étoffes dont 
ils se vêtissaient, les matières fibreuses qui servaient 
à faire divers ustensiles de ménage, le bois avec lequel 
ils construisaient leurs bateaux et fabriquaient les 
meubles de leurs maisons, ainsi que leurs outils ou 
leurs instruments aratoires. 

La plante textile par excellence des anciens Égyp- 
tiens était le lin; il était cultivé en grand dans la 
vallée du Nil, dont le sol léger et friable lui convenait 
à merveille. Les peintures de Kom-el-Ahmar et .de 
Béni-Hassan* nous font assister à sa récolte, ainsi 
qu'aux diverses transformations qu'il subissait avant 
d'être employé par l’industrie. L'artiste pharaonique 
nous montre d’abord des ouvriers occupés à arracher 
cette précieuse plante et à la mettre en bottes ; d’autres 
la portent dans des réservoirs préalablement remplis 


1. A. Braun, Die Pflansenreste. (Zeitschrift für Ethnologie, 
t’ IX, p: 307). 

2. Rosellini, Monumenti civili, t. Il, pl. 35. — Lepsius, 
Denkmäler, t. IV, pl. 127. 


198 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


d’eau, où on-la rouit ; on l’en retire, on la sèche, on la 
bat sur une table, avec des maillets en bois arrondis 
pour la désagréger”. Les tiges ainsi écrasées et débar- 
rassées des fibres inutiles étaient remises à des femmes 
qui les filaient. Les fils simplement tordus ou, quand 
on voulait des qualités plus fines, «roulés » et «lissés » 
sur une large piérre, étaient mis en pelotons ou éche- 
veaux”. On les livrait enfin aux hommes ou aux femmes, 
qui, au nombre de un à quatre par pièce, les tissaiené 
sur un métier à main quelquefois vertical, le plus sou- 
vent horizontal, en poussant d'ordinaire la trame, re- 
marque Hérodote”, non en haut, mais en bas. 

Dès la plus haute antiquité, le tissage avait été porté 
en Égypte à une grande perfection. Pline‘ attribue 
l'honneur de lavoir inventé aux habitants mêmes de 
ce pays. Les étoffes trouvées dans les tombes pharao- 
niques ont le tissu serré et ferme, en même temps que 
très élastique” ; les fils en sont remarquablement unis, 
réguliers et d’une souplesse qui peut rivaliser avec la 
soie. Les toiles et les étoffes de lin d'Égypte étaient 
renommées dans l'antiquité et faisaient l’objet d’un 
commerce considérable avec l'étranger. Pour leur don- 
ner plus de.force, on réunissait ensemble un grand 
nombre de brins. Pline rapporte® que la cuirasse 
d’Amasis, conservée dans le temple de Minerve à 
Rhodes, était faite de fils composés de trois cent 


1. Wilkinson, op. laud., t. IT, p. 173. 

2. Champollion, Monuments, t. IV, pl. 366. — Wilkinson, 
op. laud., t. IT, p. 170. 

3. Historiae, lib. IT, cap. 35. 

4. Historia naturalis, Lib. VIT, cap. 57 (56). 

5. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. 161. 

6. Æistoria naluralis, lib. XIX, cap. 2 (1). 


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LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 199 


soixante-cinq fibres. On arrivait par ce moyen à fabri- 
quer des étoffes, des toiles à voiles, des filets, etc., 


d’une très grande solidité. 


Les étoffes de lin étaient souvent employées sans ap- 
prêt ou teinture; non moins souvent aussi on les tei- 
gnait; le carthame fournissait toutes les nuances du 
rouge, depuis le rose jusqu’au rouge pourpre’; l'in- 
digo la couleur bleue. L'analyse chimique a démontré 
l'origine végétale de ces deux couleurs *. Mais, grâce à 
l'action des mordants variés, les Égyptiens obtenaient, 
nous dit Pline”, avec la même matière colorante, les 
nuances les plus diverses. 

On faisait avec le lin non seulement des étoffes et 
des toiles, mais encore des cordages. Ces derniers 
étaient parfois aussi fabriqués avec des fibres de pa- 
pyrus. Hérodote nous apprend’ que les Égyptiens at- 
tachèrent avec des câbles eh papyrus les bateaux qui 
servirent à faire le pont gigantesque que Xerxès jeta 
sur l'Hellespont. Le papyrus servait également à di- 
vers travaux de sparterie. On en faisait en particulier 
des sandales; la plupart des musées égyptiens d’'Eu- 
rope en renferment quelques-unes *. Ramsès III fit don 
de 15,110 paires de sandales de papyrus aux divinités 
de Memphis°. On fabriquait aussi avec le papyrus des 
corbeilles, des nattes, des tapis, même des toiles à 


1. Bulletin de l’Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 70. 

2. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. 163. — Unger, Sitzungs- 
berichte, t. XXXVIII, p. 113. 

3. Historia naturalis, b. XXV, cap. 42. 

4. Hisloriae, Lib. VII, cap. 3%. 

5. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 335. — Franz Wœnig, op. 
laud., p. 82. 

6. Papyrus Harris, tab. xIx b, 1. 3. (Zeitschrift fur aegyp- 
tische Sprache, t. XI, p. 70.) 


200 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 


voiles', ainsi que des barques, en particulier des bar- 
ques funéraires. 

D'après une tradition rapportée par Plutarque*, ce 
fut sur une barque de papyrus qu’Isis se mit à la re- 
cherche du corps d'Osiris au milieu des marécages de 
l'Égypte. La nacelle dans laquelle fut exposé Moïse 
étaiten papyrus enduit de poix”. Dans une de ses ma- 
lédictions contre l'Egypte, Isaïe fait allusion à l’usage 
dans ce pays de barques en papyrus". La construction 
de ces barques est souvent représentée dans les pein- 
tures tombales de l’ancien et du moyen empire. On 
voit les ouvriers descendre vers le fleuve pour y ra- 
masser les tiges de la précieuse plante”; une partie 
de ces tiges étaient réunies ensemble de manière à 
former une sorte de caisse pointue et recourbée aux 
deux bouts; c'était le corps du canot. Avec le reste, on 
fabriquait des cordes destinées à lier l'avant, l'arrière 
et le milieu de la coque”. 

Bien plus encore qu'à faire des ouvrages de spar- 
terie ou de corderie, le papyrus servait à fabriquer du 
papier. La matière première était fournie par les pel- 
licules concentriques très minces qui forment au-des- 
sous de l'écorce la partie extérieure de la tige rectan- 
gulaire de cette cypéracée”. On détachait ces pellicules 


1. Odyssée, chant xxr, v. 392. — Théophraste, Uistoria 
plantarum, Lib. IV, cap. 9. 

2. De Iside et Osiride, cap. XVI, p. 29. 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 28, n° 28. — Wil- 
de op. laud., t. Il, p. 206, dit qu’elle était en jonc. 

. Cap. xvII, vers. 2. 

5. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 12. — Franz Wœnig, op. 
laud., p. 57. — G. Maspero, Études égyptiennes. p. 105. 

6. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. 208. 

Pline; Historia naturalis, lib. XIIF, cap. 23. 


, 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 201 


en battant doucement la tige, puis on les étendait sur 
une table préalablement mouillée, en ayant soin de 
les couper par bandes de 20 à 30 centimètres de long 
sur à à 6 de large; on réunissait ensuite, à l’aide de 
colle, dans le sens de la longueur, un certain nombre 
de ces bandes, on les faisait sécher et on avait ainsi 
une feuille de papier. 

Si le papyrus servait seul à faire du papier, bien 
d’autres plantes égyptiennes étaient employées dans la 
fabrication des différents objets de sparterie et de 
vannerie. Tel était l'Eragrosthis cynosuroïdes KR. (Lepto- 
chloa bipinnata H.) dont on faisait des corbeilles. On 
a trouvé dans la tombe d'Ani (XX° dynastie)’ une 
soixantaine de petits paniers tressés avec cette gra- 
minée très commune en Égypte, où eile est désignée 
de nos jours sous le nom de Æalfa. Tel était encore 
le jonc (Juncus acutus L.) — asir. — Il y a, d'après 
M. Maspero”, au Musée de Boulaq, un panier en jonc 
tressé de diverses couleurs, qui remonte à la XI° 
dynastie. Il existe au Musée de Leyde des corbeilles 
et des mannes en jonc tressé”. « Fais donner aux fabri- 
cants de couffes, lit-on dans le Papyrus Anastasi IV", 
la matière première, à savoir des roseaux — gashi — 
et des joncs — asir. » 

M. Victor Loret m'apprend que la plante gask, dont 


1. Schweinfurth, Bulletin de l'Institut égyptien, n° 7 
(an. 1886), p. 419. 

2. Guide du visiteur au Musée de Boulaqg. Boulaq, 1883, 
in-16, p. 115. 

3. C. Leémans, Aegyptische Monumenten van het nederlan- 
sche Museum van Oudheden te Leyden. Leyden, 1846, in-fol., 
pl. LXX VII. 

4. Victor Loret, Recherches sur quelques plantes, XII. 
(Recueil de travaux, t. XVT.) 


202 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS,. 


il est ici question, est la canne à sucre d'Égypte 
(Saccharum aegyptiacum Willd.) ; cette graminée était 
donc en usage dans la vannerie. Les feuilles du 
roseau proprement dit (Arundo donax L.) et sans doute 
aussi du roseau d'Isis (Phragmates Isiaca Del.) en- 
traient dans la fabrication des nattes. On employait 
au même usage les chaumes fendus en deux et tressés 
ensemble d’une espèce de souchet à haute tige — 
le Cyperus alopecuroïdes. — M. Maspero a trouvé 
à Gébéleïn, dans le cercueil de la princesse Nesi- 
Khonsou’, une sorte de natte ou plutôt de store, faite 
avec cette plante et qui « servait de remplissage pour 
arrondir les formes de la momie ». Avec les tiges du 
roseau commun — le nabi — on fabriquait aussi des 
flèches, des tuyaux, des treillages. Les tiges du roseau 
d'Isis, elles, servaient à faire des calames à écrire; on 
en faisait également avec les tiges de la canne à sucre 
d'Égypte?. Avec celles de la Ceruana pratensis Forsk. 
— le chédite des Arabes — plante de la famille des 
composées, caractéristique de la flore nilotique, — 
elle croît exclusivement sur les bords du fleuve, — on 
fabriquait, comme aujourd’hui, à l’époque pharaoni- 
que, des balais destinés à des usages vulgaires; on 
en voit un au Musée de Boulaq, ainsi qu'au British 
Museum *. | | 

Les feuilles des différents palmiers n'étaient point 
d'un moindre usage dans l'industrie du vannier que les 


1. G. Schweinfurth, Bulletin de l'Institut égyptien, n° 7 
(an. 1886), p. 426. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 19 et 24, nos 6, 
Juet.20: 

3. G. Schweinfurth, Bulletin de l'Institut égyptien, n°5 
(an. 188%), p. 8. " 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 203 


cypéracées ou les graminées. On faisait avec les feuilles 
du palmier doum — le mama des textes hiéroglyphi- 
ques, — Théophraste nous l’apprend', divers ouvrages 
de sparterie ; il existe au musée de Florence des san- 
dales fabriquées avec les feuilles de cet arbre*. Celles 
du dattier étaient encore plus usitées ; avec le rachis 
— bai — on faisait des cannes”: leurs folioles — 
oulou ou wilou, en copte bit — servaient non seu- 
lement à confectionner dessandales', mais encore des 
cordages, des nattes et des corbeilles, usage qui s’est 
conservé jusqu'à nos jours *. Les filaments qui naissent 
à la base des feuilles ou palmes — les shou (nou) ben- 
nou « cheveux de dattier » — étaient employés, comme 
nos brosses de chiendent, pour nettoyer les objets peu 
fragiles, tels que les cornes et Les sabots des taureaux, 
destinés à être sacrifiés. « Qu'on lui lave la tête, dit, 
en parlant de l’un deux, l'inscription d’Osiris à Den- 
dérah°, et qu'on nettoie ses sabots avec les fibres du 
dattier. » 


Je n’en ai pas fini avec l’'énumération des nombreux 
usages que l’industrie des habitants du pays de Kimit 
faisait du règne végétal ; il me reste à parler de l’em- 


1. Jistoria plantarum, lib. IV, cap. 27. 

2. Migliarini, Catalogue, p. 57, n° 2703. 

3. Grand Papyrus Harris, 65, 9 et 74, 9. 

k. Il en existe plusieurs au Musée de Leyde. C. Leemans, 
op. laud., pl. XXX, 19, 20, 22, 23. 

5. Victor Loret, Recherches, XIV. « La fronde et la feuille 
du palmier. » (Recueil de travaux, t. XVI. ) 

6. Dümichen, Recueil, t. IV, p. 90, ap. Ch. Moldenke, op. 
laud., p. 47. 


20% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


ploi des diverses espèces de bois dans les différents 
arts ou métiers. Quoique peu variée et peu riche, la 
flore arborescente de la vallée du Nil offrait néanmoins 
aux habitants les matériaux dont ils avaient besoin 
pour leurs constructions. Leurs premières demeures 
furent probablement semblables à celles qu'on ren- 
contre encore de nos jours en Nubie ‘; c'étaient des 
cabanes formées et recouvertes de branches ou de 
troncs d'arbres, reliés entre eux par des tiges de 
roseau ou d’autres graminées. Mais ces huttes gros- 
sières ne durent pas tarder à faire place à de vérita- 
bles maisons. 

Dès la plus haute antiquité, les Égyptiens eurent des 
habitations en pierres ou en briques, mais ils conti- 
nuërent en même temps d’en avoir en bois*; malheu- 
reusement il ne nous reste rien de ces dernieres, et 
nous ne pouvons que nous faire une idée approximative 
de ce qu'elles purent être. Ce n'étaient plus les huttes 
grossières des premiers âges, mais des maisons cons- 
truites suivant les règles de l’art du charpentier et du 
menuisier. Dès longtemps cet art était pratiqué en 
Égypte. Sur les monuments de l’ancien empire, on 
voit souvent représenté l'abattage d'arbres, syco- 
mores ou palmiers, destinés aux travaux de charpente 
ou de menuiserie”, Une des peintures du tombeau deTi 
nous fait assister aux diverses scènes du travail du bois*. 
Sur un des bas-reliefs d'Abd-el-Gournah on voit deux 


1. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. , 
l'Egypte, p. 507. 

2. Perrot et Chipiez, op. laud., p. 107 et 116. 

3. Lepsius, Denkmäler, t. HI, pl. HT, tombe 14 b.Zaouiet-el- 
Maïétin, VIe dynastie. 

4. Musée Guimet, tableau V. 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 205 


ouvriers, dont l’un est occupé à fendre un tronc d'arbre 
à l’aide d’une scie, tandis que l’autre débite une bille 
de bois’. Une peinture de l'époque de Thoutmès IT 
nous permet de pénétrer dans un atelier d'ouvriers en 
bois et de nous rendre compte du degré de perfection 
qu'avait atteint le travail de l’ébénisterie sous les 
Pharaons du nouvel empire*. 

Il ne s’agit plus seulement de débiter des poutres 
et des solives pour les maisons en bois ou en briques, 
des planches pour les cercueils, véritables monuments, 
« dont la construction mettait en branle une escouade 
d’ouvriers*»; ce qu’on demande surtout désormais, ce 
sont des coffres, des lits, des tables, des fauteuils, des 
divans, des statues mêmes qui doivent meubler les 
palais ou les tombes; car les morts avaient leur mo- 
bilier comme les vivants. Il fallait du bois pour ces 
meubles si variés; il en fallait encore pour les usten- 
siles de ménage et les instruments agricoles, pour la 
fabrication des chars de guerre ou la construction des 
vaisseaux de transport, qu’on ne pouvait songer à 
faire en tiges de papyrus, enfin pour les statues, qui 
n'étaient pas en pierre ou en métal. Naturellement on 
né se servait pas des mêmes essences végétales pour 
tous ces travaux et on n'en employait pas d’exclusi- 
vement indigènes; dans la suite du temps on eut 
recours à des espèces exotiques ou devenues étran- 
gères à la flore nilotique, comme le cèdre et l'ébène ; 
parmi les arbres indigènes, le sycomore, l’acacia du 


1. Champollion, Monuments, t. Il, pl. 164. — Rosellini, 
Monumenti, t. 1], pl. 43. 

2. Prisse d’Avennes, /istoire de l'art égyptien d'après les 
Monuments, texte de P. Marchandon de la Faye, p. 321. 

3. G. Maspero, L’Archéologie égyptienne, p. 270. 


206 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Nil et l’acacia seyal, puis le dattier et le #24ma, four- 
nissaient les bois les plus usités. 

Théophraste regardait le bois du sycomore comme 
un des plus utiles ; mais il fallait, avant de l’employer, 
le soumettre à une préparation particulière. « On le 
coupe vert, dit-il’, et, fait digne de remarque, on le 
plonge alors dans une pièce d'eau ou réservoir pour 
le faire sécher ; il va d'abord au fond, mais lorsqu'il a 
perdu sa sève, il surnage et on peut alors s’en servir. » 
Le bois de sycomore était noueux et difficile à tra- 
vailler; mais il n'en était pas moins recherché en 
Égypte et, grâce à sa dureté et à son peu de corrup- 
tibilité, ainsi qu’à sa fréquence dans ce pays, il ren- 
dait les plus grands services à l’industrie. Charpentiers, 
menuisiers, ébénistes, tourneurs s’en servaient à l’envi: 
stèles*, images des dieux, statues funéraires, figures 
d'animaux, amulettes, ustensiles de ménage et outils 
divers, instruments aratoires, coffrets, cercueils sur- 
tout, étaient fabriqués avec le bois de cet arbre utile. 
« Le cercueil d'Osiris Khent-Ament est fait en syco- 
more », lit-on au paragraphe 43 d’une inscription du 
temple d'Osiris à Dendérah*. Et de même aux para- 
graphes 44 et 45: « Le coffre de Khent-Ament... Le 
coffre des bassins de Sep est fait en sycomore. » 

La durée naturelle du bois d’acacia, la gomme qui en 
découle et le rend presque incorruptible, lui donnaient 


4. Historia plantarum, Lib. IV, cap. 2, 2. 

2. La stèle de la princesse Nesi-Khonsou à Deir-el-Bahari 
était en bois de sycomore. Am. B. Edwards, Relics from the 
tombs of the priest-kings at Dayr-el-Baharee. (Recueil de 
travaux, t. IV (an. 1882), p. 81.) 

3. Victor Loret, Les fêtes d'Osiris au mois de Khoïak. 
(Recueil de travaux, t. II (an. 1882), p. 56.) 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 207 


un prix particulier et le faisaient employer de préfé- 
rence pour les travaux qui demandaient un bois résis- 
tant, en particulier pour la construction des bateaux. 


« Les barques des Égyptiens, dit Hérodote!, celles du moins 
qu'ils emploient pour porter les fardeaux, sont faites avec un 
arbre épineux qui ressemble beaucoup au lotus de Cyrène ?, 
et dont il sort une larme qui se condense en gomme. Ilstirent 
de cet arbre des planches d’environ deux coudées; ils les 
agencent de la même manière qu’on dispose les briques et les 
attachent avec des chevilles fortes et longues ; ils placent sur 
leur surface des solives, sans se servir de varangues, ni de 
côtés ; mais ils affermissent en dedans cet assemblage avec 
des liens de papyrus; ils font ensuite un gouvernail qu'ils 
passent à travers la carène, puis un mât avec l’arbre et des 
voiles avec Je papyrus. » 


Tous les bateaux égyptiens n'étaient pas faits de 
cette facon; « le plus souvent même”, les planches 
longues et minces comme celles dont on se sert au- 
jourd'hui étaient assemblées selon les procédés que 
nous employons à la fabrication de nos navires. » Mais 
cela importe peu ici, où il n'est question que de la 
matière qui entrait dans leur construction. C'était, on 
le voit, le bois d'acacia qu’on employait au temps 
d'Hérodote, dans la fabrication des bateaux de trans- 
port ou des vaisseaux de guerre. Les monuments mon- 
trent qu'il en fut ainsi depuis l'époque des Pyramides 
jusqu'à celle des Ptolémées et au delà. Dans un docu- 
ment publié d’abord par M. de Rougé‘, Ouna, officier 
des rois Téti, Pépi I et Pépi II, nous apprend qu'il 


1. Æistoriae, lib. II, cap. 96, 1. 

2. Le Rhamnus spina-Christi. 

3% G. Maspero, £tudes égyptiennes, t. I, 2e fascicule, p. 102. 

4. Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux 
six premières dynasties de Manéthon. Paris, 1866, in-4, p. 117 
et suivantes. — Charles Moldenke, op. laud., p. 77. 


208 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


avait construit pour son maitre, en dix-sept Jours, « un 
grand bateau en bois de shent qui avait soixante 
toises de long sur trente de largeur ». 

La consommation que l’on faisait du bois d’acacia 
pour les constructions navales était telle que les forêts 
égyptiennes finirent par ne plus suffire et on fut obligé 
d'en demander à l'étranger. « Le roi, dit le même Ouna 
que je viens de citer’, m'a envoyé essarter cinq dis- 
tricts pour construire cinq gros vaisseaux et quatre 
plus petits en bois de shent du pays d'Ouaoua”. » Le Pa- 
pyrus Anastasi IV, contemporain des Ramessides, nous 
fait connaitre l’ordre donné pour réparer une barque 
sacrée, dont plusieurs planches d’acacia s'étaient pour- 
ries par un séjour trop prolongé dans l’eau et pour les 
remplacer par des ais plus longs”. Et le Papyrus Har- 
ris fait mention à plusieurs reprises de grands et de pe- 
tits bateaux fabriqués en bois de shent', ainsi que 
de livraisons importantes de ce bois de charpente pré- 
Cieux. 

Le bois de shent ou d’acacia n’était pas utilisé seu- 
lement pour les constructions navales; on l'employait 
à bien d’autres usages ; il servait en particulier à faire 
les pylones des temples et les portes des édifices pri- 
vés, des poutres et des piliers, des meubles précieux, 
des cassettes sacrées, des cercueils etdes statues, ainsi 
que des chevilles et même des peignes. « Les piliers 


. Charles Moldenke, op. laud., p. 78. 

. La partie de la Nubie située à l’est du Nil. 

. Charles Moldenke, op. laud., p. 79. 

. PI 12 b, 1. 11. « Acacia barges. » Zbid., 1. 13 : « Total of 
cedar and acacia boats 92 », etc. Zeëtschrift für aegyptische 
Sprache, t. XI (an. 1873), p. 38. Au lieu de « cedar », il faut 
lire « ash » (Acacia seyal.) 


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LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE, 209 


(des pylones), dit la charte de fondation du temple 


d’Edfou!, sont en bois d’acacia. Ils touchent au ciel et 
sont garnis de cuivre ». Une inscription du tombeau 
de Ti, à Saqqarah, nous apprend qu'une des statues de 
ce personnage, qui vivait sous la V° dynastie, était 
faite en bois de shent”. Et dans l'inscription du temple 
d'Osiris, à Dendérah, il est fait mention d'une cassette 
d'acacia, « coffre mystérieux, naos, dans lequel on ne 
sait ce qu'ily a. » 

Le bois de l’acacia seyal — le bois d'ash — était 
employé aux mêmes usages que le bois de shent ou 
d’acacia du Nil. Dans le Papyrus Harris ilest fait men- 
tion de bateaux en bois d'ash, expression que Birch a 
traduite à tort par bois de cèdre. Il est fait également 
mention du bois d’ash pour la construction de bateaux 
dans un des Papyrus Anastasi et dans le Papyrus de 
Turin. Les barques qui servaient à porter les images des 
Dieux sur le Nil en particulier étaient faites en bois 
d’ash. L'inscription del'obélisque que Thoutmès IT avait 
fait dresser, au xvir° siècle, devant le temple d'Amon à 
Thèbes, et qui se trouve maintenant à Rome, fait men- 
tion de « la grande barque, nommée Amonouserha et 
construite en bois d’ash, que sa majesté avait fait cou- 
per dans le pays des Rokhet‘». 

Comme le bois de shent, le bois d’ash servait en 
particulier à faire les portes des édifices sacrés. L’ins- 


1. H. Brugsch, Zine neue Bauurkunde des Tempels von Edfu. 
(Zeitschrift für aegyptische Sprache, t. XIII (an. 1875), p. 122.) 

2. Charles Moldenke, op. laud., p. 80. 

3. Victor Loret, Les fêtes d'Osiris au mois de khoïak, n° 65. 
(Recueil de travaux, t. IV (an. 1883), p. 25.) 

4. Revue archéologique, t. X (an. 186%), p. 45. — M. Mol- 
denke, op. laud., p. 88, lit Rokhet à la place de Rotekh. 


E 14 


210 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


cription du temple d’Edfou nous apprend que « les 
battants des diverses portes étaient faites en vrai bois 
d'ash' ». Il est également question dans la même ins- 
cription de « portes faites en bois d'au », dernier mot 
dans lequel il faut voir une expression synonyme de la 
première, mais qui désigne le bois d’ash, non par son 
nom générique, mais par une épithète qualificative, 
celle de « bois beau et excellent »*, preuve manifeste du 
prix que l’on attachaït au bois de l’acacia seyal. C’est 
avec le bois précieux de cet arbre qu'avaient été faites 
aussi les portes du temple de Hibé, situé dans l’oasis 
de Khargeh”. Le bois d’ash servait encore, comme 
celui de shent, moins rare et moins précieux, à fabri- 
quer des statues et des objets destinés au culte. Les 
épines de ces deux arbres étaient employées en guise 
d’aiguilles. 

La nature fibreuse du palmier ne permettait pas de 
tirer un aussi grand parti du bois de cet arbre que de 
celui de l’acacia ou du sycomore ; les troncs servaient 
néanmoins à faire des poutres, des planchers et des 
linteaux de portes“. Mais c'étaient surtout les diverses 
parties des feuilles qui étaient employées dans l’indus- 
trie; c'était avec les rachis — ba, bai — dépouillés 
de leurs folioles qu'étaient fabriqués les divers objets 
dits en bois de palmier, cannes, cages et en particulier 
ces espèces de sièges de forme quadrangulaire, mais 
plus large que haute, — les qgafas des Arabes — 


1. H. Brugsch, Zeitschrift für aegyptische Sprache, t. XIII 
(an. 1875), p. 122. 

2. Charles Moldenke, op. laud., p. 89. 

3. R. Lepsius, Zeëtschrift [für aegyptische Sprache, t. XII 
(an. 18784), p. 73. 

4. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 357. 


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LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 211 


qui pouvaient indifféremment servir de chaise, de banc, 
de table ou d’escabeau, et dont il est souvent question 
dans les textes’. Ainsi l'inscription de Dendérah nous 
apprend que le prêtre, chargé d’officier devant la déesse 
Rirt, prenait place sur un siège en bois de palmier?. 
Les pétioles des feuilles de palmier servaient aussi à 
faire des cannes légères et flexibles ; c’est avec elles 
qu’on donnait la bätonnade, sorte de châtiment, on le 
voit par les peintures des hypogées, fréquemment usité 
dans l’ancienne Égypte*. Si l’on en croit ce que dit 
Hérodote dans le dénombrement de l’armée de Xer- 
xès*, les habitants de l’Éthiopie confectionnaient même 
leurs arcs avec les pétioles des feuilles du dattier. 

Bien plus recherché était le bois du palmier doum 
ou mama; plus dense, plus dur et beaucoup plus ré- 
sistant, comme le remarquait Théophraste*, il était 
naturellement préféré à celui du dattier. La taille con- 
sidérable de cet arbre présentait un autre avantage; 
de son tronc gigantesque on faisait des mâts de vais- 
seau, ainsi que ces espèces de mâts vénitiens, dressés 
auprès des pylones des temples et auxquels on atta- 
chait les étendards sacrés. Les noyaux gros et durs 
servaient, nous apprend Théophraste, à faire des 
anneaux de rideaux. On en faisait aussi des têtes de 
forets°. 

Il y avait encore beaucoup d’autres arbres dont le 


1. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 420. — Charles Moldenke, 


op. laud., p. 45. 


2. Dümichen, Recueil, IV, pl. XXI,121,ap. Charles Moldenke, 
op. laud., p. 44. 

3. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 305-308. 

4. Historiae, lib. VIT, cap. 69. 

5. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 7. 

6. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 409. 


212 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


bois était employé dans l’industrie ; Théophraste nous 
apprend’ que celui de perséa, résistant et d’une belle 
couleur noire, servait à faire des statues, des lits, des 
tables et toute espèce de meubles. Il est fait mention 
dans le Papyrus Harris de livraisons de bois de perséa ?. 
Suivant Théophraste*, le bois de myrobalan, ou sé- 
bestier, — l'arbre bag des textes hiéroglyphiques — 
était dur et propre aux constructions navales et à nombre 
d’autres travaux. Le bâton de jet qui figurait dans cer- 
taines cérémonies était en bois de myrobalan. « Il saisit 
le bâton en bois d'arbre baq pour lancer la balle 
(symbole) de la défaite de ses ennemis (d'Hâthor), » lit- 
on dans un texte hiéroglyphique*. 

On employait aussi le bois de tamaris et celui de ju- 
jubier ou arbre noubsou pour fabriquer différents meu- 
bles ou ustensiles. Dans une inscription du temple de 
Dendérah”, il est dit que la charrue dont on se servait 
pour labourer le champ d'Osiris était faite en bois de 
tamaris. Le chant des Huit Dieux dans le temple de 
Hibé était gravé sur une table en bois de noubsou°. 
Quoique Théophraste n’en parle pas, les Égyptiens 
tiraient également grand parti du bois de caroubier — 


1. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 5. — Cf. Pline, 
Historia naturalis, lib. XII, cap. 17 (9). 

2. PI. 21 6, 1. 16. « Persea wood {en 4415. » Zeitschrift für 
aegyptische Sprache, t. XI (an. 1873), p. 72. 

3. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 6. Pline, thid., qui 
paraphrase, parfois en le faussant, le texte de Théophraste, dit 
que le bois de balan, « tordu dans la plus grande partie, » est 
moins estimé que celui de perséa. 

4. Dümichen. Resultate einer archaelogischen Expedition, 
t. I, p. 46. — Charles Moldenke, op. laud., p. 117. 

5. Dümichen, Recueil, t. IV, p. 11, 61. — Charlese Mol- 
denke, op. laud., p. 129. 

6. H. L. E. Lüring, op. laud., p. 157. 


LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. 213 


Je sisi-noudjim. — Rayé de veines d’un rouge som- 


bre, d’une dureté et d’une densité incomparables, il 
était non moins recherché par l’ébénisterie que le bois 
indigène de l'acacia ou le bois exotique de l’ébène. 
On l’employait concurremment avec eux et avec l’i- 
voire. Une scène du tombeau de Rekhmara, qui repré- 
sente des ébénistes confectionnant des lits, des coffres, 
des chaises, etc, est accompagnée de la légende: 
« Fabrication de meubles en ivoire, ébène, carou- 
bier, agacia. » « Il s’assit, lit-on dans le Papyrus 
Westcar”, sur une chaise d'ébène dont les pieds étaient 
en caroubier. » Kotschy, on l’a vu plus haut, a trouvé 
dans une tombe un bâton en bois de-caroubier*. Il 
existe aussi, preuve qu'on faisait usage du bois de 
cet arbre, un bâton de Balanites aegyptiaca au Musée 
de Florence“. 

Sur la tombe de Ti à Saqgqarah on voit deux ou- 
vriers occupés à travailler du bois de sb ; le même 
mot sb se retrouve dans les pyramides d'Ounas, cet 


de Pépi [°° Miriri”. A la ligne 565 de l'inscription 


d’Ounas, M. Maspero traduit st par cèdre, toutefois 
avec un point d'interrogation‘; et à la ligne 589 il 
voit dans s0 un nom d'homme’; M. Victor Loret y 


1. Philippe Virey, Mémoires de la mission francaise au Caire, 
t. V, 1er fasc., pl. XV, p.55, a remplacé le caroubier par du cyprès. 

2. VII, 12-13, ap. Victor Loret, Le bois de caroubier. Re- 
cherches sur plusieurs plantes, VIII. Recueil de travaux, t. XV. 

3. Stitzungsberichte (Recueil de travaux, t. XV), t. XXXVIIL. 

&. Migliarini, /ndication succincte, p. 56, n° 2692. 

5. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. #2, n° 52. 

6. « Tu pénètres dans tes bois d’acacia ? (de cèdres ?) » 
Recueil de travaux. t. IV (an. 1883), p. 68. 

7. « C'est Toum qui a rendu son arrêt [avec] Sib. » Zbid., 
p. 72. " 


214 LÈS PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


voit partout le nom d’un arbre — celui du cèdre — et 
il en conclut que cet arbre était indigène en Égypte, 
qu'on l'y a exploité et employé jusqu'à ce qu'il ait 
disparu. Ce qui est certain, c'est que les Rames- 
sides importaient ce bois du Liban. Dans le « Récit 
de la campagne de Mageddo sous Thoutmès III », 
il est question à plusieurs reprises de bois de cèdre 
rapporté comme butin du pays des vaincus”. De 
ce bois une partie était déjà ouvrée, puisqu'il en est 
fait mention avec l’épithète «orné d’or»; mais une 
autre partie parait avoir encore été à l’état brut et ne 
dut être travaillée qu’en Égypte. On sait d’ailleurs que 
les Pharaons, wainqueurs de la Syrie, envoyèrent plus 
d’une fois couper des cèdres sur les hauteurs du Liban, 
pour les employer dans leurs constructions”. Il n’est 
donc pas surprenant que cet arbre soit souvent men- 
tionné dans les textes hiéroglyphiques, ni qu'on en ait 
trouvé de la sciure dans les tombes anciennes”. 

Le cèdre ne fut pas le seul arbre exotique ou devenu 
étranger à l'Égypte, dont les habitants de cette con- 
trée utilisèrent le bois. Ils employèrent celui de plu- 
sieurs autres espèces, comme le cyprès, l'if même, 
mais surtout l’'ébène. En examinant au microscope des 
débris de cercueils trouvés à Méir et remontant au 
moins à la XII° dynastie, M. le professeur Beauvisage 


4. Traduction de M. Maspero. (Recueil de travaux, etc., 
t. II, p. 148 et 150.) 

2. Une inscription fait mention du bois de cèdre que le roi 
Rämenkheperou « fait couper dans le pays de Rotekh pour la 
construction d’un vaisseau. » Zeitschrift fur aegyptische 
Sprache, t. II (an. 1864), p. 37. 

3. Franz Woenig, op. laud., p. 387. 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 215 


de Lyon a reconnu qu'ils étaient faits en bois d'if!, 
arbre étranger à la flore égyptienne et dont le bois 
avait dù être importé de l'Asie antérieure dans la vallée 
du Nil. Parmi les tributs que les chefs des Rotenou 
envoyèrent, en 40, à Thoutmès III, figurent des troncs 
de cyprès, à côté de troncs de cèdre”. Dans la pein- 
ture, qui représente Rekhmara, officier du même pha- 
raon, recevant les offrandes des chefs du Midi (la 
Nubie et l'Éthiopie), se trouvent, avec des dents d’élé- 
phant, des blocs entiers d’ébène*. Originaire de cette 
région, l’ébénier* (Dalberqia melanoxylon G.P. R) — 
égyptien Aabin, sans doute son nom vernaculaire, d'où le 
grec 2fsves, le latin ebenus, — devint, depuis l'époque 
des premières relations de l'Egypte avec l'Ethiopie, 
l'objet d’une importation, qui alla toujours croissant ; 
c'était une des redevances ordinaires que les Pharaons 
imposaient à leurs tributaires du Midi. Depuis lors aussi 
ce bois prit dans l’ébénisterie et dans l’art pharaonique 
une place de plus en plus grande. Une statue du tom- 
beau de Ti à Saqqarah (V° dynastie) représente des 
personnages qui transportent une statue du défunt, de 
couleur noire et au-dessous de laquelle est écrite la 
légende : « Statue d’ébène” ». Dans une autre partie du 
même tombeau sont figurés des ouvriers polissant un 


1. Le bois d'if. Recherches sur quelques bois pharaoniques, 
I. (Recueil de travaux, t. XVIII, an. 1896). 

2. Ph. Virey, Le tombeau de Rekhmara. (Mémoires de la 
mission francaise au Caire, t. V, 1er fasc., p. 37.) 

3. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 39, a, b.J. Lieblein, Zandel 
und Schiffahrt auf dem rothen Meere in alten Zeïlen, p. 38. 

:. Strabon, Geographica, lib. XVII, cap. 2, 2. — Pline, lib. 
XII, cap. 8, dit que « l’ébénier est rare depuis Syène jusqu'à 
Méroë ». 

5. H. Brugsch, Die allägyptische Gräberwelt, n° 90. 


216 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


lit de repos également de couleur noire; l'inscription 
porte avec une forme particulière du mot habin': « po- 
lissage d'un lit de repos en ébène par les polisseurs de 
la maison d’éternité ». Sur les parois du tombeau de 
Horhotpou (XI° dynastie) à Thèbes, sont peintes une 
tablette et une palette de scribe en ébène, et on lit 
sur une inscription de la stèle G, au Louvre, qui date 
de la XIT° dynastie”, l'inscription: «J'ai vu la perfection 
de tes bras dans ton travail en toutes matières précieu- 
ses, depuis l’argentet l'or, jusqu à l'ivoire et l’ébène ». 

Désormais l’ivoire et l’ébène, importés des mêmes 
régions, sont associés également dans les mêmes œu- 
vres d'art, non seulement en Égypte, mais dans toute 
l'Asie antérieure. Thoutmès IIT rapporta, de sa cam- 
pagne contre Mageddo”, dans son immense butin, six 
petits autels ou sièges en ivoire, ébène et acacia. Les 
statues du roi, blanches et noires, qui figurent sur le 
tombeau d'Amenhotpou II, sont accompagnées de la lé- 
gende: «Statues en ivoire et en ébène" ». Parmi les dons 
nombreux offerts par Ramsès III aux dieux d'Égypte se 
trouvaient 407 cannes en acacia et en ébène’. Dans les 
textes de l’époque des Ptolémées il est plus d’une fois 
fait mention de meubles en ébène; qu'il suftise de citer le 
tabernacle en ébène orné d’or, dans lequel on enfermait 
le moule de Sokari, pendant les fêtes d'Osiris à Tentyris*. 


4. Victor Loret, L’ébène chez les anciens Égyptiens. (Recueil 
de travaux, t. VI, p. 127.) 

2, Victor Loret, L'ébène, ibid., p. 127. 

3. G. Maspero, Récit de la campagne de Mageddo. (Recueil 
de travaux, t. Il, p. 148.) 

&. Champollion, Description de l'Égypte, t. I, p. 500. 

5. Grand Papyrus Harris, pl. XXXIV a, 1. 15, LXXI a, 5. 

6. Victor Loret, Les fêtes d’'Osiris au mois de Khoïak k 
$ 67. (Recueil de travaux, t. IV, p. 26.) 


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LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. 244 


On voit par là combien était varié l’usage de l’é- 
bène; aussi les quantités de ce bois qu’on employait 
étaient-elles énormes. Dans un gigantesque cortège 
triomphal qu’on vit à Alexandrie sous le règne de Pto- 
lémée Philadelphe V figuraient « des Éthiopiens por- 
tant les uns six cents défenses d’éléphant, d’autres 
deux mille troncs d’ébène'». Ce fait peut donner une 
idée de la masse énorme d’ébène livrée par là au com- 
merce ou à l'industrie égyptienne. Dès longtemps il en 
avait été de même. 

Dans les peintures de tous les tombeaux des gou- 
verneurs égyptiens d'Éthiopie, conservés jusqu'à nos 
jours, ceux entre autres de Houi, de Merimès, d’Amen- 
hotpou, sont représentés des bateaux venant du Haut- 
Nil chargés de poutres d'ébène, de défenses d'ivoire et 
d'autres produits de la région”. Aussi le nombre d'ob- 
jets et d’ustensiles en ébène qui nous ont été conservés 
est-il considérable ; on voit dans les divers musées 
égyptiens d'Europe des chaises, des coffrets, des sta- 
tues, des figurines funéraires, des palettes de scribes, 
des manches de cuillers et de miroir, des bâtons en 
ébène, le plus souvent incrusté d'ivoire, et même un 
pilon dont l'extrémité est formée d’un nœud de ce 
bois dur et recherché. 


1. Athénée, Deipnosophistae, lib. V, cap. 32. 
2, Victor Loret, L'’ébène, p. 128. 


CHAPITRE VI. 
LES PLANTES DANS L'ART ET DANS LA POÉSIE. 


Non seulement les anciens Égyptiens demandèrent 
au règne végétal des matériaux, pour construire leurs 
demeures et les temples des Dieux, fabriquer leurs 
meubles et les outils les plus nécessaires ; mais ils lui 
empruntèrent quelques-unes des formes architectu- 
rales les plus originales, ainsi que les plus beaux mo- 
tifs de décoration, et ce monde charmant fournit à 
leurs poètes des comparaisons et des images pour em- 
bellir et orner leurs fictions. 


Les premières demeures des habitants de la vallée 
du Nil furent, sans doute, comme je l’ai dit plus haut’, 
faites de roseaux et de branchages, plus tard de troncs 
frustes d'arbres et en particulier de palmiers, grossiè- 
rement assemblés entre eux; l'architecture égyptienne 
garda toujours quelque chose de cette origine ; quand la 
pierre se fut depuis longtemps substituée au bois dans 
les constructions pharaoniques, on n'en conserva pas 
moins quelques-unes des formes employées à l’époque 


1. Voir chapitre v, p. 204. 


LES PLANTES DANSsL'ART. 219 


où celui-ci surtout servait de matière première aux 
artistes. « C’est ainsi que le sarcophage trouvé dans 
la pyramide du roi Menkéri', bien qu’il soit en ba- 
salte, nous présente des ornements qui dérivent essen- 
tiellement de l’architecture en bois. » 

D'ailleurs, alors même qu’ils faisaient déjà usage de 
la pierre et du granit, les Égyptiens ne dédaignèrent 
pas l'emploi du bois. Il existe, faites en cette matière, 
des colonnettes qui appartiennent à toutes les époques. 
Telle est celle du tombéau de Ti à Saqgqarah, reproduite 
par Prisse d'Avennes”. Le chapiteau représente une 
fleur de lotus entr'ouvert, flanqué de deux boutons plus 
petits, reliés ensemble par des bandelettes ; quant au 
füt, il est légèrement conique et strié, « comme pour 
figurer plusieurs tiges ». On dirait un de ces bouquets 
composés de deux ou trois lotus liés ensemble, qu'on 
voit si souvent à la main des personnages figurés dans 
les peintures des hypogées. 

Ce type une fois trouvé devait se conserver en se mo- 
difiant. Dans une colonnette d’un hypogée de Zaouïet- 
el-Maïétin (XVIII dynastie), par exemple”, le fût a 
perdu ses cannelures, mais le chapiteau est toujours 
composé d’un bouton — plus petit, 1l est vrai — et 
d’une fleur plus ouverte de lotus. Une autre colon- 
nette du temple de Semneh, reconstruit par Thout- 
més III, nous montre encore la même fleur de lotus, 
mais plus ornée, sinon mieux comprise‘. De plus la 


1. Prisse d’Avennes, Jistoire de l’art égyptien, texte par 
Marchandon et la Faye, p. 153. 

2. Iistoire de l’art égyptien, texte, p. 462, atlas, t. I, 
n47. 1: 

3. Prisse d'Avennes, op. laud., texte, p. 362; atlas, t. I, 
pl.:47, 2. 

&. Prisse d’Avennes, op. laud., atlas, t. I, pl. 17, 3. 


290 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


base du füt est encadrée de feuilles qui rappellent 
celles qui entourent la tige du papyrus. Ce dernier 
motif de décoration a été par la suite employé dans la 
plupart des füts de colonnes. Quant aux lotus qui pa- 
rent le haut de la colonne, on les retrouve aussi, mais 
modifiés dans leur disposition, comme s'ils étaient in- 
dépendants de la colonne et n'étaient qu’un ornement 
d'emprunt, ils sont représentés attachés par des liens 
au sommet du füt, que leurs tiges accompagnent sur 
une partie plus ou moins considérable de sa longueur. 

Le bouquet formé d'un lotus et de deux boutons ne 
fut plus à lui seul, dans la suite, jugé suffisant pour 
embellir le sommet de la colonnette, on y ajouta d’au- 
tres ornements. Ainsi dans les colonnettes de Tell-el- 
Amarna', le chapiteau, formé d’un bouquet de trois 
fleurs de lotus, est garni d’un double collier, au-des- 
sous duquel pend un groupe d’oies. En outre le fût est 
orné d’une triple rangée ou guirlande de feuilles ou de 
pétales renversés. Les colonnettes de l’hypogée du 
scribe Horemheb, contemporain de Thoutmès IV*, ont 
un triple chapiteau, composé d’abord d’un bouquet 
formé de deux boutons et d'une fleur à moitié épa- 
nouie de lotus, du milieu de laquelle sort un lotus hé- 
raldique, accompagné de deux boutons de forme con- 
ventionnelle; au-dessus enfin s'élève une large fleur 
de papyrus, flanquée de deux petites fleurs de lotus, 
munies de leur pédoncule. Dans une colonnette du naos 
de Ramsès IX”, on retrouve le lotus du chapiteau, 
mais sans boutons, le lotus en fer de lance qui le sur- 


1. Prisse d’Avennes, texte, p. 362 ; atlas, t. I, pl. 18, 1. 
2. Prisse d’Avennes, texte, p. 363 ; atlas, t. I, pl. 19, 3. 
3. Prisse d’Avennes, atlas, t. [, pl. 19, 1. 


LES PLANTES DANS L'ART: 221 


monte est, au contraire, accompagné à sa base de deux 
fleurons, qui reposent sur celui du chapiteau, et au- 
dessus se dresse une fleur de papyrus flanquée de deux 
uraeus. Dans le chapiteau d’une colonnette provenant 
d’un tombeau de Thèbes (XVIII dynastie)", on re- 
trouve encore une fleur conventionnelle de lotus, un 
lotus héraldique, et une fleur de papyrus superposées ; 
mais au-dessous de la fleur de lotus qu’accompagnent 
deux boutons, s'étale une espèce de collier et le lotus 
héraldique est Hanqué de deux têtes d’ibex, tandis que 
la fleur de papyrus est ornée de chaque côté d’une 
marguerite ou d’un fleuron blanc. 

On voit combien a été variée et riche dans le cha- 
piteau de la colonnette en bois l’ornementation em- 
pruntée au monde des fleurs, on ne trouve rien de 
semblable à l’origine dans la colonne en pierre ou en 
granit; mais elle ne tarda pas, en se transformant, à 
se rapprocher de l'élégance de la colonnette en bois, et 
elle en imita les décorations empruntées au règne vé- 
gétal. C’est ainsi que le pilier quadrangulaire primitif 
des antiques hypogées perdit d’abord ses quatre 
angles et se transforma en colonne octogonale”, dont 
les huit angles abattus donnèrent ensuite naissance au 
pilier élégant à seize pans, qu'on évida encore plus 
tard pour rendre sensible à l'œil cette division deux 
fois octogonale du fût. D'autrefois, au lieu d’être can- 
nelé, celui-ci fut arrondi et prit ainsi la forme d'un 
tronc d'arbre ou d'uné'tige de roseaux. Pour que le 
soutien monolithe des anciens temples se transformât 


1. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 19, 2. 
2. Perrot et Chipiez, Aistoire de l’art dans l'antiquité. 
Paris, in-8, t. I. L'£gypte (1882), p. 549. 


« 


22 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


12 


eu 


en colonne complète, il ne restait qu'à le surmonter 
d'un chapiteau. L'architecture légère en offrait le mo- 
dèle depuis de longs siècles. Ainsi dans un édicule de 
la V° dynastie, on voit deux colonnettes, dont le fût, 
en se terminant par deux troncs de pyramides réunis 
par leurs bases, simule, dans son ensemble, un bouton 
de lotus tronqué ‘. Il y avait là un type très simple de 
chapiteau; on l’adopta tout d’abord. On le trouve dans 
les colonnes des ruines de Béni-Hassan, qui remontent 
à la XIT° dynastie”. « De robustes rudentures en dé- 
coupent le füt, quatre minces baguettes occupent dans 
la partie supérieure les angles rentrants, auxquels cet 
arrangement donne naissance. Les mêmes courbes se 
montrent sur le chapiteau, qui déborde sur le fût 
aminci, puis bientôt se contracte et se replie sur soi? » 

On retrouve ici, mais en partie dissimulée, l’imi- 
tation d’un bouquet de lotus, que j'ai signalée dans 
les colonnettes en bois; toutefois au lieu des trois 
tiges de lotus que nous avions dans celles-ci, il y en a 
maintenant quatre ; la fleur ouverte a été aussi rem- 
placée par un bouton ; et si les quatre tiges sont tou- 
jours serrées, au-dessous de la naissance des calices, 
par un lien que représente les annelets qui tournent 
autour de la colonne, les quatre boutons ne sont plus 
libres ; ils sont soudés entre eux et tronqués, comme 
pour mieux supporter l'abaque. 

Le chapiteau lotiforme ne fut pas le seul que connut 
l'architecture égyptienne; à eôté de celui-ci, dérivé 
d’un lotus fermé ou entr'ouvert, entier ou tronqué, il 


1. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 540. 

2. Lepsius, Denkmäler, t. I, pl. 60. — Wilkinson, op. laud., 
LL AL'p.292 

3. Perrot et Chipiez, op. laud., p. 553. 


To 7 


Et tite Te Mn Eee EE). date 


LES PLANTES DANS L’ART. 293 


existe, depuis le second empire thébain, un autre cha- 
piteau que l’on a appelé campaniforme, mais auquel on 
devrait donner le nom de papyriforme, parce qu'il re- 
présente en réalité une fleur conventionnelle de papy- 
rus'. Cette plante symbolique ne pouvait manquer de 
prendre place dans la décoration égyptienne, et, 
comme le lotus, elle y apparaît d’abord dans son entier. 
L'un des deux piliers que l'on voit dans les « appar- 
tements de granit » de Karnak est décoré sur la face 
intérieure et extérieure de trois tiges de papyrus fai- 
sant saillie et qui different d’une face à l’autre ?. 
Accompagnées à leur base de feuilles rudimentaires, 
elles sont terminées par la fleur conventionnelle que 
cette plante affecte sur toutes les peintures pharao- 
niques. Il n’y avait qu’à détacher ces tiges, à les trans- 
former en support isolé, et un nouveau type de colonne 
était créé. 

Nous avons rencontré la fleur conventionnelle du 
papyrus associée au lotus dans les chapiteaux des co- 
lonnettes en bois, nous la trouvons formant à elle 
seule le chapiteau des colonnes en granit de l'époque des 
Ramessides et des Ptolémées. Le papyrus avait déjà 
fourni à l'antique colonne plusieurs des ornements qui 


1. Pour Alois Riegl, Grundlegungen zu einer Geschichte der 
Ornamentik, Berlin, 1893, in-8, p. 56, qui ne fait d’ailleurs 
que suivre ici W. H. Goodyear, l’auteur de The Grammar of 
the Lotus, p. 68, c’est encore là un chapiteau lotiforme, seu- 
lement d’une espèce particulière. 

2. Prisse d’Avennes, op. laud., t. I, pl. 14, 2. — Ebers, 
L'Egypte, trad. Maspero. Paris, 1881, in-fol., p. 193. — Perrot 
et Chipiez, op. laud., p. 548. Sur l’autre pilier, se dressent, au 
contraire, trois tiges de lotus à fleurs en forme de fer de 
lance. Inutile de dire que pour Goodyear, ce sont des lotus 
différents de forme seulement qu'on voit sur les deux piliers, 


22% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


la décorent; ce sont ses feuilles radicales et rudimen- 
taires', qui en enveloppent si souvent la base arrondie 
et renflée, comme le collet de ses racines ; ce sont ses 
tiges triquètres qui apparaissent dans les huit canne- 
lures trouvées dans le voisinage du labyrinthe et qui 
remontent à l’époque d’Amenemhat III, « le roi de 
l'inondation * ». Sa fleur maintenant s'étale au sommet 
du füt évasé et en forme le chapiteau. Telles sont les 
colonnes de Médinet-Abou, lourdes, trapues et sans 
autres ornements que les feuilles aiguës de cette cy- 
péracée, transportées de la base du fût au chapiteau 
qu'elles entourent”. Telles encore les colonnes mas- 
sives de la salle hypostyle de Karnak, au fût recou- 
vert de figures et d’emblèmes, et dont les chapiteaux, 
outre les feuilles qui les encadrent, sont ornés, comme 
pour rappeler leur origine, le premier, de deux rangs 
de tiges inégales de papyrus en fleurs, flanqués, dans 
le rang inférieur, de deux boutons, et, au rang supé- 
rieur, de deux lotus héraldiques”, le second, d’une 
seule rangée defleurs de papyrus accompagnées de deux 
boutons du milieu desquels s’élance encore un lotus 
héraldique*. Le chapiteau des colonnes de la salle hypo- 
style du Ramesséum est lui aussi orné de feuilles trian- 
-gulaires et de deux rangées de papyrus entremêlés de 


1. Goodyear y voit une transformation des sépales de la 
fleur du lotus. 

2. Ebers, L'Egypte, p. 185. 

3. Perrot et Chipiez, op. laud., t. T, p. 556. — Description 
de l'Egypte, t. IF, p. 6. ; 

4. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 557, fig. 335, d’après 
la Description de l'Egypte, t. HI, p. 30.— Lepsius, Denkmäler, 
JP LS TEE 

5. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 43. 

6. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 81 a et b. 


LES PLANTES DANS L'ART. 225 


lotus plus petits en forme de fer de lance‘, en même 
temps que la base du fût est encadrée de ces mèmes 
feuilles décoratives. 

Il y avait encore dans la flore indigène de l'Égypte 
un arbre commun et vénéré entre tous, qui ne pouvait 
manquer d'entrer dans l’ornementation architecturale; 
c'est le dattier, dont le tronc élancé avait peut-être, 
avec la tige élégante du papyrus?, contribué à donner 
l'idée de la colonne. À l’époque du nouvel empire, il 
prêta au chapiteau, comme le papyrus et le lotus, la 
forme gracieuse de ses feuilles ; on les rencontre déjà 
dans la colonne de Soleb (XVIII: dynastie)’; disposées 
en bouquet autour d’une corbeille ronde, elles se dres- 
sent au-dessus du filet supérieur du fût, en s’étalant, 
de maniere que l'extrémité tronquée de chaque palme 
forme une sorte de lobe. 

Les chapiteaux du temple de Sesebi, bâti par Seti ie 
en Nubie, présentent la même disposition‘; mais le 
travail est plus fini; «chaque tige est accusée par une 
saillie plus marquée et chaque palme, à son sommet, 
figure un lobe d’un dessin plus franc et plus accen- 
tué* ». Toutefois la forme de ces palmes n’est qu'indi- 


-quée par leur eontour général ; plus tard on s’attacha à 


1. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 23. Le rang inférieur se 
compose d’un papyrus flanqué de deux lotus héraldiques, le 
rang supérieur d’un lotus héraldique entre deux tiges de 
te 

. « Le chapiteau des colonnes a la forme de fleurs, le fût 
la Pre de dattiers et de papyrus. » H. Brugsch, Bau und 
Maasse des Tempels von Edfu. (Zeitschrift für aegyptische 
Sprache, t. I (an. 1871), p. 141.) 

3. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 117, col. x. — Prisse d’A- 
vennes, texte, p. 392. pa 

4. Lepsius, Denkmäüler, t. Il, pl. 118 et 119. 

5. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 568. 

I. 15 


226 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


en reproduire tous les détails. On l’a tenté dans les 
colonnes du palais de Tell-el-Amarna, en imitant les 
feuilles à l’aide d'incrustations coloriées'. À Philae, 
dans le temple de Nectanébo, on a procédé autrement; 
cinq chapiteaux des colonnes du Dromos représentent, 
finement sculptées, les nervures des palmes *; à la base 
de l’un d’eux on a même figuré des régimes de dattes”; 
sur un autre les palmes sont mêlées à des tiges et à 
des fleurs de papyrus‘. On ne s’arrêta pas la: sur un 
chapiteau du temple d’'Esneh, monument de l’époque 
romaine, il est vrai, on à sculpté des palmiers en- 
tiers”. Prisse d’Avennes a même reproduit un chapi- 
teau où des pampres, couverts de raisins, alternent 
avec les palmes”*. 

On ne se contenta pas d’embellir ainsi la base et le 
haut des colonnes d'ornements empruntés au monde 
végétal, on en décora également le fût; plusieurs 
colonnes du palais de Tell-el-Amarna” sont, genre d’or- 
nementation unique en Égypte, entourées de tiges 
grimpantes garnies de feuilles triangulaires, qui les 
enveloppent, sans souci de la symétrie et dans une 
confusion qui témoigne de l'indépendance de l'artiste. 

Ce n’est pas à la décoration seule de la colonne 
qu'ont servi les plantes; on en retrouve l'imitation 
dans les sculptures ou les peintures de presque toutes 


4. W. M. Flinders Petrie, Tell-el-Amarna. London, Methuen, 
1894, in-4, p. 10, 1. 

2. Lepsius, Denkmäler, t. Il, pl. 106 et 107. 

3. Lepsius, Denkmäler, +. Il, pl. 168, III. — Prisse d’A- 
vennes, atlas, t. [, pl. 27. 

4. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 108, vurr. 

5. Lepsius, Denkmäler, t. IT, pl. 98. 

6. Histoire de l'art, atlas, t. I, pl. 61. 

7. Flinders Petrie, Tell-el-Amarna, p. 10, 2, pl. VIIL. 


LES PLANTES DANS L'ART. 227 


les autres parties des édifices, ainsi que dans les diffé- 


rents objets d’art et même souvent dans les ustensiles 
les plus vulgaires en bois ou en métal. 


« Ce qui touchait au sol, dit M. Maspero !, se revêtait de 
végétation... Le pied des murs se garnissait de longues tiges 
de lotus ou de papyrus... Des bouquets de plantes fluviales, 
émergeant de l’eau, égayaient les soubassements de certaines 
chambres. Ailleurs, c'étaient des fleurs épanouies, entre- 
mêlées de boutons isolés ou reliées par des cordes. » 


Ces ornements étaient parfois sculptés, d’autres fois 


inscrustés dans la pierre, le bois ou le métal, plus sou- 


vent peints, ou à la fois peints et sculptés. Ils variaient 
d’ailleurs suivant le monument ou la partie du monu- 
ment qu'on voulait orner, et ils sont tres différents 
suivant les époques auxquelles elles remontent. 

Le premier objet qui s'imposait à la décoration, 
c'étaient les soubassements ; l’ornementation en était 
indiquée par la situation qu'ils occupaient dans le mo- 
nument ; on les couvrit, à Karnak et à Dendérah, par 
exemple, de tiges de papyrus lotiformes, dressées en 
rangs serrés, comme dans les marécages des bords du 
Nil”, ou bien réunies en bouquets, composés soit de fleurs 
idéalisées”, soit de gerbes faites de fleurs et de boutons 
gracieusement étalés*, parfois même, à l'époque pto- 
lémaïque, accompagnés de fleurs en fer de lance” ou 
même de fleurons ou de rosettes*. D’autres fois ce fu- 
rent des rangées alternantes de fleurs ouvertes et de 


1. L’Archéologie égyptienne, p. 89. 

2. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 56, 7 et 57, &, 5, 6. 
Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 57, 3. 

. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 56, 4, 5 et 57, 7. 

. Prisse d’Avennes, atlas, t. I. pl. 56, 8 et 57, 8. 

. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 57, 9, 10. 


228 LES PLANTES-CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


boutons de lotus’, ou de lotus épanouis accompagnés 
d’un double pédoncule recourbé et terminé par un bou- 
ton®. À Karnak la décoration à pris un caractère plus 
grandiose et plus artistique; sur le soubassement du 
temple élevé par Thoutmès IIT, le statuaire a gravé, 
avec les animaux, les fleurs et les plantes des pays 
subjugués par le pharaon”. 

Les frises furent, à l'instar des soubassements, or- 
nées de décorations empruntées au règne végétal ; elles 
apparaissent, placées comme appendices des archi- 
traves, au bas desquelles ces ornements pendent sem- 
blables à des guirlandes de fleurs'. Telles on les voit 
sur les parois intérieures du gynécée de Ramsès II. 
Sur l’une de celles-ci des fleurs renversées alternent 
avec des boutons de lotus, sur l’autre avec des fleurs 
de papyrus”. Ces frises fleuronnées sont rares toute- 
fois dans les palais; on les rencontre, au contraire, 
fréquemment dans les hypogées et les naos des dieux 
et des hommes. Là encore elles sont le plus souvent 
ornées de fleurs renversées de lotus, auxquelles sont 
parfois mêlés des fleurons, des grappes de raisin ou 
encore des espèces de boutons ou d’ovaires cordi- 
formes*, que l'artiste a peints soit isolés, soit émer- 
geant des fleurs du lotus ou du papyrus. M. Goodyear, 


1. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, 52, 2. 

2. Prisse d'Avennes, atlas, t. I, pl. 52, 1. 

3. G. Maspero, L'Archéologie égyptienne, p. 90. 

4. Prise d'Avennes, atlas, t. I, pl. 54, texte, p. 385. Il fau- 
drait ajouter : et de fruits, car sur l’une des frises de l'hypogée 
du grand prêtre Aïkhesi (/bid., n° 8), de chaque côté des lotus, 
on voit des grappes de raisin. 

5. Prisse d’Avennes, atlas, t. [, pl. 45. 

6. Prisse d’Avennes, atlas, t. [, pl. 54, texte, p. 385. 


UT NA 7 


LES PLANTES DANS L'ART. 229 


dans son parti pris, veut y voir des feuilles transfor- 
mées de lotus”. 

Comme sur les soubassements et les frises, les 
plantes ont pris place dans la décoration des plafonds 
des édifices ; mais dans ces derniers, plus que partout 
ailleurs peut-être, les artistes égyptiens ont laissé 
libre cours à leur fantaisie. Les fleurs n’aspirent 
plus ici à une exacte ressemblance; «le motif a été 
suggéré, mais non fourni par la nature », dit avec 
beaucoup de vérité M. Perrot”. « Méandres, dans les- 
quels s’encadrent d'élégantes rosaces ; lignes on- 
doyantes formées par des cordes qui s’enroulent en 
volutes ou se déroulent en spirales ; postes qui se croi- 
sent ou se contrarient et qui renferment dans les es- 
paces qu’elles limitent, ici des lotus, là des rosaces ». 

Ces décorations, qu'on rencontre dès l’époque des 
pyramides, non seulement sur les plafonds, mais sur 
les tentures ou fonds de sparterie, n'étaient d’abord 
que des carrés composés de losanges, des chevrons ou 
spirales; plas tard apparaissent des volutes et des 
guillochis, qui encadrent des fleurons de diverses cou- 
leurs; sous la XVIIT® dynastie s’y mêlent, dans de 
gracieuses combinaisons, les fleurs de lotus et parfois 
aussi des tiges de papyrus. Nous rencontrons d’abord 
ces fleurs symboliques dans les plafonds de l’hypogée 
du « Père divin Nofirhotpou* »; ici le lotus idéalisé 


1. The grammar of the Lotus, p. 50. Ce seraient plutôt des 
boutons, puisqu'ils sont d'ordinaire entourés de trois sépales 
à leur base. 

2. Histoire de l’art, t. 1, p. 811. On peut en dire autant des 
fleurs qu’on voit sur les frises. 

3. Prisse d’Avennes, op. laud., atlas, t. 1, pl. 30, 1 et 2; pl. 33, 
1, texte, p. 367 et 369. 


230 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


s'épanouit dans tous les espaces laissés vides par les 
spirales et par les fleurons, tandis que sur les côtés se 
dressent au-dessus d’un ornement de fantaisie trois 
tiges de papyrus, accompagnées de leurs boutons con- 
ventionnels. Aïlleurs des lignes ondoyantes, formées 
par des cordes, s’enroulent en volutes ou se déroulent 
en spirales autour de fleurs ouvertes de lotus ‘, comme 
dans le plafond du bel hypogée d’Aïkhesi, œuvre d’un 
artisan au goût délicat et original; d’autres fois ces 
fleurs de lotus sont opposées à des anthémions de con- 
vention”. Sur d'autres plafonds on voit tantôt quatre 
fleurs de lotus s’étaler entre autant de losanges réunis 
à angle droit, ou des grappes de raisin alterner avec 
des corolles à quatre pétales dans les carrésde la voûte”, 
ou bien encore des fleurs de papyrus ou de lotus se 
dresser sur leurs tiges en alternant avec leurs boutons 
idéalisés, ici entre des rangées de fleurons, là dans 
des niches en arcades“. 

Les plantes entraient aussi dans la décoration des 
briques émaillées et par suite du dallage des édifices. 
On en connait peu d'exemples, il est vrai, mais quel- 
ques-unes des représentations que nous possédons té- 
moignent d'une imitation attentive et exacte de la na- 
ture végétale bien faite pour étonner. Les murs d'une 
chambre de Saqqarah avaient déjà été recouverts d’une 
parure de faïence, conservée Jusqu'au commencement 


1. Prisse d’Avennes, atlas, pl. 31, 1, 2, 3, texte, p. 368. 

2. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 31, 8. | 

3. Tombe d’Aïkhesi à Thèbes (XXe dynastie). — Prisse 
d’Avennes, atlas, t. [, pl. 32, 4 et 5. 

k. Plafonds des fenêtres du gynécée de Ramsès IIT et com- 
partiment du plafond de la grande salle de Bekensanef à 
Saqqarah. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, pl. 32, 7, 9 et pl. 34, 5, 
texte, p. 369 et 370. 


” LES PLANTES DANS L’ART. 231 


de ce siècle’. Deux mille ans plus tard, à l’imitation 
peut-être de ce qu’on voyait dans les palais de Ninive, 
Ramsès IIT reprit ce genre d'ornementation et l’appli- 
qua au temple qu'il fit bâtir à Tell-el-Yahoudi près 
Memphis”; les murs en sont revêtus de briques, la 
plupart ornées d’élégantes rosaces ou de fleurons en- 
cadrés de dessins géométriques. 

On se servit encore de ces carreaux de faïence, les 
récentes trouvailles de M. Flinders Petrie nous l'ont 
appris, pour orner les planchers. Le savant égypto- 
logue a découvert à Tell-el-Amarna un dallage en 
partie conservé, qui est orné, non plus de simples mo- 
tifs de décoration empruntés au monde végétal, mais 
d'un paysage entier”. Au centre se trouve un réservoir, 
couvert de lotus, au milieu desquels se jouent des 
poissons ; tout autour l'artiste a représentè avec une 
fidélité jusque là inconnue des plantes, parmi lesquelles 
paissent des génisses et des bouvillons, dont l’ap- 
proche fait fuir une bande d’oies domestiques : c’est 
en haut une plante à fleurs rouges dont les feuilles 
ressemblent à celles du coquelicot, puis une touffe de 
papyrus sous sa forme schématique traditionnelle, un 
souchet — peut-être le Cyperus alopecuroïdes Rottb: 
— un coquelicot, une composée à fleurs bleues, pro- 
bablement la centaurée déprimée*, un papyrus, une 
touffe de roseaux — l’Arundo isiaca Del., à ce qu'il 
semble —, un souchet encore et une touffe de papy- 
rus. Ces mêmes plantes se retrouvent au-dessous du 


1. G. Maspero, L’Archéologie égyptienne, p. 257. 

2. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 824." 

3. Tell-el-Amarna, p. 13, pl. Il. 

4. C’est aussi l'opinion du docteur Bonnet, à qui j'ai montré 
cette peinture. 


232 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. s« 


bassin, ainsi qu’à droite et à gauche; mais on en voit 
de plus une petite à fleurs obovales, opposées et inflé- 
chies, avec une fleur à calice bleu et à style peint en 
rouge; je n'ai pu l'identifier. 

La décoration primitive s'était alors, on le voit, 
singulièrement élargie et transformée, ce ne sont plus 
les simples ornements des anciens plafonds, mais un” 
vrai paysage que nous avons 1ci. C’étaient aussi le plus 
souvent de véritables tableaux que l’on voyait sur les 
murs des édifices : palais, temples ou hypogées. Les 
scènes qu'on y trouvait représentées étaient le plus 
souvent destinées à rappeler les événements de la vie 
publique ou privée des personnages qui les avaient 
fait peindre ou sculpter. Ici, par exemple, est repré- 
sentée une chasse à l’hippopotame'; là, nous voyons 
un contemporain de la XII‘ dynastie se livrer dans les 
marais au plaisir de la chasse aux oiseaux * ou de la 
pêche’; ailleurs nous assistons à une lutte de mari- 
niers sur l’eau“. Dans ces.peintures, on le comprend, 
les artistes se sont surtout préoccupés de la représen- 
tation des personnages qu'ils mettent sous nos yeux ; 
toutefois l’amour de la couleur locale les à portés aussi 
a dessiner les plantes qui croissaient dans les lieux où 
se passent les scènes représentées ; s’ils l’ont fait sou- 


1. Tombeau de Ti. Musée Guimet, tableau 4. — Memphis, VIe 
dynastie et XVIIe dynastie. Prisse d’Avennes, atlas, t. I, 
pl. 10 et 61. 

2. Gizeh, IVe dynastie et Béni-Hassan, XIIe dynastie. Lep- 
sius, 0p. laud., t. IV, pl. 60 et 130. — XVIIIe dynastie. Prisse 
d’Avennes, atlas, t. II, pl. 6, 2. 

3. Lepsius, 0p. laud., t. IV, pl. 130. 

4. Musée Guimet, tableau 2. — Kom-el-Amarna. Prisse 
d’Avennes, Monuments égypliens, bas-reliefs, peintures, Paris, 
1847, in-fol., pl. XXXVII. 


LES: PLANTES DANS L'ART. 233 


vent d’une manière conventionnelle, comme dans le 
tableau de la joute des mariniers, où « les lotus qui 
parsèment l’eau semblent des fleurs et des feuilles dé- 
tachées de leurs tiges’ », ils ne les ont pas moins figu- 
rées avec une grande vérité relative; ainsi à leurs 
corolles blanches légèrement bordées de rose, surtout 
à la forme échancrée de leurs feuilles, il est impos- 
sicle de ne pas reconnaitre dans les nymphéas, le 
lotus blanc, indigène en Égypte. 

Dans les divers tableaux de chasse aux oiseaux, la 
scène se passe au milieu des fourrés de papyrus ; la 
représentation de cette cypéracée à l’ombelle étalée et 
divergente présentait des difficultés particulières ; l’ar- 
tiste de la IV® dynastie, pour y échapper, a peint le 


. papyrus avant son complet développement, au moment 


où les fleurons, renfermés dans les stipules, forment 
une espèce de fleur évasée et le type qu’il a adopté a 
été depuis fidèlement conservé”; parfois seulement, 
comme dans là peinture de la chasse aux oiseaux, les 
tiges.ont été gracieusement courbées, les boutons 
ovoides habilement mêlés aux ombelles des fleurs, de 
manière à en former un ensemble harmonieux. 

A côté de ces scènes privées ou domestiques les 
artistes du nouvel empire en ont peint d’autres d'un 
caractère historique et général : vastes tableaux de ba- 
tailles et de guerres, où les plantes n'avaient point à 
figurer. Il est toutefois une de ces peintures où elles 
ont pris place : c’est celle du temple de Deir-el-Bahari, 
où la reine Hatshosipou à fait représenter l'expédition 


1. Prisse d’Avennes, 0p. laud., texte, p. 399. 
2. Charles Joret, De la représentation du papyrus sur les 
monuments égyptiens. (Mélanges Wahlund, 1895, in-8.) 


234 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


qu'elle envoya au ‘pays de Pount chercher des « sy- 
comores à encens ». Ici les plantes avaient leur place 
marquée, car il importait de mettre sous les yeux du 
spectateur quelques-uns des produits de cette « terre 
divine »; l'artiste contemporain n'y a pas manqué. 

Les représentations semi-conventionnelles, mais fa- 
cilement reconnaissables du lotus et du papyrus se 
retrouvent dans les peintures des nombreuses tables 
d'offrandes, qu’on voit sur les murs des hypogées ou 
des temples; on y rencontre aussi d’autres végétaux, 
fleurs, légumes, fruits, offerts aux dieux ou aux morts; 
mais, j ai eu plus d’une occasion deleremarquer, iln’est 
pas toujours possible de reconnaitre ces derniers, du 
moins pour nous autres modernes. Il n’est guère plus 
aisé souvent d'identifier les arbres et les plantes des 
jardins peints sur les hypogées'. Il est vrai que l’ar- 
tiste pharaonique tenait moins à les faire reconnaitre 
qu'à nous donner une vue d'ensemble du parc ou du 
jardin dans lequel leur ombre et leurs fruits servaient 
à l’agrément du maître. Il faut toujours faire excep- 
tion pour les papyrus, qu’on reconnait à première vue 
sous leur forme schématique, et pour les lotus, dont 
l'artiste a toujours fidèlement respecté le caractère dis- 
tinctif : les feuilles échancrées”, les sépales verdàtres 
et les pétales étalés, blancs et bordés de rose. 

I n’en était plus ainsi, lorsque ces fleurs, et à plus 
forte raison les autres plantes, au lieu de figurer dans 
une espèce de tableau, servaient de motifs de décora- 
tion; leurs formes se modifiaient alors selon le caprice 


1. Voir à cet égard le paragraphe 2 du chapitre 11. 
2. C’est ainsi qu'il apparait sur tous les bassins ou réservoirs 
et les canaux. = 


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LES PLANTES DANS L'ART. 239 


de l'artiste. Les papyrus prennent les couleurs les plus 
diverses, leur ombelle s'étale ou se rétrécit à volonté. 


. Il en est de même des lotus; leurs fleurs se trans- 


forment au point de se confondre parfois avec les om- 
belles conventionnelles du papyrus'; le nombre de 
leurs pétales varie; ils sont colorés indifféremment ou 
même à la fois en blanc, en bleu et en rose?. On traita 
avec la même liberté les autres fleurs qui, à partir de la 
XX* dynastie, prirent à côté des lotus et des papyrus 
une place de plus en plus grande dans l’ornementation *. 
Mais les transformations du lotus ne se bornèrent. 
pas à quelques modifications de la fleur; de bonne 
heure leur pédoncule assez court fut allongé, et on le 
couvrit tantôt de feuilles triangulaires, analogues dès 
lors à celles qui partent du collet de la racine, tantôt 
ovales, rappelant ainsi la forme embryonnaire des 
boutons‘. Ce ne fut pas tout; au lieu de représenter 
la fleur de côté, on s’efforça de la reproduire de haut 
en bas, et elle apparait alors à l'artiste sous l'aspect 


d’une marguerite à nombre de fleurons variable; telle 


serait d’après Goodyear” l’origine de la rosette. 


“. C’est le cas pour des bouquets qu'on voit dans Prisse 
d’Avennes, atlas, t. If, pl. 62, 4 et 5. 

2. Par exemple dans un hypogée de la nécropole de Thèbes 
(XIX: dynastie) ou dans les bouquets des hypogées de la XIXe 
et de la XXe dynasties, reproduits par Prisse d’Avennes. 
Atlas, t. Il, pl. 67 et 68. 

3. W. M. Flinders Petrie, The arts of ancient Egypt. 
London, 1884, in-8, p. 23. . 

4. Goodyear, The grammar of the lotus, p. 56 et 57. 

5. The grammar of the lotus, p. 99-105. Cf. Alois Riegl, 
Stilfragen, p. 52. Goodyear admet aussi pour la rosette deux 
autres origines ; elle serait la représentation de l'ovaire du 
lotus vu d’en haut ou de la réunion de boutons assemblés par 
la base. 


236 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


D'autrefois ce furent les sépales qu’on s’attacha à 
reproduire de préférence, en en exagérant les dimen- 
siens; on alla même jusqu'à recourber en volute les. 
deux latéraux qui, avec le médial plus ou moins ar- 
rondi, donnérent naissance au lotus en forme de fer 
de lance ou lotus héraldique. Les artistes du nouvel 
empire ne s’en tinrent pas là; ils entourèrent de 
feuilles triangulaires la base des sépales et divisèrent 
en segments arrondis celui du milieu; la fleur primi- 
tive se trouva ainsi transformée en palmette'. Tels 
sont les ornements variés à l'infini que mit en œuvre 
l’art égyptien dans ses diverses applications. 

Le monde végétal n’entrait pas seulement dans la 
décoration sculpturale ou pittoresque des édifices, les 
arts industriels: ébénisterie, verrerie, poterie, joail- 
lerie, etc., lui avaient aussi emprunté de nombreuses 
formes ornementales. Si les meubles n'étaient pas 
nombreux dans l’ancienne Égypte, l’art du menuisier 
n'y avait pas moins, dès les temps les plus reculés, 
été porté à un haut degré de perfection?. Les coffrets 
étaient souvent revêtus de peintures, où des plantes, 
lotus et papyrus en particulier, étaient représentées. 
On en dessinait aussi sur les lits, les fauteuils et 
même, à l'époque gréco-romaine, sur les cercueils des 
momies. Sur les côtés d’un fauteuil trouvé dans la 
tombe de Khambhati, intendant d’Amenhotpou, sont 
peintes, avec un épervier et un sphinx, des fleurs de 
lotus”. Le trône, trouvé dans la tombe de Ramsès III, 


1. Goodyear, op. laud., p. 109. — Alois Riegl, Stilfragen, 
p. 64-66. 

2. G. Maspero, L'Archéologie égyptienne, p. 268. 

3. Desc runs de l'Égypte, t. H, pl. 89. — Perrot et Chipiez, 
op. laud., t. 1, p. 843. 


, 


LES PLANTES DANS L’ART. 237 


est orné sur ses deux côtés de rosaces et de tiges 
fleuronnées'. Des tiges de papyrus décorent aussi, de 
leurs fleurs conventionnelles et de leurs boutons, deux 
fauteuils de la même époque reproduits par Prisse 
d'Avennes*. 

Mais ce sont surtout les objets de bimbeloterie ou 
de toilette : boites, cuillers à parfums, qui sont riches 
en décorations végétales variées et gracieuses. Ici c’est 
un bouquet formé de trois tiges de lotus, nouées en- 
semble, avec deux boutons et une fleur, dont l'ovaire 
saillant forme la boite ou la cuiller”. Là un triple 
bouquet s’étage le long du manche et se termine par 
une boîte ornée d’un lotus*. Ailleurs le fond d’une 
cuiller, dont le manche est formé par un élégant bou- 
quet de lotus, est orné de deux poissons, qui cherchent 
à saisir cette plante sacrée”. Ou bien c’est une joueuse 
de guitare, debout entre deux tiges de lotus ou de pa- 
pyrus, qui supportent une boîte ovoïde ou quadrangu- 
laire’. Le manche d'une autre boîte est formé par 
une’ porteuse d’offrandes, tenant dans ses mains des 
bouquets de lotus, tandis qu'un double faisceau de ces 
mêmes plantes, posé sur sa tête, sert de support à la 
cuiller”. Dans une boite Souvent reproduite, on re- 


1. Prisse d’Avennes, atlas, t. II, pl. 89, 1. 
2. Atlas, t. II, pl. 89, 2, 3 et 4. 
3. Prisse d’Avennes, atlas, t. II, pl. 93. — Perrot et Chipiez, 


“op. laud., p. 844. 


4. Musée britannique. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. 16. 

5. Prisse d’Avennes, atlas, t. Il, pl. 95. 

6. Prisse d’Avennes, atlas, t. Il, pl. 92, 6. — Perrot et 
Chipiez, op. laud., p. 845. Dans le fond d’une de ces boîtes, 
aujourd'hui au musée de Leyde, on voit un poisson qui cherche 
à saisir une fleur de lotus. C. Leemans, op. laud., pl. LXXIX, 387. 

7. Prisse d’Avennes, atlas, pl. 92, 3. — Maspero, L'Archéo- 
logie égyptienne, p. 267. 


238 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


trouve encore le double faisceau de lotus; mais cette 
fois il repose sur la tête d’une jeune fille comme per- 
due au milieu d’un fourré de ces nymphéacées, dont 
elle cherche, gracieusement inclinée, à arracher la 
tige de l’une d'elles avec effort”. 

Les plantes n'ont pas fourni moins de motifs de dé- 
coration à l’art du verrier ou du potier en Égypte, 
qu'à celui du menuisier ou de l’ébéniste. Le verre a été 
connu dans la vallée du Nil dès la plus haute anti- 
quité; la fabrication en est déjà représentée sur une 
peinture tombale de Béni-Hassan *. Les artisans pha- 
raoniques préféraient les verres de couleur aux verres 
blancs ; la variété de nuances qu’ils leur donnaient 
devait les inviter à les orner de figures géométriques 
ou de dessins empruntés le plus souvent au monde 
végétal. C’est ainsi que deux coupes en verre opaque, 
l'une provenant de la tombe du père nourricier d'Amen- 
hotpou II, l’autre d'un hypogée du voisinage, ont la 
surface extérieure enveloppée d’une fleur de lotus *. 
Une petite œnochoé en verre bleu clair, qui pôrte 
l'inscription de Thoutmès IIT, présente sur ses flancs, 
tracée en jaune, une décoration végétale, qui rappelle 
l'arbre sacré des Assyriens, tandis qu'une ampoule 
lenticulaire de la même époque nous offre des entre- 
lacs de palmes ou de feuillages qui s’enlèvent en 
jaune sur un fond bleu marin*. 

Les Égyptiens aimaient à émailler les faïences, les 
poteries et, nous l’avons vu, les briques mêmes, ainsi 


1. Prisse d’Avennes, atlas, t. II, pl. 92, 4. — Perrot et 
Chipiez, op. laud., p. 844. 

2. Wilkinson, op. laud., t. IT, p. 140. 

3. Prisse d’Avennes, atlas, t. II, pl. 78. 2 et 3. 

4. G. Maspero, L’Archéologie égyptienne, p. 251. 


LES PLANTES DANS L'ART. 239 


qu’à les orner de motifs empruntés à la faune et à la 
flore de leur pays. Les flancs d'une œnochoé en 
« faïence égyptienne, » par exemple, reproduite par 
Wilkinson', sont ornés dans toute leur partie infé- 
rieure de feuillages palmiformes. Des amphores, pro- 
venant de la nécropole de Thèbes (XVIII dynastie)”, 
sont, elles aussi, ornées à leur partie supérieure ou sur 
le goulot de pétales renversés de lotus ; la panse de la 
seconde est en même temps ornée de branches fleuries 
renversées d’une plante conventionnelle ; on retrouve 
des fleurs de cette même plante au-dessous du goulot 
de la première, contemporaine de Thoutmès IIT, tan- 
dis que la panse en est décorée par des bovillons, qui 
gambadent au milieu des fleurs. Sur des jarres de la 
même époque”, on voit ici des pampres couverts de 
raisins, là des fleurs ou des boutons de lotus mêlés de 
grappes de raisin. On retrouve une décoration ana- 
logue sur une lampe en terre cuite du Musée de 
Leyde, qui est ornée de quatre feuilles et de quatre 
grappes de raisin‘. On voit également des palmes 
multicolores se dresser sur tout le pourtour d'un go- 
belet trouvé à Deir-el-Bahari, dans la tombe de la 
princesse Nesi-Khonsou”. Parfois aussi les artistes 
pharaoniques appliquaient sur les vases des fleurs ou 
des boutons de lotus, dont les pédoncules les entou- 
raient gracieusement *. 

Deux tasses à pied d’une nécropole de Thèbes sont 


. The manners and customs, t. II, p. 12, n° 280, 2. 
Prisse d’Avennes, atlas, t. II, pl. 81, 1 et 2. 

. Prisse d’Avennes, atlas, t. IT, pl. 82, nos 5 et 8, 6 et 7. 
. C. Leemans, op. laud., pl. LXVII, n° 441. 

Maspero, L’Archéologie égyptienne, p. 252. 

. Prisse d’Avennes, atlas, t. II, p. 81, nos 4 et 7. 


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210 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


entourées à leur base de pétales de lotus, en même 
temps qu’une fleur renversée de cette plante sacrée en 
forme de couvercle’. Sur le fond d’une patère on voit 
trois poissons affrontés, entre lesquels s’étalent trois 
fleurs de lotus”. Ailleurs des lotus accompagnés de 
l'œil mystique se dressent sur les parois intérieures 
d'un verre de forme analogue, conservé au Musée bri- 
tannique. Dans le creux d’une espèce de patère du 
même musée on voit, disposés aux quatre angles d'un 
rectangle ornemental, qui en occupe le centre, des 
bouquets de papyrus aux tiges gracieusement inflé- 
chies”. Un vase à parfums en terre émaillée, du Musée 
de Leyde, dont le fond est orné de pétales de lotus, 
offre sur son pourtour deux bandes décoratives dont 
la seconde nous montre quatre léopards courant dans 
un bois de palmiers". Sur un hippopotame du Musée 
de Boulaq, le potier, qui l’a représenté debout, a des- 
siné sur son corps à l’encre noire des pousses de ro- 
seaux et de lotus, « manière naïve de représenter la 
bête dans son milieu naturel* ». 

Les ornements empruntés à la nature végétale se 
retrouvent aussi sur les étoffes, les objets en cuir, ainsi 
que sur les meubles ou vases et les bijoux en métal. 
Ce sont surtout des feuilles et des tiges rampantes, 
mais souvent aussi des arbustes, que l’on voit sur les 
étoffes, sans qu'on puisse, il est vrai, dire à quelles 
espèces végétales se rapportent au juste ces motifs de 


1. Prisse d'Avennes, op. laud., t. II, pl. 78, 4 et 5. 

2, S. Birch, Æistory of ancient potery. London, 1873, in-8, 
p. 59. 
. Perrot et Chipiez, op. laud., p. 822, n° 531 et 532. 

. C. Leemans, op. laud., pl. LIX, 265. 
. G. Maspero, L’Archéologie égyptienne, p. 253, fig. 224. 


O1 + © 


#. 


LES PLANTES DANS L'ART. 241 


décoration; on ne peut guère douter toutefois que la 
feuille de lotus n'ait servi de modèle aux formes va- 
riées qu'ont fini par adopter les artistes pharaoniques, 
mais ils ne se sont astreints à reproduire aucune es- 
pèce particulière; sur des étoffes de Saqqarah on 
rencontre déjà des feuilles de vigne stylisées ; on les 
trouve sous leur forme naturelle à Akhmim'. Parmi 
les nombreux restes de tissus du musée égyptien de 
Vienne, étudiées par M. Alois Riegl, beaucoup sont 
remarquables à cause de leur décoration empruntée au 
règne végétal; tel est un fragment d’étoffe jaune en laine 
avec une garniture, dit l’auteur”, en forme de feuille, 
— on pourrait presque dire aussi en forme de syco- 
more —, brodée en pourpre sur fond blanc, et cou- 
verte de dessins en spirales de nature plus ou moins 
végétale. Tel encore plus le gatlon d’une manche en 
toile”, semé de feuilles arboriformes de grandeur 
diverse, couvertes elles-mêmes d’ornements végétaux. 

Mais les plus beaux modèles d’ornementation végétale 
sur des tissus égyptiens me paraissent offerts par deux 
morceaux d'étoffe rouge en laine ; sur la bande de l'un 
on voit, brodé en bleu sur fond blanc, un enfant ailé, 
qui tient un canard, planant entre deux larges feuilles 
arboriformes à nervures fortement marquées, au delà 
desquelles s'étale une espèce d’arbuste à trois branches 
terminées par un bouquet de feuilles ou de fleurs‘. Au 
centre de l’autre morceau se trouve un carré, dans le- 
quel on voit un génie agenouillé, tout autour sont des 
formes végétales, analogues à celles du premier, et 


. Alois Riegl, Die ägyptischen Textilfunde, p. xxI. 

. Rage 1, col. 2, pl. I, n° 202. 

. PI. I, n° 210, p. 23, 2. 

. PI. IV, n° 371, p. 37,2. Cet arbuste ressemble à un doum. 


E. 16 


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Æ 


242 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


placées le long des bords d'un carré concentrique avec 
celui qui encadre le génie ailé; aux quatre angles, un 
arbuste à quatre branches recourbées, puis au milieu 
des quatre côtés une prétendue feuille, ou plutôt un 
sycomore couvert de son feuillage’. Le bord de ce 
carré est orné d'espèces de croix qui pourraient bien 
avoir, dans la pensée de l'artiste, représenté une 
bordure d'arbres. 

Cette ornementation végétale n’a pas été employée 
seulement sur les étoffes, on s’en est servi également 
ainsi que de dessins géométriques sur les objets en 
cuir souple dont l'industrie devint florissante depuis 
l’époque des Ahmessides. Le dais de Deir-el-Bahari, 
conservé au Musée de Boulaq, en offre le modèle le 
plus parfait. À gauche, une touffe de lotus, flanquée 
des cartouches royaux, occupe le centre ; viennent en- 
suite deux antilopes agenouillées, avec une fleur de 
lotus au cou, puis deux bouquets de papyrus”, enfin 
deux scarabées. 

Le travail des métaux, par sa diversité, rendait la 
décoration plus variée et plus facile; elle n’a pas tou- 
jours, il s’en faut, été empruntée au monde végétal, 
mais il lui a fourni de nombreux motifs. Le Musée du 
Louvre possède une coupe d'or, présent de Thou- 
tmès III à l’un de ses généraux Thoutii, dont le fond 
plat est orné, au centre, d’une large rosace, autour de 
laquelle nagent en cercle six poissons, entourés eux- 


1. PL IV, n° 372, p. 38, 1. Le tout simule un jardin analogue 
à celui qu'on voit sur la peinture 177 de la galerie égyptienne 
du Musée britannique ; la bordure, garnie de croix arbori- 
formes, achève la ressemblance. 

2. G. Maspero, L'Archéologie égyptienne, p. 283, fig. 264. 
Il m'a été impossible de reconnaitre la nature de ces bouquets. 


LES PLANTES DANS L'ART. 243 


mêmes d’une ceinture de fleurs de papyrus, reliées 
par une ligne sinueuse. Les vases de Thmouïs, con- 
servés à Boulaq, sont aussi décorés au repoussé de 
boutons et de fleurs épanouies de lotus”. 

Les grands d'Égypte, au temps des Ahmessides et 
des Ramessides, possédaient, pour le service de leur 
table, une riche argenterie : plats, aiguières à pied, 
coupes, gobelets, corbeilles, ainsi que de grands vases 
décoratifs, qu'on remplissait de fleurs aux jours de 
fôle. Quelques-uns étaient d’une richesse extraordi- 
naire. Telle une coupe, dont le fond est orné et le 
pied formé par une fleur épanouie de lotus; deux bou- 
tons de cette plante forment avec leurs tiges les anses, 
que supportent deux esclaves asiatiques somptueuse- 
ment vêtus”. Telle encore une espèce d’hydre aux anses 
formées par deux tiges de papyrus et qui a pour cou- 
vercle uné fleur de lotus renversée, accompagnée de 
deux têtes de gazelles. La panse, divisée en zones ho- 
rizontales, figure, dans celle du milieu, un fourré de 
papyrus que traverse en courant un antilope*. Deux 
burettes ont aussi pour anse des tiges recourbées de 
lotus en fleurs, dont la courbure est occupée par une 
élégante rosace‘. Enfin sur un étendard en bronze de 
Mouth ou de Neith on voit, au-dessous de l’image de 
la déesse, des fleurs et des boutons de lotus”. 

Les ornements tirés de la nature végétale occupent 


1. G. Maspero, L’Archéologie égyptienne, p. 300, fig. 275 
et 276. 

2. Prisse d’Avennes, op. laud., t. Il, pl. 95. — G. Maspero, 
op. laut, p. 302, fig. 279. 

3. Prisse d'Aveñnes, op. laud., t. Il, pl. 95,5. — G. Mas- 
pero, op. laud., p. 302, fig. 280. 

4. G. Maspero, op. laud., p. 303, fig. 281 et 282. 

5. C. Leemans, op. laud., pl. LXXXII, 71 c. 


244 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


encore une place plus grande dans divers surtouts en 
or; l’un, offert à Amenhotpou IIT par un vice-roi 
d'Éthiopie, se compose de deux coupes à pied bas, 
surmontées, la première d’une pyramide, la seconde 
d’une espèce de mastaba, et entourées l’une et l’autre 
par des palmiers doums'; un autre, de même date et 
de même provenance, représente la cueillette des fruits 
dans un bois de palmiers doums ; on voit des singes et 
des hommes grimpés sur les arbres, au pied desquels 
deux indigènes tiennent en laisse des girafes appri- 
voisées, tandis que d’autres habitants agenouillés à la 
lisière du bois lèvent les mains, comme s'ils implo- 
raient la pitié des troupes égyptiennes”. Sur d’autres 
surtouts présentés à Ramsès IT, dans le temple d'Ib- 
samboul, les girafes ont fait place à des buffles cos 
à travers Îles palmiers”. 

Les Orientaux sont grands amateurs de bijoux, les 
Égyptiens ne faisaient pas exception à cette règle; l’on 
a trouvé d'énormes quantités de joyaux’ dans les 
tombes pharaoniques ; mais les ornements qui les em- 
bellissent ne sont qu'exceptionnellement empruntés 
au monde des plantes; il n'y a que plus d'intérêt à 
signaler ceux qui en sont tirés. Le Musée de Leyde 
possède un diadème en argent doré, trouvé dans la 
tombe du pharaon Entouf IV, dont l’agrafe est ornée de 
deux fleurs de lotus émaillées*. On y voit aussi un col- 
lier formé de corolles de lotus en émail et de grains 


1. Gournet-Mourrai. Lepsius, Denkmäler, t. VI, pl. #18. 

2. Lepsius, op. laud., t. VI, pl. 118. — G. Maspero, L’Ar- 
chéologie égyptienne, p. 303, fig. 283. 

3. G. Maspero, op. laud., p. 303. 

&. C. Leemans, op. laud., pl. XXXIV. 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 245 


de corail’. Une égide contemporaine de la XXII° dy- 
nastie et maintenant au Louvre offre, autour d’une 
figure assise et ailée, des bandes concentriques rem- 
plies d’une riche ornementation*; les deux extérieures 
sont formées par des fleurs épanouies de lotus, séparées 
dans l’une, par de petits cercles, dans l’autre, par des 
cercles et des boutons. 


IT. 


Le monde des plantes n'occupait guère moins de 
place dans la poésie que dans l’art pharaonique. Il 
n’en pouvait pas être autrement ; le règne végétal était 
trop intimement mêlé à la vie des habitants de la vallée 
du Nil, pour qu'il ne füt pas associé à toutes Les ma- 
nifestations de leur pensée. Il faut voir avec quel 
amour Penbisit, scribe de Ramsès IT, décrit les richesses 
végétales d'Aanakhtou, « la ville de Ramsès», fondée 
par le pharaon”: 


« Ses campagnes, s'écrie-t-il, sont pleines de toutes les 
choses délicieuses... ses prés foisonnent d’herbages ; la plante 
ades en touffes, la plante aden-roga, aussi douce que le miel 
(croit) dans ses champs bien errosés. Ses greniers sont pleins 
de blé et d'orge. Les jones et les plantes aûger de l’enclos, 
les fleurs àbü du jardin fruitier… les grenades, les fruits {ephou 
et {eb, de la pépinière, les vins doux de Kakémé (y abondent). » 


Il était inévitable que les poètes d’un peuple qui ai- 


1. C. Leemans, op. laud., pl. XXXVII, 112. 

2. Perrot et Chipiez, op. laud., p. 834. 

3. G. Maspero, Du genre épistolaire chez les anciens Egyp- 
tiens. Paris, 1872, in-8, p. 103. Cf. Letter of Panbesa, transl. 
by. C. W. Goodwin. (Records of the past, t. VI, p. 13.) 


246 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


mait avec une telle passion les choses de là nature 
végétale, ne s’en inspirassent pas dans leurs fictions 
et ne lui empruntassent pas quelques-unes de leurs 
images et de leurs comparaisons les plus habituelles. 

L'un d’eux, on le comprend, place au milieu d’un 
jardin fleuri le récit de ses aventures et de son rendez- 
vous avec son amie‘ : 


« Elle me prit par la main et nous entrâmes dans son 
jardin. Les buissons (en) étaient verdoyants et tous étaient 
en fleurs. Il y avait des fruits kaïou et tipau? plus rouges que 
le rubis, ceux du perséa y ressemblaient au bronze et les 
bosquets avaient le lustre de la pierre nasheni*, les menni 
entrouverts nous livraient leurs amandes ; leur ombre, fraiche 
et bien aérée, était douce pour le repos de l'amour. » 


Dans un conte célèbre, celui des deux Frères, Bitiou, 
après avoir révélé à Anoupou la perfidie de sa femme, 
refuse de revenir au domicile commun et se retire au 
Val de l'Acacia”. La, il se construit une maison, dépose 
son cœur sur le sommet de la fleur de l’arbre et passe 
désormais ses jours dans la solitude. Mais les Dieux, 
« descendus en visite sur la terre, » ont pitié de son 
isolement, et Khnoum lui fabrique une beile femme. 
Bitiou en devient amoureux fou. Un jour cependant il 
la quitte pour aller à la chasse, non sans lui avoir au- 
paravant confié le secret de sa vie et recommandé de 


1. The tale of the garden of flowers, transl. by Fr. Chabas. 
(Records of the Past, t. VI, p. 153.) 

2. Chabas traduit par groseillier et cerises tout en avouant 
que ces fruits n'avaient probablement rien de commun que 
la couleur avec les kaïou et tipau. 

3. Feldspath de couleur verte. 

4. Fruit d'espèce inconnue. 

5. G. Maspero, Les contes populaires de l'Egypte ancienne. 
Paris, 1882, in-12, p. 14. 


e 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 247 


ne pas quitter la maison, car le fleuve, qui traverse la 
vallée, pourrait l'enlever. Bitiou parti, la jeune 
femme va se promener sous l’Acacia, qui était près de 
leur demeure ; bientôt elle aperçoit le fleuve qui venait 
à elle, elle s'enfuit et rentre dans la maison. Pour la 
sauver, l’Acacia livre une boucle de ses cheveux. La 
boucle, portée en Égypte, est remise à Pharaon; sur 
le conseil de ses scribes, celui-ci envoie des messagers 
à la recherche de celle à qui elle avait appartenu; il 
se trouve qu’elle est la fille de Phrà-Harmakhouti, et 
qu'elle « a en elle l’essence de tous les Dieux. » Bitiou 
tue les messagers, à l'exception d’un seul, lequel 
informe le roi de ce qui était arrivé. Alors le Pharaon 
expédie une véritable armée, et cette fois on ramène la 
fille des Dieux, que Pharaon « salue grande favorite! ». 
Quand il connut l'histoire de Bitiou, il envoya des 
hommes couper l’acacia. Lorsqu'ils eurent tranché la 
fleur sur laquelle était le cœur de Bitiou, celui-ci 
tomba mort sur l'heure. 

Averti par un présage, Anoupou se rend au Val de 
l’Acacia ; il y trouve son frère étendu sans vie; mais 
ce ne fut qu'au bout de trois ans qu’il put découvrir 
son cœur. Bitiou ressuscité se change alors en taureau 
et se rend avec son frère à la cour du roi pour repro- 
cher son inconstance à celle qui l’a abandonné. Irritée, 
celle-ci obtient qu'on mette à mort le taureau accusa- 
_teur; mais de son sang naissent deux perséas, qui 
trouvent une voix pour reprocher à l'épouse infidèle 
sa perfidie. Elle obtient qu'on les abatte, qu'on en fa- 
çonne des planches, et pour être certaine de sa ven- 
geance, elle assiste à l'opération; mais un copeau 


1. Le conte des deux frères, p. 20. 


248 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


roulant sous l’herminette des menuisiers lui entre dans 
la bouche: elle conçoit et met au monde, incarnation 
de Bitiou, un fils, qui devient roi d'Égypte. 

On voit par ce conte à quel point le monde des 
plantes pouvait être mêlé aux conceptions égyptiennes 
de la vie humaine ; pour le conteur pharaonique rien, 
de plus naturel que la société entre l’acacia et Bitiou, 
que l’apparition soudaine des perséas sortis de son sang. 
Ceux-ci sans doute ne sont que l'incarnation de Bitiou 
et l’on conçoit dès lors qu'ils puissent parler. Dans le 
dialogue suivant”, ce sont de vrais arbres, qui entrent 
en scène, mais ils n’en sont pas moins capables de sen- 
timent et de raison. Il n’est pas difficile, il est vrai, 
de trouver, cachés derrière eux, le poète et ses amis, 
qui ne semblent avoir pris ce costume d'emprunt que 
pour exprimer avec: moins de gêne leurs vrais senti- 
ments. 


« Mes graines sont l'image de ses dents, dit le premier; 
mon port ressemble à ses deux seins... Tous [les arbres] 
passent, sauf moi, dans le verger... je suis le premier [et 
pourtant] ils ne me considèrent plus que comme étant au 
second rang. S'ils me traitent encore de la sorte, je ne me 
tairai point à leur sujet... et quand on saura le crime, on 
châtiera la bien-aimée, qui ne retrouvera plus de bouquets 
de lotus blanc * et de boutons [d’offrandes] de lotus bleus et 
de parfums... 


On ne sait quel est l'arbre qui parle ainsi; M. Mas- 
pero suppose que c'était peut-être un vieux sycomore ; 


1. G. Maspero, op. laud., p. 1x et 26. 

2. G. Maspero, Les chants d'amour du papyrus de Turin et 
du papyrus Harris, n° 500. (Études égyptiennes. Paris, 1879, 
in-8, p. 217 et suivantes. ) 

3. J'ai substitué au mot « lis » de la traduction de M. Mas- 
pero celui de « lotus blanc. » 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 249 


on peut le croire facilement à ses prétentions, aux 
plaintes qu'il fait entendre d’être négligé pour un autre 
et relégué au second rang. Tout autre est le langage 
des deux autres arbres, jeunes et satisfaits, le figuier 
et le petit sycomore; on ne peut nier que pour des 
arbres, ils ne parlent fort bien. 


« Le figuier ouvre sa bouche, et son feuillage vient dire! : 
[Apprends de moi] ce qu'on [me] fait. Je [viens] vers une 
maitresse, qui certes est une reine comme moi et n'est pas 
une esclave. Moi donc, je suis le serviteur [apporté de Syrie] 
prisonnier de la bien-aimée : elle m'a fait mettre dans son 
parc, elle ne m'a pas donné [un breuvage commun]; le jour 
où je bois, mon ventre ne s’emplit point de vulgaire eau 
d’outre. On a trouvé réjouissant [que le jardinier] ne me 
donne plus à boire. Par mon double, 6 bien-aimée, puisse-t-il 
être amené en ta présence ! » 


Plus disert encore est le troisième arbre; mais son 
langage ne mérite pas seul de nous arrêter; les com- 
paraisons dont s’est servi le poète pour nous le peindre 
ne sont pas moins dignes de fixer l'attention. 


« Le petit sycomore qu'elle a planté de sa main ouvre sa 
[bouche] pour parler?. [Ses] accents sont [doux comme] une 
liqueur miellée d’un miel excellent; ses touffes sont gra- 
cieuses, fleuries. chargées de baies et de graines, plus rouges 
_ que la cornaline ; ses feuilles sont drues et bariolées comme 
l’agate, son bois est de la couleur du jaspe vert; ses graines 
sont comme les tamaris.. son ombre est fraiche et éventée de 
brise ; il [a fait] sa missive par la main d'une autre personne, 
la fille du chef jardinier qui le soigne et celle-ci l'a transmise 
à la bien-aimée. « Viens... Le verger est dans son beau jour. 
les gouverneurs de tes domaines se réjouissent... Que tes 
esclaves défilent devant moi, armés de leurs outils, grisés par 


1. Études égyptiennes, p. 224. 

2. Etudes égypliennes, p. 225. — A. Erman, Aegyplen und 
aegyptisches Leben im Altertum. Tubingen, 1885, in-8, p. 272- 
273. 


250 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


leur ardeur à courir vers toi... Que tes domestiques viennent, 
apportant de la bière, toute sorte de pains, des plantes nom- 
breuses, tous les fruits plaisants. Allons passe chaque jour 
dans le bonheur... assise à mon ombre, ton maître à ta droite; 
enivre-le, obéis à ce qu'il dit. Si la salle où l’on boit la bière 
est bouleversée par l'ivresse. si elle soulève son voile pendant 
sa promenade, moi j'ai le sein fermé et je ne dis point ce que 
je vois, non plus que ce qu'ils disent. » 


Quel arbre discretet comme il est digne de celle qui 
l'a planté! Il devait fleurir à une époque cultivée, ou 
plutôt raffinée, et son langage peut nous donner une 
idée assez exacte du style en honneur dans les pre- 
miers temps de la XX° dynastie’. Les fragments des 
chansons récréatives, qui nous ont été conservées par 
le même papyrus que le dialogue des trois arbres, nous 
en révèlent un autre aspect. Ici les plantes ne sont pas 
prises comme porte-parole, mais comme témoins de 
la sincérité du langage du poète, en même temps 
qu’elles lui fournissent les comparaisons les plus gra- 
cieuses et les plus variées : 

« O pourpiers?, mon cœur est en suspens quand tu fais ce 


qu'on recherche... O maitre de mon cœur, quelle est belle 
mon heure! : 

« À armoises de mon frère, devant qui l'on se sent plus grand, 
je suis ta sœur favorite et je te suis comme le champ où j'ai 
fait pousser des fleurs et toute espèce de plantes odorantes.… 

« O marjolaines de mon frère, j'ai pris tes guirlandes, quand 
ivre tu viens à moi... » 


Dans un chant d'amour du même papyrus, ce sont 
surtout les comparaisons que le poète à accumulées ; 


1. C'est à cette époque que M. Maspero, place la rédaction 
de ce dialogue poétique. | : 

2. Etudes égyptiennes, p. 253. J'ai conservé les noms de 
plantes tels que les donne M. Maspero, encore que quelques- 
unes, n'étant pas indigènes en Egypte, y aient dû être difficile- 
ment naturalisées à l’époque de la XX° dynastie. 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 251 


tel est en particulier ce passage d'une prière adressée 
au « (dieu) juste »", 
« Que ma sœur soit pendant la nuit comme la source vive 


dont les myrtes sont semblables à Phtah, les nymphaeas sem - 
blables à Sokhit, les lotus bleus semblables à Aditi. » 


Dans l'inscription d’une stèle du Louvre, dédiée par 
un Pharaon à sa fille Montiritis”, les comparaisons, em- 
pruntées au règne végétal, deviennent des métaphores 
ingénieuses, qui servent au roi à exalter la beauté de 
la princesse : 

« Une palme d'amour, la prêtresse d'Hâthor Montiritis, une 
palme d'amour, auprès du roi Menkhopriri! C’est une palme 

_ auprès de tous les hommes, un amour auprès de toutes les 
femmes. Noire est sa chevelure plus que le noir de la nuit, 
plus que les baies du prunellier (?), [rouge] sa [joue] plus que 


les grains du jaspe rouge, plus que l'entame d'un régime de 
dattes. » 


Ces comparaisons tirées du monde des plantes ap- 
paraissent à toutes les époques connues de la langue 
pharaonique. « Douce comme la palme, dans son amour 
pour son époux », lit-on° dans l’épitaphe de Noufirhot- 
pous, femme de Ti. « Je me parai des fines étoffes de mon 
palais pour paraître aux yeux comme une des plantes 
de mon jardin», dit Amenemhat dans ses instruc- 
tions à son fils Osourtisen*. « O palmier mama, grand de 
soixante coudées », s'écrie encore un poète”, s’adres- 
sant au dieu Thot, dont il voulait ainsi peindre ia 
puissance. 


. Études égyptiennes, p. 237. 
. Traduite par M. Maspero, Études égyptiennes, p. 257: 
. Dümichen, Resultate, tab. 111, p. 1, 2. 
. G. Maspero, Histoire ancienne, éd. in-12, p. 96. 
Victor Loret, Recherches sur quelques plantes, 1. (Recueil 
de travaux, t. IT, p..23.) 


TS D = 


CHAPITRE VII 


LES PLANTES DANS LES LÉGENDES DIVINES 
ET DANS LES CÉRÉMONIES PROFANES ET RELIGIEUSES. 


Comme tous les peuples primitifs, les anciens Égyp- 
tiens vénérèrent d’abord les forces de la nature; 
c'étaient pour eux des divinités bienfaisantes ou funes- 
tes, dont il fallait obtenir la faveur ou apaiser la colère”. 
Créés par un effort d’abstraction, chacun de ces dieux vit 
ses attributs varier avec le temps et le lieu où 1l était 
en honneur; des rapports arbitraires de parenté ou de 
dépendance furent établis entre eux ; ils se groupérent 
et se hiérarchisèrent, en vertu de conceptions parti- 
culières et formèrent le panthéon le plus complexe et 
le plus nombreux que l’on connaisse. 

C'est ainsi que Nou, l'océan ou l’abime céleste*, 
dieu, source de la vie et longtemps unique, forma plus 


1. Il faut être égyptologue pour entreprendre un exposé de 
la théogonie égyptienne ; on comprendra que je ne l’aie point 
essayé ; je me suis borné ici à faire connaïtre les principales 
divinités du Panthéon égyptien, qui figurent dans les légendes 
des plantes. 

2. Victor von Strauss und Torney, Æntstehung und Ge- 
schichte des allägyptischen Gütterglaubens. Heidelberg, 1891, 
in-8, p. 108, ne voit dans Nou que le ciel divinisé. 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 253 


tard, avec Nounet, la matière primordiale, Kek, 
l'Érèbe égyptien, et Keket, personnification des ténè- 
bres, Heh et Hehet, le temps et l'esprit, et les person- 
nifications obscures de Nenou et de Nenout, un pre- 
mier groupe de huit divinités, abstractions confuses 
des forces primordiales de la nature, qui s’effacèrent, à 
l'exception de Nou, pour faire place à une ennéade de 
divinités plus saisissables; issue du Dieu solaire Toum 
ou Atoum': Shou, l'atmosphère déifiée, qui sépare 
le ciel de la terre”, et Tafnout, la déesse de la grâce 
et de la beauté suprêmes, puis Sibou, le « père des 
dieux », regardé à l’origine comme une émanation de 
Nou, plus tard comme fils de Shou et de Tafnout, et 
Nouit, la « mère des Dieux », personnification du 
ciel étoilé, puis encore Ousiri— Osiris — issu de Sibou 
et de Nouit, le dominateur du monde suprême et le 
juge des enfers, et Ousit ou [sit — Isis — sa sœur et 
son épouse, la bienfaitrice des hommes, Har ou Hor 
— Horus — leur fils, le successeur et le vengeur 
d'Osiris. Encore enfant et resté près d'Isis, c'était 
Horpikhroud où Harpekhroudou, « Horus l'enfant », — 
Harpocrate — ; considéré comme l’égal d'Osiris, c'était 
Horus l’ainé ou Haroïri. Horus fut aussi envisagé 
comme la personnification du ciel ou de la lumiere 
céleste et comme tel ilremontait aux premiers âges de 
la religion égyptienne. Outre Osiris et Isis, naquirent 


1. H. Brugsch, Religion und Mythologie der alten Aegypter 
nach den Denkmülern. Leipzig, 1888, in-8, p. 128-145, 231 
et 281. 

2. M. Paul Pierret le regarde comme la force cosmogonique 
du soleil personnifiée. Le Panthéon égyptien. Paris, 1881, in-8, 
p. 17. — A. Wiedemann, Die Religion der alten Aegypter. 
Münster i. W., 1890, in-8, p. 18, en fait un fils de Rà et de 
Häthor. 


254 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


de Sibou et de Nouit, Sit, rival d’abord, puis l’ennemi 
et le meurtrier de son père, et Nebthat — Nephthys — 
mère d'Anoupou—Anubis —, sœur de Sit et son épouse, 
avant qu'il fût devenu le génie du mal”. 

Comme les autres forces de la nature, le soleil et la 
lune furent personnifiés ; ils avaient à l'origine fait 
partie du ciel; alors que Hor en était regardé comme 
l’incarnation, ils étaient les deux yeux du Dieu; mais 
ils prirent bientôt une existence individuelle et le 
soleil devint un Dieu et même le plus puissant des 
Dieux”. Sorti du sein de Nou, il s’est engendré lui- 
même, ainsi que le monde ; mais il s’est manifesté 
sous les formes les plus diverses. Dans la Basse- 
Égypte il prit le nom de Toum ou Atoum, le maître 
des Dieux de On — Héliopolis — force génératrice de 
la lumière, édificateur du monde dont les membres, 
créés par lui, composent la grande ennéade”*. 

Toum fut surtout le dieu des théologiens ; pour le 
peuple la vraie personnification du soleil était et resta 
Rà*, dieu suprême, tout puissant, sans égal, élevé 
au-dessus des autres dieux et leur père, comme celui 
des hommes”. Toutefois, par une de ces alliances si 
communes dans la théogonie égyptienne, Rà et Toum 
ne restèrent pas isolés dans leur grandeur abstraite ; 
ils s’unirent pour former un seul dieu Rà-Toum ou 


1. H. Brugsch, op. laud., p. 408-422. 

2. Pour A. Wiedemann, op. laud., le culte du soleil remon- 
terait aux temps préhistoriquos. 

H. Brugsch, op. laud. » P- 281- 

. Maspero, Histoire ancienne, , p. 136 et 140. — Les 
Ne royaux de Thèbes. idee ni DÉC et d'ar- 
chéologie égyptiennes, t. IT, p. 7.) 

5. V. von Strauss und Torney, Die allägyptischen Gülter 
und Gôültersagen. Heïdelberg, 1889, in-8, p. 240-253. 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 25 


Atoum-Rà, qui hérita de leurs prérogatives respec- 
tives. Après avoir été « le soleil antérieur au monde », 
Toum représenta surtout le soleil à son coucher; 
Khepra ou Khopri, « le dieu qui nait », le personnifia à 
son lever ; la lumière de midi s’incarna dans Rà‘ ou 
dans la déesse Mentou, et Sovkou, « le crocodile », 
qui veille sur la montagne d’où sort le soleil, person- 
nifia les rayons redoutables de l’astre*. Il y eut aussi 
non pas union, mais une confusion véritable entre Rà 
et Horus; Rà s’empara de toutes les épithètes d'Horus 
et Horus de tous les rôles de Rà ; Harmakhouti, « l'Ho- 
rus des deux horizons », désigne à la fois l’Horus, c’est- 
à-dire le soleil, qui sort de la montagne de l’est au 
matin — le soleil levant — et l'Horus, qui le soir 
s'enfonce dans la montagne de l’ouest — le soleil cou- 
chant”. 

L'évolution de la pensée religieuse des anciens 
Égyptiens ne s'arrêta pas là et le caractère de leurs 
dieux était trop peu stable pour qu'ils ne dussent pas 
subir sans cesse de nouvelles transformations. C’est 
ce qui arriva à Shou en particulier ; il devint tour à tour 
ou suivant les lieux Phtah, Khnoum, Khonsou même, 
Haroïri — Aroëris —, d’autres encore‘. Phtah, le dieu 
de Memphis « demeure de Phtah » — Hà-kou-Phtah —., 
le grand dieu, auquel les divinités des demeures su- 
périeures donnent le vivre et le manger, le distribu- 


1. « Je suis Khepra le matin, Rà à midi et Toum le soir », 
dit un papyrus de Turin. Lanzone, Dizionario di elimologia 
egiziana. Torino. 1887-88, in-4, p. 930. 

2. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 330-336. ,— 
Paul Pierret, op. laud., s. v. 

3. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 100. 

&. H. Brugsch, op. laud., p. 422-532. 


256 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


teur des vivres dans le monde souterrain, s’est trans- 
formé à son tour en Tanen ou Tatounen, dieu suprême, 
qui a formé les hommes et fait les Dieux. Comme tel, 
il eût pour femme Sokhit, « la gaie », assise à l’occi- 
dent du ciel”, et pour fils Imhotpou, « le paisible », 
dieu guérisseur, l’Asklepios égyptien. 

Tandis que le dieu suprême était Phtah à Memphis, 
à Éléphantine c'était Khnoum, à la tête de bélier; 
créateur des hommes, père des pères et mère des 
mères, on le trouve associé aux « fées des cataractes » 
Satit — Satis —, qui veille au seuil du Nil et Anouqit, 
l’'Hestia égyptienne”. De Khnoum et de Satit naquit 
un dieu populaire, Khem, le Pan des Grecs, force vivi- 
fiante de la divinité; uni à Hor, il devint Khem-Hor, 
à Rà, Khem-Râ*. 

De Phtah il faut rapprocher Nefertoum ou Noufir- 
toum, « la belle fleur de Toum », honoré comme lui 
à Memphis, une des personnifications du soleil 
levant. Le soleil à midi, lui, trouvait une nouvelle 
personnification dans Haroïri, autre divinité de la 
famille de Shou. À cette famille Brugsch rattache en- 
core‘, Màt ou Maït, déesse de la vérité et de la justice 
et Thot ou Thout, « le secrétaire des dieux, seigneur 
des paroles divines, calculateur du ciel et de ses 
astres” ». On peut lui associer Safekh, « la déesse des 
livres », et en rapprocher Anoupou ou Apherou, dieu 


1. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 426 et 431. 

2. G. Maspero, La mythologie égyptienne. (Etudes de my- 
thologie et d'archéologie égyptiennes. Paris, 1893, in-8, t. II, 
p..273.) — Brugsch, op. laud., p. 299-302. 

3. V. von Strauss und Torney, 0p. laud., p. 271. 

4. Op. laud., par. 178 et 181, p. 477 et 484. 

5. Paul Pierret, op. laud., :p. 13 et 15. 


ll. 4 d'il: 


- - 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 257 


bienveillant qui, à la mort, prenait sous sa garde le 
corps du défunt’. 

A côté de Toum se plaçait Hàthor, l’Aphrodite 
égyptienne, « la belle et la bonne », comme elle est 
appelée dans une inscription de Merenra, déesse de 
l'amour et de la joie, « la dame du ciel »; devenue 
épouse de Hor, elle en eut pour fils Ahi. Son culte, à 
l’époque de la décadence égyptienne, prit une impor- 
tance considérable; l'érection du temple de Dendérah 
en son honneur en est un témoignage éclatant”. 

En face de Rà se trouve Amon ou Amen, « le 
caché », dernier terme et suprême degré du dévelop- 
pement mythique de l’ancienne Égypte; uni à Rà, il 
est devenu Amon-Rà, qui domine sur la double terre, 
seigneur du ciel, roi des Dieux, maitre de l'éter- 
nité*. On lui donna pour épouse Mout ou Maut, « la 
mère », qui devint ainsi la « maîtresse du ciel », la 
«reine des Dieux »*. D’Amon-Rà et de Maut naquit 
Khonsou, « le maitre des sacrifices », dieu ancien, 
regardé aussi comme une transformation de la divinité 
primordiale Shou”, admis maintenant au rang des 
dieux solaires. 

Telles étaient les principales divinités du Panthéon 
égyptien, les autres prirent naissance plus tard ou sont 
sans importance pour le sujet qui nous occupe ; inutile 
dès lors d'en faire mention. Il est encore un dieu pha- 
raonique cependant dont il me faut parler, c’est Hapi, 
personnification du Nil, ce fleuve bienfaiteur de 


. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 201. 

. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 166-172. 
. Paul Pierret, op. laud., p. 95. 

V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 407. 

. H. Brugsch, op. laud., p. 493. 


E 17 


JU © D 


258 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


l'Égypte, sorti d'Osiris et dont les flots gonflés des- 
cendent de l'Océan céleste’. De serviteur des dieux, il 
fut, sous le nouvel empire, élevé à leur rang; on le 
compara à Khnoum; il devint le symbole cosmique du 
principe surnaturel Nou, le créateur de ce qui est 
nécessaire à la vie des hommes, un dieu mystérieux, 
objet de la vénération des nouvelles générations. 


ET: 


Comme le reste de l'univers, le monde végétal était 
soumis aux dieux, arbitres de tous les êtres. Rà ou 
Amon-Rà en était le créateur. Les plantes, avec tout 
ce qui a vie, avaient jailli de ses prunelles, quand le 
dieu, apercevant, à son premier lever, la terre nue et 
déserte, l'avait inondée de ses rayons, comme d’un 
flot de larmes.® « Dieu unique, créateur des êtres, 
formateur des choses », dit un hymne en son honneur, 
qui remonte à la XIX° dynastie”, « il a créé les 
plantes qui nourrissent le bétail et les arbres à fruits 
pour les hommes ». 

Une légende‘ attribuait l’origine de diverses plantes 
aux larmes tombées des yeux ou à la salive sortie de 
la bouche de certains Dieux. Aïnsi lorsque Horus 
pleure, ses larmes donnent naissance à de suaves 


1. H. Brugsch, op. laud., p. 638. — Maspero, {Histoire an- 


cienne, t. I, p. 19. 

2. G. Maspero, /isloire ancienne, t. I, p. 156. 

3. Grébaut, /Zymne à Ammon-Râ du papyrus égyptien du 
Musée de Boulag. Paris, 1875, in-8, pl. VI, p. 16 et pl. XXII, 
p. 27. — G. Maspero, op. laud., p. 285. — H. Brugsch, Aeli- 
gion und Mythologie, p. 693. 

4. Magical Texts. (Records of the past, t. VI, p. 115-116.) 


ur do à 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 259 


parfums. Les larmes tombées dés yeux de Shou, « le 
fils, » et de Tefnout, « la fille du soleil’, » se chan- 
gent en arbres qui produisent l’encens. Quand le 
soleil faiblit et qu'il transpire, la salive, qui de sa 
bouche dégoutte sur la terre, fait naître autant de 
papyrus. La sueur de Nephthys donne de même nais- 
sance à la plante fas*. Baba — Typhon —, au con- 
traire, saigne-t-il du nez, son sang se change en une 
plante qui devient un cèdre et produit l'essence de 
térébenthine. 

Osiris présidait à la propagation du monde végétal ; 
c'était lui qui fécondait le sol de l'Égypte. « Osiris 
de l'Ouest, dit un hymne sacré”, toutes les plantes 
croissent à ton approche ; ce qui était mort repousse 
et les papyrus verdoient sous l'humidité. » Aussi ce 
dieu fut-il considéré comme le père de l’agriculture. 
On lui attribuait l'invention de la charrue ; c’était lui 
qui avait enseigné aux hommes à façonner la terre et 
récolter le blé et l'orge‘. 

Isis avait des attributs analogues; on la regardait 
comme la « créatrice des vertes moissons” ». C'était 
elle qui avait apporté aux hommes les céréales qui les 
nourrissent. « Je suis Isis, lui fait dire une inscription 
mentionnée par Diodore’. qui la première enseigna 
aux hommes l'usage du blé. » Et le texte, qui accom- 
pagne son image sur une peinture du temple d’'Osiris 


1. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 172 et 192, pl. XXXIX. 

2. Peut-être le cinnamone. Victor Loret, Le Xyphi, parfum 
sacré des anciens Egyptiens. Paris, 1887, in-8, p. 46. 

3. H. Brugsch, op. laud., p. 613 et 626. 

4. Diodore, Bibliotheca, lib. I, cap. 14, 1. 

5. H. Brugsch, op. laud., p. 647. 

6. Bibliotheca, lib. I, cap. 27, 4. 


260 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


à Dendérah!, la représente comme « celle qui fait 
grandir le blé par son action, qui donne au blé son 
éclat depuis le soir jusqu’au matin ». 

Ainsi qu'Osiris, Khem, « le laboureur * », présidait 
au monde des plantes ; c'était le dieu des jardins et des 
champs ; une peinture pharaonique le montre debout, 
la main droite levée”; derrière lui, sur une espèce 
d'autel, se dressent deux sycomores, tandis que devant 
lui un roi retourne, avec le hoyau, le sol auquel sera 
confié la semence nourricière. Sur une peinture de 
Médinet-Habou, qui représente une procession faite en 
l'honneur de Khem à l’époque de Ramsès HI“, on voit 
le pharaon, assisté de la reine, couper, emblème de la 
moisson, des épis de blé que lui présente un prêtre. 

Le Nil — Häpi —, « créateur de toutes les choses 
bonnes », présidait, lui aussi, au monde végétal ; 
dans un hymne que j'ai déjà cité *, il est célébré 
comme « faiseur de blé, producteur d'orge », comme 
celui qui « donne le fourrage des bestiaux » et remplit 
les greniers. | 

Créées par les dieux, soumises à leur influence 
féconde, les plantes prirent place dans leurs légendes. 
Avant la création, Rà, le soleil, encore plongé dans le 
Nou, l'Océan primordial, tenait son disque emprisonné 
dans un bouton de lotus, dont les pétales repliés 


4 


l'avaient préservé; mais lorsqu’au matin du premier 


1. A. Mariette, Dendérah. Description générale du grand 
temple de celte ville. Paris, 1875, in-4, p. 283; atlas, t. IV, 
pl. 58. 

. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 372. 

. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 404 et t. III, p. 22-24. 
. Wilkinson, op. laud., t. IT, pl. LX. 

. Chapitre I, p. 5. 


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LES PLANTES DANS LES MYTHES. 261 


jour Toum lança du fond du gosier le mot créateur : 
« Viens à moi », le lotus s’ouvrit et le dieu en surgit 
brusquement, semblable à un enfant coiffé du disque 
solaire’. « Le soleil, qui existe dès le commencement, 
dit une inscription du temple d'Hàthor à Dendérah*, 
en faisant allusion à cet acte créateur, s'élève, sem- 
blable à un faucon, du milieu de son bouton de lotus, 
lorsque s'ouvrent, dans leur éclat de saphir, les portes 
de ses feuilles, il sépare la nuit du jour. » Sur une 
peinture du temple d'Edfou, qui représente les divi- 
nités primordiales, on voit le soleil enfant au-dessus 
d’une fleur ouverte de lotus, qui se dresse au milieu 
d'un bassin rempli d’eau, emblème de Nou*°. « En ou- 
vrant les yeux, dit l'inscription qui s’y rapporte", il 
éclaire le monde et sépare la nuit du jour... Quand il 
s'élève brillant du milieu du lotus, tous les êtres 
prennent vie ». 

Lorsque le coffre, dans lequel Sit, aidé de ses com- 
plices, avait traitreusement enfermé Osiris, eut été 
jeté dans le Nil, les flots le déposérent au pied ou, 
suivant une autre version, au milieu des branches d’un 
tamaris gigantesque”. Cet arbre figure aussi souvent 
dans les représentations d'Osiris. Dans la chambre du 
temple de Philae, consacrée à ce dieu, ainsi que sur 
une tombe de Hou — Diospolis parva —, était peint 


1. G. Maspero, Aistoire ancienne, t. I, p. 137 et 140. 

2. H. Brugsch, Die mythologie und Religion, p. 103. 

3. G. Maspero, op. laud., t. I, p. 136. 

4. H. Brugsch, op. laud., p. 164. 

5. ‘Yro rs Oalarene Exxumavsïionv army (Atpvaxx) dcelun vivt 
0 x\0wv rposéuukev. Plutarque, De Iside et Osiride, cap. 15. 
— Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1858, 
p.133. 


262 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


un tamaris !. Sur les rameaux de l’arbre sacré, dans la 
peinture de cette dernière localité, on voit planer 
l'oiseau bennou, espèce de héron (Ardea qarzetta L.), 
symbole de l’âme du dieu. 

Une peinture de la chambre hypostyle du Memno- 
nium* représente Ramsès IT, revêtu des insignes du 
pouvoir souverain, assis sur un trône à l'ombre d’un 
perséa, pendant que le dieu suprême Rà-Toum, la déesse 
de la science Safekh et Thot écrivent sur les fruits de 
l'arbre le nom du pharaon. À Médinet-Habou’, on voit 
Thoutmès I, amené par Hàthor et Thot devant l’arbre 
de vie, sur les fruits duquel le dieu Amon-Rà écrit 
une formule sacrée. À Derri*, Ramsès IT est repré- 
senté debout au pied du même arbre entre Thot, Phtah 
et Safekh ou Pakht. 

Mais les anciens Égyptiens n’associèrent pas seule- 
ment les arbres à la vie des dieux, ils en firent des 
dieux eux-mêmes et les honorèrent comme tels. Ce fut 
surtout le sycomore qui devint pour eux un objet de 
vénération ; poussant jusqu’à la limite du désert, où il 
prospère, comme par miracle, sur son lit de sable, et 
défiant, par sa ramure impénétrable, les rayons du 
soleil du midi, cet arbre revêtit à leurs yeux un carac- 
tère divin ; on se le représentait comme animé par un 
esprit qui se cachait en lui, mais se manifestait en 
certaines occasions, sortait du tronc la tête ou le corps 


1. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 349 et 350. 

2. Champollion, op. laud., t. IV, pl. CCCXXXIV. — Lep- 
sius, Denkmäler, t. VI, pl. CLXIX. — Wilkinson, op. laud., 
t. I, p. 203, pl. XLIII. 

3. Lepsius, Denkmäler, t. V, pl. 37. 

&. Champollion, op. laud., t. 1, pl. XLIT. — Rosellini, op. 
laud., t. HI, pl. VII, 3. 


VF IRAN 


; 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 263 


tout entier, puis y rentrait, pour être résorbé ou 
mangé de nouveau’. Sur une peinture du tombeau de 
Rat’eserkasenb, on voit, à la lisière d'un champ, dont 
il semble protéger la récolte, se dresser un sycomore, 
au pied duquel sont placées, à droite, de la vaisselle, à 
gauche, une grande jarre entourée d’une tige végétale. 
Plus loin sont disposés trois vases environnés de tiges 
semblables. Devant l'arbre symbolique, un personnage 
fait une révérence en levant une main à la hauteur de 
la bouche et baissant l’autre au niveau des genoux *. 
C’est la représentation fidèle de ce qui se faisait chaque 
jour dans une partie de l'Égypte. Les nomes Memphi- 
tite et Létopolite, en particulier, renfermaient plu- 
sieurs sycomores, où des doubles de Nouit et d'Häthor 
habitaient au su de tous. Le plus célèbre d’entre eux, le 
sycomore du Sud — nouhit risit —, était, dit M. Mas- 
pero”, « comme le corps vivant d'Hàthor sur notre 
terre ». : 

Ces arbres vénérés prirent place avec les autres 
végétaux dans le monde mythique; le portail immense 
que traversait le soleil, en sortant des régions où il 
avait voyagé la nuit, était encadré de deux sycomores, 
tout en pierres précieuses de couleur verte‘. Dans 
leur voyage périlleux aux « Champs des Souchets » 
— Sokhit Ialou — le paradis des Égyptiens, les 
âmes des « suivants d'Horus » — Shosouou Horou — 


1. G. Maspero, Les hypogées royaux de Thèbes. (Études de 
mythologie et d'archéologie égyptiennes, t. IT, p. 104.) 

2, V. Scheil, Le tombeau de Ral'eserkasenb. (Mémoires de la 
Mission archéologique au Caire, t. V, fase. #4, p. 578, pl. IV.) 

3. G. Maspero, /istoire ancienne, t. 1, p. 122. — Études, 
t. Il, p. 226. 

k. G. Maspero, Le livre des morts. (Etudes de mythologie et 
d'archéologie égyptiennes, t. 1, p. 333.) 


26% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


rencontraient dans le désert où ils s’enfonçaient, après 
avoir gravi la montagne de l'Occident, un sycomore 
toujours vert; sortant du milieu du feuillage, la déesse 
Nouit ou Hàthor leur tendait, d’une main, du pain et 
des fruits et, de l’autre, leur versait une eau rafrai- 
chissante‘. 

Cet acte mystique est souvent représenté sur les mo- 
numents, et en particulier dans le Livre des Morts. Il 
préparait le défunt à recevoir la couronne de la justifi- 
cation *. Le Papyrus d’Ani, par exemple, nous montre 
l’âme et le double du défunt qui, après s'être désal- 
téré avec sa femme de l’eau d’un réservoir ombragé 
d’un palmier et de divers arbres”, prie agenouillé de- 
vant le sycomore de la déesse : « O Sycomore de Nouit, 
donne-moi l’eau et le souffle de vie qui procède de 
toi. » Et la déesse, en lui versant l’eau fortifiante, et 
lui tendant des fruits de l'arbre sacré, lui répond : 
« O Osiris, père divin, reçois la libération de ma propre 
main *.» Dans un passage du Livre des Morts de Turin, 
on trouve une prière semblable, mais adressée en fa- 
veur du double, non par lui” : 


« O sycomore de Nout, toi qui rafraichis ceux qui sont dans 
le royaume des morts, étends tes bras sur ses membres, pro- 
tège-le contre la chaleur, rafraichis l’Osiris N. à l'ombre des 
arbres qui apportent les brises du nord. » 


1. G. Maspero, Histoire ancienne, p. 18%. 

2. W. Pleyte, La couronne de la justification. (Actes du 
sixième Congrès international des Orientalistes, t. IV, p. 9.) 

3. The book of the dead. Facsimile of the papyrus of Ani. 
London, 1890, in-fol., pl. XVI, p. 14. 

4. Paul Pierret, Libalion vase of Osor-ur. Musée du Louvre, 
n° 988. (Records of the Past, t. XII, p. 77-78). 

5. Turiner Todtenbuch, cap. 152, 7, 8, ap. V. von Strauss 
und Torney, op. laud., p. 63. 


UT TU, 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 265 


Une peinture du tombeau de la reine Thiti' repré- 
sente cette princesse debout en prières devant le sy- 
comore de vie, du sommet duquel la déesse Hithor 
semble lui tendre la nourriture purifiée qui doit la 
fortifier. De l’autre côté de l’arbre, la vache d'Hà- 
thor l'attend au pied du Manou, « la montagne de l'Oc- 
cident », pour la guider dans son voyage vers l’autre 
vie. Dans le Livre des Morts de Turin’, le bras seul 
de la déesse sort du sycomore, qui se dresse auprès 
d’un réservoir, pour verser à l'Osiris agenouillé l’eau 
qui doit étancher sa soif : 


« Elle conforte et rafraichit les esprits du couchant, dit 
l'inscription qui accompagne cette représentation symbolique *; 
elle enlace les membres de N. N. de ses bras; elle le protège 
contre la chaleur; elle donne de la fraicheur à ce mort sous 
le couvert et à l'ombre de ses feuilles, qui font entendre de 
doux murmures au défunt assis, le cœur calme, sur son siège 
dans l'éternité. » 


Sur une peinture d’Abd-el-Gournah* on voit Nouit 
surgissant du milieu d’un sycomore et tenant un pla- 
teau couvert de pains et de fruits d’une main, del’autre 
une jarre, d'où se répand l'eau salutaire que boivent 
avidement six personnages, assis autour de l'arbre 
sacré : « Je te verse cette eau », dit la déesse, en 


1. G. Bénédite, Le tombeau de la reine Thiti. (Mémoires 
de la Mission archéologique au Caire, t. V, p. 106, fasc. 3, 
pl. VIL) 

2. Das aegyptische Todtenbuch der XVIII bis XX  Du- 
naslie. Aus verschiedenen Urkunden hgg. v. Edouard Naville. 
Berlin, 1886, in-fol., pl. LXXIIT. 

3. Je me sers de la traduction donnée par Franz Woenig, 
Die Pflansen im allen Aegypten, p. 284. 

4. Champollion, Monuments de l'Egypte, t. IX, pl. CLXXXIV, 
1. — Rosellini, Monumenti civili, atlas, pl. CXXXIV, 1. — 
Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 185. 


266 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


s'adressant au premier personnage, le chef de la fa- 
mille, dont l’artiste pharaonique a représenté, outre le 
double, l’âme sous forme d’un oiseau. Au pied du sy- 
comore s'étend un réservoir couvert de lotus, au mi- 
lieu desquels nagent des poissons et des oiseaux aqua- 
tiques; deux touffes de papyrus se dressent sur ses 
bords, où se promènent des hérons'. Rosellini a repro- 
duit une autre peinture de la mème scène, provenant 
de la même région, mais d’une époque postérieure*; 
elle représente encore Nouit versant l’eau, qui doit les 
désaltérer, à un seigneur égyptien et à sa fenime, assis, 
de magnifiques bouquets de fleurs à la main, devant 
l'arbre sacré. 

Dans une peinture reproduite par Wilkinson’, c'est 
l'âme seule du mort, épervier à tête humaine, qui re- 
çoit, dans ses mains avides, l’eau versée par Nouit du 
milieu de son sycomore. Le perséa se substituait 
parfois à ce dernier arbre, comme Hàthor à Nouit, dans 
ce rite funéraire; une peinture, reproduite encore par 
Wilkinson, mais sans indication d’origine, nous montre 
cette déesse versant, du milieu des rameaux d'un per- 
séa, à une âme altérée l’eau qui lui rendra sa force et 
sa vigueur premières. 

Si les défunts avaient déjà rencontré pendant leur 
voyage aux champs d'Ialou des arbres sacrés et bien- 
faisants, le monde végétal tout entier les attendait 
dans ce séjour délectable, véritable paradis”, où Osi- 


. Rosellini, Monumenti civili, texte, t. IT, p. 45 
. Monumenti, pl. CXXXIV, 3. 
The manners, t. II, pl. XXIV, : 
The manners, t. IT, pl. XXVITT, p. 118. 
5. F.-J. Lauth l'appelle « l'Élysée ». Aus Aegyplens Vorzeit. 
Berlin, 1886, in-8, p. 52 et suiv. 


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LES PLANTES DANS LES MYTHES. 267 


ris, rappelé à la vie par les arts magiques d'Isis et 
l'adresse d’Anubis, avait fixé sa résidence et réservait 
une place aux suivants d'Horus. Le soleil et la lune 
éclairaient sans cesse cette région fortunée, le vent 
du nord y tempérait de son souffle les ardeurs du jour; 
les moissons poussaient vigoureuses et abondantes dans 
ses champs immenses; des canaux y entretenaient la 
fécondité ; des jardins délicieux offraient la fraicheur 
de leur ombre aux âmes fatiguées des travaux de la 
moisson‘. Il y avait là, comme le dit M. Maspero*, une 
« sorte d'Égypte céleste, d'une fertilité inépuisable » ; 
j'ajouterai que la flore de cette région mythique ne 
différait pas de celle de l'Égypte terrestre. 

 Siles plantes de la vallée du Nil avaient pénétré 
dans les champs d'Ialou — l'Élysée pharaonique — 
quelques-unes aussi se retrouvaient dans l'Amenti — 
l'Hadès égyptien —; au pied de la montagne, qui le 
borne à l'occident, croissaient de gigantesques papy- 
rus; la planche XXXVII du Papyrus d’Ani’ nous 
montre la vache Mirit, personnification d'Hàthor, s’a- 
vançant, la tête couronnée du disque solaire, par une 
fente de la montagne au milieu d’un fourré de ces cy- 
péracées. 

Ainsi associées aux légendes sacrées et aux croyances 
mythiques, les plantes devinrent l'emblème des divi- 
nités du Panthéon égyptien. Le tamaris était l'apanage 
ordinaire d’Osiris ; un tamaris, qui dépassait, dit Plu- 
tarque*, un olivier en hauteur, ombrageait le tombeau 


1. G. Maspero, Aistoire ancienne, t. I, p. 181. 

2. Le livre des morts. (Etudes de mythologie et d'archéologie 
“égyptiennes, t. T, p. 348.) 

3. Cf. Naville, Das Todtenbuch, cap. 186, pl. CCXIT, 2 et 3. 

:. De Iside et Osiride, cap. 21. 


268 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


du Dieu à Philae. Un tamaris est aussi représenté sur 
les bas-reliefs du grand temple de Dendérah près du 
cercueil de l’Osiris de l’ouest”. Parfois aussi on regar- 
dait le palmier comme l’apanage de ce Dieu*. Le perséa 
était consacré à Hâthor*. D’après Plutarque‘, cet arbre 
était aussi consacré à Isis, ainsi qu'à Osiris ; l'écrivain 
grec en donne pour raison singulière que son fruit res- 
semble au cœur et sa feuille à la langue. Le sycomore 
était à la fois consacré à Isis, à Nouit et à Hâthor; 
cette dernière est appelée la « dame du sycomore » 
sur une inscription”, et Nouit se donne à elle-même le 
titre de « nourrice du sycomore »°. Arbre d'Häthor, le 
sycomore était cher aux amoureux’; ils aimaient à 
reposer à son ombre. D'après Horapollon*, l’année 
avait pour emblème une branche de palmier ; on repré- 
sentait Toth, ainsi parfois que Safekh et Khonsou’, 
marquant sur une palme, qu'ils tiennent à la main, le 
nombre des années de la vie humaine. Le jujubier — 
noubsou — avait donné son nom à la ville nubienne de 
Pnoubsou. Thot de Pnoubsou est représenté sur un bas- 
relief de Dakleh assis à l'ombre de cet arbre, sous la 
forme du singe Ostanès 


1. A. Mariette, Dendérah, atlas, t. IV, pl. LXXII. — Cham- 
pollion, Monuments, t. I, pl. 88. 

2. Magical texts. (Records of the past, t. VI, p. 117.) 

3. G. Schweinfurth, De la Flore pharaonique. (Bulletin de 
l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p, 68.) 
. De Iside el Usiride, cap. 68. 
. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 118, pl. XXXIII, 
Rosellini, Monumenti civili, t. III, p. 458. 
Franz Woenig, Die Pflanzen im aiten Aegypten, p. 287. 
Hieroglyphica, lib. I, cap. 8. 

9. Wilkinson, op. laud., t. IT, p. 164, 174 et 203. 

TOC Maspero, Notes au jour le jour. (Proceedings of the 
sociely of biblical Archaeology, t. XIII, p. 497.) Cf. Goodwin, 


Dour 


DO 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 269 


Les arbres ne furent pas seuls revêtus d’un caractère 
divin et consacrés aux Dieux, bien d’autres plantes 
jouirent du même privilège. Tels furent en particulier 
le lotus et le papyrus, emblêmes le premier de la Haute 
et le second de la Basse-Égypte'. Sur un bas-relief de 
Dendérah on voit Osiris accroupi sur une colonne entre 
deux bouquets de papyrus et de lotus, personnification 
de ces deuxrégions*. Ces plantes étaient aussi l’'emblême 
du Nil — le dieu Hapi — ; une statue du British 
Museum le représente tenant à la main un plateau d’où 
pendent, avec des oies et des grives, des épis et des 
fleurs de lotus, tandis qu’à ses pieds se dressent des 
tiges de papyrus *. Sur un bas-relief du temple de Sétil, 
à Abydos, on voit les Nils agenouillés qui apportent la 
richesse à chaque nome de l'Égypte, tenant chacun à 
la main gauche un faisceau de papyrus, et de la droite 
un plateau chargé de fruits, de divers mets et de jarres 
pleines d’eau, ainsi que de bouquets faits de fleurs de 
lotus *. 

Une peinture du Musée de Berlin nous montre 
le pharaon Amenhotpou IT offrant des fleurs à Khnoum, 
qu'accompagnent Satit et Anouqit, pendant que Hapi, 
la tête couronnée de papyrus, tend un plateau chargé 
de jarres et de tiges de lotus’. Le premier des dix 


On the name Astennu. (Zeitschrift für aegyptische Sprache 
t. X (an. 1872), p. 108.) 

1. Unger, Sitzungsberichte, t. XXXVIIT, p. 77. — Victor 
Loret, L'Egypte au temps des Pharaons. Paris, 1889, in-12, 
p. 106. 

2. Mariette, Dendérah, t. II, pl. 86. 

3. G. Maspero, Æistoire ancienne, t. I, p. 38. 

&. G. Maspero, istoire ancienne, t. I, p. 41. 

5. Lepsius, Xünigliche Museen. Aegyptische Wandgemälde. 
Berlin, 1881, in-fol., p. 16, pl. XXI. 


270 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Nils, qui figurent dans la procession, représentée sur 
les parois de la tombe de Ramsès IT", a la tête couron- 
née de papyrus et il fait, ainsi que six des autres Nils, 
une offrande de fruits et de lotus. On voit, sur une pein- 
ture du temple de Philae, Ptolémée-Evergète IT et la 
reine Cléopâtre faisant des offrandes, suivis des Nils 
de la Haute et de la Basse- Égypte, la tête couronnée 
le premier de papyrus, le second de lotus héraldiques ? ; 
plus loin la déesse Égypte, au milieu de fourrés 1 
papyrus, tient à la main un bouquet de lotus. Sur les 
bas-reliefs du temple de Dendérah les papyrus ont dis- 
paru * ; les Nils portent tous sur la tête un joue de 
lotus et ils ne tiennent à la main que des vases à liba- 
tions, symboles de l’inondation. 

Le lotus était regardé comme l'emblème du soleil, 
« qu'il paraît honorer, dit Proclus*, en étendant ou en 
contractant ses fleurs ». C'est là la raison pourquoi 
l'épervier, emblème de Horus ou de Rà — le soleil 
— est représenté posé sur une fleur de lotus. Au centre 
de la barque solaire Mehit, peinte sur les murs du 
temple de Dendérah se dresse un lotus épanoui, d’où 
s'élance un serpent, figure symbolique de Hor°. On 
voit sur une des peintures du Livre des Morts les 


quatre génies de l’Amenti ou des Morts debout sur. 


cette fleur. Un lotus, faisant face à une oïe, image 


1. Rosellini, Monumenti, t. IIT, pl. LXXIV, 1. 

2, Rosellini, Monumenti, t. IT, pl. XIT, 1 et 2. 

3. À. Mariette, Dendérah, t. HI, pl. 25 et 26. 

4. Ap. Wilkinson, op. laud., t. TT, p. 350. 

5. Mariette, Dendérah, t. Il, pl. 48 et 49, IIT, pl. 9 a et 44; 
texte, p. 176. 

6. The papyrus of Ani, pl. XXX. — Naville, Das aegyp- 
tische Todtenbuch, chap. cxxv, pl. CXXXVI. 


PU OPNIT CSN DEN 


és RS “réels à. 


LES PLANTES DANS LES MYTIIES. 271 


symbolique de Sibou, est gravé sur une pierre de la 
collection d’Abbott'. La déesse Noufirtoum est repré- 
sentée avec une fleur de lotus sur la tête ?. 

Quelques grains de blé, semés dans deux vases et 
dont les tiges se dressent au dehors, personnifient sur 
une peinture de Dendérah Osiris mort qu’on a confié 
à la terre et qui ressuscite”. Et à Philae, la momie du 
Dieu est représentée couchée sur un crocodile vert, 
emblème du Nil, au milieu d’un fourré de papyrus, 
. mêlés de quelques lotus‘. On y voit également Isis, 
venant de mettre Horus au monde au milieu des papy- 
rus de la rive”. Montée sur une nacelle en papyrus, la 
déesse partit à la recherche du corps d’Osiris, mis en 
pièces par Sit°. Depuis lors, d’après une légende égyp- 
tienne, les crocodiles ont une sainte horreur pour les 
barques de papyrus. En souvenir dé ce fait, une pein- 
ture de Dendérah représente la vache, qui personnifie 
Isis, ainsi qu'Hàthor, voguant, au milieu de fourrés de 
papyrus, sur une barque faite en papyrus et dont une 
fleur. de papyrus forme la proue et la poupe’. La bar- 
que, qui portait la momie au temps du moyen et du 
nouvel empire, avait aussi à la poupe et à la proue une 
fleur de papyrus et des tiges de cette plante se dres- 
saient de chaque côté du cercueil*. Mirit, la déesse du 


1. Goodyear, The grammar of the Lotus, p. 22, pl. II, 10. 

2. Wilkinson, op. laud., t. TT, p. 180. 

3. À. Mariette, Dendérah, p. 283 ; atlas, t. IV, pl. 58. 

4. Champollion, Monuments, t. I, p. xCuI. — Rosellini, 
Monumenti, t. IT, pl. XVI, 1. 

5. Rosellini, Monumenti, t. II, pl. XIX, 2. 

6. Plutarque, De Iside et Osiride, cap. 15 

7. Rosellini, Monumenti, t. III, pl. XV, 1. 

8. Wilkinson, op. laud., t. IT, pl. 67. 


272 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


Nord et du Sud, comme l'appelle une inscription, 
portait sur sa tête un bouquet de papyrus”. Le dieu 
Sovkou est peint aussi debout devant un autel, tenant 
à la main une tige de papyrus”. 


JTE. 


Les arbres et les plantes aquatiques dont je viens 
de parler n'étaient pas seulement regardés comme des 
emblêmes religieux, ils figuraient avec les autres 
représentants de la flore égyptienne dans le culte et 
dans les cérémonies sacrées. Les fêtes religieuses 
occupaient une place considérable dans la vie des 
anciens Égyptiens ; c'était la conséquence naturelle de 
l’idée qu'ils se faisaient de l’existence future et de la 
nature des dieux et de l’homme. 

La haute conception d'un dieu suprême et unique, 
créateur de tous les êtres, ne fut jamais générale ni 
populaire chez eux, elle fit place à une idée moins 
élevée et tout anthropomorphiste, celle qu’on eut de 
la triade osirienne; désormais les dieux ne furent 
plus considérés que comme des hommes, dont le corps, 
« pétri d'une substance plus ténue, il est vrai, et invi- 
sible à l'ordinaire, était doué des mêmes qualités et 
atteint des mêmes imperfections que les nôtres“ ». 

Comme les hommes aussi, l'histoire d'Osiris le prou- 


4. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 231, pl. 53. 

2. Mirit était surtout la personnification de la berge du Nil; 
aussi y en avait-il deux : Mirit Qimait, la berge méridionale et 
Mirit Mihit, la berge septentrionale. Maspero, /istoire an- 
cienne, t. E, p: 37: 

3. Goodyear, op. laud., p. 60. 

4. G. Maspero, /istoire ancienne, t. I, p. 109. 


LES PLANTES DANS LE CULTE, 273 


vait, les dieux pouvaient perdre la vie avec le senti- 
ment et connaître les horreurs de la tombe; leur ombre 
alors se détachait de leur corps et, animée d’une exis- 
tence indépendante, elle pouvait se mouvoir et sortir 
du tombeau; leur double, image visible de leur corps, 
était menacé de la mort par la ruine de celui-ci; leur 
âme elle-même, qui, malgré sa nature spirituelle, 
dépendait du corps, perdait quelque chose d'elle-même 
à mesure que son associé dépérissait. 

I n'y avait qu'un moyen efficace pour mettre un 
terme à cet état de misère, c'était d'empêcher la des- 
truction du corps et d’en assurer la conservation. C’est 
ce qui avait été fait à la mort d'Osiris; son corps, 
embaumé par Anubis, avait été préservé de la pourri- 
ture du tombeau, et les puissantes incantations d’Isis 
et d'Horus, les pratiques savantes de Thot lui avaient 
rendu le sentiment, avaient de nouveau animé ses 
membres, et son âme, affranchie de toute crainte, 
s'était élancée vers la Voie lactée et retirée aux champs 
d'Ialou'. 

Comme Osiris, l’homme pouvait atteindre ces demeu- 
res paradisiaques, mais c'était à la condition que son 
corps püt échapper à la destruction et que son âme 
n'eût point à craindre de se voir amoindrie par la 
destruction graduelle de celui-ci. L'embaumement 
était un premier moyen de remédier à cet état de 
choses ; transformé en momie, déposé dans le sable du 
désert ou dans un sarcophage de pierre dure, le corps 
pouvait, dans sa gaine noire et rigide, durer presque 
indéfiniment”. Sans inquiétude désormais sur le sort 


1. G. Maspero, /Jistoire ancienne, t. I, p. 178-181. 
2. G. Maspero, /istoire ancienne, t. I, p. 112. 


F 18 


274 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


du corps, auquel elle avait été unie, l'âme pouvait pour- 
suivre tranquillement son existence, et même, si elle 
en était jugée digne, être reçue, elle aussi, dans les 
jardins d'Ialou. Quant au double, il suivait le corps au 
tombeau et y vivait à côté de lui; toutefois il avait la 
faculté d'accomplir toutes les fonctions de la vie ani- 
male ; il se mouvait, allait, venait, accueillait les hom- 
mages des dévôts; mais ses organes voulaient être 
nourris, comme ceux du corps l'avaient été jadis, et 
de lui-même, il ne possédait que « la faim pour nour- 
riture, la soif pour boisson” »; le besoin aussi l’arra- 
chait à sa retraite; la nuit, chassé par la faim et la 
soif, il sortait de sa tombe et errait au milieu des habi- 
tations des hommes, ramassant avec avidité, pour 
s’en nourrir, tout ce qu'il pouvait trouver”. Il ne souf- 
frait pas que les siens l’oubliassent et il se rappelait 
par tous les moyens à leur souvenir. La seule manière 
efficace de s'affranchir de ses visites importunes était 
de lui porter au tombeau, ce qu’il venait chercher 
dans les demeures des vivants, les provisions qui lui 
étaient nécessaires *. Telle fut l’origine des sacrifices 
et des offrandes funéraires. 

Quoique d’une nature supérieure, les dieux n’échap- 
paient pas plus que les hommes aux angoisses du tom- 
beau, leur corps s’altérait et était menacé de destruc- 
tion, si, comme celui d'Osiris, il n’était embaumé et 
transformé en momie. L’embaumement assurait l’exis- 
tence de leur âme; mais leur double craignait à la 


1. G. Maspero, Æisloire ancienne, t. 1, p. 114. 

2. G. Maspero, Etudes relatives à la mythologie et à l'ar- 
chéologie égyptiennes, t. T, p. 155. 

3. G. Maspero, /Jistoire ancienne, t. I, p. 115. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 275 


fois et regrettait la lumière ; il était soumis à tous les 
maux de la vie; la faim et la soif dont il souffrait 
étouffaient en lui tout sentiment de pitié et les vivants 
et les morts n’échappaient aux effets de son humeur 
farouche qu’à la condition de lui payer tribut et de le 
nourrir comme un simple double humain’. Les vivants 
s’acquittaient envers lui par des fêtes et des sacrifices, 
répétés chaque année à des intervalles réguliers ; les 
morts aussi étaient tenus de l’apaiser; il lui fallait sa 
part des offrandes qu’on leur apportait, et il se la fai- 
sait lui-même; c'était à lui qu'on devait les présenter 
d’abord, et c'était seulement, quand il avait prélevé 
ce qui lui convenait, qu’il abandonnait le reste au 
destinataire. 

Cette conception montre comment les fêtes reli- 
gieuses et funéraires prirent sur les bords du Nil une 
importance exceptionnelle; si, comme le remarque 
Hérodote ?, les Égyptiens étaient le plus religieux des 
peuples et s'ils « surpassaient tous les autres hommes 
dans les honneurs qu'ils rendaient aux dieux », ils le 
durent avant tout, on le voit, à la nature de leurs 
croyances; mais le caractère particulier que prirent 
chez eux les fêtes religieuses, le nombre et la diversité 
de leurs dieux, le goût national pour les cérémonies, 
entretenu peut-être par leurs prêtres, contribuèrent à 
augmenter le nombre et l'importance de ces solennités. 
Dans le seul temple de Dendérah on célébrait chaque 
année trente-cinq fêtes”, dont quelques-unes duraient 


1. G. Maspero, /istoire ancienne, t. I, p. 116-117. 

2. Historiae, lib. IT, cap. 37. 

3. A. Mariette, Dendérah. Descriplion générale du temple 
de celle ville. Paris, 1875, in-5, p. 96. 


276 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


des semaines entières. On n'en célébrait guère moins, 
ni de moins importantes dans les autres sanctuaires. 

La première des grandes fêtes égyptiennes et l’une 
des plus solennelles était la « Panégyrie de tous les 
Dieux et de toutes les Déesses » ou « Panégyrie du 
commencement de l’année! »; célébrée au mois de 
Toth, cette « fête de la fondation des mois » durait 
trois semaines ; elle commencait « en la bonne nuit » 
de la veille du premier de l’an par des libations « d’eau 
de rajeunissement » *; le 2, avait lieu la procession du 
grand Lotus, la fête particulière d’Ahi, le 10, celle 
d'Horus et le 20, celle de Rà. Une autre fète non 
moins solennelle était célébrée au mois de Khoïak en 
souvenir de la mort d'Osiris, dans seize villes d'Égypte; 
elle commençait le 12 et ne finissait que le 30°. Il y 
avait aussi la fête du Nil — le Niloa —; cette fête, 
une des plus grandes de l'Égypte, était célébrée vers 
le solstice d’été, au moment où les eaux du fleuve 
commençaient à monter‘. Avant elle prenait place la 
double fête d’Isis, la première célébrée surtout à Busi- 
ris, et qui se confondait avec la fête d’Osiris; la 
seconde, qui avait lieu à l’époque de la moisson; les 
Égyptiens offraient alors à la déesse les prémices des 
fruits de la terre *. 

A la fin de la saison des récoltes, dans le mois de 
Pharmouti, des offrandes étaient faites aussi à la déesse 


1. A. Mariette, Dendérah, p. 101. 

2, Georges Bénédite, Tombeau de Neferhotpou. (Mémoires 
de la mission archéologique au Caire, t. V, fase. 3, p. 518.) 

3. Victor Loret, Les féles d'Osiris au mois de Khoïak. 
(Recueil de travaux, t. V (an. 1883), p. 98.) 

&. Héliodore, Aethiopica, lib. IX, cap. 2. — Wilkinson, 
op. laud., t. IIT, p. 369. 

5. Wilkinson, op. laud., t. IT, p. 378. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 271 


de la moisson, Rannoutit ; une peinture du tombeau de 
Rat’eserkasenb représente cette déesse, « dame des 
greniers », dressée debout sur sa queue’. Derrière 
elle est une fleur de Lotus, à tige feuillue, et devant 
elle sont placés des pains de formes diverses, des 
jarres à paroi poreuse, des fleurs de lotus, des con- 
combres et des victuailles. 

Parmi les grandes fêtes égyptiennes, Hérodote men- 
tionne encore la fête de la divinité qu'il appelle Diane 
— Bast, Maut ou Sôkhit”. — En réalité c'était moins 
une fête arrivant à des époques régulières que la 
commémoration d’un événement historique particulier, 
instituée par Osorkon Il, et à laquelle étaient conviés 
_ tous les dieux de l'Égypte‘. Outre cette fête, la plus 
solennelle, d'après Hérodote, de toute l'Égypte, l’'his- 
torien grec en comptait encore cinq autres principales; 
parmi celles-ci, il faut mentionner celle de Minerve — 
Neit — à Saïs, célébrée elle aussi avec une grande 
pompe dans le temple de cette ville*. 

Si c'étaient la les fêtes ordinaires, les plus impor- 
tantes de l'Égypte, il y en avait d’autres qui n'arri- 
vaient point à dés époques fixes, mais qui n'étaient pas 
célébrées avec moins de pompe; telle était la fête de 
la dédicace d’un temple ou du couronnement d’un roi, 
le triomphe célébré par un pharaon au retour d'une 


1. V. Scheil, Tombeaux thébains. (Mémoires de la mission 
archéologique au Caire, t. V, fase. 4, p. 577, pl. IV.) 

2. Historiae, Lib. IT, cap. 59-60. 

3. Edouard Naville, Bubastis (1887-89). (Eighth Memoir of 
the Egypt exploration fund. London, 1891, in-4, p, 51, 1.) 

4. Edouard Naville, The festival hall of Osorkon IT in the 
great Temple of Bubastis (1887-1889.) (Tenth Memoir of the 
Egypt exploration fund.) 

5. Mallet, Les fêtes de Neit à Sais. Paris, 1888, in-8, p. 37. 


278 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


expédition glorieuse contre les nations voisines, enfin 
les cérémonies des funérailles’. Toutes ces fêtes com- 
mençaient par le sacrifice des victimes ; c'était Rà lui- 
même, qui l'avait institué, avant de remonter au ciel. 
La victime immolée, on en offrait une partie aux 
dieux ou aux morts, en même temps que d’autres mets 
tirés du règne végétal. 

Dans aucun culte, les offrandes n’ont eu une impor- 
tance comparable à celle qu’elles prirent dans les fêtes 
religieuses et dans les cérémonies funèbres de l’an- 
cienne Égypte. Les dieux du Panthéon pharaonique 
acceptaient avec empressement les dons que leur fai- 
saient leurs fidèles et ils ne dédaignaient pas de les 
provoquer? ; c'était d’ailleurs le seul moyen qu'eussent 
ceux-ci de gagner leurs bonnes grâces et d'éviter leur 
mécontentement ou leur courroux ; aussi s’attachait-on 
à les combler de présents et d'hommages. Un docu- 
ment précieux, le Papyrus Harris, qui contient l’énu- 
mération des dons faits par Ramsès IIT aux divinités 
de Thèbes, d'Héliopolis et de Memphis, nous montre 
jusqu'où pouvait aller la générosité des pharaons à 
l'égard de leurs dieux *. Mème en faisant la part de 
l'exagération naturelle à ce genre de documents, ïl 
faut avouer que la pieuse libéralité de Ramsès IIT 
dépasse tout ce qu’on peut imaginer. C’est par milliers 
que l’on compte, pour ne parler que des produits du 
règne végétal, les amphores de vin, de bière, d'huile, 
les boisseaux ou sacs de blé, de farine, de sésame, 
d'oignons, de dattes fraiches ou « pressées », de 


1. Wilkinson, op. laud., t. IT, p. 358-366. 
2. Maspero, {istoire ancienne, t. I, p: 125. 


3. Sam. Birch, Papyrus Harris. (Zeitschrift [ür aegyptlische 
Sprache, t. XI (an. 1873), p. 9-12, 34-39, 65-72.) 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 279 


grappes de raisin et d’autres fruits, d’encens et de 
baume, ainsi que les bouquets de lotus’ et de papy- 
rus *, les bouquets et les couronnes de fleurs diverses * 
et même d’épis de blé, les feuilles de palmier, les 
bottes de roseaux, etc. 

Moins importantes, mais non moins précieuses, sont 
les listes, gravées sur le pylone antérieur du temple 
de Médinet-Habou, des offrandes faites dans ce temple, 
sous lerègne de Ramsès HI— Rampsinit —, à l’occasion 
des fêtes annuelles, instituées par son prédécesseur 
Ramsès IT, en l'honneur des dieux vénérés dans le 
sanctuaire; sur ces listes, publiées par Dümichen*, 
figurent, entre autres offrandes d'origine végétale, 
d'énormes quantités de farine, de froment et d'orge, 
de gâteaux, de bière et de vin, de l’encens, des rai- 
sins, des jujubes et diverses autres espèces de fruits, 
que le savant égyptologue n’a pu identifier. 

Les peintures et les sculptures des temples nous 
donnent déjà l’idée la plus haute des nombreuses 
offrandes, empruntées au règne végétal, qu'on faisait 
aux dieux égyptiens sous le nouvel empire. C’est ainsi 
que sur un bas-relief du temple de Ramsès IT à Abydos, 
qui nous fait assister à une fète donnée en l'honneur 
du pharaon victorieux”, nous voyons le long défilé des 
officiants, qui précèdent la victime, portant les uns des 


. 1. Il est fait mention une fois de 110,000 et l’autre de 144,720 
poignées de lotus. PI. XXI, ligne 10. 

2. PI. XXI, ligne 13, il est fait mention de 68,800 bouquets 
de papyrus. 

3. À la ligne 5 de la pl. XXI sont mentionnées 60,450 cou- 
ronnes de fleurs. 

4. Die kalendarischen Opferlisten im Tempel von Medinet- 
Habu. Leïpzig, 1881, in-fol. pl. V-IX. 

5. À. Mariette, Abydos. Paris, 1869, in-fol., t. If, pl. 47, 


280 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


corbeilles de fruits, les autres des pains; l’un d'eux, 
qui mène en laisse deux gazelles, tient à la main un 
faisceau de tiges de papyrus, tandis que les autres 
portent des bouquets de lotus. 

Une peinture de la XIX° dynastie, reproduite par 
Rosellini !, représente Minephtah I faisant à Khem et à 
Hâthor une offrande de pains et de fleurs de lotus. 
Sur une peinture du tombeau * de Ramsès IV (XX° dy- 
nastie), on voit un des Nils portant des figues, des 
grenades et des raisins artistement disposés au- 
dessous d’un plateau, que recouvrent des fleurs de 
lotus. Un bas-relief du temple d'Edfou” nous montre 
Ptolémée-Alexandre offrant à Horus un faisceau d'épis 
de blé. Mieux que tous les autres monuments peut-être, 
les bas-reliefs du temple de Dendérah nous montrent 
quelle profusion on portait dans les présents qu'on 
faisait aux Dieux: fruits des espèces les plus diverses, 
pains aux formes variées, fleurs en particulier de lotus, 
branches de feuillage même, on voit le roi en faire 
successivement offrande aux trois divinités du sanc- 
tuaire*, à Hor-Sam-Taoui, « la divinité qui sort du grand 
lotus », à Hor-Hout et surtout à Häthor, la déesse « qui 
‘apporte la vie à tous les hommes, la maïtresse de la 
terre, la maîtresse du pain, l’inventrice de la bière ». 
Ces dieux se montrent reconnaissants ; ils promettent 
au roi, en retour de ses dons, d’abondantes récoltes ; 
«sous son règne l'Égypte ne connaîtra pas la famine? ». 


1. Monumenti del culto, t. HT, pl. 54, 1. 

2. Champollion, Monuments, t. II, pl. CCLIT. — Rosellini, 
ti pe XAIN: 

3. Franz Woenig, op. laud., p. 161. 

#. À. Mariette, Dendérah. Atlas, t. I, pl. 55 a et 55 b; {. II, 
pl. 47 a.et 47 b; t. IT, pl. 54. 

5. A. Mariette, Dendérah, p. 255. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 281 


Comme dans le culte des dieux, les offrandes tirées 
du monde des plantes occupaient une place considé- 
rable dans les cérémonies funèbres. Une des parties 
les plus importantes du culte des défunts consistait 
dans la consécration des « vivres donnés au mort pour 
la vallée céleste », au Æa, « habitant de l’Amenti! ». 
Ces « vivres », les peintures des hypogées le mon- 
trent, étaient empruntés en partie au règne végétal : 
fruits, légumes et racines — ou aux produits qu’on 
en retire — pain, vin, bière, liqueurs diverses. 

Sous l’ancien empire le nombre des fruits offerts aux 
dieux ou aux morts était encore peu considérable ; il 
augmente à partir de la XIT° dynastie et devient con- 
sidérable surtout depuis la XVIIT, époque où l’horti- 
culture égyptienne prit une extension chaque jour 
grandissante. Les premiers fruits, les seuls même, 
qu'on aperçoive parmi les offrandes de l’ancien empire 
sont les figues du sycomore ; on en voit également sur 
les bas-reliefs ou les peintures de Gizeh*, de Saqqarah”° 
(IV°et V° dynasties), de Béni-Hassan ‘ (XIT° dynastie). 
Plus tard on continue de rencontrer ces figues, mais 
le plus souvent en même temps que d’autres fruits. 
Sur les peintures de Béni-Hassan on voit déjà 
avec elles des dattes ou des fruits du jujubier. Sur 
celles de la XVIII dynastie et des dynasties sui- 
vantes, on aperçoit à la fois des figues, des grappes 


1. V. Scheil, Le tombeau des graveurs. (Mémoires de la 
mission archéologique au Caire, t. V, fase. 4, p. 559.) 

2. Lepsius, Denkmäler, t. HI, pl. 22, tombe 24; pl. 41, 
tombe 89; pl. 53, tombe 16; pl. 57, tombe 15. 

3. Lepsius, op. laud., t. Il, pl. 46; tome XV, pl. 67, 
tombe 17 ; t. IV, pl. 64. 

4. Lepsius, op. laud., t. IV, pl. 129, tombe 2. 


282 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


de raisin, des grenades, des fruits de perséa, de 
nabas, etc’. 

Les inscriptions de la tombe de Rekhmara, préfet 
de Thèbes sous Thoutmès IT, à Abd-el-Gournah* men- 
tionnent parmi les mets, que le défunt pouvait deman- 
der « durant ses séjours à l'Occident et au Nord », 
des gâteaux de dattes, des raisins, des fruits de per- 
séa, des figues de sycomore. Et parmi les offrandes 
que lui présentent les prêtres et les membres de sa 
famille, « en se tournant vers l'Orient », figurent 
encore des dattes, des figues de sycomore, des fruits 
de perséa, des grappes de raisin. Sur une peinture du 
tombeau d’'Harmhabi”, de la même époque, un des 
officiants tient d’une main un paquet de grenades atta- 
chées ensemble et de l’autre un bouquet de fleurs de 
lotus et de papyrus. Au nombre des offrandes repré- 
sentées sur les peintures du temple de Karnak (XIX* 
dynastie), se trouvaient aussi, avec des figues de syco- 
more, des grappes de raisin, des grenades, ainsi que 
des fruits de perséa et peut-être de nabas. 

Les fruits n'étaient pas seulement offerts cueillis et 
séparés de l'arbre, on les offrait également attachés 
encore à la branche qui les portait. Sur la peinture du 
tombeau de Rat'eserkasenb”, qui le représente, dans un 
kiosque, avec sa femme Uat-ronpit « pour faire fête, 


1. Tombeau de Ramsès IV (XXe dynastie) à Bab-el-Molouk. 
Champollion, Monuments, t. IT, pl. 253. 

2. Philippe Virey, Tombeau de Rekhmara, (Mémoires, t. V, 
fasc. 1, pl. IT et IV, p. 102-103, et 121.) 

3. Bouriant, Le tombeau d'Harmhabi. (Mémoires, t. V, 
fasc. 3, pl. IIL.) 

&. Lepsius, op. laud., t. VIIT, pl. 241. 

5. V. Scheil, Tombeau de Ral’eserkasenb. (Mémoires, t. V, 
fasc. 4, pl. IT, p. 575. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 283 


au gré de leur cœur », on aperçoit quatre jarres à 
vin, enguirlandées de ceps chargés de raisins. Sur 
une stèle du tombeau de Nakhti' se voient deux servi- 
teurs qui apportent des guéridons couverts de dattes, 
de figues et de lotus; au-dessous de l’un de ces gué- 
ridons pend un large chapelet de grenades mûres, au- 
dessous de l’autre un faisceau de grappes de raisin. À 
droite et à gauche de la table d'offrandes, deux 
femmes, la tête surmontée d’un petit sycomore chargé 
de feuilles et de fruits, tiennent d’une main un bou- 
quet formé de trois tiges de lotus ou de papyrus, de 
l’autre un plateau chargé de pains, d'oignons et autres 
mets, d’où pend une longue branche de vigne, garnie 
de grappes de raisin. Deux serviteurs agenouillés au 
haut de la même stèle offrent aussi des pampres cou- 
verts de grappes. 

Une des porteuses d’offrandes d’une peinture thé- 
baine (XIX° dynastie), reproduite par Prisse d’A- 
vennes”, présente d'une main un bouquet, de l’autre 
un faisceau formé de plusieurs grappes de raisin liées 
ensemble. Et au-dessous de la table d’offrandes, placée 
devant l’image d'Osiris, qui se voit sur une stèle peinte 
sur un cercueil de momie de la nécropole de Thèbes 
(XX° dynastie)”, pend un pampre couvert de raisins, 
tandis que des grappes et des fruits de l’arbre ashdou, 
avec des lotus, recouvrent cette table. 

En même temps que les fruits et au même titre 
qu'eux, les légumes prenaient place parmi les offrandes 
funèbres ; les oïgnons y figurèrent dès les temps les 


1. G. Maspero, Tombeau de Nakhti. (Mémoires, t. V, fase. 3, 
pl. I, p. 475. 

2. Histoire de l'art égyptien. Atlas, t. I, pl. 67. 

3. Prisse d’Avennes, op. laud. Atlas, t. Il, pl. 71. 


284 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


plusreculés et y ont toujours figuré au premier rang; on 
en voit déjà parmi les offrandes des tombes de Gizeh', 
de Saqqarah”, de Béni-Hassan”, etc.; ils sont d’ordi- 
naire réunis en bottes d’un nombre variable de pieds; 
quelquefois aussi ils sont attachés autour d’une espèce 
de cerceau. À côté des oignons, mais plus tard, prirent 
place les concombres, les pastèques et melons chate. 
La liste des offrandes de la tombe de Rekhmara, dont 
j'ai déja parlé, ne fait mention que d'oignons et de 
concombres ; toutefois ce n’est pas à dire que, à l’é- 
poque de Rekhmara et, à plus forte raison, aux 
époques postérieures, on n’offrit que ces légumes seuls 
dans les cérémonies funèbres, on en aperçoit sur les 
peintures pharaoniques bien d’autres dont il n’est pas 
toujours possible de reconnaître la vraie nature ; mais 
les trouvailles faites dans les anciennes tombes depuis 
un demi-siècle, et surtout en ces dernières années, 
nous en ont fait connaitre plusieurs, ainsi que quel- 
ques-uns des fruits offerts aux morts, dont les peintures 
des hypogées ne donnent qu'une idée incomplète. 

Si le double, condamné à errer sur terre par l'oubli 
des siens, ne se montrait pas difficile dans le choix des 
aliments avec lesquels il cherchait à apaiser sa faim, 
les vivants ne croyaient pas bien souvent devoir être 
plus difficiles que lui pour ceux qu'ils lui offraient, et 
à côté des mets et des fruits dont ils se nourrissaient, 
ils lui en offraient qu'ils n'auraient pu ou voulu man- 


1. Lepsius, Denkmäler, t. II, pl. 36; Gizeh, tombe 90, 
t. IV, pl. 53. Gizeh, tombe 16. 

2. Lepsius, op. laud., t. IV, pl. 65, tombe 17. 

3. Lepsius, op. laud., t. IV, pl. 129, tombe 2. 

4. Lepsius, op. laud. Saqqarah, tombe 16, t. IV, pl. 46; 
tombe 15, pl. 64, tombe 16. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 285 


ger; grains de céréales, fruits encore verts ou de re- 
but, tout sembla bon pour les offrandes funèbres"; cela 
en explique la variété et parfois la singularité. C’est 
ainsi qu’on a trouvé dans les tombes égyptiennes avec 
des épis ou des grains d'orge” et de froment amidon- 
nier”, de la pâte, faite avec des rognures de grains 
d'orge‘ ou des lentilles cuites”, des rhizomes de sou- 
chet comestible*, du malt ou des grains d'orge ger- 
més”, des calebasses*, des fèves”, des graines de ca- 
jan”, de gesse!"! et de vesce cultivées”, de Lupin” 
et même de lin*, des tiges d'ail”, ainsi que de la Par- 
melia furfuracea”. 

Les espèces des fruits rencontrés dans les tombes 


pharaoniques ne sont ni moins nombreuses, ni moins 
variées ; on y a trouvé, outre des figues de sycomore ”, 


. Victor Loret, Le Cédratier, p. 45. 
. Bulletin n° 5, p. &. — Bulletin n° 7, p. 420. 
. Bulletin n° 5, p. 4. — Bullelin n° 7, p. 420. 
. Drah-Abou'I-Neggah. Bulletin n° 5, p. 
. Drah-Abou’l-Neggah. Bulletin n° 5, p. 
. Bulletin n° 3, p. 75. — Bulletin n° 5, p. 5. -- Bulletin 
n° 6, p. 260. — Bulletin n° 7, p. 420. 

7. Shéikh Abd-el-Gournah. Bulletin n° 6, p. 279. 

8. Drah-Abou’l-Neggah. Bulletin n° 5, p. 10. 

9. Drah-Abou’l-Neggah. Bullelin n° 5, p. 7. 

10. Drah-Abou’l-Neggah. Bullelin n° 5, p. 7. 

11. Gébéleïin. Bulletin n° 6, p. 260. 

12. Drah-Abou’l-Neggah. Bulletin n° 5, p. 10. 

13. «Bulletin n° 6, p. 260. — Bulletin n° 7, p. 420. 

14. Bulletin n° 5, p. 8. — Bullelin n° 6, p. 277. 

15. L’Assassif près Thèbes. Bulletin n° 6, p. 272. 

16. Bulletin n° 3, p. 74. M. Schiaparelli a également trouvé 
à Drah-Abou’l-Neggah des bulbes d’oignon et d’ail et des graines 
de melon et de ricin; mais Schweinfurth doute de leur anti- 
quité. Bulletin n° 6, p. 265. 

17. Gébéleïn. Bulletin n° 6, p. 260. — Bulletin n° 7, p. 420. 
S. Birch, Catalogue of the antiquities at Alnwick Castle, p. 183. 


&. 
Jr 


D O1 & CO D 


286 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


des grenades', des fruits ou des noyaux de nabaq”, 
de perséa* et de l'hégélig', des raisins”, des dattes’, 
des fruits de palmier doum’ et de palmier argoun*, 
des olives” et même des baies de genévrier”, sans par- 
lerdesbaies de Cocculus leaeba"et de Moerua uniflora”, 
trouvées à Gébéleïn, et des pommes de pin”, décou- 
vertes à Drah-Abou’I-Neggah. 

Mais les fruits et les légumes n'étaient pas les seuls 
présents d’origine végétale que l’on faisait aux dieux 
et aux morts ; on leur faisait hommage aussi, comme 
de l’offrande la plus agréable, de fleurs et de bouquets. 
Les Égyptiens se représentaient les dieux comme ai- 
mant à en être sans cesse parés ". 


« Merenra s’en approche et tu courbes ta tête, t@ inclines tes 
bras, grande Eau, devant les divins enfants de Nouit. Tous, ils 
voguent vers toi; ils posent leurs couronnes sur leurs têtes, 
ils posent autour de leur cou des couronnes de feuillage et de 
fleurs de lotus ; ce sont les couronnes des étangs et des champs 
de paix de la grande Nouït, entourés de fleurs et de la verdure 
de la plante de miel. » 


1. Drah-Abou’l-Neggah. Bulletin n° 5, p. 5. — Bulletin n° 6, 
. 268. 

: . Bulletin n° 6, p. 263. — Bulletin n° 7, p. 320. 

. Drah-Abow’I-Neggah. Bulletin n° 5, p. 5. 

. Bulletin n° 5, p. 5. — Bulletin n° 6, p. 260 et 268. 

. Bulletin n° 5, p. 9. — Bulletin n° 6, p. 260. 

. Bulletin n° 5, p. 10. — Bulletin n° 6, p. 260. 

7. Bulletin n° 5, p. 5. — Bulletin n° 6, p. 268. — Maspero, 
Les momies royales de Deir-el-Bahari. (Mémoires, note 8, t. I, 
p. 189). 

8. Bulletin n° 6, p. 6. — Bulletin n° 6, p. 268. 

9. Thèbes. Bulletin n° 6, p. 266. 

10. Bulletin n° 3, p. 75. — Bulletin n° 6, p. 268. 

11. Gébéleïn. Bulletin n° 7, p. 420. 

12. Gébéleïin. Bulletin n° 6, p. 262. 

13. Drah-Abou’i-Neggah. Bulletin n° 5, p. 6. 

14. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 120. 


[ee] 


D Ot + O2 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 287 


On comprend d’après cela' que, dès les tempsles plus 
reculés, les fleurs eurent leur place marquée dans 
toutes les cérémonies religieuses ; les peintures et les 
sculptures des temples et des hypogées nous en four- 
nissent de nombreux exemples. Dans les processions, 
on voit les ofliciants porter à la main une fleur de 
lotus ou un faisceau de tiges de papyrus”. Quand il 
voulait contempler la divinité, le sacrificateur tenait 
des fleurs à la main, en pénétrant dans le sanctuaire”. 
Aux funérailles, les enfants et les parents du défunt 
accompagnaient sa dépouille des palmes à la main‘. 
Des branches de feuillage décoraient la barque dans 
laquelle était transportée la momie du mort”; lorsqu'on 
l'avait placée debout à l'entrée du sépulcre, on déposait 
dessus une fleur de lotus et parfois aussi des rameaux 
couverts de feuilles*. Dans le cortège de la fête du nou- 
vel an, représenté sur les parois du temple de Den- 
dérah”, on voit les sokhit — officiantes — répandre des 
fleurs sur le chemin de la procession. 

Mais c'était plus particulièrement à titre d'offrandes 
que les fleurs figuraient dans le culte égyptien. Dans 
les processions, l'hiérophante, prêtre ou roi, présentait 
une fleur sacrée de lotus à l’image du dieu vénéré* ou 


1. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 329 et 353. 

2. Lepsius, Denkmäler. Gizeh, t. IIT, pl. 30 et 35; t. IV, 
pl. 50. — Saqqarah, t. IV, pl. 46 et 65. — El-Kab, t. V, pl. 11, 
etc. — A. Mariette, Abydos, t. IT, pl. 47. 

3. À. Wiedemann, Die Religion der alten Aegypter, p. 13. 

4. Wilkinson, op. laud., t. IT, pl. LXIX. 

5. Wilkinson, op. laud., t. IT, pl. LXVII. 

6. Wilkinson, op. laud., t. II, pl. LXIX. 

7. A. Mariette, Dendérah, p. 97 et 317. 

8. Lepsius, Denkmäler. Gournet-Mourrai, t. VI, pl. 119. 
Karnak, t. VIII, pl. 247. — Offrande d'Amenhotpou LIT à end 
Prisse d’ Avennes, op. laud. Atlas, I, pl. 18. 


288 . LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


au double du mort'. Un bas-relief, reproduit par Ro- 
sellini®, nous montre Ramsès IIT offrant des lotus et 
des papyrus au dieu de Silsilis. Une peinture du temple 
de Dendérah représente le pharaon offrant au soleil du 
nouvel an, « le bel enfant qui brille au sein du lotus », 
une fleur de cette plante sacrée. Parmi les offrandes 
que le roi, dans les bas-reliefs du temple de Dendérah, 
fait aux divinités de ce sanctuaire célèbre, les fleurs 
occupent une grande place. En échange de celles qu'il 
présente à Hâthor, la déesse lui promet « l’abondance 
et la fertilité du sol ». Et en récompense des bouquets 
qu’il offre à Hor-Hout, « l'Égypte, lui dit le dieu, sera, 
sous son règne, un jardin couvert de fleurs odorifé- 
rantes *». Ailleurs on le voit offrir à Hor-Sam-Taoui, 
ici un lotus, là une branche de saule*. 

Ces dernières représentations d'offrandes de fleurs 
sont récentes, mais nous en avons vu beaucoup d’au- 
tres de date ancienne ; dès l'époque des premières dy- 
nasties les tables d’offrandes sont couronnées de lotus, 
blancs d’abord, bleus dans la suite’. C’est plus tard ce- 
pendant, avec l'extension que prit leur culture, que 
les fleurs occupèrent dans le culte des dieux et sur- 
tout dans le culte des morts une place vraiment consi- 
dérable. La signification symbolique qu'on leur attri- 
buait explique le rôle qu’elles jouaient dans les 
cérémonies funèbres; considérées comme l'emblème 


1. Lepsius, Denkmäler. Gizeh, t. IV, pl. 53 et 57. 

2. Monumenti del cullo, t. TT, pl. 32, 2. 

3. À. Mariette, Dendérah, p. 254 et 256. 

&. À. Mariette, Dendérah, p. 173; atlas, t. Il, pl. 47. Le 
savant égyptologue a pris la branche de saule pour des feuilles 
d’acacia. 

5. Lepsius, Denkmäler. El-Kab, t. V, pl. 11. — Wilkinson, 
op. laud., t. III, pl. LX et LXVI. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 289 


du « mystère de la vie », le symbole de l'existence re- 
nouvelée qui succède à la mort, comment n’y auraient- 
elles pas pris une large place? Les peintures du tom- 
beau d'Amenemhabi, officier de Thoutmes IT, mettent 
en évidence cette vérité’. Elles nous montrent ce sei- 
gneur assis, couvert du pagne et d’une longue robe 
claire, avec un collier et des bracelets bleus. Sa femme 
Beki, portant aussi un collier bleu et couronnée de 
fleurs, est assise à ses côtés. Devant lui se tient son 
fils Amou; de la main droite il présente un bouquet à 
son père; de la gauche il tient un autre bouquet. 


« Il arrive en bienvenu avec le symbole de vie, dit l’ins- 
cription?, son fils qu’il aime, la demeure de son cœur, aimé 
du Seigneur de la double terre, Amou, qui dit: « A ta per- 
sonne le symbole de vie. » De son côté, il se réjouit à voir les 
bonnes fleurs, à en respirer [le parfum], le noble seigneur 
qui suit le roi du midi [le soleil] dans ses voyages aux régions 
du midi et du nord... Amenemhabi, makhérou*. » , 


Ce n’est pas un simple lotus, c'est tout un bouquet 
que le fils d’'Amenemhabi lui offre ; l'hommage d’une 
fleur unique de lotus ou de papyrus ne tarda pas à 
paraître trop humble; on en réunit deux ou trois en- 
semble. Mais ce ne fut bientôt pas assez ; on y joignit 
quelques-unes des fleurs qui croissaient spontanément 
dans la vallée du Nil ou qui furent cultivées dans les 
jardins égyptiens, surtout à l’époque des Ptolémées, 


1. Philippe Virey. Tombeau d’Amenemheb. (Mémoires, t. V, 
fasc. 2, p. 251. 

2. Philippe Virey, op. laud., p. 251. 

3. Le « justifié ». 

4. Champollion, Monuments, t. II, pl. CIX, 1. — Lepsius, 
Denkmäter, t. VII, pl. 235. Abd-el-Gournah, tombe 18. 


I. Re 


290 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


tel que le perséa et l'olivier”, le laurier, le myrte et le 
jasmin, le coquelicot, la giroflée, la mauve à feuilles 
de figuier, l’épilobe velu, le chrysanthème à couronnes, 
le bluet oriental, la conyse de Dioscoride, la cresse de 
Crète, des convolvulus, l’héliotrope de Nubie, la mar- 
jolaine, la célosie argentée, le narcisse tazzette, l'iris 
de Sibérie, etc. * 

On eut ainsi des bouquets remarquables par l'éclat 
et la variété des couleurs, non moins que par l’art avec 
lequel ils étaient composés. Tels sont ceux qu'on voit 
sur les peintures d’Abd-el-Gournah ou du temple de 
Khonsou à Karnak (XXI° dynastie)‘; tels sont en 
particulier les bouquets que Prisse d’Avennes a repro- 
duits* d’après la peinture d'un hypogée thébain con- 
temporain de la XIX° dynastie. 

Le premier se compose de trois papyrus, dont les 
ombelles épanouies forment le sommet et dont les tiges 
traversent des corolles de fleurs de papavéracées al- 
ternativement purpurines et bleues, accompagnées de 
fleurs de composées, elles aussi rouges ou bleues — 
peut-être des bluets et des fleurs de carthame — ainsi 
que de ces boutons ou ovaires qu’on rencontre fré- 
quemment à l'extrémité de tiges nues, émergeant de 
touffes de feuilles longuement lancéolées. Le second 
est formé d’une ombelle de papyrus, du centre de la- 
quelle sortent deux fleurs et un bouton idéalisé de lo- 
tus, et sa tige traverse huit fleurs de lotus, aux pétales 


4. G.Schweinfurth, Botanische Jahrbücher,t. VIIT (an. 1886), 
p. 7. Tombeaux de Gébéleïn et de Drah-Abou'l-Neggah. 

2. Flinders Petrie, Jawara, Biahmu and Arsinoë, p. 57. — 
Kahun, Gurob and Hawara, p. 46-47. 

3. Lepsius, Denkmäler, t. IV, p. 69 ett. VIIT, pl. 247. 

&. Histoire de l'art égyptien. Atlas, t. II, pl. 68, nos 4 et 2. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 291 


bleus et blancs, accompagnées de fleurs composées 
bleues etrouges et de boutons ovoïdes apointis, comme 
dans le bouquet précédent. 

Ce n'étaient pas seulement des fleurs et des bouquets 
qu'on offrait aux morts, on leur offrait aussi des cou- 
ronnes et des guirlandes. On en trouve dans les tombes 
des époques les plus diverses, mais on les a rencontrées 
surtout à partir de la XVIII dynastie. La découverte de 
guirlandes funéraires dans les tombes des pharaons de 
cette dynastie, Ramsès Il, Amenhotpou [°° et Ahmès I”, 
à Deir-el-Bahari, a permis de connaitre mieux qu’on ne 
le savait cet usage des anciens Égyptiens'. Les guir- 
landes de Ramsès paraissent avoir été renouvelées sous 
la XX° dynastie, alors qu’un pharaon de cette époque fit 
refaire à son grand prédécesseur un cercueil nouveau * ; 
elles sont formées de feuilles pliées, entières ou déchi- 
rées en deux parties, de Mimusops Schimperi Hochst.”; 
elles servent comme d’agrafes, dit M. Schweinfurth, 
aux pétales et aux sépales du lotus bleu et le tout est 
disposé autour de fibres tirées des feuilles du dattier, 
fendues et cousues ensemble. Les pétales du lotus bleu 
ont, dans quelques-unes de ces guirlandes, fait place à 
celles du lotus blanc. Outre ces guirlandes, il y avait, 
soit à côté de la momie, soit fixées entre les bandelettes 
extérieures qui l’enserraient, des fleurs entières de 
Nymphaea caerulea avec leurs pédoncules longs de 


1. G. Schweinfurth, De la Flore pharaonique. (Bulletin de 
l'Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 60-75.) 

2. G. Maspero, Rapport sur la trouvaille de Deir-el- Bahari. 
(Bulletin de l'Institut égyptien, n° 1 (an. 1880), p. 14. 

3. M. Maspero a également trouvé à Gébéleïn des fragments 
d'anciennes couronnes formées de rameaux du même arbuste, 
mêlées à des branches d’olivier. Bulletin n° 6 (an. 1885), 
p. 265. 


292 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


cinquante centimètres. Les guirlandes se croisaient sur 
la poitrine en plusieurs rangs semi-concentriques. 

Les guirlandes du cercueil d’Ahmès I‘ étaient d’une 
composition tout autre que celles de Ramsès I”; elles 
étaient formées, les unes de feuilles de saule avec des 
fleurs de pied d’alouette oriental et de la sesbanie d’É- 
gypte, les autres de pétales de lotus et de mauve à 
feuilles de figuier, retenus par des feuilles de saule 
soigneusement cousues ensemble. Dans quelques-unes 
des guirlandes d'Amenhotpou, des fleurs d’acacia du 
Nil et de carthame ont été substituées à celles de 
mauve et de dauphinelle*. Théophraste avait déjà 
mentionné * l'emploi des fleurs d’acacia dans la confec- 
tion des couronnes. 

Dans un autre cercueil de la nécropole de Deir-el- 
Bahari, celui de la princesse Nesi-Khonsou de la XXI° 
dynastie, se trouvaient des guirlandes d’une composi- 
tion différente‘; des feuilles de saule en faisaient 
encore la base, mais les fleurs qui composaient les 
guirlandes des pharaons de la XVIII dynastie ont fait 
place aux fleurs de la picride à feuilles de corne de 
cerf, du coquelicot et de la centaurée déprimée — le 
bluet oriental. — Sur les yeux et la bouche de la momie 
étaient collées des pelures du bulbe d’une espèce de 
Crinum, peut-être le juccaefolium, belle plante d’Abys- 
sinie à fleurs blanches rayées de rouge *. 

M. Schiaparelli a découvert aussi, à Drah-Abou’l- 
Neggah, des guirlandes composées de feuilles de Mimu- 


. Bulletin n° 3 (an. 1882), p. 68. 
. Bulletin n° 3 (an. 1882), p. 70. 
. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. 
&. Bulletin n° 3 (an. 1882), p. 72. 
5. G. Schweinfurth, Sur les dernières trouvailles botaniques. 
(Bulletin n° 7 (an. 1886), p. 427-29.) 


QU D = 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 293 


sops et de capitules de bluet oriental, et il a trouvé, 
dans une tombe déjà ouverte de Sheikh Abd-el-Gour- 
nah, un fragment de guirlande faite de feuilles du saule 
égyptien et de fleurs de carthame. A Drah-Abou'l-Neg- 
gah il a rencontré également plusieurs capitules du 
chrysanthème à couronnes, plante méditerranéenne, 
qu’on retrouve dans les guirlandes de l’époque gréco- 
romaine, ainsi que cinq fleurs de Sphaeranthes sua- 
veolens DC., composée commune dans les lieux humides 
de la Basse-Égypte’'. L'égyptologue italien a découvert 
encore à Drah-Abou’l-Neggah dans un puits de tombe, 
de l’époque ptolémaïque, il est vrai, des rameaux de 
patience à feuilles dentées (Rumezx dentatus L.)°. 

Il est vraisemblable que cette plante avait servi à 
envelopper une momie ; celle de Kent, contemporain de 
la XX° dynastie, découverte par M. Maspero”, était 
complétement entourée de branches de sycomore ; au- 
tour du cou se trouvait aussi une espèce de guirlande 
composée de grains d'orge germés, réunis ensemble à 
l’aide de leurs racines. Sur la poitrine était en même 
temps placée en demi-cercle une guirlande faite de 
feuilles et de rameaux fleuris de céleri sauvage, avec 
des pétales et des fleurs naines de lotus bleu, tressés 
ensemble à l’aide de fibres de papyrus. La momie re- 
posait couchée sur un lit de branches de tamaris du 
Nil. Il existe au musée de Leyde des débris de couronnes 
contemporaines, peut-être de la XX V® ou de la XXVI° 


1. G. Schweinfurth, Les dernières découvertes bolaniques. 
(Bulletin n° 6 (an. 1885), p. 270, 271 et 272.) 

2. Bulletin n° 6 (an. 1885), p. 272. 

3. Bulletin n° 6 (an. 1885), p. 278-283. — G. Schweinfurth, 
Die letzten bolanischen Entdeckungen. (Botanische Jahr- 
bücher, t. VIII (an. 1886), p. 13.) 


29% LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


dynastie et qui, au lieu d’être, comme les guirlandes 
de Gébéleïn et de Drah-Abou’l-Neggah, formées de 
feuilles de saule et de Mimusops, ont été faites avec 
des feuilles d’olivier et d’une espèce de laurier”. 

Ainsi les végétaux les plus divers entraient succes- 
sivement dans la composition des couronnes égyp- 
tiennes ; mais la manière de les faire était toujours à 
peu près la même. On coupait, dit M. Pleyte”, dans 
une feuille de palmier doum, une petite bande d’envi- 
ron trois millimètres de largeur, mais aussi longue 
que possible ; on prenait ensuite une feuille de mimu- 
sops, de saule ou d’olivier, que l’on pliait en deux, 
puis on posait dessus un pétale de nymphéa ou, suivant 
le cas, une fleur d’acacia, de chrysanthème, de pied 
d'alouette, de bluet ou de mauve; on agrafait le tout à 
la bande de feuille de palmier, et on réunissait les 
deux bouts de celle-ci au moyen d’un bouton ou d’un 
nœud, orné parfois d’une fleur de lotus bleu, qui retom- 
bait sur le front de la momie. 

Ces couronnes étaient l’emblême de la justification 
du défunt; on les plaçait sur sa tête, quand Osiris 
l'avait jugé digne d'entrer dans les champs d’Ialou. 


« Ton frère Toum a tressé pour toi cette belle couronne de 
la justice *, ce fronteau vivant, aimé de tous les dieux; tu vis 
pour l'éternité. Osiris, résident de l’ouest, a proclamé ta parole 
comme vérité contre tes ennemis... Osiris, le résident de 
l’ouest, a réuni les dieux du monde inférieur et supérieur... 
pour proclamer juste Osiris le défunt, devant ses ennemis. » 


Ainsi les plantes, sous des formes diverses, figurent 


. W. Pleyte, La couronne de la justification, p. 5-6. 
Opeléud.;p'A7: 

. W. Pleyte, op. laud., p. 7-8. 

. Le livre des morts, Chap. xIX. 


02 KR = 


Æ 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 295 


à chaque instant dans le culte des morts; elles les 
accompagnaient dans l’autre vie, image de la vie d'ici- 
bas ; leur double les retrouvait dans les champs d’Ialou, 
et pour qu'il ne füt pas privé de ce voisinage charmant, 
un jardin était parfois, semble-t-il, disposé près de la 
tombe ‘; d’ailleurs il lui était loisible de venir, dans son 
ancien jardin, se divertir « à regarder tous les végé- 
taux », prendre le frais à l'ombre de ses arbres ou sur le 
réservoir qui s’y trouvait”. C’est ainsi qu’une peinture 
du tombeau de Rekhmara nous montre, symbole de ces 
réjouissances surnaturelles, le seigneur égyptien se 
reposant, à l'abri du soleil, dans la cabine d’une barque 
de plaisance sur les eaux tranquilles d'un étang couvert 
de lotus*. Et quand, plus loin, « afin de faire un jour 
heureux, pendant qu’il est sur terre », il préside au 
festin préparé pour sa visite parmi les vivants, ce sont 
encore les plantes et les fleurs qui font sa principale 
joie. 

« On te présente, lui dit son fils, ainsi qu’à sa mère Mirit‘, 
les fleurs de lotus qui surgissent sur l'étang de ton jardin... 
C’est pour toi qu’il porte en présent tous les fruits et tous les 
légumes qui sont en lui; sois approvisionné de ses produits ; 
sois dans l’abondance avec ses provisions. Jouis de sa verdure; 


rafraichis-toi à l'ombre de ses arbres ; fais-y ce qu’aime ton 
double pour le temps et pour l'éternité. » 


Le rôle joué dans la vie religieuse des Égyptiens 
par les fleurs et les jardins, le caractère sacré des 


1. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, t. I, p. 306. 

2. Philippe Virey, Le tombeau de Khem. (Mémoires, t. V, 
fase. 2, p. 367.) 

3. Philippe Virey, Le tombeau de Rekhmara. (Mémoires, 
t. V, p. 156, fase. 1, pl. XXXVIII.) 

4. Philippe Virey, op. laud., p. 160. 


296 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


arbres, expliquent le soin qu'ils mettaient à en en- 
tourer leurs villas et les temples. Parmi les dons, si 
riches et vraiment innombrables faits par Ramsès III 
aux dieux de Thèbes, d’Héliopolis et de Memphis, 
figurent, outre des vignes, des domaines entiers, avec 
leurs viviers et leurs champs, qui pouvaient servir à 
l'entretien des prêtres et des temples, des plantations 
d'arbres, faites en l'honneur de ces divinités et des 
jardins qu’il leur abandonnait par un véritable contrat. 


« J'ai planté, dit le pharaon dans la charte où il énumère 
les dons faits au dieu de Thèbes!, ta ville d'arbres, d’arbustes 
et de fleurs agréables à respirer, un vaste domaine dans la 
ville du nord... [il est] pourvu de vastes jardins, de prome- 
nades avec des arbres de toutes sortes, des dattiers avec leurs 
fruits. » 


Et ailleurs dans l’énumération des dons faits au 
dieu d'Héliopolis *: 


« J’ai relevé les murs de la maison d’Horus... J’ai fait ar- 
ranger ie magnifique bosquet qui est à l’intérieur. » 


Et s'adressant au dieu de Memphis‘: 


« J’ai planté dans ta grande et superbe demeure des oliviers, 
des arbres à encens... que mon bras a rapporté de la terre 
sainte — le Pount — pour les consacrer chaque matin à ta 
magnificence. » 


Tous les temples étaient accompagnés de bois sacrés, 
remplis d'un certain nombre d’espèces arborescentes. 


1. Aug. Eiïsenlohr, Aus dem grossen Papyrus Harris. 
pl. VIII. (Zeitschrift für aegyptische Sprache, t. XI (an. 1873), 

. 54.) 
2. Ibid., pl. XXIX. Zeitschrift, t. XI, p. 100. 
3. 1bid., pl. XLIX. Zeitschrift, t. XI, p. 155. 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 297 


Hérodote ‘ parle d’un bois de palmiers, qui se trouvait 
auprès du temple de Persée — Khem — dans la ville 
de Khemnis. Il avait dû en voir d’autres. Il y avait 
un bois sacré en particulier dans l'enceinte du sanc- 
tuaire de chacun des quarante-deux nomes entre les- 
quels était divisée l'Égypte. 

Un texte précieux, gravé sur la base des murailles 
extérieures du sanctuaire d'Edfou, mentionne avec le 
nom de la divinité principale de chacun des nomes, de 
leur capitale, de leur relique particulière, etc., les 
noms des arbres sacrés plantés dans le bocage qui les 
entourait *. Il résulte de la comparaison de ces listes — 
deux ont été détruites — que l'arbre shent — Acacia 
nilotica— était planté dans vingt-quatre nomes, l'arbre 
asht — le Balanites — dans dix-sept, le nebs ou nou- 
bsou — le sébestier —, dans seize, l’arbre inconnu 
gebs, dans trois seulement, l’incertain 4m, le neha — 
le sycomore — et l’indéterminé arow — dans deux, 
enfin l’aser — le tamaris — le douteux femet le shen.d 
« le grand arbre », rien que dans un. 

La charte de fondation du temple d'Häthor à Den- 
dérah * fait également mention de quatre jardins sacrés 
ou d’un seul jardin divisé en quatre sections, dési- 
gnées chacune par l'arbre ou les arbres qui y étaient 
plantés ; c'était* l’a, l'asht, le shent — l'acacia du 
Nil —, le her — le saule safsaf, — le neha — le syco- 
more, — le gebs, dans lequel Mariette a vu à tort un 


1. Historiae, lb, IT, cap. 91. 

2. Charles Moldenke, Die altägyptischen Büume, p. 9-16. 

3. Aug. Mariette, Dendérah. Description générale, p. 89-90. 

ñ. Dümichen, Bauurkunde von den Tempelanlagen von 
Dendera, pl. VII, ap. Moldenke, op. laud., p. 17. 


298 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


palmier", lemama ou doum etlefem,avec l'arbre £unth, 
espèce ou variété de figuier, qui était à Dendérah 
l'objet d’un culte particulier. Il en était de même du 
saule ; sur un des bas-reliefs du même temple, on voit 
le roi consacrer un saule à Hâthor et à Hor-Hout*. 


IV. 


On vient de voir quelle place considérable les of- 
frandes tirées du règne végétal occupaient dans le 
culte égyptien ; mais les plantes ne figuraient pas uni- 
quement, sous leur forme naturelle, dans les céré- 
monies religieuses ; leurs produits y jouèrent un rôle 
non moins important, les peintures pharaoniques nous 
le montrent”, sous forme de libations et de fumigations. 

On faisait les libations avec du vin, de la biere, des 
huiles ou des essences parfumées, tel que « l'extrait 
surfin de styrax », fabriqué « pour parfumer Hâthor 
de l’odeur que donne son eau‘ ». On répandait d’ordi- 
naire ces liquides sur les offrandes elles-mêmes, par- 
fois aussi, sur une espèce d’autel en pierre, en granit 
ou en basalte, destiné à cet effet. On versait encore de 
l'huile ou des parfums sur la tête de la momie, avant 
de la placer dans la niche où elle était conservée”. 
C'était à la fois un hommage rendu au mort et un 
moyen de conservation de sa dépouille dernière, sinon 
un symbole de vie. 


1. Dendérah. Description générale, p. 90. 

2. A. Mariette, Dendérah, p. 136. Atlas, t. I, pl. 24. 

3. Wilkinson, op. laud., t. HT, pl. LXVI et LXVII. 

&. Victor Loret, Études de droguerie égyptienne. Paris, 
1894, in-4, I, p. 2. 

5. Wilkinson, op. laud., t. IIT, p. 423, 429, 430 et 431. 


à 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 299 


Les onctions paraissent avoir eu la même significa- 
tion ; on les faisait avec de l'huile renfermée dans des 
vases d’une matière précieuse et parfumée avec des 
aromates particuliers. Une inscription du temple 
d'Edfou parle des 14 aromates ant et des 8 aromates 
ab, « sortis des yeux de Rà et d'Horus, et qui servaient 
à préparer l'huile sacrée, dont le parfum donne aux 
membres des dieux une force nouvelle" ». Le moment 
venu, le prêtre ou le roi trempait l’annulaire ou le petit 
doigt dans une de ces huiles saintes et le passait ensuite 
respectueusement sur l'effigie du dieu ou du mort 
qu'on voulait honorer. C'est ainsi qu’une sculpture nous 
montre Séti I‘ oignant la tête du dieu Khem*. « I] 
répand l'huile », dit l'inscription qui l’accompagne, 
« afin qu'il devienne un dispensateur de la vie ». 
D'autres fois les libations et les onctions semblent avoir 
été un emblème de purification. Sur une peinture de 
Derri”, qui représente Horus et Thot de Hat, faisant 
une libation sur la tête d’Amenhotpou IT, on lit ces 
mots : « Tu es pur et pur tu resteras ». « Je t'ai oint 
les yeux, fait dire à l'Horus défunt une inscription du 
tombeau de Pétaménap}, je t'ai oint le frontavec l'huile 
préparée par la déesse Sokhit..……. Tu triompheras, tu 
ceindras, au milieu des Dieux, la couronne souveraine ». 

Après les libations, ou en même temps qu’elles, pre- 
naient place les fumigations ; une des pratiques les plus 


1. Dümichen, Der Grabpalast des Patuamenap in der The- 
banischen Nekropolis. Leipzig, 1885, in-fol. t. II, p. 13. 

2. Wilkinson, op. laud., t. IT, pl. LXIT, 2. 

3. Champollion, Monuments, t. I, pl. XLII. — Rosellini, 


… Monumenti, t. I, pl. Vil. — Wilkinson, op. laud., t. IT, 


pl. LVII, 1. 
:. Dümichen, op. laud., t. IT, p. 19. 


300 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


anciennes du culte égyptien, elles s’adressaient égale- 
ment à toutes les divinités et sans elles il n'y avait 
point de cérémonie religieuse complète. Dans les 
représentations des fêtes données en l'honneur des 
dieux ou des morts, qu’on rencontre si souvent sur les 
murs des temples ou des hypogées', on voit l'hiéro- 
phante, tenant de la main gauche le brûle-parfum, et 
jetant de la droite, sur le feu qu'il renferme, des 
balles ou des pastilles d’encens. Au lieu du chef des 
prêtres, c'était le roi parfois qui remplissait cet office, 
debout devant la statue du dieu qu'il invoquait ou dont 
il réclamait une faveur. Quelquefois aussi, il faisait 
en même temps une libation, soit seul, soit en com- 
pagnie de la reine ou de son fils. C’est ainsi que Ram- 
sès IT et son fils sont représentés deux fois sur une 
peinture du Sérapeum, faisant des libations devant um 
Apis de forme humaine”. Sur un bas-relief du temple 
d'Ibsamboul on voit le pharaon qui brüle de l’encens, 
tout en faisant une libation, tandis que la reine agite 
les sistres sacrés *. 

Si les peintures pharaoniques nous montrent com- 
ment se faisaient les fumigations sacrées, elles ne 
nous apprennent pas quelle était la nature des balles 
ou des pastilles qu’on y brülait. Sans douteelles étaient 
de nature variable. Tantôt elles étaient formées d'en- 
cens — wnti — et de sesnombreuses variétés, d’autres 
fois de quelque autre gomme-résine, telle que la 
myrrhe, ou peut-être le mastic, enfin d'un aromate 


1. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 183 ett. II, pl. LX et LXVII, 
p. 398 et 399. 

2. A. Mariette, Le Sérapeum de Memphis. Paris, 1857, in-fol., , 
p. 13 et pl. 8. 

3. Wilkinson, op. laud., t. HI, pl. LXV, 8: 


LES PLANTES DANS LES FÊTES PROFANES. 301 


composé. Plutarque dit' que les Égyptiens brülaient 
de la résine au lever du jour, de la myrrhe à midi, et, 
au coucher du soleil, du Æyphi, aromate dans la com- 
position duquel entraient seize ingrédients divers. 


Y> 


L'emploi des fleurs et des aromates n'était pas ex- 
clusivement réservé au culte des dieux où des morts, 
on s’en servait également dans les fêtes profanes et 
dans les usages ordinaires de la vie. Pour les Égyp- 
tiens, comme pour tous les Orientaux, les parfums 
étaient à la fois une satisfaction et un besoin. Ils brü- 
laient du kyphi* pour parfumer leurs maisons et leurs 
vêtements ; ils aimaient à s’oindre le corps et en parti- 
culier la tête d'huiles parfumées. « Ils se réjouissaient, 
dit un ancien texte”, quand leur main était pleine des 
fleurs de leurs jardins » ; ils en aimaient la vue et en 
recherchaient l’agréable senteur. Les femmes se pa- 
raient de fleurs la tête et le sein. 

Les peintures pharaoniques‘ nous montrent les 
dames égyptiennes se faisant oindre par leurs femmes 
la chevelure d’essences précieuses et couronner de 
_guirlandes de fleurs. Une inscription du tombeau de 
Thoutmès IT° parle de « guerriers, qui s’oignent 
d'huiles, comme on a coutume de le faire les jours 


1. De Iside et Osiride, cap. 80 et 81. 

2. Dümichen, Papyrus Ebers, p. 19. 

3. Papyrus de Boulagq, 19, 3. 

#. Hypogées thébains. Prisse d’Avennes, Monuments égyp- 
tiens, bas-reliefs, peintures, inscriptions. Paris, 1847, in-fol., 
pl. XLV. 

5. Brugsch-Bey, Geschichte des alten Aegyptens, p. 308. 


302 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


de fête dans la terre d'Égypte ». Cet usage n'était 
pas nouveau; il remontait à une haute antiquité. « Je 
me parfumai d’essences aussi libéralement que si je 
versais l’eau de mes citernes », dit Amenembhat I, le 
fondateur de la XII° dynastie, dans ses Instructions à 
son fils'. « Fais un jour heureux », chante le joueur 
de harpe*, « qu'il y ait toujours des parfums et des 
essences pour ton nez, des guirlandes et des lotus pour 
les épaules et la gorge de ta sœur chérie ». Dans les 
conseils et les reproches adressés par le chef des ar- 
chivistes Amen-em-ant au scribe Pentaour, celui-ci est 
représenté se livrant à l’indolence, « assis, oint d'es- 
sence, une guirlande de fleurs au cou * ». Et un scribe 
égyptien, dans la description qu'il fait de la ville de 
Ramsès-Aanakhtou, fondée par Rhamsès IT à l'Orient 
du Delta‘, nous en montre les habitants « de l'huile 
parfumée sur la tête, debout sur leurs portes, les mains 
chargées de bouquets, de rameaux verts du bourg de 
Pà-Hâthor, de guirlandes du bourg de Pahour, au 
jour d'entrée de Pharaon ». 

Les fleurs, on le voit, étaient un symbole de joie et 
une marque d’allégresse ; aussi figuraient-elles, avec 
les parfums, dans toutes les réunions. Après les avoir 
oints d’essences et d'huiles de senteur, on parait de 
guirlandes de fleurs tous les invités. On offrait des 
bouquets aux dames à leur arrivée et, au moment où 


1. Papyrus Sallier, n° 2, pl. I, ap. Maspero, Aistoire 
ancienne, t. I, p. 466. 

2. G. Maspero, Etudes égyptiennes, p. 174. — Ludw. Stern, 
Das Lied des Harfners. (Zeitschrift, t. XI (an. 1873), p. 60). 

3. G. Maspero, Du genre épistolaire chez les Égyptiens de 
l’époque pharaonique. Paris, 1872, in-8, p. 33. 

&. G. Maspero, Histoire ancienne, éd. in-12, p. 229. — 
Du genre épistolaire, p. 105. 


LES PLANTES DANS LES FÊTES PROFANES. 303 


elles entraient dans la salle des fêtes, elles recevaient 
une fleur de lotus qu’elles devaient garder à la main 
durant toute la réunion’; on leur donnait aussi des 
couronnes de lotus bleus ou blancs, entremêlés de bou- 
tons dressés, avec une fleur ouverte à chacun des deux 
nœuds ?, celle de devant, disposée de manière à pendre 
sur le frort. D’autres fois elles avaient pour coiffure 
un bandeau orné de pétales de lotus avec un bouton 
de cette fleur attaché par derrière et retombant sur 
le front. 

Une des peintures du tombeau de Rekhmara nous 
fait assister à une réception de ce genre. On y voit” 
trois dames assises sur une natte, une fleur de lotus 
à la main; une servante les pare de colliers, tandis 
qu'une autre leur offre des rafraichissements; plus loin 
deux autres servantes sont également occupées à la 
parure d’une quatrième dame ; l’une soulève sa cheve- 
lure, pour que la seconde puisse lui attacher autour 
du cou une guirlande de fleurs, qu’elle vient de prendre 
sur une table placée derrière elle. Ailleurs deux autres 
servantes encore apportent des colliers de fleurs pour 
deux dames déjà parées de couronnes. 


1. Champollion, Monuments, t. Il, pl. 187. — Wilkinson, 
op. laud., t. 1, p. 424, 426 et 427, nos 199, 201 et 204. 

2. Couronnes des filles de Tahoutihotpou sur une peinture 
du tombeau de ce prince. Archaeological Survey of Egypt. 
El Berseh. The tomb of Tehuti-Hetep by Percy E. Newberry. 
London, 189%, in-4. D'autres fois, les dames égyptiennes avaient 
pour coiffure un bandeau orné de pétales de lotus avec un 
bouton de cette fleur attaché par derrière et retombant sur le 
front. Nécropole de Thèbes. Prisse d’Avennes, Monuments 
égyptiens, pl. XLIV. 

3. Philippe Virey, Mémoires de la mission francaise au 
Caire, t. V, fase. 1, p. 160-161, pl. XLI. — Champollion, Ho- 
numents, t. IT, pl. 187. 


CHAPITRE VIII. 


. 


LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE ET LA PARFUMERIE 
ÉGYPTIENNES. — LES AROMATES ET LEURS USAGES. 


Pour les Égyptiens comme pour les autres nations 
de l’ancien Orient — il en est encore de même chez 
tous les peuples primitifs — les maladies n'étaient 
pas la conséquence fatale de la fragilité même de la 
nature humaine ; elles avaient une cause tout autre 
et surnaturelle ; elles étaient l’œuvre de génies mal- 
faisants ; aussi ne pouvait-on les guérir qu'avec le 
secours des Dieux”. Les prières que leur adressait le 
patient étaient le moyen le plus sûr de triompher du 
mal dont il souffrait, et les remèdes qui lui étaient 
prescrits ne devaient leur efficacité qu'aux incantations 
magiques qui avaient accompagné leur préparation 
et qu'on récitait au moment où ils lui étaient admi- 
nistrés. Cette conception explique le caractère surna- 
turel que prit la médecine dans l'Égypte ancienne? ; 


1. Salvatore di Renzi, Storia della medicina. Napoli, 1849, 
in-8, t. I, p. 46. — G. Maspero, ZJisloire ancienne, t. I, p. 212. 
2. Aux pages 46 et 47 du Papyrus Ebers, sont mentionnés 
cinq remèdes, deux que Rà et Shou avaient faits pour eux- 


LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 305 


quelques-unes de ses recettes étaient-attribuées aux 
plus grands dieux du Panthéon pharaonique ; Thot, 
l'inventeur des arts, en avait donné les premiers 
préceptes, et c'étaient ses disciples — prêtres et 
magiciens — qui en étaient les dépositaires et avaient 
pour mission de les appliquer. 

L'origine divine, qui lui était assignée, montre 
déjà l'antiquité. de la thérapeutique en Égypte; la 
tradition la faisait remonter aux premiers temps de 
son histoire. Manéthon rapporte ‘ que le fils de Ménès, 
Téti — l’Athôtis des Grecs —, qui « était médecin », 
avait écrit un traité d'anatomie ; aussi, parfois, ce 
prince a-t-il été représenté sous la figure d’un ibis, 
emblème du dieu Thot. Un autre pharaon de la 
troisième dynastie, Nibka — Tosorthros —, mérita 
par ses connaissances médicales d’être identifié avec 
Esculape *. Le nombre et la variété des procédés 
thérapeutiques: des Égyptiens, l'emploi qu'ils faisaient 
des incantations magiques, frappèrent d'étonnement 
les peuples étrangers, qui entrèrent en relations 
avec eux. L'Égypte apparut aux Grecs, en particu- 
lier, comme une terre des merveilles, remplie de 


plantes vénéneuses ou salutaires et dont chaque 


habitant, rapporte Homère, était un médecin habile, 
« car ils étaient de la race de Péan°. » Hérodote fut 
frappé du soin que les Égyptiens prenaient de leur 


mêmes et trois autres que Sibou, Nouit et Isis avaient composés 


pour Rà. 


1. Éd. Car. Müller. (Fragmenta historicorum graecorum. 
Parisiis, 1853, t. II, p. 539.) 
2. H. Brugsch, Ueber die medicinischen Kenninisse der 


alten Aegypter. (Allgemeine Monatschrift [für Wissenschaft 


und Literatur. Braunschweïig, 1853, p. 44.) 
3. Odyssée, chant IV, v. 229-232. 


1. 20 


306 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


santé et du grand nombre de médecins, « qui abon- 
daient en tous lieux ‘ ». Ces témoignages, qu'elle qu’en 
soit l'incertitude, n’en sont pas moins une preuve du 
développement que l’art de guérir avait pris dès 
longtemps dans la vallée du Nil°; aussi ne doit-on 
pas être surpris que les Grecs aient emprunté plus 
d’un remède à la pharmacopée égyptienne”. 

Les papyrus médicaux découverts ou étudiés depuis 
un demi-siècle nous permettent de nous faire une idée 
de ce qu'était la médecine des sujets des pharaons et 
des procédés auxquels elle avait recours. Les deux 
plus considérables qui soient connus *, — un troisième 
non moins important, le papyrus médical du British 
Museum, n'a point encore été publié’ — sont le 
Papyrus Ebers et le Papyrus de Berlin. Ce dernier, 
découvert à Saqqarah par l’égyptologue Passalacqua 
et le premier qui ait été publié, date de la XIX° dy- 
nastie et paraît avoir été écrit sous le règne de 
Ramsès II, vers l’an 1350 avant notre ère ; mais cer- 
taines parties sont beaucoup plus anciennes et re- 
montent peut-être à l’époque des Pharaons construc- 
teurs des pyramides. Remarquable par son ancien- 


1. Historiae, lib. Il, cap. 84. 

2. Clément d'Alexandrie, Stromata, lib. VI, cap. 4, 37, 
parle d’un traité hermétique de médecine égyptienne en six 
livres, dont malheureusement nous ne connaissons rien. 

3. M. S. Houdart, Aistoire de la médecine grecque depuis 
Esculape jusqu'à Hippocrate exclusivement. Paris, 1856, in-8, 

. 89. — J. Berendes, Die Pharmacie bei den alten Cullur- 
vôlkern. Halle, 1890, in-8, t. I, p. 60. 

4. Je ne parle pas des fragments d’un papyrus médical de 
Leyde, à cause de leur peu d’importance. 

5. S. Birch, Medical Papyrus with the name of Cheops. 
(Zeitschrift für aegyptische Sprache, t. IX (an. 1871), p. 61-64.) 

6. H. Brugsch, Ueber die medicinischen Kenntnisse der 


LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 307 


neté, ce recueil l’est encore par le grand nombre de 
recettes qu'il donne pour les maladies les plus diverses. 
M. Chabas n’en a pas compté moins de cent soixante- 
dix'; mais les noms de la plupart des remèdes 
végétaux qu'elles prescrivent nous sont inconnus * et 
le traité manque souvent de clarté; aussi, malgré 
son étendue, ne nous initie-t-il qu'imparfaitement à la 
connaissance de la pharmacopée égyptienne. I] n’en 
est pas de même du Papyrus Ebers dont la compo- 
sition offre, du reste, la plus grande ressemblance avec 
celle du Papyrus de Berlin. 

Rapporté d'Égypte, pendant l'hiver 1872-73, par 
l'égyptologue dont il porte le nom, annoncé aussitôt 
au monde savant* et publié in extenso peu après’, 
le Papyrus Ebers nous offre le manuel le plus complet 
de la thérapeutique égyptienne. C’est, comme le titre 
l'indique, un livre de la préparation des remèdes pour 
toutes les parties du corps. Il fut écrit au milieu du 
xvI' siècle avant notre ère”; mais plusieurs des traités 


alten Aegypter, p. 49. — Id., Notice raisonnée d'un traité 
médical datant du XIVe siècle avant notre ère. Leïpzig, 1863, 
p.2 et 13. 

1. La médecine des anciens Égyptiens. (Mélanges égypto- 
logiques. Châlon-sur-Saône, 1861, in-8, t. [, p. 56.) — Brugsch, 
Notice raisonnée, p. 5, parle d’une cinquantaine d'herbes et 
de neuf espèces de différents arbres. 

2. Tel que le bois de set, l'herbe aau, l'herbe asht, l'herbe 
haka ; mais on y retrouve aussi les fruits du jujubier, l'huile 
de moringa, non identifiés d’ailleurs par Chabas. 

3. Zeitschrift [für aegyptische Sprache, t. XI (an. 1873), 
p. 41-46. 

4. Georg Ebers, Das hermetische Buch über die Arzneimittel 
der alten Aegypter in hieratischer Schrift. Leipzig, 1875, 
2 vol. in-fol. 

5. L'an 1552. G. Ebers, Das hermetische Buch, p.9, 2. — 


308 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


qui y sont résumés sont d’une date bien autrement 
reculée ; il peut donc être considéré dans son ensemble 
comme le manuel de thérapeutique le plus ancien et 
le plus complet que l’on connaisse ; grâce à lui, nous 
savons ce qu'était l’art de guérir dans le pays des 
Pharaons et ce qu'il y resta jusqu'à la conquête 
grecque. 

Trouvé dans une cassette à Sekhem, aux pieds d’une 
statue d’Anubis, comme on lit à la page 103", et porté 
au roi de la Haute et de la Basse-Égypte, Sa Majesté 
Housapaiti — Ousaphaïs — ce précieux et antique 
papyrus s’ouvre par un préambule solennel sur son 
origine prétendue divine et sur l'utilité des recettes 
qu'il renferme, recettes dictées par le « maitre de 
l'univers lui-même pour écarter des dieux et des 
hommés toute espèce de maladie. » 


« Il a été pris de compassion Rà et il a dit? : « Je le pro- 
tège contre ses ennemis; son guide est Thot, qui lui a donné 
la parole ; il inspire les livres, il donne aux amis de l'étude 
et aux médecins qui le suivent la science de guérir. Qui aime 
Dieu, Dieu le fera vivre. Je suis un homme qui aime Dieu, 
Dieu me fera vivre. » 


Puis vient une iñcantation, qui, prononcée pendant 
la préparation des médicaments, devait assurer la 
guérison du malade : 


« Qu'Isis me guérisse *, comme elle guérit Horus du mal 


H. Joachim, Papyros Ebers. Das ülleste Buch über Heilkunde, 
aus dem Aegyplischen übersetzt. Berlin, 1890, in-8, p. x. 

1. G. Ebers, Das hermetische Buch, p. 5. Une origine sem- 
blable est attribuée au Papyrus de Berlin et une encore plus 
mystérieuse à celui du British Museum. 

2. Papyros Ebers, p. I, 1. 7-10. 

3. Papyros Ebers, p. I, 1. 12-20. 


LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 309 


qu'il souffrit, quand Sit tua son père! O Isis, grande magi- 
cienne, délivre-moi ; affranchis-moi de toutes les choses mau- 
vaises, funestes, infernales, du Dieu et de la déesse des 
maladies meurtrières, ainsi que des impuretés de toute espèce, 
qui fondent sur moi, comme tu as délivré, comme tu as af- 
franchi ton fils Horus... Que Rà et Osiris me délivrent de 
toute chose mauvaise, funeste, infernale, du Dieu et de la 
déesse du mal. » 


Après ce préambule, commence le « Livre des 
médecines », contenant l’énumération des remèdes 
appropriés aux diverses maladies dont peuvent être 
atteintes les différentes parties du corps humain‘: 
remèdes pour les maladies des intestins, du foie, de 
l'estomac ou de la vessie, contre les vers intestinaux 
et pour les maux de tête, les nausées, les maladies 
des yeux, les ulcères, blessures ou piqüres, les ma- 
ladies de la langue, du nez et des oreilles, des dents 
ou de la chevelure, enfin pour les maladies des femmes, 
y sont longuement indiqués. Il y en a même pour 
délivrer de la vermine et des insectes si redoutables 
dans les pays chauds. 

La préparation des médicaments avait été portée 
en Égypte à un haut degré de perfection ; elle était 
entre les mains d’une classe particulière de prêtres, 
qui tenaient leurs procédés secrets ; les diverses re- 
cettes pharmaceutiques qui ont déja été publiées, en 
particulier celles des Papyrus Ebers et de Berlin, 
nous montrent combien leurs procédés étaient ingé- 
nieux et quelle habileté ils y déployaient *. Les ingré- 


1. G. Ebers, Das hermetische Buch, p. 23-26. 

2. H.-L. Lüring, Die über die medicinischen Kenntnisse 
der alten Aegypter berichtenden Papyri verglichen mit den 
medicinischen Schriflen griechischer und rümischer Autoren. 
Leipzig, 1888, in-8, p. 8. 


310 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


dients des médicaments composés étaient soit purement 
mélangés entre eux, soit bouillis ensemble, parfois 
après avoir été préalablement écrasés. Le mode de 
cuisson était lui-même réglé avec un soin religieux ; 
dans certains cas, on. devait se servir de bois ou de 
charbon d’acacia, dans d’autres, le feu était fait avec 
du bois de sycomore. Après la cuisson, les médi- 
caments solides étaient pressés, puis filtrés à travers 
un tamis. Les remèdes étaient d’ailleurs pris comme 
aujourd'hui, soit en pilules ou en poudres, soit en 
décoctions ou en potions, le matin, le soir ou à des 
heures fixes. Du vin de palmier, du miel ou de la bière 
douce servaient à édulcorer ceux qui avaient un goût 
désagréable. À l'extérieur, on faisait usage de cata- 
plasmes, d’emplàtres, de collyres, de frictions et de 
pessaires. Les médecins égyptiens employaient aussi 
les inhalations, les clystères et les instillations de 
liquides dans les organes”. Enfin, on prononçait, en 
administrant les remèdes, diverses formules magiques, 
destinées à en augmenter l’efficacité ?. 

Les divers ingrédients dont la pharmacopée pha- 
raonique se servait — on en compte plus de sept cents 
— étaient empruntés au règne minéral, comme au 
règne animal, mais surtout au règne végétal. Les 
médecins de l'Égypte ancienne avaient une connais- 
sance étendue, non seulement des plantes de leur 
propre pays, mais encore des plantes de toutes les 
contrées avec lesquelles les sujets des Pharaons 
entrèrent en relation”; on rencontre dans leurs 


1. Lüring, op. laud., p. 165-170. 

2. Lüring, op. laud., p. 57. 

3. G. Ebers, Æin Kyphirecept aus dem Papyrus ÆEbers. 
(Zeitschrift für aegyptische Sprache, t. XIT (an. 1874), p. 106.) 


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LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 311 


recettes des produits végétaux de la Syrie, de la côte 
orientale d'Afrique, de l'Arabie et même de l'Inde. 
Mais, de quelque nature que fussent ces produits, ils 
étaient rarement employés seuls; les médicaments 
égyptiens étaient de nature essentiellement complexes ; 
on comptait dans la plupart d’entre eux jusqu’à dix à 
douze substances différentes ‘ ; à cet égard, la phar- 
macopée pharaonique a servi de modèle à celle des 
Grecs et a devancé celle des Arabes. 

Il est très difficile d'identifier les divers végétaux, 
qui, par eux-mêmes ou par leurs produits, entraient 
dans la composition des remèdes usités dans l'Égypte 
pharaonique ; les signes hiéroglyphiques qui les re- 
présentent sont loin d’être tous expliqués et les noms 
égyptiens qu'on rencontre dans Dioscoride, parfois 
aussi dans Pline et dans Apulée, ne peuvent que bien 
exceptionnellement prétendre à l'authenticité *. Aussi 
ne connaïit-on qu'une faible partie des plantes qui 
entraient dans la pharmacopée des Égyptiens. M. Franz 
Woenig n'en cite qu'une dizaine”, et sur ce petit 
nombre il y en a plusieurs qu’il ne mentionne que sur 
le témoignage douteux des écrivains grecs ou latins ; 
M. Ludwig Stern n'en a pas identifié d’une manière 
certaine plus de douze à quinze *; le traducteur alle- 
mand du Papyrus Ebers, M. Joachim, en a nommé un 
plus grand nombre”, mais ses déterminations, bien 
souvent aventurées, ne peuvent entrer en ligne de 


1. Lüring, op. laud., p. 56. 

2. Lüring, op. laud., p. 143. 

3. Die Pflanzen im alten Aegypten, p. 392-396. 

4. Glossarium hieroglyphicum, t. Il, p. 1-63 du Papyros 
Ebers. 

5. Papyros Ebers, p. 196-207. 


312 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


compte ; M. Lüring, à côté de quelques-unes qu'il n’a 
point cherché à identifier, en énumère une trentaine 
qu'il donne comme connues’, mais sur ce nombre 
plusieurs encore sont contestables ou non suffisamment 
déterminées. On voit combien la solution du problème 
est peu avancée. 

Les principaux produits d’origine végétale étaient 
les huiles de lin, de ricin, de carthame, de sésame 
et de noix de ben, les liqueurs fermentées : bière, 
vin de raisin et vin de palmier, les fruits du syco- 
more et du figuier commun, du dattier, du sébestier, 
du caroubier, du jujubier, les raisins, les pastèques, 
les baies du genévrier et peut-être du Cocculus leaeba*, 
les graines de coriandre, d’anis, de sésame, de cu- 
min, de lin, le blé; l'écorce du grenadier, ainsi que 
la gomme de l’acacia, la myrrhe et l’encens même. 
Les feuilles, les tiges ou les racines d’autres plantes : 
oignon, menthe poivrée, sauge d'Égypte, aneth, 
fenouil, laitue, ache, indigo, etc., servaient à faire 
des décoctions ou entraient dans la préparation de 
divers médicaments composés”. D’autres plantes n’é- 
taient pas employées comme remèdes, mais comme 


1. Die medicinischen Kenninisse, p. 143-16%. 

2. « Il n’y a pas de doute, dit Schweinfurth, que cette plante 
(dont l’écorce et la graine renferment un principe amer nar- 
cotique) jouait un rôle important dans la pharmacopée des 
anciens Égyptiens. » Bulletin de Institut égyplien, n° 7 
(an. 1886), p. 421. 

3. M. Joachim mentionne également, dans sa traduction du 
Papyrus Ebers, l’absinthe, le cèdre, le crocus, le dourah, la 
jusquiame, la mandragore, le mélilot, le nasturtium, le pavot 
et la Pislia stralioles. La pharmacopée égyptienne aurait 
encore employé, d'après M. Lüring, le palmier nain (Cha- 
maerops humilis L.) la coloquinte, les produits du coton- 
nier, etc. ; mais ces désignations n’ont rien de certain. 


LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 313 


moyens magiques’, tels les grains de blé et d'orge 
qu'on faisait tremper dans l'urine d'une femme pour 
constater si elle était grosse ou non *. Germaient-ils, 
c'était un signe de grossesse, s’ils ne germaient pas, 
c'est qu’elle n’était pas enceinte. Si c'était l'orge qui 
germait, elle était grosse d’un garçon; le froment, 
au contraire, germait-il, elle devait mettre une fille 
au monde. 

Je n’ai point l'intention de passer en revue toutes 
les maladies dont les Papyrus Ebers et de Berlin donnent 
le traitement; je me bornerai à indiquer les remèdes 
connus d’origine végétale employés dans la médica- 
mentation de quelques-unes des plus répandues en 
Égypte. Commençons par les maladies d'estomac et 
des intestins qui y étaient fort communes. S’agissait-il 
d’une pléthore de l'estomac, on prescrivait au malade 
une espèce de bouillie faite avec de l'huile et dans 
laquelle on avait mis du miel et des baies de genièvre 
avec du sam et du skasha”*. Pour un simple embarras 
gastrique on lui administrait de la farine de dattes 
déliée avec des graines de ricin dans de la petite bière. 
Des fruits du Cordia myxa où sébestier, des figues, 
des raisins cuits avec de la pâte de froment, de l’en- 


1. 1] en existait 36, d'après Pamphile, qui prétendait en 
avoir vu énumérées les propriétés merveilleuses dans un des 
livres hermétiques ; mais Galien affirme que ce n’était que 
radotage : räsa: Añods eo. De simplicium medicamentorum 
facultalibus, t. XI, p. 798, éd. Kuhn. 

2. Papyrus de Berlin, verso 2, 1. 2-5. — Lüring, op. laud., 
p. 138. — Le Page-Renouf a rapproché cette recette égyp- 
tienne de celle qu'on trouve dans l'£xperienced midwife et 
que ce vieil ouvrage attribue à Aristote. Zeitschrift für aegyp- 
tische Sprache, t. XI (an. 1873), p. 125. 

3. Lüring, op. laud., p. 23. 


314 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


cens, des oignons, du vin et de la bière douce servaient 
à ouvrir l'appétit. La plupart de ces ingrédients, en 
particulier le vin, la bière, le miel, les figues, les fruits 
du Cordia myxa et les raisins étaient employés aussi 
comme tonifiants*. ; 

De nombreux remèdes servaient à combattre les ma- 
ladies de la vessie; ainsi, dans une recette contre les 
impuretés de l'urine, on trouve à la fois du miel, de l’en- 
cens, des baies de genévrier, des rhizomes de souchet, 
de l’écorce de sycomore, de la racine de gaga et de 
khazit, des dattes fraiches et de la pâte, le tout mélangé 
à chaud et passé au tamis”. Contre les vers intestinaux, 
en particulier contre le ténia, maladie fréquente en 
Égypte, les Papyrus Ebers et de Berlin prescrivent 
l'écorce de la racine de grenadier, remède encore usité 
aujourd'hui; on écrasait cette écorce dans de la bière, 
puis on mettait le résidu avec de l’eau dans un vase et 
on le laissait reposer jusqu'au lendemain, après quoi 
on le buvait*. 

On calmait les fluxions de dents avec des dattes 
ramollies dans du lait. Des emplâtres de jeunes pousses 
de ricin, écrasées dans de l’eau, guérissaient « instan- 
tanément » du mal de tête, « comme si on n’avait rien 
eu »*, Des frictions à l'huile de ricin étaient prescrites 
pour les ulcères de mauvaise nature ; le latex de syco- 
more était également préconisé contre le même mal. 
Un onguent fait avec des graines de fekhou, du miel ou 
du mastic et du vin servait à guérir les tumeurs des 


1. Lüring, op. laud., p. 30. 

2. Lüring, op. laud., p. 26-27. 

3. Joachim, Papyros Ebers, p. 11, n° 16. 

&. Lüring, op. laud., p. 25. I] existait un traité particulier 
des vertus du ricin — l’arbre {egem. 


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bide » és Go uen ca l'hd Aibat de si 


bé ottndlir À mi: 


LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 315 


jambes‘. Contre les éruptions, en particulier contre le 
« bouton du Nil° », on prenait pendant quatre jours un 
remède composé d’un mélange de lait d'’ânesse, d’at, 
d’acacia du Nil, d'indigo, de fruits de térébinthe et de 
miel, le tout cuit ensemble et passé au tamis. Sur les 
cicatrices on mettait des emplätres dans lesquels en- 
traient entre autres ingrédients végétaux des dattes et 
des endives. Au nombre des substances qui servaient 
à la confection d’un onguent employé pour guérir les 
morsures se trouvent aussi des oignons cuits avec de 
l’encens et la plante nouter. Parmi les remèdes en usage 
dans les affections de la langue, il y en avait un composé 
d'un mélange d’encens, de cumin, de miel et de graisse 
délayés dans de l’eau”. On combattait l’éternuement ou 
le coryza, en mettant sur le nez un emplâtre fait de 
menthe poivrée et de dattes pilées. 

C’est dans le traitement des maladies d’yeux que 
la thérapeutique égyptienne paraît avoir déployé le plus 
d'invention“. Les ophtalmies, conséquence de la nature 
même du climat, sont fréquentes dans la vallée du Nil”; 


4. Pap. médic., XI, 2, ap. Victor Loret, Études de droguerie 
égyptienne. Paris, 1894, in-4, p. 21. (Recueil de travaux, 
t. XVI.) M. V. Loret regarde la plante {ekhou comme étant la 
violette, identification qu’il me parait difficile d'admettre sans 
hésiter. 

2. Furoncle qui atteint les habitants pendant la crue du 
Nil. Bulletin de l'Institut égyptien, n° 10 (an. 1889), p. 350. 

3. Lüring, op. laud., p. 35-39. 

k. G. Ebers, Das Kapitel über die Augenkrankheiten im 
Papyr us Ebers. Leipzig, 1889, in-4. 

5. G. Maspero, Histoire ancienne, in-12, p. 75. « L’ophtalmie 
d'Égypte » a été l’objet de nombreux travaux. Cf. J. Hischberg, 
Aegyplen. Geschichtliche Studien eines Augenarztes. Leipzig, 
1890, p. 76 et 94, qui, tout en croyant à l'ancienneté des 
inflammations d’yeux en Egypte, ne pense pas que l’ophtalmie 
endémique remonte à l’époque des Pharaons. 


316 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


les médecins du pays s’appliquèrent à les guérir, et 
l'habileté qu'ils y déployèrent les rendit célèbres dans 
l'antiquité. Si l’on en juge par le nombre de collyres 
et les remèdes divers dont ils faisaient usage, cette 
réputation aurait été méritée. La myrrhe et la plupart 
des espèces d’anti ou encens, ainsi que le sounter, que 
M. Lüring regarde’, avec M. Krall, comme une espèce 
d’encens, mais qui semble bien plutôt avoir été la gomme 
résine du lentisque ou du pin d'Alep, la sciure de bois 
d'ébène, les rhizomes charnus et arrondis du souchet 
(C. rotundus)”, le mati — l'ache* —, d’autres plantes 
encore non identifiées, comme l'intérieur du fruit de 
l'arbre kesb, le suc et les fruits frais du {art de l’oasis, 
servaient à combattre les inflammations, conjonctivites, 
pustules, ainsi que l’affaiblissement de la vue. 

Les Égyptiens ne paraissent pas avoir pris moins de 
soin de leur chevelure que de leurs yeux; la tradition 
attribuait à la reine Sesha, mère du roi Téti*, une - 
recette pour faire pousser les cheveux, preuve de l’an- 
tiquité de la médicamentation dont ils étaient l’objet. 
Un cosmétique célèbre dans l'antiquité hellénique était 
mis sous le nom de la reine Cléopâtre, dernière sou- 
veraine de l'Égypte’; mais plusieurs des ingrédients 


1. Op. laud., p.107. Krall, Das Land Punt, Wien, 1890, in-8, 

AU 

2. M. Lüring dit des rhizomes de souchet comestible (Cy- 
perus esculentus L. 

3. Avec M. Victor Loret, j'admets que le mot égyptien mali, 
auquel M. Lüring attribue, après Stern, le nom de crocus, 
désigne en réalité l'Apium graveolens L. M. Hirschberg, 
lui, Aegypten, p.68, a vu dans cette plante le Chelidonium ma- 
jus L, le u0060 de Dioscoride. 

« 4. G. Ebers, Das hermetische Buch, p. 42. Cf. G. Maspero, 
Revue critique, 8 avril 1876, t. X, 1/p. 233. 
5. Lüring, op. laud., p. 123. 


à does ‘der à dé 


LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 317 


qui y entraient: myrrhe ou encens pour combattre la 
teigne, ladanum écrasé dans de l'huile et du vin doux 
pour faire épaissir les cheveux, racine de lotus broyée 
pour les empêcher de tomber, remontent à un passé 
reculé. 


IT. 


Les dernières recettes dont je viens de parler sont 
du ressort de la parfumerie, bien plus que de la phar- 
macopée ; il en était de même des pommades dont les 
dames égyptiennes se servaient pour entretenir la frai- 
cheur ou la souplesse de la peau, effacer les rides, des 
substances avec lesquelles elles se teignaient les sour- 
cils ou les mains, des essences et des huiles dont on 
faisait usage pour oindre les statues des dieux ou les 
momies des morts, se parfumer les cheveux et les di- 
verses parties du corps, ainsi que des aromates em- 
ployés dans les fumigations. C'étaient des ingrédients 
minéraux surtout qui servaient à conserver la sou- 
plesse de la peau ou à teindre les sourcils; les subs- 
tances végétales : grains d’encens, rhizomes de souchet, 
écrasés dans du lait, reparaissaient dans la prépara- 
tion de la pommade employée pour effacer les rides du 
visage’. On.a vu qu’un autre produit végétal, l'extrait 
de feuilles de henné, servait à colorer la peau des 
mains et des pieds, comme à teindre les cheveux. 

Les huiles ou essences parfumées, en usage dans le 
culte et dans les cérémonies funèbres étaient de nature 
très diverse ; il y en eut d’abord sept, puis huit ou 


1. Papyros Ebers, p. 87. Cf. Lüring, op. laud., p. 40. 


318 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


neuf, et enfin dix espèces différentes", employées pour 
« la cérémonie de l'ouverture de la bouche » ; maisil y 
en avait bien d’autres, par exemple l'huile {eshep et le 
« parfum divin », dont Dümichen a donné les for- 
mules compliquées”. Au lieu de les reproduire ici, je 
préfère donner la composition d’un autre parfum, 
« l’extrait surfin de styrax », qui vient d’être l’objet 
d'une étude pénétrante de M. Victor Loret*. Cette 
essence, dont la recette est gravée sur une des parois 
du temple d'Edfou, se composait de huit ingrédients 
d’origine végétale, combinés savamment entre eux : suc 
de caroube, encens de première qualité, écorce de 
styrax, calame aromatique, aspalathe, mastic, graines 
de la plante fekhou et vin très alcoolique. Cela peut 
donner une idée de la composition des essences usitées 
dans l'Égypte ancienne. 

La composition des aromates employés dans les 
fumigations n’était pas moins savante ou complexe, 
ni le nombre de ces aromates moins considérable que 
celui des essences èn usage dans les onctions. La 
grande quantité des gommes-résines, quatorze résines 
ant et huit résines ab, malheurement non identifiées, qui 
servaientsurtout à préparer ces substances — ces kyplu*, 


1. Dümichen, Der Grabpalast des Paluamenap, p. 12-13 
et 28. L'une d'elles, qui porte le nom d'essence bag, était 
sans doute préparée avec de l'huile de moringa. 

2. Die Oasen der libyschen Wiüste. Strasburg, 1877, in-#, 
p. 3-6. — Der Grabpalast des Patuamenap, p. 26. Dümichen 
a également donné dans ce dernier ouvrage, p. 29, la compo- 
sition de l'huile parfumée matet et dans la Zeitschrift für 
aegyptische Sprache, t. XVII (an. 1879), p. 97-128, la formule 
de l’huile heken. 

3. Etudes de droguerie égyptienne, 1, p. 1-25. (Recueil de 
travaux, t. XVI.) 

&. D'un radical k£ep « fumiger ». Lüring, op. laud., p. 46. 


17 


LES PLANTES DANS LA DROGUERIE. 319 


comme on les appelait — peut déjà donner une idée de 
leur variété. Celui qui portait le nom de si-heb, par 
exemple, contenait huit ingrédients végétaux! : poix, 
graines de {ekhou, colophane, graines d’acacia, encens 
frais, plantes as et Lam. Le kyphi proprement dit était 
autrement compliqué; il renfermait d'ordinaire le nom- 
bre symbolique de seize substances”, combinées entre 
elles avec un soin infini. Deux recettes, gravées sur les 
murs du laboratoire du temple d'Edfou, ont été publiées 
et étudiées par Dümichen”; en les étudiant à son tour 
et en les comparant avec celle qui se trouve sur les murs 


du temple de Philae, M. Victor Loret a pu donner la 


formule définitive et complète de ce parfum celèbre*. 

Les premiers ingrédients qui y entraient étaient le 
kanen, « roseau odorant » (Acorus calamus L.), le 
shou-ament, « jonc d'éthiopie » (Andropogon schœ- 
nanthus L.), la résine sheb ou fit (Pistacia lentiscus L.), 
l'écorce de bois de gat (Laurus cassia L.), le tas, 
« bois odorant » (Laurus cinnamomum L.), l'akai 
(Mentha piperita L.) etle djalma où djäbi, aspalathe 
ou « bois de rose » (Convolvulus scoparius L.); on 
pilait dans un mortier ces sept aromates de manière à 
les réduire en poudre très fine ; puis on en séparait la 
partie la plus ténue, et on ajoutait au reste quatre in- 
grédients nouveaux, du pershou où « grains d'ouan » 
(Juniperus phoenicea L.), du sannär, « graines che- 
velues » (Acacia seyal Del. ou tortilis Schw.), du 


1. Victor Loret, Études de droguertie, 1, p. 21. 

2. Plutarque, De side et Osiride, cap. 80. 

3. Der Grabpalast des Patuamenap, p. 20-25. 

4. Le kyphi, parfum sacré des anciens Égyptiens. Paris, 
1887, in-8. 

5. M. Victor Loret, Le Kyphi, p. 53, suppose qu'il s’agit de 


320 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


pouger (Lawsonia inermis L.) et du shbin ou kaiou, 
nom, d’après M. Victor Loret, de la racine du Cyperus 
lonqus L.; on humectait le mélange avec du vin ; on le 
laissait ensuite reposer jusqu'au matin, « afin qu’il se 
tasse »; puis, après avoir ajouté des shep, « raisins 
d'oasis »; et de l’ar-hor, « œil d'Horus-vert », nom 
mystique du vin, on écrasait le tout et on le laissait 
reposer jusqu'au cinquième jour. On mêlait alors à l’es- 
pèce de pâte ainsi obtenue de la résine fraiche, sans doute 
de la térébenthine', et du miel, « œil d’'Horus-doux » ; 
puis on mettait le tout dans une marmite et on le faisait 
cuire jusqu'à un degré convenable d’épaississement. 
L'addition à la masse d’une certaine quantité de myrrhe 
achevait la préparation du kyphi, « deux fois bon pour 
l'usage du culte ». 

Quand, au lieu d’être employé dans le culte, le kyphi 
était simplement destiné à parfumer les appartements 
ou les vêtements, on n’y faisait, d’après le Papyrus 
Ebers*, entrer que dix ingrédients qu'on combinait 
d’ailleurs comme ceux du kyphi sacré. De ces dix in- 
grédients, auxquels on ajoutait du miel, on faisait des 
pastilles destinées aux fumigations ; on les mâchait 
aussi pour donner à l’haleine une odeur agréable”. Le 
kyphi décrit par Dioscoride ne contenait aussi que dix 
ingrédients ; mais Galien, comme Plutarque, en attribue 
seize à ce parfum‘. 


l'A. Farnesiana Wild. ; mais cette espèce, étant originaire 
d'Amérique, n’a pu entrer avant notre ère dans la composition 
d’un parfum égyptien. Cf. plus haut, p. 145. 

1. Tepuivlivn zexavuevn, dit Galien. 

2. P. 98. Cf. Lüring, op. laud., p. 48. 

3. G. Ebers, Ein Kyphirecept. (Zeitschrift für aegyptische 
Sprache, t. XII (an. 1874), p. 109. 

h. Plus tard, ce nombre augmenta; Paul Eginète connais- 


ML 


LES PLANTES DANS LA DROGUERJE. 321 


Les formules des huiles parfumées et des aromates 
destinés au culte étaient fixées par la tradition reli- 
gieuse ; elles étaient inscrites sur les parois des labora- 
toires sacrés, où ces parfums se préparaient. Une ins- 
cription de Dendérah, après avoir dit que son laboratoire 
« était pourvu des produits du pays de Pount', de tout 
ce qui venait du pays des Fekker* et de ce qui se rencon- 
trait de précieux dans la Terre divine, » ajoute « qu’on y 
trouvait entassées, comme le sable [du désert], les 
résines Aat et nehet, qu'on y voyait mille plantes aux 
douces senteurs, la résine ab à son état natif et telle 
que la fournit son pays d'origine, les résines P’ser et 
aham en quantité incommensurable, avec l'huile aber 
et le mystérieux composé hekennu ». La plupart de ces 
aromates étaient étrangers à laterre de Qimit; je n’ai 
donc pu en parler, quand j'ai passé en revue les arbres 
et les plantes utiles de l'Égypte; je n’en parlerai pas 
davantage ici; je remets à faire connaitre ceux qu'il a 
été possible d'identifier : encens, myrrhe, calame aro- 
matique, aspalathe, mastic, térébenthine, cassie, cinna- 
mome, etc., aux chapitres où je traiterai de la flore 
des divers pays qui les produisent. Mais avant de finir 
celui-ci, je dois dire encore quelques mots de l'emploi 
des aromates dans les embaumements. 


sait déjà un kyphi composé de vingt-huit ingrédients ; Nicolas 
Myrepsus, au xme siècle, en mentionne un dans lequel 
entraient cinquante substances diverses. G. Parthey, Ueber 
Isis und Osiris. Berlin, 1850, in-8, p. 278. 

1. Dümichen, qui a identifié le Pount avec l'Arabie, traduit 
naturellement par le nom de cette contrée. Der Grabpalast, 
p. 28. s 

2. Un des pays d'où les Egyptiens tiraient les aromates. 

1H 21 


322 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


IE 


Aucun peuple de l'antiquité n’a donné aux funérailles 
une importance comparable à celles qu'elles prenaient 
chez les Égyptiens. Avant que le défunt fût conduit 
solennellement à sa demeure dernière et que son corps 
fût déposé dans le mastaba ou le sépulcre destiné à le 
recevoir, de longues pratiques devaient assurer la con- 
servation de sa dépouille mortelle ; leur ensemble cons- 
tituait l'embaumement dont les écrivains de l'antiquité 
et les textes démotiques nous font connaitre les diverses 
phases. 

Aussitôt apres la mort, le corps du défunt était livré 
aux paraschistes ou taricheutes ‘; ils commençaient par 
faire sortir à l’aide d’un crochet en fer la cervelle à tra- 
vers les narines et ils y substituaient des substances 
antiseptiques *. L'un d’eux faisait alors avec une pierre 
d'Éthiopie une incision dans le côté, et, par cette ou- 
verture, retirait les intestins, à l'exception des reins 
et du cœur’; on lavait ensuite la cavité abdominale 
avec du vin de palme et d’autres substances aroma- 
tiques ; puis on déposait le corps, d’après Hérodote, 
dans un bain de natron où il restait trente-cinq jours. 
C'était là la première phase de la momification. La 
seconde, mêlée de prières et de libations ou d’onctions 
sacrées et complétée par l’emmaillottement de la mo- 


1. Eug. Revillout, Une famille de paraschistes ou taricheules 
thébains. (Zeilschrift für aegyplische Sprache, +. XVI 
(an. 1879), p. 84.) 

2. Hérodote, /istoriae, lib. If, cap. 86. 

3. Diodore, Brbliotheca, lib. I, cap. 91. 


KL fé en Se TRE at 


LES PLANTES DANS LA DROGUERIE. RE: 


mie, était surtout l'œuvre des coachytes ‘ ; mais comme 
la première, on feignait qu'elle fût accomplie par les 
Dieux : 


« Isis la grande, mère des Dieux, arrive, dit un texte démo- 
tique ?, pour ton embaumement..… Tu as été oint de l'huile 
basti par les mains d'Horus, seigneur du as (laboratoire) et 
de l'enveloppe de sechem par ses doigts. Le vêtement d'’étoffe 
de byssus, destiné à ton kesau (emmaillottement), est comme 
les vêtements des Dieux et des Déesses. C’est Anubis qui, 
comme #herheb (paraschiste), a rempli ta tête de sel, de 
résine syrienne, de poix. Ta chair est huilée. Elle est entourée 
d’étoffes magnifiques, pour que tu puisses apparaitre à l'ho- 
rizon et adorer le soleil dans son disque. » 


La cérémonie de l’onction et de l’emmaillottement 
des diverses parties du corps est décrite longuement 
dans le Papyrus 558 du Louvre et le Papyrus n° 3 de 
Boulaq”; chacun des actes qui la constituaient était 
accompagné de prières et de conjurations : 


« Le voici pour toi le parfum d'Arabie, disait le « ministre 
divin » en oignant la tête {. O Osiris, tu as recu un parfum de 
fête qui rend tes membres parfaits. Te voilà oint.. Elle vient 
à toi l'huile pour huiler tes membres... Elle vient à toi la 
résine de Phénicie, la poix de Byblos ; elles rendent parfait 
ton ensevelissement.. Elles viennent à toi, les plantes vertes 


- sorties de la terre, les guirlandes des prés d’Ialou, les her- 


bages excellents des champs de H‘ää. » 


Après avoir oint la tête du défunt, on l’enveloppait 
de bandelettes, puis on « faisait dessous un semis de 


1. Eug. Revillout, Taricheutes et choachytes. (Zeitschrift, 
t. XVIII (an. 1880), p. 78.) j 

2. Papyrus Rhind. (Zeitschrift, t. XVII (an. 1879), p. 91.) 

3. G. Maspero, Mémoire sur quelques Papyrus du Louvre. 
IL. Rituel de l'emsaumement. (Notices et extraits des manus- 
cris, t. XXIV, p. 14-51.) 

4. G. Maspero, Rituel de l'embaumement, p. 18-21. 


324 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 


grains de myrrhe et de résine ». On procédait ensuite 
à l'embaumement et à l'emmaillottement des mains et 
des doigts, puis des cuisses, des jambes et des pieds, 
sur lesquels on mettait des fleurs ankhaämu, du natron 
et de la résine. Chacune de ces diverses opérations 
sacrées était accompagnée de nouvelles invocations. 
L'embaumement n'était définitivement terminé qu'au 
bout de soixante-dix jours; alors seulement la momi- 
fication était considérée comme complète, et le corps, 
dont la conservation était désormais assurée par tant 
d’onctions saintes, était enfin placé avec des amu- 
lettes, sur lesquelles étaient gravées des formules ma- 
giques’, et des fleurs dans le cercueil préparé pour lui. 

Les substances végétales employées dans la longue 
cérémonie de l'embaumement sont loin d'être toutes 
connues; les huiles employées pour les onctions 
étaient sans doute quelques-uns des parfums préparés 
dans le laboratoire des temples et dont j'ai parlé plus 
haut; on peut l’affirmer de « l'huile sainte », et de 
« l'huile détachée des choses divines ». M. Maspero* 
mentionne l'huile de cèdre et l'huile extraite d’olivier, 
mais celle-ci me paraît devoir être plutôt celle de bag 
(Moringa aptera)'. De quelle espèce aussi était la 
poix venue de Byblos, la résine apportée de Phénicie 
et les dix parfums, dont on enduisait tout le corps à 
l'exception de la tête? On l’ignore, mais dans les 
fleurs ankhämu, M. Victor Loret voit des fleurs d’aca- 
cia, qu'on mettait, d'après le Rituel de l'embaumement, 


1. G. Maspero, Le chapitre de la boucle, (Notices et extraits, 
RAIN Del: 

2. Le Rituel de l’'embaumement, p. 5%. 

3. Victor Loret, L’Olivier et le Moringa. (Recueil de tra- 
vaux, t. VII, p.104.) 


LES PLANTES DANS LA DROGUERIE. 325 


avec du natron et des grains de résine à l'extrémité des 
jambes, en les fixant au moyen d'eau de gomme d’ébé- 
nier. La gomme de cet arbre exotique figurait dans 
l’'embaumement !, comme son écorce macérée, dans la 
pharmacopée. Il est probable qu'on employait égale- 
ment dans la momification la résine de cèdre, ainsi 
peut-être que celle du pin d'Alep”; on a trouvé du 
moins de la sciure de bois de cèdre dans une momie 
du Musée de Berlin”, comme on a cru reconnaître des 
fragments de bois de santal mélangés à du natron 
dans une autre‘. On faisait d’ailieurs avec de la 
résine de cèdre et du naphte un vernis jaunàtre qui 
servait à conserver les peintures des sarcophages. 


1. L'ébène chez les anciens Égyptiens. (Recueil de travaux, 
t. VI, p. 129.) 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, n° 54, p. 43. 

3. Franz Woenig, op. laud., p. 387. 

4. Catalogue de Passalacqua, p. 286. 


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LIVRE SECOND : 


LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


CHAPITRE PREMIER 
LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 


La vaste contrée, qui s'étend de l’Indus à la Médi- 
terranée, sé divise en trois régions naturelles : c’est, 
à l'est, le plateau de l'Iran, compris entre les mon- 
tagnes qui forment la limite occidentale du bassin de 
l’Indus et celles qui servent de frontière orientale au 
bassin du Tigre, l'Océan indien et la chaîne des hau- 
teurs qui courent de l'Hindou-Koush — l’ancien Paro- 
pamise — à l’Elbourz au sud de la Caspienne. Au 
centre, la région comprise entre la chaine bordière du 
Zagros à l'est, le Taurus et les monts qui bornent les 
bassins de l’Oronte et du Jourdain à l’ouest ; elle com- 
prend le double bassin du Tigre et de l'Euphrate — la 
Mésopotamie, — séparé de celui de l’Oronte et du Jour- 
dain par le désert de Syrie, prolongement septentrional 
de l'Arabie, immense presqu'ile, que bornent des trois 
autres côtés le golfe Persique, l'Océan indien et la mer 
Rouge.-Enfin l'Asie Mineure, autre presqu'ile moins 


328 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


vaste que l'Arabie, mais non sans analogie avec elle, 
limitée à l’est par la chaîne de l’'Amamus et du Taurus, 
qui la séparent de la Syrie et du massif arménien, au 
nord par le Pont-Euxin, à l’ouest par la Propontide 
et la mer Égée et au sud par la Méditerranée". 

S’étendant du 24° au 70° degré de longitude orien- 
tale et du 12° au 42° degré de latitude septentrionale, 
l'Asie antérieure présente les différences les plus 
grandes dans son climat et sa constitution géologique ; 
elle n’en offre pas de moins considérables dans sa flore. 
Sillonnée ici par des montagnes, dont beaucoup dé- 
passent en hauteur la limite des neiges éternelles et 
renferment des vallées profondes et bien arrosées, 
couvertes là de plateaux élevés ou de déserts sablon- 
neux et arides, ailleurs de plaines basses et brülantes, 
on y trouve à la fois les plantes des steppes ou du 
Sahara, la végétation forestière des hauteurs alpestres, 
ainsi que celle des plaines cultivées et des grasses 
alluvions ; néanmoins, malgré la diversité des espèces 
végétales qui les représentent, les flores de ces di- 
verses contrées offrent des traits communs qui permet: 
tent de les réunir en une seule, la « Flore de l'O- 
rient? », caractérisée par certaines formes typiques de 
la région des steppes, comme les 74 espèces du genre 
Acantholimon, et la presque totalité des 760 espèces 
du genre Astragalus”. 

Toutefois la végétation change singulièrement quand 


1. H. Kiepert, Lehrbuch der alten Geographie. Berlin, 1878, 
in-8, p. 47-49. 

2. Edm. Boissier, Flora orientalis. Genevæ, 1867-1882, 5 vol. 
in-8. 

3. Oscar Drude, Die Florenreiche der Erde. (Petermann's 
Mittheilungen, an. 1884, Ergänzungsheft, n° 73, p. 57.) 


rh... à 
2 


L 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 329 


on descend du plateau de l'Asie Mineure ou des hau- 
teurs de l’Arménie sur les côtes de la Caspienne ou du 
Pont-Euxin, de la mer Égée ou de celle de Chypre, ou 
bien qu'on s’avance dans la plaine de la Mésopotamie ou 
dans les déserts de la Syrie et de l'Arabie. Sur les côtes 
du Pont et de la Caspienne la végétation se rapproche 
de celle de l'Europe centrale, en même temps que de la 
région méditerranéenne ; c'est la flore de cette dernière 
région que l'on rencontre, cela se comprend, sur les 
côtes de la mer Égée et de la mer de Chypre, en partie 
aussi dans la Syrie occidentale. Au sud et au sud- 
ouest de cette contrée, au contraire, ainsi que dans 
l'Arabie septentrionale et centrale, apparait une autre 
flore, celle du Sahara, laquelle fait place à son tour, 
sur les côtes méridionales de la Péninsule, à la flore 
semi-tropicale de l'Yémen et de l'Hadramaout. Mais 
même dans la région des steppes, qui s'étend de 
l'extrémité occidentale de l’Anatolie à la frontière 
orientale du plateau iranien, la végétation varie sin- 
gulièrement, lorsqu'on passe d’une contrée à une 
autre ; la flore de chacune de celles dont la réunion 
compose l’Asie antérieure : Anatolie et Arménie, Syrie, 
Arabie et Mésopotamie — je laisse pour le moment de 
côté l'Iran — doit par suite être étudiée à part. 


Limitée à l’est par FAnti-Taurus, qui la rattache au 
massif arménien, l’Anatolie ou Asie Mineure est un 
vaste plateau d’une hauteur moyenne de 1,000 mètres", 


1. P. de Tchihatchef, Une page sur l'Orient. L'Asie Mi- 
neure. Paris, 1868, in-12, p. 37. 


- 


390 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


incliné vers le Pont-Euxin, qui le borne au nord, ou- 
vert à l’ouest par de nombreuses vallées sur la mer 
Égée et séparé, au sud, de la mer Méditerranée par la 
chaîne du Taurus, dont le pic culminant s’élève à près 
de 3,500 mètres. Sillonnée par des montagnes secon- 
daires, qui limitent les bassins de l'Halys, du Sangha- 
rios, de l’'Hermos et du Méandre, ses principaux cours 
d'eau, l'Asie Mineure offre à la végétation les condi- 
tions les plus variées : aussi sa flore est-elle une des 
plus riches que l’on connaisse; en 1866, le voyageur 
russe de Tchihatchef y comptait 6,800 espèces’, dont 
plus de 2,000 exclusivement ,orientales. Ces plantes 
sont d’ailleurs très diversement répandues sur le ter- 
ritoire de l’Anatolie. 

Le plateau central de cette presqu'ile, avec ses 
hivers rigoureux et ses étés secs et brülants, qui ar- 
rêtent le développement de la végétation forestière, 
est aussi dépourvu d'arbres qu’abondamment couvert 
de plantes vivaces, le plus souvent épineuses, qui ca- 
ractérisent la flore des steppes : caryophyllées, légu- 
mineuses, composées, plumbaginées, salsolacées*. 
Elles s’étagent sur les flancs des montagnes en touffes 
gazonnantes, d'autant plus épaisses qu’on s'élève plus 
haut et mêlées alors d’arbustes : nerpruns, cytises, 
épines, sorbiers, troènes, buis, genévriers et d’autres 
espèces, dont quelques-unes atteignent parfois aux 
proportions d'arbres véritables, comme le Pistacia 
mutica et le Juniperus excelsa. 

Mais c’est surtout dans les montagnes élevées, qui 


1. Asie Mineure. Description physique, statistique et arch5o- 
logique de celle contrée. 3° partie, botanique. Paris, 1860, in-8, 
préf., p. XVI. 

2. Edm. Boissier, Flora orientalis, t. 1, p. 9 de la préface. 


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LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 331 


forment la ceinture du plateau anatolien ou qui en 
bornent les divers bassins, que la végétation prend un 
caractère arborescent ; les forêts y ont dù être im- 
menses dans les temps anciens et sur bien des points 
les grands arbres abondent encore : chênes au feuillage 
toujours vert ou caduc', charmes, saules, peupliers, 
érables, frènes, aulnes, bouleaux, bien d’autres encore. 
Les conifères n’y comptent pas de moins nombreux re- 
présentants:; pins, sapins, piceas, genévriers, 1fs, S'y 
rencontrent sur les points les plus divers. La « mer 
d'arbres », qui s'étend à l’est de l’ancien Sangharios 
dans les montagnes de Boli”, peut donner une idée de ce 
qu'étaient les forêts de l'Asie Mineure, avant les déboïi- 
sements qui l'ont dévastée depuis l’époque romaine. 
Le massif arménien, qui se dresse, véritable « île- 
montagne », entre l’Asie Mineure et le plateau de 
l'Iran, à une hauteur moyenne de 1,500 mètres, appar- 
tient tout entier avec son climat extrême à la région 
des steppes ; les hivers sont aussi froids que les étés 
brülants dans ses vallées abruptes ; mais la végétation 
s'y développe avec une singulière intensité, aussitôt 
après la fonte des neiges”, et les montagnes, aujour- 
d'hui dénudées, étaient autrefois couvertes d’épaisses 
forêts. La où les arbres n’ont pas encore entièrement 


1. Tandis que la France ne possède que douze espèces de 
chênes, l’Anatolie en renferme avec l'Arménie vingt-deux es- 
pèces d’après Boissier, quarante-neuf d’après Tchihatchef, dont 
huit lui sont particulières. 

2. Elisée Reclus, Vouvelle géographie universelle, t. IX, p. 
528. La zone boisée s'étend, sur une profondeur de vingt à 
trente lieues, tout le long de la mer Noire, de l’Ida phrygien 
aux montagnes du Lazistan. G. Perrot, Souvenirs d'un voyage 
en Asie Mineure. Paris, 1864, in-8, p. 218. 

3. A. Grisebach, Die Vegetation der Erde, 2e éd. Leipzig, 
1884, in 8, t. I, p. 396. 


332 LES PLANTES CIHEZ LES SÉMITES. 


disparu, on retrouve les essences de l’Anatolie. C’est 
aussi sa végétation herbacée qu'on rencontre presque 
exclusivement dans les parties basses de l'Arménie; 
mais les choses changent quand on descend des hau- 
teurs du plateau sur les bords orientaux du Pont- 
Euxin ou les côtes méridionales de la Caspienne. 
Protégées par le Caucase contre les vents des 
steppes de la Russie et du Turkestan, arrosées par les 
pluies qu'amenent les courants qui traversent la mer 
Noire, la côte pontique et la vallée du Phase, en par- 
ticulier, sont couvertes d'une végétation forestière, 
qui rappelle, par quelques-unes de ses éspèces, celle 
de l'Europe centrale. La région qui s'étend au pied du 
Caucase oriental et de l’Elbourz, quoique moins abritée 
contre les vents du nord, n’est pas moins favorisée 
au point de vue de la végétation; les vapeurs, qui 
s'élèvent sans cesse de la Caspienne, se précipitent 
pendant l'été en pluie sur les flancs des montagnes, et 
y entretiennent durant l'hiver une température élevée’; 
grâce à ces conditions climatériques, le Mazandéran, 
le Ghilan et le Lenkoran jouissent à la fois, suivant la 
remarque de Grisebach?, des étés de l'Andalousie et 
des hivers de l'Irlande, et leur climat doux et égal 
convient à la fois aux produits de l'Europe centrale et 
à ceux de l'Asie Mineure. C’est ainsi qu'a côté d’es- 
pèces qui leur sont propres, comme les chènes d’Ar- 
ménie et du Pont, l'érable « insigne » et le curieux Pte- 
rocarya caucasica”, on rencontre, dans ces provinces 


1. H. Binder, Au Kurdistan, en Mésopolamie et en Perse. 
Paris, 1887, in-8, p. 484. 

2. Opus laud., t. I, p. 393. 

3. G. Radde, Die Faunaund Flora des sudwestlichen Caspi- 
Gebiets. Leipzig, 1886, p. 410. 


LA FLORE DE L’ASTE ANTÉRIEURE. 333 


et dans l’Imérétie et le Lazistan, les arbres de l’Ana- 
tolie et de l’Europe tempérée, tel que le hêtre, qui 
atteint sa limite orientale dans le Mazandéran'. La 
végétation alpestre de ces contrées offre encore 
d’autres formes de la flore européenne, les Rhodo- 
dendrons * et les myrtilles. 

En même temps que ces plantes de l'Europe cen- 
trale ou du plateau anatolien, apparaissent sur les 
côtes orientales du Pont ou dans les provinces voisines 
de la Caspienne méridionale quelques-uns des repré- 
sentants de la flore méditerranéenne, que l'humidité 
persistante de cette région n'empêche pas de se déve- 
lopper, tel que le micocoulier et le laurier-cerise. C'est 
cette flore que nous rencontrons exclusivement sur la 
côte occidentale et méridionale de l’Asie Mineure; le 
climat tempéré par le voisinage de la mer, protégé, 
surtout au sud, contre les vents du nord, avec ses 
étés secs et ses hivers cléments et humides, offre 
toutes les conditions qu'elle réclame; la végétation 
perd le caractere de la flore des steppes qu’elle avait 
sur le plateau anatolien; les arbres ou arbustes au 
feuillage persistant se multiplient à mesure qu'on se 
rapproche du littoral”; cistes, myrtes, arbousiers, 
genêts, lentisques, pistachiers, lauriers, oléandres, 
bruyères, chênes verts, pin d’Alep et pin maritime, 
pin pignon, genévriers de Phénicie et « fétide, » cy- 
près, enfin, sur les croupes du Taurus, où il forme de 
véritables forêts, le cèdre du Liban. 


1. Drude, /andbuch der Pflanzengeographie. Stuttgart, 
1890, in-8, p. 402. 

2. Rhodendron caucasisum, ponticum et flavum (Azalea 
pontica). 

3. Grisebach, op. laud., t. I, p. 271-304. 


334 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


A ces arbustes et arbres, qui embellissent de 
leur éternelle verdure les paysages méditerranéens, se 
mêlent les plantes herbacées, qui, .au printemps, 
émaillent de leurs fleurs les champs et les prairies” 
renoncules, malvacées, géraniacées, légumineuses, 
composées, labiées, iridacées, liliacées surtout, ré- 
jouissent la vue de leurs couleurs variées, en même 
temps que de graeieux arbrisseaux la charment de leur 
port élégant; j'en ai déjà cité quelques-uns; il faut 
ajouter comme caractéristiques de la région, le Vitex 
agnus castus, qu'on rencontre sur tout le littoral ana- 
tolien, l’aliboufier (S/yrax officinalis L.), dont la 
gomme-résine odoriférante était si recherchée dans 
l'antiquité, des chèvrefeuilles aux fleurs parfu- 
mées, etc. Quelques-uns de ces arbustes s'élèvent plus 
ou moins haut dans la montagne et atteignent aux 
dimensions d'arbres véritables; tel le Liquidambar 
orientalis*, dont l'écorce exsude le storax liquide. On 
le rencontre dans le Taurus cilicien en compagnie du 
platane oriental, parfois à une hauteur considérable, 
ainsi que le pin de Cilicie, le chène à feuilles de chà- 
taignier, le chêne du Liban, le frène de Syrie et 
d’autres essences arborescentes. 


Comme sur le Taurus, le chêne du Liban, son nom 
l'indique, croit sur les montagnes de la Syrie; ce 
n’est pas la seule plante du bassin de la Méditerranée 
qu'on rencontre dans cette contrée; la flore de sa 


1. Grisebach, op. laud., 
2. risebach, op. laud., 


= 4 
ee) 
2 

er 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 339 


région occidentale offre le plus grand rapport avec 
celle toute méditerranéenne de la Cilicie, tandis que 
dans la partie méridionale on rencontre déjà les pro- 
duits du Sahara’. La constitution géologique et la si- 
tuation géographique de la Syrie explique sans peine 
la diversité que présente sa végétation; s'étendant sur 
une longueur de plus de six degrés, du mont-Amamus, 
qui la sépare de l’Anatolie, jusqu’à la presqu'ile du 
Sinaï, sillonnée de montagnes, dont plusieurs con- 
servent la neige pendant une grande partie de l’année, 
entrecoupée de vallées profondes et bien arrosées, 
bornée enfin à l’est et au sud par le désert, la végé- 
tation de cette contrée offre nécessairement les con- 
trastes les plus grands. Sur les côtes de la mer et sur 
les premières pentes des montagnes qui la dominent, 
on rencontre la plupart des plantes de la flore méditer- 
ranéenne. Ces mêmes végétaux se retrouvent en partie, 
avec quelques autres, propres à cette région, dans le 
bassin de l'Oronte et dans la fertile vallée que laissent 
entre eux le Liban et l'Antiliban — la Coelé-Syrie — 
ainsi que dans la vallée de la Nazana, qui s’étend entre 
le Liban et l'Hermon, dans la Syrie-Damascène, si- 
tuée à l’est de cette dernière montagne, et dans la haute 
vallée du Jourdain. Mais à mesure que l’on descend 
dans la gorge étroite où s'enfonce ce fleuve et qu'on 
s'approche de la dépression au fond de laquelle s'étend 
la mer Morte, la végétation prend un caractere diffé- 
rent”. Ilen est de même encore plus quand on s’avance 


1. W. H. Groser, Scripture natural history. The trees and 
plants mentioned in the Bible. London, 1888, in-8, p. 4-19. 

2. H.-B. Tristram, The Fauna and Flora of Palestine. Pré- 
face, p. x1V. (The survey of western Palestine. London, 1884, 
in-4.) 


320 LES PLANTES CIHEZ LES SÉMITES. 


dans le pays d'Ammon ou de Moab, ou qu'on pénètre 
dans la presqu'ile du Sinaï; ce sont alors les plantes 
de la flore saharienne que l’on rencontre presque ex- 
clusivement. On retrouve, au contraire, sur les hau- 
teurs du Liban, du Carmel et de l’'Hermon la végétation 
forestière de l'Asie Mineure et de l'Europe centrale, 
mêlée de quelques espèces particulières à la Syrie. 

M. Tristram compte dans la flore de la seule Pales- 
tine plus de 3,000 espèces; si quelques familles de 
plantes de la flore anatolienne manquent dans cette 
longue liste, les plus importantes y sont représentées 
et souvent par leurs espèces les plus belles ou des 
espèces nouvelles’. Les vallées etles coteaux offrent et 
devaient encore plus autrefois offrir au printemps le 
spectacle le plus charmant, alors qu’elles sont émaillées 
des milliers de fleurs qu'on y rencontre : anémones, 
renoncules, nigelles, pieds d'alouette, hélianthèmes, 
œillets, silénés, malvacées, géraniums, coronilles, tr1- 
gonelles, gesses, achillées, armoises*, centaurées, 
campanules et convolvulus, solanées, en particulier la 
curieuse mandragore, héliotropes, véroniques, thyms 
et lavandes, sauges, phlomis, arums, orchis, Pancra- 
tium, colchiques, fritillaires, crocus et tulipes, or- 
nithogales, hyacinthes et asphodèles”. 

S'il est autre, le spectacle n’est pas moins séduisant 
quand on gravit les pentes des collines et des mon- 


1. Des soixante-quatorze espèces d'astragales que Tristram 
mentionne dans sa Flore, plus du quart sont particulières à la 
Palestine. 

2. Arlemisia herba alba, arborescens, monosperma, chrilmi- 
folia, etc. 

3. C. Diener, Libanon. Grundlinien der physischen Geogra- 
plie und Geologie von Miltelsyrien. Wien, 1886, in-8, p. 175. 


nd à à ot d'atertn d dec 1-5 st ds ati din et 
L . 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 337 


tagnes, les arbustes verts qu'on rencontre déjà dans 
la plaine deviennent plus nombreux et bientôt se mêlent 
aux grands arbres, qui les remplacent presque seuls 
sur les dernières hauteurs : thymélées — l'hirsute et 
la tartonraire — myrtes du littoral, lauriers-roses et 
tamaris, gattiliers et roseaux gigantesques aux bords 
des eaux’, berberis, cistes, lentisques, pistachiers de 
Palestine — le térébinthe des auteurs” — jujubiers, 
dictamnes, genêts d'Espagne, d'Orient et du Liban, 
cytises de Syrie, arbres de Judée, églantiers, aman- 
diers, cerisiers nains, poiriers de Syrie, sorbiers, né- 
fliers, azaroliers, chèvrefeuilles arborescents*, alibou- 
fiers, lauriers, chalefs, et à côté, ou plus haut dans la 
montagne, érables, ornes, frênes, micocouliers, saules, 
peupliers blancs et noirs avec le peuplier de l'Euphrate, 
chênes verts, kermès et faux-kermès, tinctorial ou 
de. Lusitanie, cerris, aegilops et du Liban, rouvres*, 


cyprès, genévriers, pins pignon et pins d'Alep, pins 


des Pyrénées et enfin le cèdre, dont il ne reste au- 
jourd'hui que quelques groupes isolés, mais qui, dans 
les anciens temps, couvrait toutes les croupes neigeuses 
du Liban, végétation arborescente à laquelle se mêlent 
des astragales épineuses et des ombellifères frutes- 


1. Victor Guérin, La Terre-Sainte. Son histoire, ses sou- 
venirs, ses siles, ses monuments. Paris, 1882-1884, in-fol., t. I, 
p. 192 et 361. 

2. Tristram, op. laud., p. 263. 

3. I. Lortet, (La Syrie d'aujourd'hui. Voyages dans la Phé- 
nicie, le Liban et la Judée (1875-1880). Paris, 1884, in-4) 
mentionne entre autres, p.631, dans la région du mont Thabor, 
le Lonicera nummularifolia, ainsi que le Cralaegus orientalis 
et le Berberis crelica. 

&. Frédéric Hamilton, La Botanique de la Bible. Nice. 1871, 
in-8, p. 28, n° 6. — Boissier, /lora, t. IV, p. 1164-1173. 


I. 22 


338 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


centes, et qui semblait « obscurcir le ciel » aux yeux 
des Égyptiens étonnés". 

Une flore différente, celle du Sahara, s'offre au 
voyageur sur les bords de la mer Morte et sur les pla- 
teaux brülés qui l’environnent, ainsi que dans la plaine 
aride qui s'étend entre la Syrie et l'Égypte; érucifères 
du désert ou des coteaux stériles, telles que l’Anasta- 
tica hierochuntina, la Mathiola oxyceras ; malvacées, 
comme l’abutilon frutescent et mutique ; géraniacées 
hirsutes, par exemple l'Erodium hirtum ; zygophylla- 
cées, tels que le Zygophyllum dumosum” et diverses 
Fagonia ; le faux-lotier — Zzzyphus-spina Christi, — 
que Victor Guérin à pris pour un acacia”. — Légumi- 
neuses frutescentes, tel que le rétem, qui donne aux ro- 
chers qu’il revêt de ses tiges fleuries des teintes ravis- 
santes' ; mimosées, comme les acacias tordu, seyal, 
du Nil et à feuilles blanchàtres, avec le Prosopis Ste- 
phaniana, arbuste haut d'un à deux pieds, que nous 
avons déjà rencontré dans les oasis égyptiens et que 
nous retrouverons en Mésopotanie et en Perse ; Boissier 
le fait croitre auprès de Joppé, de Sidon, à l'embou- 
chure de l'Oronte et dans les environs de Damas. 
Tamaris du Nil, du Jourdain et de Syrie, ainsi que le 
Moringa aptera et le Cordia myxa. Composées, telles 
que l’absinthe de Judée, la centaurée du Sinaï et 
d'Égypte, la rose de Jéricho — Astericus pygmaeus, 
— la Conyza Dioscoridis, la Scorzonera papposa, ete. 
La Calotropis procera, asclépiadée au feuillage sombre 


1. F. Chabas, Voyage d'un égyptien en Syrie, en Phénicie, 
elc., au XIVe siècle avant notre ère. Paris, 1867, in-#, p. 312. 

2. Lortet, op. laud., p. 400. 

3.4La-Terre Sainte, "111, %p: 497: 

4. Tristram, op. laud., p. 264. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 339 


et au suc laiteux, répandue du Soudan jusqu'aux fron- 
tières de l’Inde'. La Salvadora persica — le sènevé de 
l'Évangile, — le So/anum Sodomeum, la pomme de 
Sodome — Leimoun louth,— dont les fruits desséchés 
laissent échapper, quand on les presse, une poussière 
noirâtre*, en même temps que le So/anum coaqulans, 
arborescent et hispide. Labiées aromatiques, comme 
les Salvia graveolens, controversa, Hierosolymitana ; 
l’Achyranthes argentea ; diverses chénopodées et sal- 
solacées — Afriplexz halimus, Arthrocnemum frutico- 


sum, Suaeda asphaltica ; — V'Ephedra alata et des 
graminées rigides et piquantes — Sripa, Aristida, 
Pennisetum. 

* 

% * 


Les plantes sahariennes, dont je viens de parler, 
se rencontrent en partie dans le désert, d’ailleurs peu 
connu, qui sépare la Syrie de la dou et où 
les tribus arabes mènent paître leurs troupeaux; quel- 
ques-unes croissent encore dans le double bassin du 
Tigre et de l'Euphrate; mais elles sont loin de carac- 
tériser à elles seules la flore de cette région, et la vé- 
gétation varie singulièrement, quand on descend du 
massif arménien, où les deux grands fleuves prennent 
leur source, dans la plaine basse qu'ils inondent de 
leurs eaux débordées”’. Au nord, c'est la flore des 


1. Lortet, op. laud., p. 411, lui donne le nom d'orange de 
Sodome. 

2. Victor Guérin, op. laud., t. 1, p. 200. Lortet donne à la 
pomme de Sodome le nom de S. melongena. 

3. G. A. Olivier, Voyage dans l'empire othoman, l'Égypte et 
la Perse. Paris, 1804, in-4, t. IT, p. 416-422. — Aïinsworth, Re- 
searches in Assyria, Babylonia and Chaldæa. London, 1858, 


310 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


steppes qui domine avec la végétation forestière des 
montagnes, mais représentée par quelques espèces 
particulières, comme le chêne à glands énormes du 
Kourdistan (Quercus oophora ou Brantu'), en com- 
pagnie du chêne de Perse ou du Liban. Plus au sud, à 
la flore des steppes se mêlent les plantes de la flore 
méditerranéenne : anémones, glaïeuls”, asphodèles, 
hyacinthes, tulipes, crucifères ; elles émaillent dès les 
premiers jours du printemps de leurs fleurs brillantes 
l’uniformité de la plaine et les-hautes herbes des 
prairies”. Bientôt leur succèdent des astragales et 
d’autres légumineuses, des composées velues et épi- 
neuses, des labiées aromatiques. Parmi les composées 
figure cette absinthe « très odorante », dont l’abon- 
dance frappa Xénophon*; à côté d’elle prend place 
le Prosopis Stephaniana”, qui envahit tous les lieux 
stériles de la Mésopotamie au nord de Bagdad, tandis 
que les oasis et les bords de l'Euphrate et du Tigre 
sont couverts de fourrés épais de tamaris”°, qui servent 
in-8,.p. 217-357. — F, Hoefer, Chaldée, Assyrie, Médie, Baby- 
lonie, Mésopotamie, etc. Paris, 1852, in-8, p. 172-182. 

4. P. Müller-Simonis, Du Caucase au golfe Persique à tra- 
vers l'Arménie, le Kurdistan et la Mésopotamie. Paris, 1892, 
in-8, p. 396. 

2. Probablement le Gladiolus Aleppicus signalé par ds 
en Mésopotamie. 

3. Tavernier, Les six voyages, t. I, p. 188. — Cé de 
Cholet, Voyage en Turquie d'Asie, Arménie, Kurdistan et Mé- 
sopotamie. Paris, 1892, in-18, p. 272, 344 et 365. — W. Kennet 
Loftus, Travels and researches in Chaldaea and Susiana. Lon- 
dres, 1857, in-8, p. 5. 

Anabasis, b. I, cap. 5. 

5. Ainsworth, op. laud., p. 48, lui donne le nom de mimosa 
agreslis, ce qu'a répété Hoefer; Olivier l’appelle simplement 
mimos«a. 

6. Ainsworth l'appelle T. orientalis, c'est probablement le Ta- 
marix passerinoides Del. ou la variété Tigrensis du T. Pallasii. 


_. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 3#1 


de retraite aux lièvres et aux antilopes et sont peu- 
plés d'oiseaux’. On y rencontre également le peuplier 
de l'Euphrate — le saule de Babylone”. — Sur les 
derniers monts qui dominent la plaine on voit aussi 
quelques arbres rabougris, chênes, poiriers ou aman- 
diers sauvages. 

Ils disparaissent avec les dernières collines, qui 
viennent mourir au-dessous de Hit”, là où, après un 
long circuit, l'Euphrate se rapproche du Tigre, pour 
s’en éloigner bientôt de nouveau, puis s’en rapprocher, 
jusqu'à ce que, aujourd'hui réunis, ils roulent ensemble 
vers le golfe Persique leurs flots confondus. Sur la 
plaine d’alluvions, qu'ils recouvrent pendant de longs 
mois de leurs eaux débordées, les dernières plantes 
des steppes ont disparu, à l'exception des salsolacées*, 
dont le sol imprégné de nitre favorise la végétation ; 
quelques buissons isolés de tamaris et les dattiers, 
qui se dressent de toutes parts dans la plaine, sont les 
derniers arbres indigènes que l’on apercoive; mais 
après l'inondation la terre se couvre de graminées, 
mêlées aux fleurs les plus diverses, que la chaleur 
-brülante de l'été fait bientôt périr; seules les lagunes, 
formées par le débordement des deux fleuves, restent 


1. Eduard Sachau, Reise in Syrien und Mesopolamien. Leip- 
zig, 1883, in-8,p. 245 et 258. — J.Cernik, Technische Sludien- 
Exploration durch die Gebiete des Euphrat und Tigris. (Geo- 
graphische Miltheilungen. Ergänzungsheft 44 (an. 1875), p. 
13, 17,etc.). 

2. Ainsworth, op. laud., p. 3% et 48. I y fait croître aussi 
le Ahus coriaria, que Boissier ne mentionne pas dans cette ré- 
gion, mais qu'on trouve en Syrie avec le Rhus cotinus. 

3. J. Baillie-Fraser, Mesopotamia and Assyria. London, 
1842, in-8, p. 27. 

4. Ainsworth, op. laud., p. 49. 


342 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


couvertes de plantes aquatiques toujours vertes, 

mêlées à ces immenses roseaux, que les bas-reliefs 

assyriens nous montrent dépassant la tête des cava- 
liers qui défilent au milieu de leurs fourrés’. Au-des- 

sous du confluent actuel du Tigre et de l'Euphrate, à 
gauche surtout du Shat-el-Arab, la plaine n'est plus 

qu'un vaste marécage, où quelques cypéracées et le 

dattier seuls peuvent croître. 

Mais tout change quand on sort des lagunes du 
Shat-el-Arab, où se perdent le Karoun — l'ancien Pa- 
satigris — et la Kerka — le Choaspes des Grecs — et 
qu’on pénètre dans la contrée montueuse — l'Élam 
ou la Susiane — qu'ils traversent dans leur cours 
moyen et supérieur; sur le premier plateau, qui do- 
mine les marécages de la plaine, croissent la plupart 
des plantes de la Mésopotamie méridionale ; plus haut 
on rencontre successivement la flore des collines, puis 
celle des montagnes, avec leurs essences particulières, 
acacias, tamaris, peupliers, chênes et autres bois de 
charpente *. Ces espèces forestières se retrouvent dans 
le Zagros septentrional avec le noyer, le frêne à 
feuilles aiguës et le pistachier mutique. 


La flore des steppes, qui n’a plus que de rares repré- 
sentants dans les plaines basses de la Mésopotamie, 
domine, avec celle du Sahara, presque exclusivement 
dans la péninsule arabique; mais elle y est bien diver- 


1. Koyoundjik. A. H. Layard, Discoveries in the ruins of 
Miniveh and Babylon. Londres, 1853. in-@, p. 585. 

2. Rawlinson, The five great monarchies of the ancient eastern 
world. London, 1879, in-8, 4e éd., t. II, p. 289. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 343 


sement représentée, et, sur la côte méridionale, elle 
fait place en partie à la flore des tropiques. Les con- 
trastes que présente la végétation de l'Arabie dépen- 
dent de la constitution géologique et du climat de cette 
vaste contrée. Entourée d'une ceinture de montagnes 
presque ininterrompue, l'Arabie forme un plateau in- 
cliné vers le golfe Persique et le bassin de l’Euphrate 
et sillonné par une double chaîne de hauteurs, le 
Shammar et le Tooueik, qui se rattachent aux mon- 
tagnes de la mer Rouge ; au pied de celles-ci se déroule 
la bande étroite du Téhamah, « le pays chaud », tandis 
qu'au sud-est du Tooueik, entre cette chaîne, l’Hadra- 
maout et l'Oman, s'étend le désert inexploré et stérile 
de Dahna, auquel correspond au nord du Shammar, le 
désert de Néfoud’. 

Avec ses côtes montueuses au climat brûlant, sa ré- 
gion rocheuse du nord-ouest et son double désert de 
sable, l'Arabie offre de grandes différences dans sa 
végétation. Dans la presqu'ile du Sinaï, on rencontre 
la plupart des plantes de la Syrie méridionale et du 
désert libyque, avec quelques espèces indigènes parti- 
culières : graminées rigides, tel que l'alfa — Zmperata 
cylindrica, — borraginées velues, labiées aromati- 
ques, par exemple la sauge du désert, composées odo- 
riférantes, comme l’absinthe de Judée, des arbres 
mêmes, tel que le faux-sycomore — le hamad — 
ainsi que le Crataequs aronia et la rose rubigineuse 
de l'Horeb*. 

La flore du plateau central est beaucoup moins 


1. Elisée Reclus, Géographie universelle, t. IX, p. — Hou- 
das, art. Arabie dans la Grande Encyclopédie. 
2. Louis Crié, art. Arabie dans la Grande Encyclopédie. 


314 LES PLANTES CIIEZ LES SÉMITES. 


variée, mais dans les oasis du Nedjed, compris entre 
le Shammar et le Tooueik, et dans les vallées arrosées 
de cette dernière chaîne on rencontre, avec le dattier, 
plusieurs plantes caractéristiques de la région saha- 
rienne, comme l’ifhel, espèce de mélèze, dit Palgrave!, 
propre à l'Arabie, mais dans lequel j'inclinerais à 
voir un tamaris*; le /ahl, qui, remarque-t-il, a pour 
- fruit une baie, mais qu'il n’a pas identifié ; le sidr ou 
nabaqg”, — le faux-jujubier. — Le voyageur anglais fait 
aussi mention du Æharta aux larges feuilles, arbuste 
qu'on emploie d’après lui pour le tannage, mais qu'il 
ne fait pas autrement connaitre. Il ne nous apprend 
pas davantage ce qu'est le markh, arbrisseau aux 
longues branches, « semblables à celles du chêne », 
qui croît dans le Tooueik*. Parmi les plantes du Bas- 
Nedjed, Palgrave mentionne aussi une euphorbe, 
qu'il appelle ghada, sans en dire davantage, — proba- 
blement l'Euphorbia cornuta® —, ainsi que le katad 
épineux, « si fort recherché des chameaux », sans 
doute la Cornulaca monacantha, salsolacée que nous 
avons rencontrée, sous le nom de Aad, dans le désert 
égyptien. 


1. Narralive of a year's Journey through central and eas- 
tern Arabia. London, 2e édit., 1865, in-8, t. I, p. 232, 253 et 
338. Trad. d'E. Jonveaux. Paris, 1866, in-8, t. I. p. 205, 222 et 
299> 

2. Le Tamaris articulata porte en arabe le nom d’athel; 
mais il y a, paraït-il, dans le Sahara un pin nommé ethel. 

3. Palgrave écrit nebaa’ et en fait un arbre différent du 
sidr, qui, d'après lui, serait un acacia. 

4. C’est sans doute la Lepladenia ou Sarcostemma pyrotech- 
nica, asclépiadée décrite par Forskäl, p. 53, et indiquée par 
Boissier, Flora orientalis, t. IV, p. 63, dans l'Arabie Pétrée. 

5. Cette euphorbe, l'E. relusa de Forsk. est indiquée par 
Boissier, t. IV, p. 1093, dans l'Arabie Pétrée. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE, 349 


Le voyageur anglais n’a rien dit des graminées et 
des autres plantes herbacées de l'Arabie centrale ; ce 
sont sans doute pour la plupart celles du Sahara. On 
les retrouve, en partie du moins, dans le Hedjaz; tou- 
tefois la flore de cette région montagneuse et voisine 
de la mer offre bien plus de diversité que celle du pla- 
teau central de l'Arabie et se rapproche de la flore du 
désert oriental de l'Égypte, mais elle n’est qu'impar- 
faitement connue. Il n’en est pas de même de la flore 
de l’Yémen ou Arabie heureuse, avec laquelle elle offre 
plus d’une ressemblance, et qui, décrite au siècle der- 
nier par le botaniste danois Forskäl, a été depuis lors 


étudiée par plusieurs naturalistes contemporains. 


Sans être très riche, la flore de l’Yémen offre un 
intérêt particulier par la nature de ses produits et son 
caractère tropical, caractère qu’elle partage d’ailleurs 
avec celle de l'Hadramaout et de l'Oman. Parmi les 
plantes les plus remarquables qu’elle renferme, sont 
des capparidées', en particulier deux Moerua arbo- 
rescents, l'Oncoba spinosa, plante rampante que nous 
avons rencontrée déjà dans le désert libyque, des poly- 
galées, des malvacées et des tiliacées particulières, la 
Fagonia arabica, le faux-jujubier, le côt — Catha edulis, 
— dont les bourgeons exercent sur le système nerveux 
une action stimulante analogue à celle du thé, plu- 
sieurs espèces d'indigotier et d’acacias gommifères”, 
le caféier, des élichryses, l'abrotanon et d’autres 
composées épineuses et velues”, la Sa/vadora persica 


1. Entre autres la Capparis sodada et les Cleome arabica et 
viscosa. À. Deflers, Voyage au Yémen, p. 110 et suivantes. 

2. Acacia arabica, laeta, nubica, verrugera, etc. 

3. Par exemple, l'Echinops spinosus et la Centaurea ro- 
busta. 


3416 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


et des asclépiadées frutescentes', des borraginées*? 
et des convolvulacées, des labiées aromatiques, comme 
la sauge de Nubie et d'Égypte, de nombreuses ama- 
ranthacées et euphorbiacées, des figuiers — entre 
autres le sycomore, les figuiers à feuilles de saule et 
de peuplier, celui de Socotra, les figuiers à feuilles 
palmées et crénelées, — des amaryllidées, des liliacées 
arborescentes, comme l’aloès officinal et le Dracaena 
draco — le dragonnier — ; quelques cypéracées et ces 
graminées aux tiges rigides et velues, habitantes or- 
dinaires du Sahara, — Pennisetum, Eleusine, Andro- 
pogon, etc., — en même temps que le panicaut de 
Ténériffe et le panicaut à tiges renflées, qui servent 
à la fois de fourrage et de textiles. 

Le dragonnier croit aussi dans l'Hadramaout ; l’aloès 
s'y rencontre également, ainsi que dans l’Oman”. 
Dans cette dernière province on trouve aussi en abon- 
dance le tarfa— Tamarix articulata — et le cassie — 
Cassia lanceolata. — On rencontre encore dans les mon- 
tagnes de l’'Oman des bois d’acacias avec des fourrés 
d’euphorbes, diverses espèces de rue, des labiées odo- 
riféerantes et près de la mer la coloquinte. Sur tout le 
littoral de la Péninsule enfin croissent ces prétendus 
lauriers et oliviers, dont parlent les anciens", lesquels, 
« à marée basse, émergent en entier hors de l’eau, et 
se trouvent quelquefois, à marée haute, complètement 


1. Tel que le Cynanchum arboreum. 

2. En particulier les /Zeliotropium persicum, strigosum, etc., 
l'Alkanna orientalis, ete. 

3. J. R. Wellsted, Travels in Arabia. London, 1838, in-8, t. 
I, p. 283-286 et t. II, p. 448. 

4h. Théophraste, /istoria plantarum, lib. IV, cap. 7. — 
Strabon, Geographia, lib. XVI, cap. 3, 6. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 347 
submergés. » Ces oliviers, qui, d’après Diodore', por- 
tent des fruits semblables à des châtaignes, ne peuvent 
évidemment être que des mangliers, probablement 
l’'Avicenma officinales L. Quant aux soi-disant lauriers, 
E. Meyer* y voit un palétuvier, le Rizophora cande- 
laria L. 


On voit par ce qui précède combien riche est la 
flore de l'Asie antérieure et de quelle variété d'espèces 
elle se compose, même sans y comprendre les plantes 
de l'Iran dont il sera question plus loin. Pourtant je 
n'ai point encore mentionné les céréales et les légumes 
les plus recherchés pour l’alimentation, qu'on y trouve 
à l’état spontané, ainsi que les arbres fruitiers et 
quelques-unes des plantes oléagineuses et textiles les 
plus précieuses, sans parler des aromates qui ont 
joué de tout temps un si grand rôle dans la vie des 
Orientaux. On comprend qu'avec cette richesse de 
plantes alimentaires et industrielles l'Asie antérieure ait 
été, avec l'Égypte, le berceau de la civilisation antique. 

Base, depuis un temps immémorial, de l’alimenta- 
tion des peuples de l’ancien monde, le froment est 
originaire de Ja région qui s'étend de la Caspienne et 
de la Perse à la Méditerranée ; Bérose affirmait déjà 
que le blé, ainsi que l'orge, croissaient à l'état sau- 
vage en Mésopotamie”; une variété de froment, l’en- 
grain, a été trouvée par Balansa sur le mont Sipyle ; 

1. Bibliotheca historica, lib. II, cap. 19, 3. 

2. Botanische Erläuterungen zu Strabo's Geographie. Kô- 
nigsberg, 1852, in-8, p. 97. 


3. Babylonica. E libro primo, 2. (/ragmenta histor. græ- 
corum, éd. Müller-Didot, t. 11, p. 496.) 


318 LES PLANTES CIHEZ LES SÉMITES. 


Olivier a découvert aussi aux environs d’Anah, non 
loin de l'Euphrate, « dans une sorte de ravin », le blé, 
l'orge et l’épeautre, qu'il avait déjà vus, dit-il, plu- 
sieurs fois en Mésopotamie. Il semble d'après cela 
qu'il considérait ces céréales comme indigènes dans 
cette contrée. 

On n’a rencontré nulle part ailleurs le froment à 
l’état supposé spontané; mais l'orge à deux rangs a 
été trouvé aux environs de la mer Caspienne entre 
Lenkoran et Bakou et dans le désert de Shirvan, ainsi 
qu'auprès du Sinaï et dans l'Arabie Pétrée * ; toutefois 
on n'a point rencontré à l’état sauvage l'orge à quatre 
et à six rangs; ces formes pourraient bien dès lors n’être 
que des variétés de l'orge à deux rangs, produites par 
la culture à une époque très reculée, car on a trouvé 
des débris de la première dans des tombes égyptiennes 
de la XIT° dynastie et dans les palañittes de la Suisse. 

Pays d’origine du froment et de l'orge, l’Asie anté- 
rieure l'est aussi de plusieurs des légumineuses. ali- 
mentaires ; on a trouvé sur divers points de l’Anatolie 
une forme voisine de la lentille cultivée. IL est pro- 
bable que le petit pois, ainsi que la fève, sont éga- 
lement originaires de cette contrée, encore qu'on ne 
les y ait rencontrés nulle part à l’état spontané; 
ils ont au moins dû y être cultivés dès une haute 
antiquité, puisqu'on à trouvé des petits pois et des 
fèves dans les fouilles d’'Hissarlick en Troade*. 


1. Voyage dans l'empire othoman, etc., t. I, p. 360. 
2. À de Candolle, Origine des plantes cullivées, p. 295. 
3. Cf plus haut, p. 56. 

4. L. Wittmack, Unsere jetzige Kenntniss vorgeschichtlicher 
Samen. (Berichle der deulschen botanischen Gesellschaft, t. IV 
(an. 1886), XXXIII.) 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 349 


Le lin, lui, n'a pas été seulement cultivé à une 
époque reculée dans l'Asie antérieure, il y croît aussi 
spontanément ; on rencontre le lin à feuilles étroites, 
dont le lin cultivé n’est peut-être qu'une variété ou 
une race particulière, depuis le Caucase jusqu'au 
Liban’; le lin « usité » lui-même aurait, dit-on”, été 
trouvé à l’état sauvage sur la côte orientale de la mer 
Noire. 

Mais ce sont surtout les arbres à fruits dont l’Asie an- 
térieure est la vraie patrie. On y rencontre sur les points 
les plus différents plusieurs espèces de poiriers*; le poi- 
-rier commun, souche de toutes les variétés cultivées, 
se trouve à la fois, à l’état spontané, en Mysie, dans le 
Pont, le Lazistan, la Transcaucasie et la Perse septen- 
trionale. Le pommier commun croit de même dans le 
Pont, la Cis et la Transcaucasie, la Colchide et l’Ab- 
khasie*. On a trouvé également à l’état sauvage le co- 
gnassier dans la Transcaucasie, les provinces de Talysch 
et d'Asterabad, l'Arménie”, etc. Plusieurs espèces de 
prunier croissent aussi spontanément dans l’Asie an- 
térieure; le prunier domestique en particulier se ren- 
contre dans la région du Caucase, où il s'élève jusqu'à 
une hauteur de 4,000 pieds, surtout dans le Lazistan 
et l’'Abkhasie, comme dans le Pont. Le prunier propre- 


S 


1. Boissier, }lora orientalis, t. T, p. 861. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 97. 

3. Boissier, op. laud., t. Il, p. 653-655. — Fr. Th. Küppen, 
Geographische Verbreitung der Holzgewächse- des europütis- 
chen Russlands und des Kaukasus. St. Petersburg, 1888, in-8, 
t. I, p. 400-404. 

4. Boissier, op. laud., t. IT, p. 657. — Küppen, op. laud., t. 
I, p- 409. 

5. A. de Candolle, op. laud., p. 188. — Küppen, op. laud., 
t. 1, p. 420. 


390 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


ment dit — Prunus insititiu Li. — se trouve aussi dans 
cette région, ainsi que dans la province de Talysch, 
en Arménie et en Cilicie'. Diverses espèces de ceri- 
siers croissent également à l’état spontané dans la 
même contrée ; on rencontre le cerisier des oiseaux 
et le cerisier à fruits acides — Cerasus caproniana L. 
— dans l’Ibérie et les provinces de Lenkoran, de Ta- 
lysch et de Ghilan, dans le Pont et l'Arménie *. 

Le mürier à fruits noirs parait bien être aussi indi- 
gène dans les montagnes de l'Arménie, où M. de 
Tchihatchef l'a rencontré à une hauteur de 1,000 à 
près de 1,800 pieds”. On l’a trouvé encore dans la 
_Transcaucasie, en particulier dans la province de 
Talysch ; Koch l’a vu croitre dans le Shirvan jusqu’à 
la hauteur de 2,500 pieds ; on l’a signalé aussi dans le 
territoire de Batoum et de Kars'. Le grenadier parait 
également spontané dans l'Abkhasie, la Mingrélie et sur 
tout le littoral de la mer Caspienne*, comme il l’est cer- 
tainement, nous le verrons, sur presque tout le plateau 
de l'Iran. Le domaine de l’amandier n'est pas moins 
étendu ; de nombreuses espèces de cette rosacée sont 
répandues dans l’Asie antérieure tout entière ; le type de 
l'espèce cultivée a été trouvé, semble-t-il, à l'état sau- 
vage par Medwedew dans les provinces méridionales et 
orientales du Caucase jusqu'à une hauteur de 4,000 
pieds ; on l'a signalé aussi dans l’Aderbaïdjan et le Kour- 


1. A. de Candolle, op. laud., p. 169-170. — Kôüppen, op. 
laud., t. I, p. 261-265. 

2. Kôüppen, op. laud., t. IT, p. 280-292. — Boissier, op. laud., 
t. II, p. 646-650. 

3. Asie Mineure. Bolanique, t. I, p. 461. 

4. Kôüppen, op. laud., t. IT, p. 1%. 

5. Küppen, op. laud., t. I, p. 420. — Engler, ap. V. Hehn, 
Kullurpflanzen, p. 380. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE, 301 


distan, dans la Mésopotamie au-dessus de Mardin et 
de Térek à 3,000 pieds d'altitude et sur l'Antiliban". 

Croissant avant l'époque glaciaire dans toute la région 
tempérée de l’ancien monde, la Chine exceptée, le 
noyer vient encore spontanément aujourd'hui dans la 
Transcaucasie, la province de Talysch, la Géorgie, le 
Pont, l'Arménie et la Perse septentrionale”. Le chà- 
taignier qui, à l'époque tertiaire, était répandu sur 
une étendue de pays bien plus vaste, se rencontre 
de nos jours encore à l’état sauvage dans la Transcau- 
casie, en compaguie du hêtre et de divers chênes, ainsi 
que dans la région subalpine de l’Anatolie septentrio- 
nale et occidentale*. Le coudrier se trouve aussi dans 
toute la région du Caucase, ainsi que dans le Pont, la 
Cappadoce, la Cilicie et même la Syrie septentrio- 
nale*. 

On rencontre également le caroubier dans ces der- 
nières contrées ; arbre méditerranéen, il croit spontané- 
ment sur la côte méridionale de l'Anatolie, ainsi que sur 
celle de la Syrie ; on l’a même trouvé dans une gorge du 
mont Sabor, près de Tàez dans l'Arabie heureuse”. Le 
faux-jujubier ne croît que dans la vallée du Jourdain 
et dans l'Arabie ; mais le jujubier ordinaire, que Bois- 
sier dit n'avoir pas rencontré en Syrie, où on l'a cru 
indigène, se trouve à l'état spontané dans l’Anatolie, 


1. Poissier, l‘lora orientalis, &.IT, p. 640-645.— Engler, Zbid., 
p. 386. 

2. A. de Candolle, op. laud.,p. 342. — Boissier, op. laud.,t. IV, 
p. 1160. 

3. À. de Candolle, op. laud., p. 283. — Kôüppen, op. laud., 
t. 11, p. 142. — Engler, ap. V. Hehn, p. 386. 

4. Boissier, op. laud., t. IV, p. 1176. 

5. Boissier, op. laud.,t. IT, p. 632. — Deflers, Voyage dans 
l'Yémen, p. 131. 


302 LES PLANTES CUEZ LES SÉMITES. 


l'Arménie, les provinces de la Transcaucasie'. Quoique 
le pistachier ait été trouvé en Syrie dans l’Antiliban, 
il n'est point certain qué cet arbre y soit indigène, sa 
patrie parait plus orientale *, Avec l'olivier et la vigne 
nous retrouvons deux des représentants les plus 
incontestables de la flore de l’Asie occidentale. 
Répandue dans toute la région tempérée de l’ancien 
monde avant l’époque glaciaire, la vigne est restée 
spontanée dans la Transcaucasie, où elle atteint 
d'énormes proportions, surtout dans la partie voisine 
de la mer Noire et dans la province de Talysch; on 
l’a observée aussi dans la vallée d’Argouri, sur le ver- 
sant septentrional de l’Ararat, jusqu’à une altitude de 
5,000 pieds”*. De la elle s’est répandue dans les contrées 
de l’ancien monde habitées par les Sémites, qui pa- 
raissent avoir découvert la culture de cet arbuste, 
avec la fabrication du vin. L’olivier a un domaine plus 
étendu et plus méridional; on le rencontre à l’état 
spontané au sud de l'Asie Mineure, « où il forme de 
véritables forêts », dans la Mésopotamie, la Syrie, la 
Palestine, la presqu'ile du Sinaï et dans l'Arabie méri- 
dionale jusqu'à Mascate*. Cette région, non seule toute- 
fois, est aussi la patrie du figuier. Cet arbre croit à l'état 
spontané dans la Transcaucasie, en particulier dans 
l’'Abkhasie, l'Ibérie, la Mingrélie et dans la province 
de Talysch, ainsi que dans l’Anatolie occidentale et 
méridionale, la Syrie et la Mésopotamie septentrio- 


1. Boissier, op. laud., t. II, p. 12-13. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 252. — Küppen, op. laud., 
t'T p:146%. 

3. Kôppen, op. laud., t. I, p. 97. 

&. A. de Candolle, op. laud., p. 233. — Engler, ap. V.Hehn, 
p'd17 


D. hd res Gad dE. den bn, de té ÉRÉNELSE RE 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE.- 309 


nale', Le sycomore, espèce semi-tropicale, ne vient 
spontanément qu’au sud de la Palestine et dans l’Ara- 
bie. Là se trouve aussi le dattier; arbre de la flore 
saharienne, on le rencontre dans toute cette région, 
de la presqu'ile du Sinaï au golfe Persique ; il appa- 
raît aussi plus au nord, dans la Mésopotamie méridio- 
nale, où sa culture, nous le verrons, avait pris dès la 
plus haute antiquité une grande importance. 

Les céréales, les légumineuses et autres plantes ali- 
mentaires, ainsi que les arbres fruitiers, n'étaient pas 
les seuls représentants du règne végétal que la flore 
indigène offrait aux habitants de Asie antérieure ; elle 
leur fournissait aussi la plupart des aromates dont ils 
se servaient dans les usages ordinaires de la vie et 
surtout dans le culte : baume, myrrhe, encens, calame 
ou roseau aromatique, galbanum, jonc odorant, la- 
danum, mastic, storax et térébenthine, ainsi peut-être 
que l’opopanax. La Carie, la Lycie et les montagnes 
de la Cilicie, d’où il semble avoir été importé dans 
l'île de Cypre, produisaient le Liguidambar orientalis”, 
bel arbre qui fournit le storax liquide. Dans l'Anatolie 
presque entière, en particulier dans la Cilicie, à Cypre, 
dans la Syrie septentrionale, la région inférieure du 
Liban et de l’Antiliban, ainsi que dans la Palestine, 
croissait le Styrax officinalis*, dont l’écorce exsude le 
storax proprement dit. On trouvait dans l'Anatolie 
méridionale et occidentale, les iles de l’Archipel, à 
Cypre et sur le littoral de la Syrie, le Pastacra lentis- 


4. A. de Candolle, op. laud., p. 223. — Küppen, op. laud., 


til, p. 20. 
2. Grisebach, op. laud., t. 1, p. 362. — Boissier, op. laud., 
t. II, p. 849. 
3. Boissier, op. laud., t. IV, p. 35. 
I. 23 


394 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


cus, dont on retire le mastic. Le Pistacia terebin- 
thus et le Pastacia Palaestina, qui produisent l’un et 
l’autre la térébenthine, se rencontraient le premier en 
Bithynie et à Cypre, le second dans le Pont, la Pa- 
phlagonie et la Pamphylie, en Cilicie, en Syrie, sur 
les contreforts du Liban et de l’Antiliban, ainsi que 
dans la Galilée’. Les divers cistes, qui produisent le 
ladanum, croissent dans presque toute l’Anatolie, 
à Cypre, dans la Syrie septentrionale et la Palestine*. 

D'après Théophraste*, la férule, qui fournissait le 
galbanum, aurait crû aussi en Syrie; mais on ignore 
l'espèce véritable dont on le retirait ; peut être était-ce 
la Ferula Hermons et la Ferulago cassia, indigènes 
dans ce pays‘; nous rencontrerons dans la flore de 
l'Iran deux espèces de férules — la F. galbaniflua et 
la F. gommosa, erubescens où rubricaulis Boiss., — qui 
fournissent certainement cette résine”. Théophraste 
fait également croître en Syrie la plante qui donne 
l'opopanax ; mais les ombellifères de cette famille, 
qui passent pour le fournir, ne sont point indiquées 
par Boissier dans cette contrée; nous les rencontre- 
rons, quand nous étudierons la flore de l'Iran. On 
trouvait, au contraire, si l'on en croit Théophraste’, 
en Syrie, au dela du Liban, aux bords desséchés d’un 


1. Boissier, op. laud., t. IT, p. 6-8. 
2. Boissier, op. laud.,t. I, p. 436-441. 
3. Historia plantarum, lib. IX, cap. 2. 
4. Boissier, op. laud., t. II, p. 985 et 999. 
5. F.-A. Flückiger et Dan. Hanbury, ZZistoire des drogues 
d'origine végélale, trad. par J.-L. de Lanessan. Paris, 1878, in-8, 
t. I, p. 563. — Boissier, t. II, p. 988-989 et 995. 

6. {Historia plantarum, lib. IX, cap. 11. 

7. Historia plantarum, lib. IV, cap. 8, 4 etIX, cap. 7, 1. — 
Pline, op. laud., lib. XII, cap. 22. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 355 


lac, le calame et le SchϾnus ou choin. On s'accorde 
généralement à voir dans le premier l’Acorus calamus 
L.; quant au second ou jonc odorant, Sprengel' et Dier- 
bach*, suivis par R. Sigismond*, l'ont regardé comme 
l’Andropogon schænanthus, plante indienne ; c’est en 
réalité l’Andropogon laniger Desf., que Boissier‘ 
n'indique pas, il est vrai, en Syrie, mais qui est indi- 
gène dans les régions arides de la Mésopotamie et de 
l'Iran oriental, ainsi qu’en Arabie. 

C'est en Arabie aussi et sur les côtes de l'Afrique 
orientale que croissent des arbustes de la famille des 
burséracées qui exsudent la myrrhe, le baume et l’en- 
cens. Le Balsamodendron myrrha Nees — B. kataf 
Kunth, Amyris kataf Forsk.— qui fournit la myrrhe, 
se rencontre dans l’Yémen”’, ainsi que dans l’Hadra- 
maout et dans le pays des Somalis. Schweinfurth a 
trouvé dans le pays des Bisharris, en Abyssinie, le 
baumier, Balsamodendron opobalsamum Kunth°, es- 
pèce qui ne semble pas différente du Balsamodendron 
Ehrenbergianum Berg’, découvert en Arabie, à Ghizan 
dans le Téhäma ; on l’a réunie aussi au Balsamodendron 
gileadense DC., nom donné à cette burséracée, en sou- 


1. Geschichte der Botanik. Leipzig, 1817, in-8, t. I, p. 138. 

2. Die Arznetmittel des Hippokrates. Heidelberg, 1842, in- 
8, p. 160. 

3. Die Aromata in ihrer Bedeutung für Religion, Silten, Ge- 
brüuche, Handel und Geographie des Alterthums. Leipzig, 188%, 
in-8, p. 34. 

&. Flora orientalis, t. V, p. 163. Boissier indique en Syrie 
l'A. hirtus, var. pubescens. 

5. Forskäl, llora ægypliaco-arabica, p. 80. — A. Deflers, 
op. laud., p. 120. 

6. Petermann's geographische Mittheilungen, an.1868, p.127. 

7. F-A. Flückiger et D. Hanbury, op. laud., t. I, p. 269 et 
276. 


396 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


venir d'un pays où les anciens la faisaient croître’. Des 
diverses espèces d'arbres à encens, le Boswellia pa- 
pyrifera, dont l'écorce s’enlève par feuilles et exsude 
une résine d'un parfum très agréable”, se rencontre 
dans le Sennaar et en Abyssinie ; le Boswellia Fre- 
reana — le louban matti — vient dans le pays des 
Somalis ; plusieurs variétés du B. Cartert Fr., le vé- 
ritable encens ou oliban des Anciens, croissent éga- 
lement dans la même contrée; enfin une autre variété 
de cette espèce, le Z. sacra de Flückiger”, est indigène 
dans l'Hadramaout. 

Ainsi, on le voit par ce qui précède, la flore de l'Asie 
antérieure renferme les plantes les plus utiles et les 
plus propres à satisfaire à tous les besoins de l’homme; 
mais, avant de rechercher quelles ressources en ont 
tirées les habitants de cette vaste région, il importe 
de rappeler quels peuples l'ont occupée dans l’anti- 
quité. 


IT. 


Depuis l’époque la plus reculée les contrées occi- 
dentales de l'Asie ont été successivement traversées 
par les peuplades les plus diverses d’origine. Après 
avoir été habité d’abord, plus ou moins complètement, 
par des tribus de race altaïque, le plateau de l'Iran a 


1. Pline. ist. naturalis, lib. XVI, cap. 32. 

2. A. Richard, Tentamen florae abyssinicae. Paris, 1851, in- 
8, t-lp:448. 

3. F.-A. Flückiger et D. Hanbury, op. laud., t. I, p. 260 et 
266-268. [1 y a aussi dans l’Inde une autre espèce, le 2. serrala 
Roxb., Z. thurifera Colebr., dont je parlerai ailleurs. 


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LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 391 


été colonisé presque en entier par un peuple de la 
grande famille indo-européenne, les Iraniens, dont 
nous étudierons dans le livre suivant les mœurs et la 
civilisation. Ce sont des tribus indo-européennes aussi 
qu'on retrouve sur les bords asiatiques de la mer Égée, 
occupés par des colonies grecques. 

Les populations, d’origine thrace, de la Bithynie, de 
la Mysie, de la Lydie et de la Phrygie, qui habitaient 
dans l’angle nord-ouest de la Péninsule, leur étaient 
étroitement apparentées! ; mais au sud et à l’est les 
peuplades primitives de la Lycie, de la Carie, de la 
Cilicie et de la Paphlagonie paraissent avoir appartenu 
à une race brachycéphale et par suite toute différente, 
répandue des bords de la mer Noire au nord de la 
Syrie. Les premiers habitants de l’Arménie se ratta- 
chent probablement au même type et n’ont été indo- 
germanisés qu'à la suite des invasions iraniennes du 
vu‘ siècle avant notre ère”. Il faut peut-être voir dans 
ces diverses nations les débris d’un même peuple, les 
Hétéens ou Hittites — les Xheta où Khiti des Égyp- 
tiens, les Xhatti des monuments assyriens.— Cantonnés 
d’abord dans la région du Taurus, les Hétéens en sor- 
tirent vers le xvi° siècle avant notre ère, et s’avan- 
çant d’un côté Jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Asie 
Mineure, de l’autre jusqu’au Liban et à l'Euphrate’, ils 

1. Hérodote, /istoriæ, lib. I, cap. 171 et lib. VIIT, cap. 158. 
— Strabon, Geographia, lib. XII, cap. 4. 4. — Edmond Texier, 
Asie Mineure. Paris, 1862, in-8, p. 46, 152, 232 et 377. 

2. Felix von Luschan, Reisen in Lykien, Milyas und Kiby- 
ratis. Wien, 1889, in-fol. p. 205. — Fr. Hommel, Veue Werke 
über die älleste Bevülkerung Kleinasiens. (Archiv. für Anthro- 
pologie, an. 1891, p, 251-260.) 

3. William Wright, The Empire of the Hiltites. London, 


188%, in-8, p. 12-63. — W. Max Müller, Asien und Europa 
nach altägyptischen Denkmülern. Leipzig, 1893, in-8, p. 324. 


308 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


fondèrent sur cette vaste étendue de territoire un 
ogrand empire militaire, qui ünt un instant en échec 
les forces des Ramessides et des rois d’Assyrie'. Dé- 
pouillés par ces derniers de leurs possessions d’au delà 
de l’Amamus, ils subsistèrent longtemps encore, 
comme nation indépendante, dans la Cappadoce, ber- 
ceau de leur puissance, jusqu'au jour où, vaincus déjà 
par Crésus, ils furent définitivement subjugués par les 
Perses et absorbés dans leur monarchie. 

Au sud de l’'Amamus, les Hétéens se trouvaient en 
contact avec les populations sémitiques de la Syrie 
et de la Phénicie, établies sur les deux versants du 
Liban et de l’Antiliban, dans les bassins de l’Oronte 
et du Jourdain, dont ils avaient asservi ou exterminé 
les premiers habitants. Des tribus sémitiques occu- 
paient aussi dans toute son étendue la presqu'ile ara- 
bique*, qu’on a considérée même parfois comme le 
berceau de leur race”; enfin on retrouvait encore 
des Sémites dans le double bassin du Tigre et de 
l’'Euphrate, mais au sud, mêlés avec des peuples d’ori- 
gine et de langues différentes, les Sumériens'. Des 


1. A. H.Sayce, Les Téléens. Histoire d’un empire oublié. Paris, 
1891, in-16, p. 79, 86, 91 et 103-108. — Léon de Lantsheere, 
De la race et de la langue des Hittiles. Bruxelles, 1891, in-8, 
D: 59: 

2. M. J. Halévy toutefois la fait occuper d'abord par les 
Couschites, « peuple principal de la race hamitique », puis 
par les sémites Yoqtanides et enfin par les Abrahamides. Les 
anciennes populations de l'Arabie. (Mélanges de critique et 
d'histoire relatifs aux peuples sémitiques. Paris, 1883, in-8, 
p. 74-93.) 

3. Eberh. Schrader, Die Abstammung der Chaldüer und die 
Ursitze der Semiten. (Zeitschrift der deutschen morgenländis- 
chen Gesellschaft, t. XVII (an 1875), p. 397-424.) 

4. J. Oppert, art. Babylone dans la Grande Encyclopédie. — 
Fritz Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens. Berlin, 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 399 


peuplades de race non sémitique, les Élamites, les 
Kashshou — les Cosséens ou Cassïi des auteurs grecs et 
latins — etles Namri' occupaient toute la région, qui 
s'étend à l'est de la vallée du Tigre, de la plaine que 
traverse son cours impétueux aux sommets neigeux de 
la chaîne du Zagros: negritos dans la contrée maré- 
cageuse des bords du fleuve, tribus de race altaïque, 
au contraire, peut-être apparentées aux Sumériens de 
la Basse-Mésopotamie*, dans le massif montagneux, 
dont la partie la plus élevée a été plus tard occupée 
par les Iraniens. 

A quelle époque ces différents peuples pénétrèrent- 
ils dans les pays où nous les trouvons établis au début 
de leur histoire ? Nous l’ignorons et nous savons encore 
moins à quel degré de civilisation ils étaient arrivés, 
quand ils s’y fixèrent. Ils menaient sans doute alors 
la vie nomade, à laquelle sont restés fidèles une partie 
des Sémites; mais plus de quatre mille ans avant notre 
ère plusieurs d’entre eux y avaient renoncé et avaient 
formé des états, qui témoignent déjà d’une culture 
avancée. Tels étaient ceux que nous trouvons dans la 
Basse-Mésopotamie — la Chaldée —, où Sumériens et 
Sémites, déjà si intimement mêlés les uns aux autres 
qu'on à voulu n’en faire qu'un seul peuple”, avaient 
fondé plusieurs villes bientôt florissantes. 


1885, in-8, p. 237. — Hugo Winckler, Geschichte Babyloniens 
und Assyriens. Leipzig, 1892, in-8. p. 20. 

1: Fritz Hommel, op. laud., p. 276. 

2. Fréd. Houssay, Les races humaines de la Perse. Lyon, 
1887, in 8, p.4-30.— A. Billerbeck, Susa. Eine Studie sur alten 
Geschichte Westasiens. Leipzig, 1893, in-8, p. 22-25. 

3. J. Halévy, Recherches critiques sur l’origine de la civili- 
sation babylonienne. Paris, 1876, in-8, p. 1 et suiv. — Revue 
crilique, 1880, n° 8, p. 150-151. — Les lois sumériennes. (Mé- 


360 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


Vers l’an 3800 régnait sur l’une d'elles, Lagash — 
Sirpourla ou Sirgoulla —, Ourou-Kaghina, le monarque 
peut-être le plus ancien dont l’histoire ait conservé le 
souvenir’, Le plus illustre de ses successeurs, le patési 
Goudéa, apparait déjà comme un prince puissant, en 
relation avec les contrées lointaines de l'Occident. Une 
autre cité mésopotamienne, la seule qui soit située . 
sur la rive droite de l’Euphrate, Ourou, ne joua pas, 
aux environs de l’an 2900, un rôle moins considérable, 
sous le gouvernement d'Ourbaou; les villes voisines, 
Lagash elle-même, reconnurent sa suzeraineté. Doun- 
ghi, fils d'Ourbaou, accrut encore la puissance du 
nouvel état, et Ourou resta la capitale du « Pays de 
Soumir et d'Akkad », jusqu’au jour où la prédominance 
passa d’abord aux princes de Nishin, puis aux rois de 
Nipour, auxquels une famille de Larsam devait à leur 
tour enlever la suprématie”. 

Celle-ci ne devait pas la garder longtemps. Après 
avoir réuni sous sa domination les tribus jusque-là 
indépendantes de l'Élam, le roi Koutournakhouta en- 
vahit la Mésopotamie méridionale et renversa le patési 
de Larsam. Son fils Rimsin continua ses conquêtes et 
il avait soumis à son pouvoir tout Soumir et Akkad, 
quand il entra en lutte avec Hammourabi, roi de Ba- 


langes de critique et d'histoire, p. 38-45.) — Les nouvelles 1ns- 
criplions chaldéennes et la question de Sumer ct d’'Accad. 
(Ibid., p. 389-409.) 

1. M. E. Heuzey (Généalogie de Sirpourla, dans la Revue 
d'Assyriologie, t. 11, p. 78-84) met en tête des rois de cette 
ville Our-Nina ; M. Hommel(Geschichte, p.291) ne place ce prince 
qu’au troisième rang et le fait vivre vers 4200 avant notre ère. 
Cf. P. Jensen, Inschriften der Künige von Lagash. (Keilins- 
chriftliche Bibliothek, t. HI, 1, p. 8 et 11). À 

2. H. Winckler, op. laud., p. 23-36. — Maspero, /Zistoire 
ancienne, t. [, p. 617-619. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 361 


bylone (2394-2379), le sixième seulement, mais le plus 
illustre des princes de l’antique cité’. Le moment 
était venu où l'hégémonie politique allait passer des 
ville sumériennes de la Chaldée méridionale aux villes 
exclusivement sémitiques du nord de cette province. 
Plusieurs siècles avant Hammourabi, Sharroukin et son 
fils Naramsin, rois de l'incertaine Agadé, avaient 
régné, dit-on”, sur « les quatre maisons » — Agadé, 
Babylone, Sippara et Nipour, — et étendu leur 
domination jusqu'au golfe Persique et à la mer de 
Cypre. La puissance de Hammourabi fut moins 
grande, mais elle est plus certaine. Il affranchit le 
pays de Soumir de la suzeraineté de l'Élam, et, en sou- 
mettant toute la Basse-Mésopotamie à ses lois, il 
fonda le premier royaume babylonien*. 

Les successeurs d'Hammourabi ne garderent pas 
longtemps le pouvoir, et l'état puissant qu'il avait 
constitué fut même quelque temps asservi par des 
étrangers, les Kashshou*. Mais comme les Élamites, 
ceux-ci furent subjugués par leurs vainqueurs ; l’élé- 
ment indigène reprit vite le dessus, et d'une petite 
ville voisine de Babylone, Pashi, sortit une dynastie 
nouvelle, dont Naboukodorossor — Nabuchodonosor — 
fut le premier roi. Vainqueur. des Kashshou et des 
Élamites, redevenus. indépendants, ce prince fut 
moins heureux dans la lutte qu'il engagea contre le 
royaume naissant d’Assyrie, et dut lui abandonner la 


1. Hugo Winckler, op. laud., p. 58. 

2. Maspero, op. laud., t. I, p. 596-602. 

3. C. P. Tiele, Babylonisch-Assyrische Geschichte. Gotha, 
1886, in-8, p. 124. 

4. Winckler, op. laud., p. 77 et 106. — Maspero, 0p. laud., 
t. LI, p. 116-120. 


362 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


suprématie, que Babylone exerçait depuis longtemps 
sur le nord de la Mésopotamie. Les successeurs de 
Nabuchodonosor étaient trop faibles pour la ressaisir ; 
ils furent même impuissants à arrêter l'invasion de la 
tribu sémite des Kashdi — les Khaldi des Babyloniens 
et des Grecs, les Khasdim des Hébreux’. — Partis des 
bords du golfe Persique, cette peuplade s'établit dans 
le pays de Soumir et d'Akkad, auquel elle donna son 
nom. 

D’autres Sémites, de la famille araméenne, vinrent 
encore au siècle suivant se fixer dans cette contrée ; 
affaiblis par des discordes intestines, les rois de Baby- 
lone non seulement ne purent empêcher ce nouvel 
établissement, mais ils tombèrent sous la suzeraineté 
de l’Assyrie, et, après le meurtre du dernier d’entre 
eux, Tiglathphalasar I s'empara de leur capitale et mit 
fin au premier royaume babylonien*. L'hégémonie que 
Ja Basse-Mésopotamie avait exercée pendant de longs 
siècles lui échappait pour passer à l’Assyrie. 

Cantonnés d’abord dans le triangle formé par le petit 
Zab, le Tigre et la chaîne du Zagros, les Assyriens 
appartenaient à la même race que les Babyloniens et, 
comme eux, ils paraissent être descendus du nord de 
la Mésopotamie dans la contrée qu'ils occupaient à 
l'aurore des temps historiques. Ashshour, leur capitale, 
était vers 1800 le siège d'un patési probablement 
vassal de Babylone”. Mais cette situation inférieure 
devait cesser. Fiers de leurs conquêtes dans le nord 


1. H. Winckler, op. laud., p. 112. 
2. H. Winckler, op. laud., p. 125-135. — Tiele, op. laud., 
p. 138-147. 


3. Hommel, op. laud.; p. 490. — Winckler, op. laud., p. 
145 et 152. — Tiele, op. laud., p. 138. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE.. 363 


de la Mésopotamie restée jusque-là indépendante, 
quoique soumise à l'influence de la civilisation babylo- 
nienne, on voit cinq siècles plus tard les patésis assy- 
riens prendre le titre de « rois du monde », que 
Salmanasar 1 porta le premier. Ce prince guerrier 
poursuivit l'œuvre de ses prédécesseurs et poussa ses 
conquêtes jusqu'au delà de l'Euphrate; afin d’être plus 
rapproché de ses nouvelles possessions, il fixa sa rési- 
dence près du confluent du Tigre et du grand Zab,' à 
Kalakh — Nimroud, — qui resta Jusqu'à Sargon la capi- 
tale de l’Assyrie’. 

Après un siècle d'arrêt, l’Assyrie reprit avec Tiglath- 
phalasar I le cours de ses victoires; ce prince porta 
tour à tour ses armes à l’ouest dans le Naharina et 
dans la Syrie septentrionale, au nord dans le pays des 
Moushki et de Koumouk, situé entre l'Euphrate et 
l'Halys, à l'est jusqu’en Médie, enfin au sud en Baby- 
lonie*. Ses successeurs se montrèrent bientôt incapables 
de conserver tant de conquêtes; mais Ashshournazirpal 
mit un terme à la décadence ; non seulement il recouvra 
toutes les anciennes possessions de Tiglathphala- 
sar [, mais il en acquit de nouvelles. Les guerres 
continuelles de Salmanasar IT et de Tiglathphalasar II 
d'abord, puis celles de Sargon, d'Assarhaddon et d’Ash- 
shourbanipal reculèrent encore les limites de l'empire 
assyrien. L'Arménie reconnut, au moins un temps, sa 
suzeraineté; la Syrie, la Phénicie et la Judée furent 
asservies ou rendues tributaires, la Cilicie orientale 
annexée ; le Taurus et l’Antitaurus devinrent au nord- 


1. Oppert, art. Assyrie dans la Grande Encyclopédie. — 
Tiele, op. laud., p.141. — Winckler, op. laud., p. 161. 

2. Maspero, op. laud., ëd. in-12, p. 295-300. — Tiele, op. 
laud., p. 151-155. — Winckler, op. laud., p. 170-182. 


364 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


ouest la frontière de l’empire, au nord-est le Zagros 
fut franchi et la Médie dut payer tribut, enfin FArabie 
et l'Égypte furent envahies". 

La chute de Ninive, en 606, ne mit pas fn a la 
domination des Sémites dans l’Asie antérieure ; seule- 
ment ce fut la Chaldée qui, pendant deux tiers de 
siècle, y exerça la suprématie à la place de l’Assyrie. 
Sous Nabopolassar, Nabuchodonosor IT, et Nériglissor, 
le pays des Khaldi reprit les traditions glorieuses de 
l'antique Babylone”; ses mœurs, ses institutions firent 
loi et devaient survivre même à la perte de son indé- 
pendance (538). L'histoire de la civilisation de l'Asie 
antérieure se confond durant des siècles avec celle de 
l’Assyrie et de la Chaldée”*. Cependant il est un pays 
qui, grâce à sa longue indépendance, conserva, encore 
qu'il ait, lui aussi, subi l'influence des grands empires 
de la Mésopotamie, ses mœurs, ses institutions pro- 
pres et qui, par suite, demande à être étudié à part, 
c'est la Syrie et en particulier la Phénicie et la Judée. 


Si la population primitive de la Syrie, celle qui fut 
contemporaine de l’âge de pierre, nous est inconnue, 
nous savons qu'à l'exception du bassin inférieur de 
l'Oronte, occupé par les Hétéens ou Hittites et du pays 
des Philistins, peuple d'origine inconnue’, tout le reste 
de la contrée était, vers l’an 2000 avant notre ère, 


1. Oppert, art. Assyrie. — Tiele, 05. laud., p. 186. 

2. Opyert, art. Babylone dans la Grande Encyclopédie. 

3. H. Winckler, op. laud., p. 320-325 

4. R. Pietschmann, Geschichte der Phænizier. Berlin, 1889, 
in-8, p. 93. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 365 


habité par des tribus sémitiques ; mais cette commu- 
nauté d’origine était le seul lien qui les unit; en tout 
le reste elles étaient divisées entre elles «et finirent 
par devenir étrangères les unes aux autres; elles 
s'étaient d’ailleurs établies dans la Syrie à des époques 


"différentes. Parmi les premières peuplades qui s’y 


fixèrent furent les Amorrhéens et les Cananéens, qu’on 
trouve cantonnés d’abord dans la région montagneuse 
qui s'étend du Liban septentrional au sud de la mer 
Morte. En même temps qu’eux, les Phéniciens s'étaient 
établis dans la région côtière, à laquelle ils ont donné 
leur nom. Une tradition place leur berceau sur les 
bords du golfe persique; chassés de cette région par 
un tremblement de terre, ils seraient allés d’abord se 
fixer près du « lac de Syrie » — peut-être la mer Morte — 
et auraient de là poussé jusque sur la côte située au 
pied occidental du Liban. 

Ce ne fut que longtemps après que les maitres 
futurs de la terre de Canaan, les Hébreux, arrivèrent 
en Syrie. Suivant une tradition nationale, la grande 
famille à laquelle ils appartenaient aurait eu pour 
berceau le pays de Paddan-Aram, dans la Mésopota- 
mie septentrionale au pied du mont Masios; mais 
Térakh, l’ancêtre direct des Beni-Israël, abandonnant 
cette contrée, se serait établi à Our-Khashdim—l'Ourou 
des Chaldéens'; — il aurait toutefois bientôt quitté 
cette ville et se serait rendu au sud du Jourdain, où 
Abraham, son fils, aurait fixé un temps sa résidence. 
De là lespatriarche serait allé camper à l'ouest de ce 
fleuve, contrée qu'au bout de trois générations ses 
descendants abandonnèrent pour se retirer en Égypte. 


1. Maspero, //istoire ancienne, t. IT, p. 64. 


366 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


Plusieurs siècles après, on le sait, ils revinrent s’éta- 
blir à l’est du Jourdain, au nord de la contrée occupée 
par les Édomites, les Ammonites et leurs proches pa- 
rents les Moabites'; c'est de là qu’ils marchérent à la 
conquête du pays de Canaan, cette « terre Promise » 
à l'ancêtre de leur race. 

Désormais les Hébreux prennent place dans l’his- 
toire générale et, quand les différentes tribus, dont se 
composait leur nation, eurent été réunies sous le 
sceptre de David et de Salomon, ils formèrent un 
royaume un instant puissant; mais des divisions in- 
testines ne tardèrent pas à l’affaiblir et le livrèrent 
sans défense aux armes des rois d’Assyrie et de Ba- 
bylone. La Judée fut asservie et cessa d'exister comme 
nation indépendante; mais pendant les siècles qui 
avaient précédé sa conquête, elle avait joué, comme la 
Phénicie, quoique à un degré moindre et à d’autres 
égards, un rôle considérable dans l’histoire de l'Asie 
antérieure et en particulier. des peuples sémitiques. 
La littérature qu'elle nous a laissée nous fait non seu- 
lement connaitre ses mœurs, son industrie, son art et 
ses croyances religieuses mieux que ne le sont ceux 
d'aucun autre peuple de l'Orient; mais elle nous per- 
met de pénétrer dans la vie intime et dans l’âme des 
anciens Sémites. Aussi la Judée doit-elle, avec la Phé- 
nicie, trouver place dans cette étude après la Chaldée 
et l’Assyrie, dont elles ont l’une et l’autre subi l'in- 
fluence, aussi bien que celle de l'Égypte. On com- 
prendra, au contraire, que je ne parle point de l’Ar- 
ménie ou de l'empire des Hétéens. Il ne saurait 


1. B. Stade, Geschichle des Volkes Israel. Berlin, 1887, in-8, t. 
I, p. 113-115. 


LA FLORE DE L'ASIE ANTÉRIEURE. 367 


davantage être question ici de l'Arabie, habitée sur- 
tout par des nomades et qui n'a pas d'histoire avant 
Mahomet ; tout au plus aurai-je à mentionner quelques- 
uns des produits que lui demandaient les nations 
voisines. Quant à l'Asie Mineure occidentale occupée 
par des peuplades indo-européennes ou par des colonies 
helléniques, elle est par là même, pour le moment, en 
dehors de mes recherches; j'en parlerai dans le 
second volume, lorsque je m'occuperai de la Grèce 
ancienne. 


CHAPITRE Il 


L'AGRICULTURE ET L'HORTICULTURE DANS L'ASIE ANTÉ- 
RIEURE. — LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION ET 
DANS L'INDUSTRIE DES NATIONS SÉMITIQUES. 


La culture du sol est le premier trait qui marque le 
passage de la vie nomade à la vie sédentaire ; dès que 
les habitants des déserts et des steppes en quittent les 
régions inclémentes et stériles pour se fixer dans des 
contrées au sol fertile et au climat régulier, ils re- 
noncent à la première pour se livrer à la seconde et 
se font agriculteurs. Les tribus sémitiques, qui sont 
restées en Arabie ou dans le désert de Syrie, ont gardé 
une existence nomade, celles qui s’établirent dans la 
Mésopotamie méridionale ou dans les bassins de l'Oronte 
et du Jourdain, ainsi que dans la région du Liban, sont 
devenues depuis la plus haute antiquité sédentaires et 
agricoles. Tels nous apparaissent, aussi loin que nous 
pouvons remonter dans leur histoire, les Sumériens et 
les Sémites de la Chaldée, ou les Assyriens des bords 
du Tigre. La fertilité du pays où ils étaient venus se fixer 
les invitait à cette vie nouvelle; soumise à des inon- 
dations longues et périodiques, la Basse-Mésopotamie 
d'ailleurs ne peut convenir à l'existence nomade du 
pasteur, tandis que ses grasses et fécondes alluvions 
se prêtent à merveille aux travaux de l’agriculture. 
Populations sumériennes et sémitiques s’y livrérent 


L'AGRICULTURE DANS LA CHALDÉE. 369 


avec ardeur et, grâce à leurs efforts, la contrée 
qu'elles étaient venues habiter devint un véritable 
jardin. 

Nulle part, si ce n'est en Égypte, la culture était 
plus facile ; il suffisait de retourner avec une espèce de 
hoyau, trainé par des bœufs', les alluvions molles 
et profondes de la plaine et de leur confier la semence, 
qui rendait au centuple, là où elle trouvait l'humidité 
nécessaire et n’était pas exposée à être emportée par 
les débordements du Tigre ou de l'Euphrate. Les ha- 
bitants de la Basse-Mésopotamie n'ont jamais pu, 
comme le faisaient ceux de l'Égypte pour le Nil, laisser 
aux deux fleuves de leur pays le soin d'arroser leurs 
terres ; le sol est trop peu consistant, les crues sont 
trop subites et leur débit trop variable pour qu'il soit 
possible de s’en rapporter à elles de ce rôle bienfai- 
teur *. Commençant d’ailleurs en mars pour se terminer 
au mois de mai, loin d’être favorables à la végétation, 
si elles n'avaient été réglées, elles n'auraient pu que 
lui nuire ; aussi, loin de les laisser venir à eux, les ha- 
bitants maintenaient les eaux à distance pendant les 
mois d'inondation. Des canaux creusés de main 
d'homme recevaient alors le trop plein des deux 
fleuves ; « subdivisés en fossés, les uns grands, les sui- 
vants moindres et finissant par n'être que de simples 
rigoles »*, ils sillonnaient toute la Babylonie et y ré- 
pandaient l’eau nécessaire à l’arrosage du sol; on l'y 


1. Layard, Zntroduction à l'histoire du culte de Mithra, pl. 
XXXIV, n° 5.— Rawlinson, op. laud., t. IT, p. 18. — Maspero, 
Histoire ancienne, t. 1, p. 761. 

2. Strabon, Geographia, lib. XVII, cap. 1, 9. — Olivier, 
Voyage, t. If, p. 243. 

3. Xénophon, Anabasis, lib. IT, cap. 1v, 13. 


LÉ 2 


ei 


310 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


puisait, dit Hérodote’, à la main ou à l’aide de sha- 
doufs. 

Ce système de canaux, dont la disposition frappa 
d'admiration les écrivains grecs, n'était pas de créa- 
tion récente; ils étaient l’œuvre des premiers rois 
historiques de la Chaldée et leurs successeurs les 
entretinrent soigneusement. 


« Sinidinna, le puissant pourvoyeur sacré du pays d’Ourou, 
roi de Larsam, roi des pays de Soumir et d’Akkad, dit une ins- 
cription de ce prince?, le canal de délices qui fournit l’arro- 
sage de la région, il le creusa. Il donna une eau perpétuelle, . 
richesse permanente à sa capitale, à son peuple. » 


Une autre roi de Larsam, Rimsin, suivit l'exemple 
de Sinidinna et « creusa le canal des dieux jusqu'au 
bord de la mer ». Mais Hammourabi de Babylone sur- 
tout s’est rendu célebre par ses travaux hydrauliques 
et son soin pour l'agriculture. 


Je suis Hammourabi, dit-il dans une inscription *, le roi 
qui soumet à son obéissance les quatre régions... Lorsque les 
dieux Anou et Bel... eurent mis dans ma main le pouvoir, je 
creusai pour la population de Soumir et d’Akkad le canal de 
Hammourabi, la richesse de la population, le véhicule des 
eaux d’abondance. Je rendis partout ses rives propres à l’agri- 


1. Historiæ, lib. I, cap. 193, 1. On voit sur un bas-relief 
de Koyoundjik une de ces shadoufs, auxquelles Hérodote 
donne le nom de zekwviov, Layard, The monuments of Ni- 
neveh, 2e série, pl. 15. 

2. Fr. Lenormant, Ætudes accadiennes, t. Il, p. 340. — A. 
Delattre, Les travaux hydrauliques en Babylonie. (Revue des 
questions scientifiques, t. XXIV (an. 1888), p. 481.) 

3. J. Menant, /nscriplions de Hammourabi, roi de Baby- 
lone. Paris, 1863, in-8, p. 6 et 21. — Id., Manuel de la langue 
assyrienne. Paris, 1886, in-8, p. 306. — Friedrich Delitsch, 
Wo lag das Paradies. Leipzig, 1881, in-8, p. 191. — A. De- 
lattre, op. laud., p. 482. 


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de. be a DEC il, à ‘à: jé à 1: «OS d'ebèa 


L'AGRICULTURE DANS LA CHALDÉE. 371 


culture. J’y élevai une paire de digues. Je fournis des eaux 
perpétuelles à la population de Soumir et d’Akkad.. Je lui pro- 
curai la boisson et les aliments. Je l’établis dans la richesse et 
l'abondance. Je.fis de sa demeure un séjour paisible. 


Le monarque babylonien ne se borna pas à cette 


œuvre d'irrigation générale; soucieux d'accroitre sans 


cesse le bien-être de ses sujets, il construisit encore 
un autre canal, destiné plusparticulièrement à Sippara'; 
aussi se vante-t-il avec un juste orgueil d’« avoir fait 
pour le dieu Shamash ce que, de temps immémorial, nul 
roi parmi les rois de sa ville n'avait fait ». Il n’était pas 
le premier prince de Soumir et d’Akkad toutefois, qui eût 
cherché par des travaux de canalisation à favoriser l’agri- 
culture dans son pays; il ne fut pas non plus le dernier ; 
vers là même époque un autre roi, Samsouïlouna, fit, 
Jui aussi, creuser un canal, « source de richesse », au- 
quel son nom resta attaché”. Deux documents, qui 
remontent au règne de Mardoukidinakhi, roi de Ba- 
bylone, contemporain de Tiglathphalasar, parlent, l’un 
du Nûr Zalmani, l'autre du Nàr Mi-Dandan* ce der- 
nier, « canal des eaux puissantes, qui vivifient tout être 
animé », fertilisait, à ce qu'il semble, la partie de 
Ja rive gauche du Tigre, en aval du Diyalah”. 

Après la conquête de la Babylonie par les rois de 
Ninive, les entreprises nationales de canalisation furent 
arrêtées dans ce pays; les vainqueurs toutefois ne 
laissèrent pas tomber en ruines ce qui existait; on 


1. H. Winckler, £inige neuverüffentl. Texte,ete. (Zeitschrift 
für Assyriologie, t. I (an. 1887), p. 119-120.) ; 
2. A. Delattre, op. laud., p. 485. 
3. J. Oppert et J. Menant, Documents juridiques de l'Assyrie 
el de la Chaldée. Paris, 1877, in-8, p. 83 et 92. — A. Delattre, 
op. laud., p. 486-487. 


312 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


voit Sargon, en particulier, faire rétablir le canal à 
moitié comblé de Borsippa”. Mais après l’affranchisse- 
ment de Babylone, les princes de la nouvelle dynastie 
qui régna en Chaldée renouërent la tradition inter- 
rompue des premiers rois ; ils restaurèrent les anciens 
canaux et en créerent de nouveaux. C'est ainsi que le 
premier d’entre eux, Nabopolassar, rappelle, dans 
une inscription”, qu’il avait fait creuser à nouveau le 
canal de Sippara, œuvre de Hammourabi, et « y avait 
amené l’eau en abondance ». Les successeurs de Na- 
bopolassar suivirent son exemple; « le fossé oriental 
de Babylone en mauvais état depuis des jours reculés » 
fut réparé et consolidé tour à tour par Nabuchodonosor 
et Nériglissor, et « des eaux perpétuelles furent établies 
pour le pays ». Babylone et sa banlieue étaierit, nous 
le voyons d’après les actes de Nabonide, arrosées par 
six canaux, sans parler des fossés et des rigoles secon- 
daires, qui s’y rattachaient et portaient partout l’abon- 
dance et la salubrité”. 

Pourvues ainsi de l’eau nécessaires à la végétation, 
jouissant d’un climat privilégié, les campagnes de la 
Babylonie, avec leur sol gras et profond, étaient d’une 
fertilité qu'ont célébrée à l’envi tous les écrivains de 
l'antiquité. 

De tous les pays que nous connaissons, remarque Héro- 
dote‘, la Babylonie est, sans contredit, le meilleur et le plus 


fertile en fruits de Cérès... Le sol est si propre à toutes sortes 
de grains, qu’il rapporte toujours deux cents fois autant qu'on 


1. A. Delattre, op. laud., p. 488. 

2. H. Winckler, Z£in Text Nabopolassars. (Ibid., p. 69-75.) 

3. A. Delattre, op. laud., p. 490-496. 

4. Historiæ, lib. I, cap. 193, 3. « Ager totius Asiæ fertilis- 
simus », dit de son côté Pline, /istoria naturalis, lib. VI, 
cap. 26. 


L'AGRICULTURE DANS LA CHALDÉE. 373 


a semé, et que, dans les années où il se surpasse lui-même, 
il rend trois cents fois autant qu'il a recu. Les feuilles du fro- 
ment et de l’orge y ont bien quatre doigts de large'. Quoique 
je n’ignore pas à quelle hauteur y viennent les tiges de millet 
et de sésame, je n’en ferai point mention, persuadé que ceux 
qui n’ont point été dans la Babylonie ne pourraient ajouter foi 
à ce que j ai rapporté des grains de ce pays. 


En Babylonie, dit de son côté Théophraste*, on 
coupe deux fois les moissons, et on les fait paître par 
les troupeaux pour en arrêter la croissance excessive et 
permettre aux chaumes de se développer ; après cela, 
ajoute-t-1l, « on récolte encore dans les terres mal 
travaillées cinquante pour un et cent pour un dans les 
terres bien cultivées ». Strabon affirme de son côté”, 
ce qui confirme et dépasse même le dire d'Hérodote, 
que «ele rendement d’un champ d’orge en Babylonie 
était de trois cents pour un ». Les récits des voyageurs 
modernes ne donnent pas une idée moins haute de la 
fertilité de la Basse-Mésopotamie‘. Mais quels grains 
produisait ce pays ainsi favorisé du ciel? Outre le fro- 
ment et l'orge, qui semblent bien avoir été, depuis les 
temps les plus reculés, les cultures principales de la 
Babylonie, Hérodote y fait croitre aussi le millet et le 
sésame. Si ces plantes ont été, comme on n'en peut 
guère douter, cultivées dans cette contrée, vu leur 
origine étrangère, il est probable que leur culture y 

1. Un cylindre du Musée du Louvre représente des tiges de 
froment remarquables par leurs larges feuilles et dont les épis 
dépassent la tète des bœufs qui se trouvent à côté. J. Menant, 
Les pierres gravées de la Haute-Asie. Recherches sur la glyp- 
tique orientale. Paris, 1885, in-8, p. 208. 

2. Historia plantarum, b. VII, cap. 7, 4. 

3. Geographia, lib. XVI, cap. 1, 14. 

4. Cf. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 32. 


314 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


était relativement plus récente ; celle du sésame, en par- 

ticulier, ne peut remonter qu'à l’époque où les monar- 

ques assyriens et chaldéens entrèrent en relation avec. 
l'Inde; des échanges commerciaux, il est vrai, ont dû 

avoir lieu entre la péninsule hindoustanique et le bassin 

de l'Euphrate dès les temps les plus reculés”. 

Les habitants de la Babylonie cultivaient-ils d’autres 
plantes alimentaires ou industrielles que celles dont 
parle Hérodote ? Cela est vraisemblable, mais les his- 
toriens anciens ne nous l’apprennent pas et les inscrip- 
tions ne nous renseignent pas davantage à cet égard”; 
Bérose sans doute fait mention de l'ochros parmi les 
plantes cultivées en Chaldée”; mais la nature véritable 
de l’ochros n’est pas connue d’une manière certaine, 
et il semble être bien plutôt une plante fourragère — 
probablement une gesse*, — qu'une plante industrielle 
ou alimentaire. Quant « aux fruits de toute sorte » 
qu'on aurait, d'après l'historien de Babylone, trouvés 
aussi en Chaldée, ils ne pouvaient, en supposant cette 
assertion exacte, qu'y avoir été importés à une date 
peu ancienne, et l’on doit croire même qu'ils étaient 
plus rares et moins nombreux que ne le veut dire 
Bérose; sinon on ne s’expliquerait pas qu Hérodote eût 
pu affirmer « qu'on n'essayait même pas en Babylonie 
de faire porter à la terre des figuiers, des vignes et des 
oliviers ». Il faut remarquer cependant que sur un cy- 
lindre chaldéen du Musée de la Haye’, qui repré- 
sente un jardin dans lequel se trouvent debout trois 


1. A. de Candolle, op. laud., p. 339. Cf Liv. I, ch. 11, p 48. 
2. Hommel, op. laud., p. 191, note. 

3. Fragmenta, lib. 1,2. Ed. Müller-Didot. 

k, Le Lathyrus cicera ou l'Ervum ervilia. 

9. J. Menant, Les pierres gravées de la Haute-Asie, p. 191. 


L'AGRICULTURE DANS LA CHALDÉE. 379 


personnages auprès d'un dattier, on voit, outre cet 
arbre et un autre dattier ou palmier plus petit, un 
arbuste qui ressemble à un figuier, ainsi qu'un arbre à 
triple tige, mais sans caractère distinctif. Cette repré- 
sentation n'en prouve pas moins que des arbres à fruits 
autres que le dattier. croissaient autrefois, comme 
aujourd'hui, en Babylonie, bien que peut-être en petit 
. nombre. 

Le dattier, au contraire, y abondaït; toute la plaine 
de la Basse-Mésopotamie, nous apprend encore Héro- 
dote’, en était plantée, et Ammien Marcellin parle de 
vastes forêts de dattiers, qui s'étendaient du nord de 
cette contrée aux bords du golfe Persique*. Nous ver- 
rons à combien d'usages variés servait cet arbre pré- 
cieux. Le climat chaud de la Babylonie et l'humidité, 
que le sol lui fournissait en abondance, favorisaient sa 
végétation et il y donnait les fruits les plus savoureux. 
Le dattier est-il indigène dans la Chaldée, comme il 
l’esten Arabie et dans la Carmanie ? On peut le croire, 
mais il y fut aussi cultivé de temps immémorial. Des 
préceptes d'agriculture rédigés en accadien imposent 
au fermier l'obligation de planter des dattiers et de les 
arroser”. Des tablettes découvertes par M. de Sarzec 
à Telloh font mention d'un sanctuaire que le patési 
de Lagash, Entéména, éleva à la déesse Nina, « qui 
fait croitre les dattes® ». Les mêmes tablettes nous 
apprennent que ce chef religieux avait fait deux 


1. Historiæ, lb. 1, cap. 193. 

2. Res geslae, lib. XXIV, cap. 3. 12. 

3. G. Bertin, Ancient Babylonian agricultural precepts.(Re- 
cords-of the Past, t. IX, p. 96.) 

4. L. Heuzey, Une villa royale en Chaldée. (Comptes rendus 
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 8 nov. 1894.) 


3:06 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


grandes plantations qui, suivant toute apparence, 
étaient composées de palmiers. On obtenait d'ordinaire 
les dattiers de semis; mais on les propageait aussi à 
l’aide des drageons, qui poussent autour du collet de 
la racine'. S'ils ne l'ont pas inventée, comme on l'a 
prétendu”, les habitants de la Basse-Mésopotamie ont 
connu de bonne heure la fécondation des fleurs fe- 
melles de cet arbre si utile. On la trouve représentée 
sur des cylindres chaldéens ainsi que sur des bas-reliefs 
de l'Assyrie”. 

La partie de l’Élam ou Susiane voisine du Tigre et 
de la mer ressemblait à la Chaldée par ses produits 
agricoles, aussi bien que par sa constitution géolo- 
gique, et sa fertilité n'était pas moins grande que celle 
de cette contrée; le froment et l'orge, rapporte Stra- 
bon“, y rendaient cent et même deux cents pour un. 
Les dattiers y croissaient aussi en abondance”. Quand 
on quittait la basse plaine, pour s'élever dans la région 
montagneuse traversée par le Pasatigris et le Choaspès, 
les produits du sol changaient, avec sa nature, et ils 
se rapprochaient de ceux de la Perse et de l'Assyrie. 

Les produits de cette dernière contrée différaient 
beaucoup de ceux que nous avons rencontrés dans la 
Chaldée; le climat y était d’ailleurs moins chaud, sur- 
tout dans la partie montagneuse du nord-est et le sol 
tout autre; là plus de ces alluvions grasses de la 
Basse-Mésopotamie, mais un terrain de formation ter- 


1. Théophraste, Æistoria plantarum, lib. IF, cap. 6, 1 et 2. 
2. Cf. plus haut, liv. 1, chap. IV, p. 105. 
8. E.B.Tylor, The winged fiqures of the Assyrian and other 
ancient monuments. (Proceedings of the society of Biblical 
archacology, t. XI (an. 1890), p. 583-393). 

4. Geographia, Hb. XV, cap. 3, 11. 

5. Zbid.; lib. XVI: cap. 1,5. 


/ 

L'AGRICULTURE DANS L'ASSYRIE. 377 
liaire, que l’absence de pluies pendant plusieurs mois 
de l’année rendait impropre à la culture, si on ne lui 
fournissait l’eau que le ciel lui refusait. Aussi l’arro- 
sage artificiel y était-il une nécessité bien plus encore 
qu'en Chaldée; les rois d'Assyrie le comprirent. Tout 
guerriers qu'ils étaient, ces princes portaient un vif 
intérêt à l’agriculture. 

Sargon le Grand se représente, dans une inscrip- 
tion', comme « un roi qui à mis son soin à rendre à 
la culture les territoires voisins, à faire des planta- 
tions de roseaux sippalu, à faire produire des collines 
rocailleuses où de temps infini ne poussait aucune 
plante, qui s’est attaché à faire porter des moissons à 
maint lieu désert, lequel n'avait point eu de canal 
d'arrosage sous les rois précédents, à ouvrir les lits 
comblés des cours d'eau et à abreuver le pays d’en 
bas et d'en haut d'une eau abondante, semblable à la 
masse des flots de la mer », enfin comme « un roi qui, 
devenu grand dans le conseil et par la sagesse et 
plein de prudence, s'attache à remplir les greniers 
du vaste pays d'Ashshour de provisions et de vivres 
en abondance... à ne pas laisser renchérir l'huile, la 
vie (?) des hommes, à fixer le prix du sésame comme 
du blé. » 

On voit Ashshourbanipal rappeler aussi, dans une ins- 
cription*, comme un de ses titres de gloire que, « les 
moissons réussirent et que l'abondance fut grande sous 
son règne ». « Le froment, ajoute-t-il, s’éleva de cinq 
coudées sur sa racine, l'épi atteignit cinq sixièmes de 


1. Znscription du cylindre, 34-41. David-Gordon Lyon, 
Keilschrifttexte Sargon's Künigs von Assyrien (722-705 v.Chr.), 
p. 35. (Assyriologische Bibliothek, t. V, an 1883.) ” 

2. A. Delattre, op. laud., p. 499. 


318 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


coudées. L'orge (?) fut abondant. Les arbres à fruit ne 
cessèrent de produire. Les oliviers prospérèrent. » 
Rhapsacès, le général de Salmanasar, vantait aux Juifs 
l’Assyrie comme une terre de froment, d’huileetde vin*. 

Pour obtenir cette fertilité il fallait procurer au 
sol l'humidité qui lui faisait défaut. Afin de remédier 
à cette indigence, les monarques assyriens, comme les 
rois de Babylone, couvrirent leur pays de canaux qui 
portaient partout l'eau nécessaire à la végétation. 
Dès le commencement du xu° siècle avant notre ère 
Ashshourdanan avait fait creuser un canal sur la rive 
droite du Tigre, pour arroser les campagnes de la ville 
d'Ashshour, comme nous l’apprend une inscription de 
son petit-fils Tiglathphalasar 1°. 


Le canal qu’Ashshourdanan, roi du pays d’Ashshour, avait 
creusé — l'ouverture de ce canal n'existait plus. Pendant trente 
ans, les eaux n’y avaiént plus coulé. Je fis renouveler et creuser 
l'ouverture de ce canal, j'y jetai l’eau etje plantai des jardins. 


Trois siècles plus tard, Ashshournazirpal, voulant re- 
lever la prospérité de Kalakh, qui tombait en ruines, 
ne trouva pas de meilleur moyen que de donner à cette 
ville et à sa banlieue un canal, « véhicule de fécon- 
dité ». Sennachérib poursuivit avec zèle ces travaux 
de canalisation et d'irrigation. « Pour féconder les 
champs, dit-il dans une inscription”, je dérivai du 
Khonsour le canal de Kharrou. Je fis couler des eaux 
perpétuelles dans son lit ». Et dans une autre ins- 
cription*, il se vante d’avoir « abreuvé la campagne de 


1. 2 Regna, cap. XVIII, vers. 32. 

2. A. Delattre, op. laud., p. 501. 

3. Cylindre de Bellino, ap. A. Delattre, op. laud., p. 502. 

4H. Pognon, L'inscription de Bavian. Paris, 1879, in-8, 
p. Ÿ. 


L'AGRICULTURE DANS L’ASSYRIE. 319 


Ninive, qui dépérissait par le manque d’eau », et il 
rappelle les dix-huit canaux, dont il avait « dirigé les 
eaux vers le fleuve Khonsour », ainsi que le fossé qu'il 
avait fait « creuser depuis le territoire de Kisiri 
jusqu’à Ninive ». 

Ces textes peuvent nous donner une idée des tra- 
vaux considérables de canalisation entrepris par les 
rois d’Assyrie pour fournir à leur pays l’eau nécessaire 
à l'agriculture. Ainsi arrosée, l'Assyrie devint, comme 


Ja Chaldée, d’une merveilleuse fertilité. On y faisait 


deux récoltes par an, une au printemps et l’autre à 
l'automne’; mais la culture de la terre y demandait, 
ce semble, plus de travail qu'en Babylonie; la charrue 
dont on se servait pour retourner le sol, quoique 
simple encore”, est plus solidement construite que 
celle des entailles chaldéennes. Mais quelles espèces 
végétales cultivait-on en Assyrie ? Nous avons peu de 
renseignements à ce sujet. On a supposé, non sans 
raison *, qu'on y trouvait les céréales cultivées en Ba- 
bylonie d'après Hérodote, qui ne parait pas distinguer 
très nettement l'agriculture des deux pays, c’est-à- 
dire le froment, l'orge et le müllet. M. Layard parle‘ 
d’un champ de millet qu’ou verrait près d’une forte- 
resse sur un bas-relief de Koyoundjik ; mais on ignore 
où se trouvait cette forteresse. Plusieurs inscriptions 
assyriennes font expressément mention de la culture du 


1. J. Oppert et J. Menant, Documents juridiques, n° 31, p. 
219. 

2, Ph. Henry Gosse, Assyria; her manners and customs, arts 
and arms. London, 1852, in-8, p. 567. — Rawlinson, op. laud., 
t. 1; p. 567. 

3. Rawlinson, op. laud., t, I, p. 272. 

4. Layard, Viniveh and ils remains. London, 1848, in-8, t, 
Il, p. 140, 


380 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


froment et probablement de l'orge”; celles de Sargon et 
de Sennachérib parlent aussi de la culture du sésame. 

Ce ne sont pas là les seules plantes alimentaires ouin- 
dustrielles dont on a jusqu'ici rencontré la mention dans 
les textes cunéiformes ; mais on n’en a encore identifié 
qu'un bien petit nombre. Curieux, comme ils l’étaient, 
des produits de l'étranger, que plusieurs de leurs rois 
se vantent d'avoir importés dans leur pays, les As- 
syriens ne purent manquer, quand ils eurent étendu 
leurs relations commerciales et leurs conquêtes dans 
presque toute l'Asie antérieure, d’acclimater chez eux 
quelques-unes des plantes utiles à l’alimentation ou à 
l'industrie, cultivées dans les pays, visités par leurs 
armées ou par leurs marchands; tels que l'oignon, 
l'ail, le poireau, diverses légumineuses et cucurbitacées 
— laitue, bette, rave, radis, concombre, coloquinte — 
des condiments comme l’aneth, la coriandre, l’assa 
fœtida; enfin le lin, ia luzerne, le safran et peut-être le 
carthamme*. 

Ils acclimatérent surtout aussi, les textes nous l’ap- 
prennent, les arbres à fruits ou d'ornement des pays 
qu'ils parcoururent. 

Des cèdres, des ourkarinu, des allakani, disait déjà Ti- 
glathphalasar [à la fin du x1re siècle”, arbres des contrées que 
javais soumises, que personne parmi les rois mes pères n'avait 

1. Par exemple l'inscription de Sennachérib à Bavian et celle 
d’Ashshourbanipal. 

2. B. Meissner,. Babylonische Pflanzennamen. (Zeitschrift f. 
Assyriologie, t. VI (an. 1891), p. 289-298.) 

3. F. LenormantetE. Babelon, //istoire ancienne. Paris, 1889, 
in-%, t, V,p. 2%. — A. H. Sayce, Znscription of Tiglath-Pileser 
I, king of Assyria. (Records of the past, t. I, p. 115.) — A. De- 
lattre, op. laud., p. 500. Lenormant traduit ourkarinu et 


allakant par « pins et lentisques ». — Ketlschriftliche Biblio- 
thek, t. 1, (an. 1889), p. 41. 


- 


D ST 7 De SR. à 
va ù ù 


L'HORTICULTURE DANS L'ASSYRIE. 381 


plantés, je les pris et les plantaïr dans les jardins de mon pays. 
Des plantes de jardin que mon pays ne produisait point, je les 
pris et les plantai dans les parcs de mon pays. 


Ashshournazirpal parle également de plantations 
« d’arbres fruitiers de toute sorte et de vignes » qu'il 
avait faites sur les bords du canal de Kalakh. Senna- 
chérib s'étend aussi avec complaisance, dans l'inscrip- 
tion malheureusement mutilée de Bavian, sur les plan- 
tations de vignes, de « plantes de tous lieux », de 
forêts (?) faites par lui dans les environs de Ninive*. 
Il est aussi question, sur le cylindre de Bellino”, pro- 
bablement de plants d'oliviers, qui se trouvaient dans 
la banlieue de la capitale. 

Sur les bas-reliefs de l’époque des Sargonides on 
voit souvent des vignes, soit isolées, comme une vigne 
de Koyoundjik qui grimpe sur un pin, soit formant 
un berceau de verdure, tel que celui à l'ombre duquel 
l'artiste assyrien a représenté Ashshourbanipal couché”. 
On y voit aussi des palmiers ; le dattier fut, en effet, 
cultivé en Assyrie, comme il l’est encore aujourd'hui ; 
mais ses fruits, nous le savons par le témoignage des 
anciens”, y étaient d’une qualité inférieure; ils ne 
mürissent même plus au nord du confluent du petit 
Zab et du Tigre’. Des bas-reliefs, reproduits par 


1. A. Delattre, op. laud., p. 501. 

2. H. Pognon, op. laud., p. 11. 

3. Ap. A. Delattre, op. laud., p. 502. 

4. Rawlinson, op. laud., t. 1, p. 353. On voit aussi deux 
vignes couvertes de raisins sur un bas-relief reproduit par 
Layard. Vineveh and Babylon, p. 341. 

5. Musée britannique. Rawlinson, 0p. laud., t.1, p.493. Perret 
et Chipiez, Histoire de l'art, t. I, p. 107 et 652. 

6. Pline, /istoria naturalis, lib. XIIT, cap. 9. 

7. À. H. Layard, Vineveh and its remains, t. IT, p. 425. 
Layard ajoute, il est vrai, que cela tient au manque de soin, 


3N2 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


Layard', représentent des grenadiers ; on voit aussi des 
fruits de cet arbre portés par des serviteurs sur divers 
bas-reliefs de Koyoundjik; on ne peut guère douter 
d'ailleurs que cet arbre, indigène dans les contrées 
voisines de l’Assyrie, n'y ait été cultivé de bonne 
heure. Il faut en dire autant du figuier, qui croît 
spontanément dans les mêmes pays. Il a été représenté 
souvent sur les bas-reliefs assyriens”. On peut ad- 
mettre encore que l’amandier, le mürier à fruits noirs, 
ainsi peut-être que le caroubier, le pistachier, qui 
vient à l’état sauvage dans la région montagneuse 
d'Orfah à Térek”, et le noyer furent également plantés 
dans les jardins ou dans les pares assyriens. L’olivier 
y était cultivé dès longtemps ; le cédratier, au con- 
traire, ny prit vraisemblablement place qu'après la 
conquête perse, et l’abricotier, ainsi que le pêcher, 
encore plus tard. ; 

Y cultivait-on aussi des arbres d'ornement? Il est 
impossible d'en douter; l'inscription de Tiglathpha- 
lasar, citée plus haut, en mentionne trois espèces, 
malheureusement non identifiées avec certitude. Dans 
une de ses inscriptions“, Sargon nous apprend qu'il 
« créa un grand parc » et qu'il « ÿ fit planter toute 
espèce d’arbres du pays des Khatti et toutes les plantes 
de la montagne ». Quels étaient ces arbres et ces 


1. The monuments of Nineveh, ser. IT, pl. 15. — E. Bonavia, 
The flora of the Assyrian monuments, p. 12. 

2. Layard, The monuments of Nineveh, ser. II, pl. 15, 20, 
22. — Bonavia, The flora, p. 14. On voit aussi un figuier sur 
une brique émaillée de Khorsabad. Perrot et Chipiez, op. 
laud:, t. IT, pl. XV, 4 

3. Boissier, /lora orientalis, t. I, p. 6. — Ravwlinson, op. 
laud:, 1.1, p:'247: 

#. Inscription du laureau, 10. D.G. Lyon, op. laud., p. 43. 


D. à à 


L'HORTICULTURE DANS L’ASSYRIE. 383 


plantes ? Le monarque assyrien n’a pas cru devoir le 
dire ; mais les bas-reliefs assyriens, encore que repré- 
sentant souvent des paysages non mésopotamiens, 
nous en font connaître quelques-uns; il y avait d'abord 
les cèdres, dont parle Tiglathphalasar, des pins, dont 
il parait aussi faire mention, et qu'ont si souvent re- 
présentés les artistes assyriens soit alternant avec 
des palmiers, soit formant des espèces de bosquets 
M. Bonavia a supposé qu'ils appartenaient à l'espèce 
Pinus brutia® ; mais la forme qu'ils affectent n’a rien 
de caractéristique, et tous n’ont pas d’ailleurs le même 
aspect”. On ne peut douter non plus que le cyprès, si 
répandu dès la plus haute antiquité dans toute l'Asie 
antérieure, fut également cultivé dans les parcs assy- 
riens’. On y plantait aussi sans aucun doute des arbres 
fruitiers en même temps que des arbres purement 
d'ornement. 

Si nous ne pouvons dire au Juste quels étaient les 
arbres cultivés dans les jardins mésopotamiens, un bas- 
relief de Koyoundjik”*, qui représente un parc du temps 
äes Sargonides, nous donne une idée assez juste de ce 
qu'était à cette époque un jardin de plaisance assyrien. 
Les arbres du parc de Koyoundjik nous apparaissent, 
comme dans les jardins pharaoniques, disposés en 


1. Botta et Fiandin, Monument de Ninive. Paris, 1849, in- 
fol., t. II. p. 108-111, salle VIT. 

2. The flora of the Assyrian monuments, p. 29. 

3. Les coniféres des planches 46 et 81, en particulier, des 
Monuments of Nineveh de Layard ne sont pas de la même es- 
pè’e, ni peut-être du même genre. 

4. Les conifères du jardin d’Ashshourbanipal, entre autres, 
me paraissent être des cyprès. Rawlinson, t. 1, p. 493. 

5. Layard, Vineveh and Babylon, p. 232. — Rawlinson, 0p. 
laud.,t. 1, p. 229. 


384 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


rangs, composés les uns d'arbres de même taille et 
probablement de même espèce, les autres d'arbres 
alternativement grands et petits, de port et on peut 
ajouter d'espèce différents ; des canaux sillonnent ce 
parc, au milieu duquel est aménagée une vaste pièce 
d’eau remplie de poissons. 

Quand l’espace manquait pour faire ces parcs éten- 
dus, on se contentait de « jardins suspendus », établis 
sur des espèces de terrasses, supportées par des co- 
lonnes ou des arcades”. Sur un bas-relief du palais de 
Sennachérib à Koyoundjik on voit à côté d'un temple 
une rangée de pins ou de cyprès, alternant avec des 
arbres qui ressemblent à des grenadiers, se dresser sur 
une terrasse que supporte une série d’arces aigus”. Cette 
invention devait passer en Babylonie, après que cette 
province eut recouvré son indépendance. Lorsque Na- 
buchodonosor le Grand eut rebàti sa capitale et l’eut 
entourée de ces murs, flanqués de tours, qu'on considéra 
comme une des sept merveilles du monde, il y construi- 
sit également un jardin suspendu non moins admiré. 
« C’est, dit Strabon*, un immense carré de quatre plè- 
thres de côté, composé de plusieurs étages de terrasses 
supportées par des arcades, dont les voûtes reposent sur 
des piliers de forme cubique. Ces piliers sont creux et 
remplis de terre, ce qui a permis d'y faire venir les plus 
grands arbres. » Malheureusement, le géographe grec 
ne nous apprend pas de quelle espèce étaient ces arbres. 
On ne peut guère douter qu'il ne s’y trouvât des pal- 


1. Rawlinson, op. laud., t. 1, p. 585. — Perrot et Chipiez, 
op. laud., t. IT, p. 445. 

2. Musée britannique. Rawlinson, op. laud., t. T1, p. 310. — 
Perrot et Chipiez, op. laud., t. 11, p. 153. 

3. Geographia, b. XVI, cap. 1, 5. 


L 


L'HORTICULTURE DANS L'ASSYRIE. 389 


miers, qu’on voit d’ailleurs si souvent dans les parcs, 
représentés sur les bas-reliefs. Une tradition veut aussi 
qu'un athel ou tamaris, qui se dresse au bord septen- 
trional des ruines de Babylone et au tronc duquel, dit- 
on, Ali attacha son cheval après la défaite des ennemis 
du Prophète à Hillah, ait été un des arbres du jardin 
suspendu de l'antique cité". 

Cultivait-on aussi des fleurs dans les ons et les 
parcs de l’Assyrie ou de la Chaldée ? On peut le croire, 
il en fut ainsi du moins dans les derniers temps ; un 
contrat contemporain d'Ashshourbanipal fait mention 
d'un jardin portant des fleurs tous les ans *. Il semble 
même y être question d’un champ de parfums”. Dans 
un autre acte, contemporain d'Ashshournirar et par con- 
séquent plus ancien, il est déjà parlé aussi de la vente 
d’un champ produisant neuf apha de parfums‘. Il 


semble donc bien que les Assyriens et sans doute aussi 


les Chaldéens du nouvel Empire aient cultivé des fleurs 
d'agrément ou aromatiques. Tels furent, nous le savons”, 
l’hysope et le thym ; tel fut sans doute aussi, à l’époque 
assyrienne, le lotus ; sur les bas-reliefs de Ninive, nous 
voyons le roi, ici sacrifiant, là se rendant à la chasse, 
une tige de lotus à la main°; telles durent être 
probablement encore ces fleurs placées dans des vases, 


1. Layard, Discoveries, p. 507. 

2. Kiru tabriru shushu. J. Oppert et J. Menant, Documents 
juridiques, p. 198. 

3. Ekil at-ru. MM. Oppert et Menant toutefois remarquent, 
p. 201, que le mot atru pourrait encore s'expliquer par troupeau. 

4. Bit IX ka at-ru. Ibid., p. 150. MM. Oppert et Menant rap- 
prochent, p.153, le mot atride l'arabe atar etse demandents'ilne 
s’agit point de «roses, de safran ou d’autres produitssemblables ». 

5. B. Meissner, op. laud. (Zeitschrift für Assyriologie, t. VI, 
p. 292). 

6. Botta, Monument de Ninive, t. IT, pl. 105 et 113, salle 7. 


[. 25 


386 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


que des serviteurs, sur les mêmes bas-reliefs, portent 
dans la salle du festin'. Mais quoi qu’il en soit, on 
peut affirmer que les plantes d'ornement cultivées par 
les Assyriens et les Chaldéens furent toujours en petit 
nombre. Comme tous les peuples anciens, ils durent se 
contenter avant tout de celles qui, en si grande abon- 
dance, croissaient au printemps dans leur pays. 


x 
*X * 


Si la connaissance que nous avons de la culture des” 


champs et des jardins dans la Chaldée et l’Assyrie est 
à bien des égards incomplète, nous sommes un peu mieux 
renseignés sur ce qu’elle était en Syrie ou du moins 
dans une partie de cette contrée, la Palestine. J'ai 
dit plus haut quelles étaient la variété et la richesse 
de la flore syrienne. Si l’on excepte la région aride du 
sud et de l’est limitrophe du désert et la région boisée 
et couverte de pàturages des montagnes, tout le pays 
était de la plus grande fécondité et cultivé avec le 
plus grand soin ; la fertile vallée de l'Oronte, le lit- 
toral de la Phénicie aux jardins s’élevant en étages 
sur les coteaux, la plaine si bien arrosée de Damas, la 
Cœlé-Syrie, le plateau de Giléad, également propre, 
avec ses magnifiques forêts et ses riches prairies, à 
l'élevage du bétail et au labourage*; la plaine fécondée 
par les eaux du Kishon, celle de Sharon au sud du 
Carmel, pour me borner aux plus célèbres, invitaient 
les peuples qui s’y établirent à la vie sédentaire et 
agricole. Nous ne savons rien du parti que les popu- 


1. Layard, The monuments of Nineveh, ser. II, pl. 8, 1. 
2. B. Stade, Geschichte des Volkes Israël. Berlin, 1887, in-8, 
p. 107. 


où nm ALU A 


L'AGRICULTURE DANS LA SYRIE. 387 


lations primitives tirèrent du sol; mais les tribus 
cananéennes et amorrhéennes, qui les asservirent ou 


‘les remplacèrent, le cultivèrent avec le plus grand 


soin. 

“Si l'on admet avec Hommel', que les Héroushà, 
contre lesquels Ouna, général de Pépi, pharaon de la 
VI‘ dynastie, fit la guerre et dont il se vante d'avoir 
coupé les figuiers et les vignes, habitaient le sud de 
la Palestine, on voit que ces arbres à fruit auraient 
été cultivés dans cette contrée trois mille ans et plus 
avant notre ère, ce qui n'aurait d’ailleurs rien qui 
doive surprendre. Ils l'y étaient certainement du moins 
aux xxrr° et xx‘ siècles. À cette époque, le fugitif 
égyptien Sinouhit parle des vignes et des figuiers qu'il 
avait vus en Kadouma — le pays d'Édom. — « Le vin 
y est en plus grande quantité que l’eau, dit-il*; nom- 
breux y sont les fruits de moringa et toutes les pro- 
ductions des arbres ; on y a de l’orge et du froment en 
abondance. » 

Quand un peuple, qui habitait à la limite du désert, 
s’adonnait ainsi déjà à l’agriculture, on doit penser que 
les tribus qui occupaient les plaines et les vallées fer- 
tiles du pays de Canaan s’y livraient bien plus encore. 
Le Deutéronome * représente cette contrée comme une 
terre de blé — kÆhittah — et d'orge — ceorah. — La 
culture de ces deux céréales y devait remonter à la 
plus haute antiquité. Celle de l’épeautre — Æoussemeth 
— et du millet — dokhan — y est peut-être moins 


1. Die semitischen Vülker und Sprachen. Leipzig, 1883, in-8, 
p. 105. — Maspero, /Jistoire ancienne, t. 1, p. 420. 

2. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p.471. M.Maspero a tra- 
duit par olives, au lieu de noix de moringa. 

3. Cap. v, verset 8. 


388 LES PLANTES CIHEZ LES SÉMITES. 


ancienne. À côté de la culture des céréales avait pris 
place celle des plantes alimentaires et industrielles. 
Les lentilles — adashim — y étaient connues dès l’é- 
poque la plus reculée'; les fèves — po/ — ne durent 
guère y être cultivées moins anciennement. Si les 
Hébreux regrettaient dans le désert les oignons, l’ail 
et les poireaux, les concombres et les pastèques d'É- 
gypte, on peut affirmer qu'ils les retrouvèrent dans le 
pays de Canaan. La culture du lin, nous le savons, 
existait aussi déjà dans cette contrée. Ce fut sous des 
tiges de cette plante, entassées sur son toit, que Rahab 
cacha les deux espions envoyés par Josué à Jéricho et 
que le roi de cette ville voulait faire périr*. 

Recçues par les Hébreux, ces diverses cultures fu- 
rent soigneusement conservées et développées par eux. 
Sous leur domination la Judée devint un vrai grenier 
d'abondance. Salomon fournissait par année à son 
allié Hiram, roi de Tyr, 2,000 cors ou mesures de fro- 
ment, et il donna 20,000 cors de froment et autant 
d'orge aux ouvriers phéniciens chargés de couper pour 
lui des cèdres sur le Liban°. La Judée resta longtemps 
le grenier où Tyr s’approvisionnait*. Les pays des Phi- 
listins et des Ammonites n'étaient pas moins féconds 
en céréales. On voit le roi des Ammonites payer à 
Joatham un tribut annuel de 10,000 cors de blé et 
d'orge”. Les Hébreux semaient le fromentet l’épeautre, 
ainsi que l'orge, avant l'hiver ; au mois d'avril ils 


1. Il en est question déjà dans la Genèse, chap. xxv, 
vers. 32. 

2. Jesus Nave, cap. n, vers. 6. : 

3. 2 Paralipomena, cap. 11, vers. 10. 

&. Ezechiel, cap. XxXVIr, vers. 17. 

5. 2 Paralipomena, cap. XXVIT, vers. 5. 


L'AGRICULTURE DANS LA SYRIE. 389 


faisaient la récolte de l'orge, celle du froment et de 
l'épeautre cinq ou six semaines plus tard. Les gerbes 
étaient aussitôt après portées sur l’aire et foulées aux 
pieds des bœufs et des ânes'. Avec ces céréales on 
semait encore en automne d’autres plantes, telles que 
la nielle ou carvi — gezakh — et le cumin — kam- 
mon —. « Quand le laboureur a aplani le champ, dit 
Ézéchiel?, ne va-t-il pas semer la nielle, répandre le 
cumin, planter le froment en lignes, l'orge au lieu 
désigné, l’épeautre tout autour? » 

S'il n’est point question du millet dans ce passage 
d'Ézéchiel, c'est que cette céréale se semait proba- 
blement à une époque différente; mais la culture de 
cette graminée, si elle était moins importante que 
celle des autres céréales, n’en était pas moins, nous le 
savons par le témoignage du même prophète *, prati- 
quée en Judée. L'usage considérable du lin — pish- 
tah — dans l'industrie doit faire supposer que les 
Hébreux n'avaient fait que développer la culture de ce 
précieux textile. Se livraient-ils aussi à celle du car- 
thame, du sésame et du ricin ? Cela n’est pas impos- 
sible; mais aucun texte ancien ne nous renseigne à 
cet égard, d’où on pourrait inférer que cette culture, 
si elle exista en Judée, n’y prit peut-être naissance 
qu'assez tard. Il semble bien, au contraire, qu'on y 
ait assez tôt, ainsi qu’en Assyrie, cultivé le safran 
— héb. Æarkom, ass. karkouma — dont on retirait 
une couleur jaune très recherchée. 

Les oignons — betsalim, — l'ail — shoumim, — le 


L 


1. B. Stade, op. laud., t. I, p. 369. s 

2. Cap. xxvinr, vers. 25-27, trad. d'Ed. Reuss. 

3. Cap. 1v, vers. 9. 

4. Muss-Arnolt, Transactions, t. XXIIT (an. 189 ), p. 116. 


390 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


poireau — khatsir, — les pastèques — abattikhim, — 
ainsi que les concombres ou melons chate — kisshouim, 
— durent être l’objet d'une culture assidue en Judée, 
comme en Égypte, mais les anciens téxtes ne nous en 
font pas connaitre la nature et l'importance ; ils ne 
nous apprennent rien non plus de celle des lentilles, 
des fèves et des autres légumes. Les Hébreux connaïs- 
saient dès longtemps la coriandre, à laquelle font allu- 
sion l’'Exode et le livre des Nombres ‘: ils durent cultiver. 
de bonne heure ce condiment, ainsi que l’aneth, la 
menthe et la rue, dont on voit les Pharisiens payer la 
dime, avec celle des autres plantes de leurs jardins*. 
Il est probable que les plantes fourragères ne furent 
pas plus inconnues aux habitants de la Syrie qu’elles 
ne l’étaient aux Égyptiens et probablement aux habi- 
tants de la Mésopotamie; mais nous ne connaissons 
rien de leur culture. Nous ne savons rien non plus 
de celle du roseau, qui, s’il croit à l’état spontané 
en Syrie”, devait y être cultivé aussi. Nous ne sommes 
pas mieux renseignés au sujet du papyrus — gome, — 
qui y fut probablement importé, mais qui aussi s’accli- 
mata sur les bords marécageux des lacs de Tibériade 
et de Mérom, auprès de Jaffa et sur les rives du Nabr- 
el-Aoudja, où on le trouve encore aujourd’hui’. 


Les arbres à fruits furent dès longtemps cultivés 


1. Cap. xvi, vers. 31. — Cap. x1, vers. 7. . 

2. Mathias, cap. xx, vers. 23. — Lucas, Cap. XI, vers. 
42. 

3. Boissier, Flora, t. V, p. 564. 

4. Boissier, Flora, t. V, p. 375. 


L'AGRICULTURE DANS LA SYRIE. 391 


dans le pays de Canaan et des Amorrhéens ; plusieurs 
y étaient indigènes, comme l'amandier, le poirier, le 
caroubier et probablement le figuier et l'olivier; 
d’autres, qui croissaient dans les contrées voisines, y 
pénétrèrent de bonne heure ; les Hittites en importèrent 
probablement quelques-uns avec eux, quand ils s’éta- 
blirent dans le bassin de l'Oronte ; les Araméens 
durent aussi en introduire plusieurs dans le Hauran, 
lorsqu'ils vinrent s’y fixer. Aussi la plupart des arbres 
fruitiers de l'Asie antérieure que nous avons vus cul- 
tivés dans la vallée du Nil, l'ont été, et sans doute 
plus anciennement, dans le pays de Canaan. Quand les 
Égyptiens envahirent la Syrie, ils furent frappés de 
la beauté des fruits de cette contrée, dont la plupart 
leur étaient encore inconnus; on le voit au soin que, 
au retour de son expédition, Thoutmès III prit de les 
faire peindre sur les murailles du temple de Karnak*°. 

Parmi ceux que le Pharaon semble avoir le plus 
admirés sont les raisins et les grenades, tant ils sont 
représentés de fois sur les bas-reliefs du monument 
égyptien. On y voit” trois vignes entières, couvertes 
de grappes de raisin et dont les feuilles trilobées éton- 
nent, mais qu'on reconnait aux vrilles, qui terminent 
les rameaux. Des grappes énormes ont été en outre 
représentées à part pour donner une idée de leur gros- 
seur aux habitants de la capitale égyptienne. Les gre- 
nades, qui devaient être encore rares à cette époque 


1. Boissier, Flora, t. IT, p. 642 et 655. — Rich. E. Burton 
and Ch. F. Tyrrwhit Drake, Unexplored Syria, t. 1, p. 68. Il 
y a deux espèces de poiriers indigènes en Syrie, le P. Syriaca 
etle P. Boveana. 

2. À. Mariette-Bey, Karnak. Étude topogr aphique et archéo- 
logique. Leïpzig-Paris, 1875, in-fol. 

3. Karnak, pl. 31 a. 


392 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


en Égypte, y sont aussi reproduites en grand nombre! 
À côté d'elles je serais tenté de voir des olives *. L'oli- 
vier a existé de temps immémorial en Syrie, qu'on a 
voulu regarder comme son pays d’origine ou du moins 
celui où il a été d’abord cultivé. Mais à l’époque de 
Thoutmès HI, cet arbre n’avait pas encore probable- 
ment été importé en Égypte* ; il n'en devait que da- 
vantage attirer l’attention des conquérants. 

Il y a bien d’autres plantes et d’autres fruits repré- 
sentés sur les bas-reliefs de Karnak ; mais à part ceux 
que je viens de nommer et du lotus, il en est peu 
qu'on puisse reconnaitre avec certitude. J'inclinerais 
cependant à voir des poires dans deux fruits de la 
planche 28 a; un fruit de la planche 29 4 pourrait, lui, 
passer pour un melon et divers autres ressemblent à 
des concombres ; si ce ne sont là que des conjectures, 
il ne saurait guère, au contraire, y avoir de doute au 
sujet d’une plante figurée au haut de la planche 31 a; 
MM. Bonnet et Poisson du Muséum ont été unanimes 
à l'identifier avec la colocase; cette aroïdée aurait 
donc déjà pénétré en Syrie 1500 ans avant notre ère*. 

Les renseignements fournis par les peintures de 
Karnak sont complétés et confirmés par ceux que nous 
donne l’Ancien Testament. Les émissaires envoyés par 
Moïse dans le pays de Canaan couperent, dit le texte 
sacré”, dans la vallée de la Grappe, ainsi nommée des 
vignes qui y croissaient, un pampre, garni d'une énorme 


1. Karnak, pl. 28 a, 30 a et b, 31 a. 

2. Karnak, pl. 30 a. 

3. Voir pl. haut liv. [, chap. 1v, p. 131. 
4. Quant aux fleurs de la même planche 31 & et b, il m’a 
été impossible d’en identifier aucune. 

5. Numeri, cap. xIni, vers. 24. 


L'AGRICULTURE DANS LA SYRIE. 393 


grappe de raisin, et ils le rapporterent à leurs compa- 
triotes avec des grenades et des figues. On voit par là 
que la vigne, le figuier et le grenadier étaient alors 
les principaux arbres fruitiers du pays de Canaan et 
probablement de toute la Syrie. La vigne — gephen — 
qui y produisait déjà de si beaux fruits, y était cultivée 
sans doute dès longtemps, et elle continua de l'être 
encore plus sous la domination hébraïque. Isaïe parle 
des nombreux vignobles de l’ancien pays de Moab' et 
le Cantique des Cantiques vante ceux d'Engaddi*. La 
culture du figuier — teenah — que la Bible associe 
sans cesse à celle de la vigne, n'était pas moins 
ancienne en Syrie. La Terre Promise était, d’après le 
Deutéronome*, un pays riche en figuiers, et elle resta 
telle après l'occupation des Hébreux ; sa prospérité était 
liée à la culture du figuier et de la vigne. Les ennemis 
les détruisent pour punir Israël'; ces arbres pro- 
diguent de nouveau leurs richesses, quand Israël est 
pardonné. Le grenadier n'était guère moins répandu 
en Judée que le figuier; un grand nombre de localités 
de cette contrée tiraient leur nom de celui de cet 
arbuste, rimmon”. 

La mention si fréquente dans l’ancien Testament de 
l'olivier et de l'huile que fournissent ses fruits, fait 
pressentir l'importance qu'en avait prise la culture 


. Cap. xvI, verset 8. 

. Cap. 1, verset 13. 

. Cap. vu, vers. 8. 

. Hosea, cap. 11, vers. 12. — Joel, cap. 1, vers. 7. 

5. Olaus Celsius, Z/ierobotanicon sive de plantis sacrae scrip- 
turae dissertaliones breves. Upsaliae, 1745, in-8, t. [, p. 272. .— 
Rosenmüller, Biblische Nalurgeschichte, p. 275. Il y avait entre 
autres, un Rimmon dans les tribus de Juda, de Benjamin et 
de Zabulon. 


+ ©2 1 = 


394 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


dans la Palestine. Sous la domination des Hébreux, 
comme avant leur conquête, le pays de Canaan fut 
véritablement une « terre d'huile et de miel’ ». Les 
vallées du Liban et de la Galilée, les flancs du Carmel 
et du Thabor, les collines d'Éphraïm et de Garizim, 


la plaine de Jéricho et de Sharon, étaient couvertes 


d'oliviers; David avait nommé un intendant, chargé 
de veiller sur les plantations qu'il avait faites de cet 
arbre précieux *. 

Si c'étaient là les principaux arbres à fruits de la 
la Syrie, ce n'étaient pas les seuls, les bas-reliefs de 
Karnak nous l'ont montré, qu’on y rencontrat; mal- 
heureusement les textes ne nous donnent que peu de 
renseignements sur la nature de ceux qui y pouvaient 
ètre cultivés. On a traduit parfois par poiriers le mot 
bekaim, qu'on trouve dans un passage des livres de 
Samuel*; mais cette interprétation a été contestée et 
avec non moins de raison la signification de müriers, 
attribuée à ce mot*. Il n’est guère douteux toutefois 
que le poirier, dont deux espèces y sont indigènes, et 
le mürier à fruits noirs n'aient été, ainsi que le pom- 
mier, cultivés en Syrie. Importé en Égypte dès la 
XVIII dynastie, ce dernier, indigène en Asie Mi- 
neure et dans la région du Caucase, dut l'être plus tôt 
encore dans les vergers de la Phénicie et du pays de 
Canaan. Joël en parle en même temps que de la vigne, 
du figuier, du grenadier et du dattier”. 


. Deuteronomium, Cap. vur, vers. 8. 
. Paralipomena, cap. XXVI, vers. 28. 
. 2. Cap. xxIII, vers. 2%. 
. W. H. Groser, The trees and plants mentioned in the 
Bible, p. 63. 
5._Cap. 1, vers. 12. 


LD = 


©2 


FT 


L'AGRICULTURE DANS LA SYRIE. 399 


On a parfois voulu trouver dans le Cantique des 
Cantiques une mention du cognassier', mais le mot 
tappouakh, qui le représenterait, semble bien n'avoir 
d'autre signification que « pommier* ». Si on a cru 
que le vocable £hoakh désignait en hébreu le prunier 
sauvage, on ne connait point dans cette langue de nom 
pour le prunier cultivé; mais on ne peut en conclure 
que cet arbre n'existait pas en Syrie, ainsi que le 
cerisier. Deux espèces comestibles indigènes de cerisier 
et de prunier* se rencontrent d’ailleurs dans cette 
contrée, avec l’azarolier. Quant au prunier et au cerisier 
cultivés, ils n'ont dû y être importés qu'assez tard ; 
l'abricotier et le pècher le furent à une époque encore 
postérieure, probablement pas avant celle de la domi- 
nation romaine. | 

On traduit d'ordinaire le mot hébreu egoz par noyer 
et saged par amandier”; ces deux arbres, on n'en 
peut douter, étaient cultivés dans la Syrie ancienne ; 
mais l’amandier, indigène dans le Liban, a dù l'être 
sans doute plus anciennement que le noyer, espèce 


_ exotique. Des amandes figuraient parmi les présents 
. que les fils de Jacob portèrent à Joseph en Egypte°. S'il 


1. Cap. 11, vers. 3 et 5. — Celsius, op. laud., t. I, p. 254. — 
Rosenmüller, op. laud., p. 309. 

2. W. H. Groser, op. laud., p. 89. 

3. Les Prunus ursina et monticola et les Cerasus mahaleb et 
prostrata. Boissier, Flora, t. II, p. 648-652 et 662. 

4. Rosenmüller, op. laud., p. 224. — Fr. Hamilton, op. laud., 
n° 15. — W. H. Groser, op. laud., p. 108. 

5. O. Celsius, op. laud.,t.1, p.297. — W.H. Groser, 0p. laud., 
p. 87. L’amandier portait aussi le nom de louz. O. Celsius, 0p. 
laud., t. I, p. 253. Genesis, cap. XxXX, vers. 37. 

6. Genesis, cap. XL, vers. 11. On leur fait aussi parfois y 
porter des noix, boinim, mais ce mot signifie plutôt « pfs- 
taches ». 


396 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


n’est pas indigène en Syrie, le pistachier a dù néan- 
moins y être cultivé à une époque reculée. Il en est 
de même peut-être du caroubier, si commun en Galilée 
sur les collines d'au delà du Jourdain et dans les gorges 
du Liban'; mais il n’en est fait mention que dans le 
Nouveau Testament. Le sycomore — héb. skigmah — 
s'était, des bords méridionaux de la mer Morte, ré- 
pandu dans toute la région occidentale de la Syrie, en 
particulier en Phénicie*, où on le plantait, 1l est vrai, 
plus à cause de l'usage que l’on faisait de son bois 
que pour ses fruits. Cet arbre n’était pas moins fré- 
quent dans les plaines de la Judée”, et David avait 
nommé un intendant chargé de veiller à sa conser- 
vation*. 

Le dattier — famar — indigène, comme le syco- 
more, au sud de la mer Morte, fut cultivé dans toute 
la région avoisinante. Jéricho est appelée dans le Deu- 
téronome” la ville des palmiers. Dans la plaine, au 
milieu de laquelle elle est située, se trouvait, dit 
Strabon°, le Phœænicôn, verger de cent stades de long, 
arrosé d’eau courante et rempli d'arbres fruitiers de 
toute espèce, mais principalement de dattiers, qui 
fournissaient une abondante récolte. C'était là seule- 
ment et en Babylonie que l’on trouvait les célèbres 
dattes caryotes. Des confins dela mer Morte, le dattier 
fut importé sur tout le littoral syrien’, particulière- 


1. W. H. Groser, 0p. laud., p.107. 
2. Pietschmann, Geschichte der Phænizier, p. 22. 
3. 1 Regna, cap. x, vers. 27. — 2 Paralipomena, cap. I, 
vers. 15, et Cap. IX, vers. 27. 
4. 1. Paralipomena, cap. XXvH, vers. 28. 
5. Cap. XxXxIV, vers. 3. 
6. Geographia, lib. XVI, cap. 2, 41. 
7. C’est de là qu'il a été porté dans les iles de l’Archipel. 


Éh. hn S nns 


er r LI 


. 


L'HORTICULTURE DANS LA SYRIE. 397 


ment en Phénicie, encore que ses fruits n’y pussent 
mûrir. 


Près du bois de palmiers de Jéricho se trouvait 
aussi, d’après Strabon, un château royal avec un parc 
appelé le « Jardin du baumier », du nom d’un « arbuste 
odoriférant assez semblable au cytise et au téré- 
binthe’ »'. Grisebach a supposé, évidemment à tort, 
que cet arbuste était le chalef*; il s’agit du Ba/samo- 
dendron opobalsamum, qui avait été importé d'Arabie 
aux environs de Jéricho. Une tradition, rapportée par 
Josèphe”, voulait que le premier pied de cet arbuste 
précieux eût été donné par la reine de Saba à 
Salomon. 

Le jardin du baumier est le seul verger de l'an- 
cienne Syrie sur lequel nous ayons quelques renseigne- 
ments précis; mais il est fait, dans le Cantique des 
Cantiques, allusion à un jardin planté d'arbres à fruits 
exquis et d'aromates et arrosé d'eaux vives‘. L'Ecclé- 
siaste parle aussi de jardins et de parcs, où il avait 
planté toutes sortes d'arbres fruitiers”; mais il ne dit 
pas quels étaient ces arbres. Dans le « jardin clos », 


1. Pline, qui dit, lib. XII, cap. 54 (25), que le baumier « res- 
semble plutôt à la vigne qu’au myrte », le fait ‘croitre seule- 
ment en Judée et dans les deux jardins royaux. Justin, lib. 
XXXVI, cap. 3, prétend que cet arbuste ressemble à un pin de 
petite taille, mais qu'on le cultive comme la vigne. 

2. Die Vegetation der Erde,t. 1, p. 403. Le chalef (Æ7aea- 
gnus augustifolius L.) est répandu dans toute la Judée. 

3. Antiquilates Judaicae, lib. VII, cap. 6, 6. 

&. Cap. IV, vers. 13 et 1%. 

5. Cap. 11, vers. 5. 


398 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


auquel l’auteur du Cantique des Cantiques compare son 
épouse, croissent, en même temps que des grenadiers, 
l'arbre au henné — kopher —., le nard et le safran, la 
cannelle et le cinnamome, avec tous les arbres qui 
donnent l’encens, la myrrhe, le santal ou l’aloës et les 
plus excellents aromates’. 

Le henné étant, il semble, indigène au sud de la mer 
Morte”, put bien être cultivé dans les jardins de Salo- 
mon; ilen fut de même du baumier, compris peut-être 
parmi les aromates ou arbres à encens du Cantique; 
mais il est trop évident que le cinnamome et l’aloës ou 
le santal, produits de la presqu’ile hindoustanique, sont 
mis ici d'une manière figurée et n'ont pu être plantés 
dans les parterres juifs. Il faut en dire autant du nard, 
autre plante de l'Inde; le safran, au contraire, a bien 
pu y trouver place, ainsi que le calame aromatique — 


kaneh —, si l’on entend par la l’Acorus calamus. 
Rencontrait-on dans les jardins de la Syrie — hé- 
breux ou phéniciens — d’autres arbres ou d’autres 


_fleurs d'agrément? On peut supposer qu'il y avait au 
moins un certain nombre d'arbres. Le cyprès, en par- 
ticulier, si intimement associé au culte d’Astarté, et 
comme tel planté dans les bois sacrés, qui environ- 
naient ses temples, le fut probablement aussi dans les 
jardins des princes et des grands; on y plantait sans 
doute également le pin pignon à cause de son port 
majestueux et de ses fruits comestibles, ainsi peut- 
être que le genévrier thurifère, le cèdre, le lentisque 
et quelques espèces de chênes verts. À l’époque des 
Séleucides on y dut joindre le laurier — ezrakh — et 


1. Cap. 1v, vers. 13 et 14. 
2. Boissier, l'lora, t. IT, p. 744. 


L'HORTICULTURE DANS LA SYRIE 399 


peut-être aussi le myrte — hadas —, tout répandu 
qu'il était dans la contrée. A cette époque aussi le 
rosier prit vraisemblablement place dans les jardins 
syriens; la comparaison de la sagesse, par l’auteur de 
l'Ecclésiastique', à un rosier de Jéricho pourrait faire 
croire que cet arbuste était, au second siècle avant 
notre ère, cultivé dans les jardins de la ville biblique. 
Quant à la mention de la rose, qu'on à cru trouver 
dans Isaïe* et dans le Cantique des Cantiques’, elle 
est au moins douteuse; le sens du mot khabarseleth, 
qui la représenterait, n’est point certain, et les Sep- 
tante l’ont traduit par lis — xgiev ; — les traducteurs 
arabes ont, de leur côté, rendu ce mot par narcisse*. 
Quoi qu’il en soit, la rose véritable finit par être cul- 
tivée en Judée et sans aucun doute dans toute la Syrie; 
le traité de la Maaseroth, qui remonte au commence- 
ment de notre ère, parle d'un jardin situé près de Jé- 
rusalem, où croissait la reine des fleurs”. 

On n'est pas mieux fixé sur l'introduction de la cul- 
ture du lis — shoshan — que sur celle de la rose; non 
seulement le mot shoshan n’a point de sens bien dé- 
terminé — tout au plus peut-on dire qu'il désigne une 
liliacée ou une plante analogue —; mais là où il est 
employé, il ne s’agit pas d'une fleur des jardins, mais 
d'une fleur des champs : « Je suis le lis des vallées ». 
— « Comme un lis au milieu des épines, telle est mon 


1. Cap. xxIv, vers. 18. 

2. Cap. xxxV, vers. 1. 

3. Cap. 11, vers. 1. « Je suis la rose de Saron ». 

4. W. H. Groser, op. laud., p. 184. C’est aussi le sens adopté 
par Reuss ainsi que par M. Renan, Le Cantique des cantiques 
traduit de l’hébreu. Paris, 1870, in-8, p. 155. 

5. Charles Joret, La rose dans l'antiquité et au moyen âge, 
p: 124-125. 


400 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


amie au milieu des jeunes filles'. » Aussi a-t-on parfois 
identifié le shoshan de l'Ancien Testament avec un 
iris ou un glaïeul?. Quant au lis blanc — Lilium can- 
didum L. —, que Boissier a cru indigène dans le 
Liban, rien n'indique qu’il ait été cultivé en Syrie 
avant notre ère et même beaucoup plus tard. Mais y 
cultiva-t-on d’autres plantes d'agrément. On voit des 
lotus sur les bas-reliefs de Karnak, ce qui pourrait 
faire supposer que cette plante était du temps de 
Thoutmès III cultivée en Syrie; mais peut-être ces 
lotus ne sont-ils rien autres que des nymphéas blancs. 
L'origan, au contraire, si c'est bien l'hysope de la 
Bible”, parait avoir pris place dans les jardins de la 
Judée, comme dans ceux de l’Assyrie. Toutefois on peut 
affirmer que, jusqu’à l’époque de la conquête grecque, 
on ne connut guère en Syrie d’autres plantes d’orne- 
ment que celles des champs; ce fut seulement sous 
la domination hellénique, quand le goùt des fleurs se 
fat répandu dans cette contrée, comme dans les autres 
parties du monde grec, que la culture des plantes 
d'agrément y prit véritablement naissance. 


IT 


Comme chez les Égyptiens, les végétaux jouaient 
chez les Sémites de la Mésopotamie et de la Syrie 
un rôle considérable dans l'alimentation ; les Chaldéens 


1. Canticum, cap. 1, vers. 1. 

2. Il faut ajouter que le mot shoshan désigne aussi le lotus, et 
que son dérivé shoshannah est employé comme nom propre. 

3. Rosenmüller, op. laud., p.108. — W. H. Groser, op. laud., 
p. 180. 


LL. 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 401 


et les Assyriens se nourrissaient de blé et d'orge, mais 
plus particulièrement de blé, à en juger par les docu- 
ments contemporains, où il est surtout question de 
champs de froment!. Le blé et l'orgeentraient également 
dans l’alimentation des anciens Hébreux; il est souvent 
fait mention de pain d'orge dans la Bible”, mais il était 
réputé plus grossier”; ce peuple se nourrissait aussi 
d'épeautre. Les Sémites de la Mésopotamie et de la 
Syrie faisaient encore usage du millet comme aliment, 
mais peut-être seulement depuis une époque récente*. 

Quel qu'il fût, le grain était sans doute écrasé entre 
deux pierres, comme on le fait encore aujourd'hui en 
Orient; la farine passée au tamis, puis mélangée d’eau 
était pétrie sur une table ou dans une auge; ensuite la 
pâte, façconnée en pains plats et ronds, était portée au 
four°. 11 semble que le plus souvent chez les Chaldéens, 
parfois aussi chez les Hébreux, l’eau était remplacée 
par de l'huile, dans la fabrication du pain: Dans les 
« Comptes de dépenses » pour l'entretien des serviteurs 


.de la cour des patési chaldéens, on voit qu'on remettait 


à chacun d'eux en même temps de la farine et de 
l'huile’. Parmi les oblations, prescrites aux Israélites, 


1. Caillou de Michaux, Contrat de Ada, Contrat de Hankas, 
Inscription de Mardouk-Abal-Idin, Actes assyriens, XIX, XXV, 
etc. J. Oppert et J. Menant, Documents juridiques, p. 92, 106, 
122, 136, 185, 200, etc. 

2. Judices, VIT, 17. — 2 Regna, IV, 42. — Johannes, cap. 
VI, vers. 9. 

3. Rosenmüller, op. laud., P- 87. 

#. La première mention qu'en fasse l’Ancien Testament se 
trouve dans Ézéchiel, cap. 1v, vers. 9. Cf. A. de Candolle, op. 
laud., p. 302. 

ù. B. Stade, op. laud., t. I, p. 367. 

6. Fr. Thureau-Dangin, La comptabilité agricole en Chaldée 


IL. 26 


402 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


figurait aussi en premier lieu de « la fleur de farine 
pétrie avec de l'huile et sans levain" ». 

Les grains de froment et probablement d'orge ser- 
vaient aussi d’aliment aux populations sémitiques, 
sans avoir été réduits en farine. Dans les « Comptes 
de dépenses » que je viens de citer, au lieu de farine, 
gimou, il est question de gar, remis aux serviteurs 
royaux. M. Fr. Thureau-Dangin attribue à ce mot, qui 
apparait plus tard sous la forme gar-zoun, la signi- 
fication de « grains rôtis »*. On devait les préparer 
avec de l'huile, qui était donnée en même temps 
qu'eux. Dans quel état ces grains étaient-ils employés 
en Chaldée? Nous l'ignorons ; mais chez les Hébreux 
on n’attendait pas leur entier développement. Les 
épis, coupés avant la complète maturité, étaient séchés 
et légèrement grillés; après cette simple préparation 
on mangeait les grains — on en apporta de pareils à 
David dans sa fuite® —, ou bien on les écrasait et on 
les faisait cuire avec la viande‘. 

L’orge n’entrait pas seulement dans l'alimentation des 
hommes, elle servait aussi à la nourriture des animaux. 
Les chevaux de Salomon étaient nourris avec de l'orge”. 
Les Comptes de dépenses étudiés par M. Fr. Thureau- 
Dangin font mention de 900 ga d'orge pour la nourri- 
ture des ânes*. Il y est aussi question de 280 ga de 


au troisième millénaire. (Revue d’Assyriologie et d'Archéologie 
orientale, t. II, fasc. 4, p. 133-135.) 
1. Levilicus, cap. 11, vers. 5. 
2. La comptabilité agricole. (Ibid., p. 137.) . 
. 2 Samuel, cap. xviI, vers. 20. 
. Rosenmüller, op. laud., p. 81. 
1 Regna, cap. 1v, vers. 28. 
. La comptabilité agricole. (Ibid., p. 135.) 


D OtF 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 103 


grains pour celle des canards; on pourrait supposer 
qu'il s’agit ici de millet. 

Outre les céréales, les plantes herbacées et les lé- 
gumes proprement dits entraient aussi, avec les fruits, 
pour une part considérable dans l'alimentation des 
nations sémitiques; malheureusement nous ne possé- 
dons sur leur emploi que des rensignements incom- 
plets. Bérose dit' qu'il croissait dans les marécages 
de la Chaldée des plantes aquatiques appelées gong, 
dont les racines, propres à la nourriture, avaient le 
goût du pain d'orge; il est probable qu'il désignait 
ainsi le souchet esculent, indigène dans la Basse-Mé- 
sopotamie, comme en Syrie, où l’on en faisait aussi 
sans doute usage. On mangeait encore en Chaldée et 
peut-être en Judée la moelle ou le cœur du palmier, 
mets dont la douceur surprit agréablement les soldats 
de Xénophon*. La colocase, que j'ai cru reconnaitre 
parmi les plantes syriennes figurées dans un bas-relief 
de Karnak, entrait peut-être aussi dans l'alimentation 
des habitants de la Syrie. Ce n’est là toutefois qu’une 
conjecture. 

Des documents contemporains, au contraire, nous 
apprennent que les lentilles étaient un aliment re- 
cherché des populations sémitiques. On sait qu'Ésaü 
vendit pour un plat de lentilles son droit d’ainesse”. 
Les Hébreux connurent aussi très anciennement les 
fèves; elles figurent, avec des lentilles et des pois 
grillés, au nombre des aliments qu’on apporta à David, 
obligé de fuir devant son fils Absalon‘. Les Hébreux 


. Fragmenta, lib. I, cap. 2. 

. Anabasis, lib. Il, cap. 5, 16. 

. Genesis, Cap. XXV, vers. 32-34. 
2 Samuel, cap. xvu, vers. 28. 


5 2 D 


40% LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


les mêlaient, ainsi que les lentilles, avec de la farine 
de froment, d'orge, d’épeautre et de millet, et en fai- 
saient une espèce de pain‘. Il est impossible de douter 
que les Assyriens n'aient pas aussi fait usage pour 
leur alimentation des lentilles, des fèves et de ces 
pois apportés grillés à David. 

Ce ne furent pas les seuls légumes qui entrassent 
dans l'alimentation des Sémites de la Mésopotamie et 
de la Syrie; tous ceux qui, originaires de l'Asie anté- 
rieure, pénétrèrent dans la vallée du Nildevaient servir 
aussi à la nourriture des habitants de la Syrie et pro- 
bablement des Chaldéo-Assyriens : comment les Égyp- 
tiens les auraient-ils connus, si ces peuples, qui seuls 
purent les leur transmettre, n’en avaient fait usage 
eux-mêmes? Oignons, ail, poireaux, concombres, pas- 
tèques, melons chate, cultivés, au moins pour la plu- 
part, dans leurs jardins, figurèrent, dès la plus haute 
antiquité, au nombre des mets des nations sémitiques. 
Il en fut de même des principaux condiments et lé- 
gumes verts en usage chez les Égyptiens, qui avaient 
dû les leur emprunter en partie avec les précédents, 
tel que le cumin, le carvi”, la coriandre et l’aneth; il 
faut ajouter les légumes verts — oroth — et les endives 
ou laitues sauvages — merorim” —, dont parle l’An- 
cien Testament, et sans doute plusieurs autres plantes 
alimentaires dont il ne fait pas mention. 

Les fruits occupaient avec les légumes une place im- 
portante dans l'alimentation des peuples sémitiques. 
Les dattes constituaient en grande partie celle des Chal- 


1. Ezechiel, cap. 1Y, vers. 9. 

2. Esaias, cap. XXVII, vers. 25. 

3. 2 Regna, cap. IV, vers. 39. — ÆExodus, cap. x11, vers. 8. 
— Numeri, cap. IX, vers. 11. 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 405 


déens; ils les mangeaient fraiches ou sèches, en guise 
de pain. Secs, ces fruits à la couleur ambrée, dont la 
beauté fit l'admiration de Xénophon', servaient plutôt 
de dessert. Les Assyriens et les Hébreux en man- 
geaient aussi; mais chez ceux-ci les dattes étaient 
plutôt une friandise, comme chez nous, qu'un aliment 
véritable. Des autres fruits, les raisins, les figues et les 
grenades furent connus des Sémites de la Mésopotamie 
septentrionale et de la Syrie dès l'antiquité la plus 
reculée ; leur mention fréquente dans l'Ancien Testa- 
ment prouve à la fois l'emploi qu'on en faisait en Judée 
et le prix qu'on y attachait. On mangeait les figues et 
les raisins, non seulement frais, mais encore et surtout 
conservés en gàteaux. Pour apaiser David, réfugié 
dans le désert, Abigaïl lui offrit, outre cinq mesures 
de grains grillés, cent gâteaux de raisins et deux cents 
gâteaux de figues. Les compagnons du roi prophète 
donnent à un égyptien, qu’ils avaient trouvé abandonné 
dans les champs par les Amalécites, du pain à 
manger, avec une tranche de gâteau de figues et deux 
gâteaux de raisins”. Parmi les vivres, que les habitants 
du voisinage apportèrent aux guerriers réunis à Hé- 
bron, afin d'établir David roi sur tout Israël, figu- 
raient aussi, avec de la farine, des gäteaux de figues 
et des raisins secs*. Les bas-reliefs de Ninive et de 
Koyoundjik représentent souvent des vignes chargées 
de raisins‘. D'autres bas-reliefs montrent des servi- 


1. « Pulcritudine.. admirabiles, specie ab electro nihil dif- 
ferebant. » Anabasis, lib. Il, cap. 3, 13. 

2. 1 Samuel, cap. xxv, vers. 18 et cap. xxx, vers. 11-12. 

3. 1 Paralipomena, cap. x11, vers. 40. 

4. Rawlinson, op. laud., t. 1, p. 349 et 353. On voit même 
sur un fragment d'ivoire assyrien du Musée britannique des 
femmes qui cueillent des raisins. Zbid., t. II, p. 205. 


406 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


teurs qui portent sur la table royale des plateaux 
chargés de grappes de raisin, de grenades et de figues 
ou même, il semble, de cônes de pin’. Si nous trou- 
vons là les principaux fruits connus des Assyriens et 
des habitants de la Syrie, nous sommes loin de les 
avoir tous; ces peuples en connaissaient bien d’autres, 
telles que les pistaches — hébr. bofnim”, ass. boutnou, 
— les amandes et les noix, 

Les Sémites occidentaux mangeaient probablement 
aussi les graines du pin pignon, de même peut- 
être, au moins en Galilée, que les glands du chêne 
égilops, comme les Arabes le font aujourd'hui‘. Ils 
durent faire également usage des caroubes; mais elles 
servaient surtout, comme nous le montre la parabole 
de l'Enfant prodigue”, à la nourriture des animaux. On 
consommait aussi sans doute en Palestine les figues 
du sycomore. Les poires et les pommes, sinon les 
coings*, durent figurer de bonne heure sur les tables 
syriennes etmésopotamiennes”. On y vit peut-être aussi, | 
mais beaucoup plus tard, des fruits du prunier et du 
cerisier cultivés ; ils ne durent pas y paraître avant 


1. Layard, The monuments of Nineveh, ser. IT, pl. 8. 

2. Rosenmüller, op. laud., p. 246. 

3. E. Schrader, Monalsberichte der Akademie der Wissen- 
schaften zu Berlin, (an. 1881), p. 419. 

4. W. H. Groser, op. laud., p. 58 et 68. 

5. Lucas, cap. XV, vers. 16. 

6. « Dieser Baum scheint dem aegyptisch-semitischen Kul- 
turkreis ursprünglich gefehlt zu haben ». Schrader, ap. V, 
Hehn, p. 243. Il faut dire toutefois que Celsius, I, 254, et Ro- 
senmüller, 308, voient dans le {appouakh le cognassier et non 
le pommier. Cf. W. Houghton, The tree and the fruit repre- 
sented by the Tapüakh of the Hebrew Scriptures. (Proceedings, 
t. XII, p. 42-48.) | 

7. Nous avons vu que les pommes furent connues en Egypte 
dès la XVIIIe dynastie. 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 407 


l’époque de la domination grecque’; les abricots et les 
pêches y figurèrent plus tard encore. 

Aux substances alimentaires dont je viens de parler 
il faut ajouter la manne, qui pendant quarante ans 
servit de nourriture aux Hébreux dans le désert. 
« Quand la rosée était tombée”, une graine petite et 
comme pilée, ressemblant à la gelée blanche, appa- 
raissait sur la terre. » La manne se rencontre encore 
de nos jours en Arabie, en Syrie et en Mésopotamie ; 
elle est produite par diverses espèces d’arbres ou d’ar- 
bustes, en particulier par le chène ballout, qui croit 
en abondance aux environs de Mardin et dans le Za- 
gros, ainsi que par une espèce de tamaris, le {arfah 
— Tamaris nilotica —, très commun aux environs du 
Sinaï, et mème par l'agoul — l'Alhagi Maurorum DC. 
ou mannfera Desv.*. — Au mois de mai ou de juillet, 
Suivant la région, surtout par un temps humide ou de 
brouillard, la manne se forme sur ces divers arbres ; on 
la recueille en secouant les branches. Dès que le soleil 
a lui, elle fond et coule sur le sol. Elle n’est point 
perdue pour cela; les habitants la ramassent avec les 
détritus auxquels elle adhère, la font bouillir et la 
passent à travers un tamis. Elle peut se garder alors 


1. Il est à remarquer que Théophraste ne parle pas des fruits 
du prunier et que, s’il fait mention, lib. III, cap. 13, des fruits 
du cerisier, il parle de celui-ci comme d’un arbre forestier. 

2. Exodus, cap. xv1, vers. 14. 

3. Rosenmüller, op. laud., p. 317, fait aussi mention de 
el hadsch ; mais cette plante ne parait autre que l’aqgoul. D'a- 
près Burckhardt, Travels in Syria, London, 1822, in-4, p. 393, 
il y aurait aussi dans la vallée du Jourdain un arbre à manne, 
appelé gharrab, qui, de la grandeur d'un olivier, a les feuilles 
semblables à celles du peuplier: serait-ce le gharqad, dont 
il sera question plus loin ? 


408 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


pendant des mois. On la mange, comme le miel, en 
l’étendant sur le pain. 


Nous n'avons que des renseignements incomplets 
sur la nature des substances liquides : boissons, huiles 
ou essences, que les Sémites demandaient au règne 
végétal. Les documents nous apprennent que les Chal- 
déens connaissaient quatre espèces de boissons fer- 
mentées, « faites avec des éléments différents ou mé- 
langés dans des proportions diverses »'. L’une d'elles, 
qui passait, ce semble, pour être d’une qualité infé- 
rieure, était probablement fabriquée avec de l'orge et 
analogue dès lors à la bière des Égyptiens. Mais la 
plus ordinaire était le vin de palmier, le £ash ou shi- 
karou. On ignore jusqu’à présent ce qu'étaient les 
deux autres. Les boissons ferméntées étaient d’un 
grand usage en Chaldée; on les trouve constamment 
mentionnées avec la farine ou les grains rôtis, qui 
formaient la base de l'alimentation du peuple. 

La fabrication du vin de palmier en Chaldée est 
mentionnée par les écrivains grecs et latins”; elle re- 
monte à la plus haute antiquité. Il est question dans 
une inscription de Nabonide de 6 qgour de dattes remis 
à un personnage du nom de Shamashsharousour «pour 
en faire du shikarou »°. Dans la ville royale d’Enté- 
ména, patési de Telloh, on a découvert des celliers, 
dont les murs sont creusés de cavités bitumineuses en 


1. Fr. Thureau-Dangin, op. laud., p. 135. 

2. Hérodote, lib. 1, cap. 193. — Strabon, lib. XVI, cap. 1, 
14. — Pline, lib. IX, cap. 9. 

3. Fr. Thureau-Dangin, Op. laud., p. 136, note 5. 


LR: à “rss 


LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 409 


forme d’amphores; c’étaient là, on n'en peut douter, 
des réservoirs où se conservait ce précieux liquide”. 
Comment le faisait-on? Rawlinson a cru* que ce 
n'était autre chose que la sève fermentée du palmier, 
assertion rien moins que vraisemblable. Les documents 
indigènes nous apprennent que ce vin était fabriqué 
avec des dattes soumises à une espèce de cuisson. Il 
était agréable au goût, mais portait à la tête*. Exposé 
à l'air, il donnait le vinaigre dont parlent Hérodote et 
Strabon. En poussant plus loin sans doute la cuisson, 
on obtenait le miel, dont ces historiens font également 
mention, ainsi que Xénophon. 

Avec les grenades on fabriquait aussi, en Assyrie et 
en Syrie, une liqueur fermentée; il en est question 
dans le Cantique des Cantiques*. Mais c’était le raisin 
qui servait dans ces deux pays à faire la boisson 
la plus recherchée et le plus en usage. S'ils n’ont 
pas inventé la fabrication du vin de raisin, les 
Sémites la connurent dès l'époque la plus reculée; la 
légende de l'ivresse de Noé, qui l’a en quelque sorte 
symbolisée, la reporte aux premiers temps de leur 
histoire. Melkicédeq, roi de Salem, offre déjà du pain 
et du vin’. La Judée et la Palestine avaient des crus 
renommés. Damas exportait à Tyr le vin de Khelbôn”. 

Outre ces diverses boissons, les Sémites tiraient du 
règne végétal les huiles dont ils avaient besoin pour 


1. L. Heuzey, Une villa royale chaldéenne, environ 6,000 
ans avant notre ère. (Revue d'Assyriologie, t. IT, fase. 2, p.62.) 
2. The five great monarchies, t. I, p. 35. 


3. Anabasis, lib. Il, cap. 3, 15. 

&. Cap. vin, vers. 2. 

5. Genesis, cap. IX, vers. 20-21, et cap. xIv, vers. 18. 

6. Æzechiel, cap. xxvu, vers. 18. Cf. Franz Delitzsch, Die 


Bibel und der Wein, p. 12. 


410 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


l’assaisonnement des mets et la préparation des par- 
fums. Le sésame fournissait exclusivement aux Chal- 
déens l'huile dont ils se servaient’. Les Assyriens, au 
contraire, et surtout les habitants de la Syrie deman- 
dèrent de temps immémorial aux fruits de l'olivier 
celle qui leur était nécessaire. La Terre promise est 
représentée comme un pays où l'huile abondait*. Après 
l'invasion de la Syrie par les Égyptiens, on voit les 
villes conquises offrir ou obligées de donner en gage 
de paix de l'huile et du vin aux vainqueurs”. Salomon 
fournit 20,000 mesures d'huile aux ouvriers que le roi 
Hiram lui avait envoyés pour couper du bois sur le 
Liban‘. Cette denrée était une de celles dontles Israé- 
lites approvisionnaient les marchés de Tyr°. L'huile 
d'olive jouait un rôle considérable dans les prépara- 
tions alimentaires des Sémites. Elle servait, nous 
l'avons vu, à pétrir la farine ou à arroser les grains 
rôtis, dontse nourrissaient les Chaldéens. Les Hébreux 
aussi en faisaient usage. Quand Moïse consacra Aaron 
et ses fils, il offrit à Dieu des gâteaux sans levain pétris 
à l'huile et des pâtes également sans levain, arrosées 
de ce même liquide*. 

Les habitants de l’Asie antérieure firent-ils aussi 
usage, comme les Égyptiens, de l'huile de ricin ? Cela 
est probable; mais ce ne dut être qu'assez tard; du 
moins les anciens textes n'en font pas mention, pas 


1. Hérodote, lib. I, cap. 193-4. 

2. Deuteronium, cap. VIT, vers. 8. 

3. À. H.Sayce, Correspondance between Palestine and Egypt 
in the fifleenth century B. C. (Records of the Past, t. V, p. 74 
et 75.) 

:. 2 Paralipomena, cap. 1, vers. 10. 
9. Æzechiel, cap. XXVu, vers. 17. 

6. Exodus, cap. xxix, vers. 2. 


a. à 


DS LÉ 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. Par 


plus d’ailleurs que de l'huile de carthame, en usage en 
Egypte, comme celle de ricin. 


* 


* # * 


L'industrie des Sémites, comme celle des Égyptiens, 
tirait du règne végétal les produits les plus divers. 
C'était lui qui leur fournissait en particulier le com- 
bustible, le tanin et quelques-unes des matières colo- 
rantes dont ils faisaient usage. Les essences forestières 
les plus diverses, cèdres, pins, cyprès, chènes, bien 
d’autres encore, étaient, partout où on les rencontrait, 
« destinées au feu de l'homme pour préparer sa nour- 
riture »'. En Chaldée, où les arbres manquaient, on 
employait à cet usage, d'après Hérodote”, les noyaux 
de dattes, ainsi sans doute que les broussailles et les 
racines. 

Nous sommes mal renseignés sur les espèces de 
tanin, qui servaient pour l’apprèt des cuirs chez les 
nations sémitiques. En Mésopotamie, on parait ävoir 
extrait cette substance du sumac — Rhus cotinus ou 
coriaria —; en Syrie eten particulier en Phénicie, on 
la retirait, il semble”, de l'écorce du grenadier, qui la 
renferme en grande quantité. ILest probable que l'écorce 
et même les glands de chêne la fournissaient égale- 
ment, comme aujourd'hui. Nous ne savons que fort 
peu de chose de l'emploi, dans l'Asie antérieure, des 
matières colorantes tirées du règne végétal. On a cru 
qu'une inscription d'Ashshournazirpal faisait mention 


1. Esaias, cap. XLIV, vers. 15. 

2. Historiæ, lib. I, cap. 193. 

3. Pietschmann, Geschichte der Phœnizier, p. 22. On la 
retirait aussi probablement de l'écorce du sumac. Pline, lib. 
XII, cap. 13. 


412 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


» d’étoffes teintes en berom et en safran », données 
comme tribut par les habitants de la ville de Sour, 
voisine de l'Euphrate'; en réalité il s'agit de robes 
bariolées de lin”. Toutefois, elles pouvaient bien être 
teintes avec du safran, puisqu'il était cultivé en Méso- 
potamie, et nous savons par le témoignage des anciens 
écrivains quel usage fréquent on faisait dans la tein- 
ture des étoffes de cette plante asiatique. On donne 
à Bacchus, le dieu oriental, un vêtement couleur de 
safran® — le xpoxwrés —; Virgile montre les Phry- 
giens fiers de leurs robes teintes en safran et en pour- 
pre’. Les Sémites faisaient-ils, comme les Égyptiens, 
usage de l’indigo et du carthame dans la teinture? 
Cela est probable, au moins pour le carthame; mais 
aucun texte ne nous renseigne à cet égard. 

Mais c’étaient surtout des matières textiles et des 
bois de construction que les Sémites de la Mésopo- 
tamie et de la Syrie demandaient aux essences végé- 
tales de leur pays ou des contrées voisines. L'emploi 
du textile le plus précieux de l'antiquité, le lin, fut 
connu chez les Israélites et sans doute aussi chez les 
Chaldéens et les Assyriens dès l’époque la plus reculée. 
Les Araméens en fournissaient la ville de Tyr°. On en 
faisait des tissus et les objets les plus divers. Les 
draperies du tabernacle étaient de lin fin°. C’était en 


1. J. Oppert, Uistoire des empires de Chaldée et d’Assyrie 
d'après les monuments. Versailles, 1865, in-8, p. 79. 

2. « Lubulti bir-mi. » Eb. Schrader, Znschriften von Ashur- 
nâzirabal. (Keilinschriftliche Bibliothek, t. X, p. 65.) 

3. V. Hehn, Xulturpflanzen, p. 256. 

4. Aeneis, lib. IX, vers. 614. 

5. Ezechiel, cap. XXVIIL, vers. 16. 

6. Exodus, cap. XXVI, vers. 1. 


LES PLANTES DANS L’INDUSTRIE. 413 


lin aussi qu'étaient faites les voiles des vaisseaux 
phéniciens”. 

Les anciens Chaldéens portaient une courte tunique 
probablement de lin*; sous le nouvel empire baby- 
lonien, elle fut remplacée, dans les classes aisées, par 
une longue robe de même étoffe”. Le lin entrait aussi 
dans la composition du costume des Hébreux*'; les 
Proverbes nous montrent la « femme forte » vêtue 
d’étoffes de lin qu'elle a fabriquées elle-même ”. 

Lorsque les lévites franchissaient les portes du 
sanctuaire, ils devaient être vêtus de robes de lin; 
des bandelettes de lin étaient sur leurs têtes, et ils 
avaient des ceintures de lin autour des reins°. Le ra- 
tional, l'éphod, la robe, la tunique et la tiare du grand 
prêtre Aaron étaient de fin lin retors, et tissus de fils 
de diverses couleurs; et pour entrer dans le tabernacle, 
il se revêtait, avec ses fils, de vêtements de lin depuis 
les reins jusqu'aux cuisses’. 

Il est souvent question dans l'Ancien Testament de 
ceintures de lin*; on faisait également avec ce textile 
des liens et des cordages. On les fabriquait aussi en 
Chaldée avec des fibres de palmier. On faisait encore 
avec les feuilles de cet arbre et avec les tiges de diverses 
plantes aquatiques, joncs, cypéracées et roseaux, des 
nattes, des treillages, des corbeilles". Il est probable 
. Ezechiel, cap. xxvVu1, vers. 7. 

. Rawlinson, op. laud., t. 1, p. 105. 

Hérodote, Æistoriæ, lib. I, cap. 195. 

Lucas, cap. XVI, vers. 19. 

: LE XxXXI, vers. 22 et 24. 

’zechiel, cap. XLIV, vers. s7rre 

: Exodus, cap. XXVII, vers. 4, 8, 39 et 42. 

Celles de Jérusalem et d sc 4lob étaient renommées. 


Movers, Das phünisische Alterthum, t. I, + “à 218. 
9. Strabon, Geographica, lib. XVII, cap. 


CD: TO) OLA NES 


414 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


qu'on employait encore à ces derniers usages les ra- 
meaux flexibles du saule et du peuplier, ainsi que 
diverses plantes sarmenteuses. Les roseaux et les 
feuilles de palmier entrelacés durent aussi servir aux 
premiers habitants de la Basse-Mésopotamie à faire 
les huttes sous lesquelles ils vécurent d’abord”: Quand 
ils les dédaignèrent pour des maisons en briques, ils 
demandérent au règne végétal les matériaux nécessaires 
pour faire la toiture et les portes de leurs nouvelles 
demeures. ; 
Dans la Chaldée, où les espèces arborescentes man- 
quaient, à l'exception du palmier, ce fut cet arbre qui 
fournit d'abord aux habitants tout le bois dont ilsavaient 
besoin pour les travaux de charpente et la fabrication 
des objets les plus divers. Théophraste dit* qu’ils en 
faisaient même des idoles. Mais ils ne s’en conten- 
térent pas longtemps. Lorsque leurs rois eurent étendu 
au loin leurs conquêtes et leurs relations, ils firent 
venir des contrées étrangères des bois plus résistants 
ou plus précieux. On voit déjà Nianàäour, patési de 
Sirpourla, importer « toutes sortes de bois de la 
montagne de Màâgan” ». Goudéa, un autre patési de la 
même ville, pour construire le temple Eninnoû, fait 
couper dans l’Amamus, « la montagne des cédres », 
des poutres et des madriers, longs de 50 et de 70 em- 
pans, de ce bois précieux, ainsi que des solives d’our- 
karinou* d'une longueur de 25 empans. Le même 


1. C’est dans de pareilles huttes que vivent encore les Arabes 
de la Basse-Mésopotamie. 

2. Historia plantarum, lib. V, cap. 3, 6. 

3. Arthur Amiaud, The inscriptions of Telloh. (Records of 
the Past, t. I, p. 65.) 

&. Die Inschrift B von Gudéa. (Keilinschrift. Bibliothek, 
t. III, p. 33.) Le révérend C.-J. Ball croit que le mot owrkarinou 


LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. H15 


patési fit aussi abattre sur le territoire d'Ibla ou de 
Tilla des solives de zabanoum, des grands arbres ska- 
kou — ass. ashoëshou —, de toulouboum et de gin. 
Enfin il importa de la contrée de Mélouggha des arbres 
lala — ass. oushoù — et de Goubin, « pays de l'arbre 
ghaloukou », du bois de cet arbre, tandis que ses vais- 
seaux lui apportaient du pays de Nitouk — peut-être 
Tilmoum sur le golfe Persique — les essences de bois 
les plus diverses". Ces matériaux servirent non seule- 
ment à faire les portes et les planchers du temple et sans 
doute du palais construit par le célèbre patési, mais 
encore à en lambrisser les murs et à construire, dans le 
sanctuaire même de Nin-Ghirsou, le grand dieu de Sir- 
pourla, la chambre du « lieu du jugement », chambre 
en bois de cèdre, où se rendaient les « arrêts divins » *. 

Les rois du nouvel empire chaldéen ne firent pas, on 
le comprend, moins usage des bois les plus variés dans 
leurs constructions. « Le temple Esagil, que mon 
père n'avait pas achevé, dit Shamashshoumoukin 
dans une inscription”, je l'ai mené à fin; je l’ai couvert 
de longues poutres de cèdres et de cyprès du mont 
Amamus et du mont Liban; j'ai fait faire et dresser 


désigne une espèce de buis, probablement le 8. balearica ; 
mais ce n’est là qu’une ingénieuse hypothèse. Proceedings of 
the Society of Biblical Archaelogy, t. XI, p. 143. L’ourkarinou 
servait en particulier dans les travaux d'ébénisterie ; il est ques- 
tion dans une hymne d’un trône en bois de cet arbre. A. R. E. 
Brunnow, Assyrian hymns. (Zeitschr. f. Assyr., t. V, p. 70.) 

1. Amiaud, op. laud. (Records of the Past, t. II, p. 79-91.) 
M. Sayce croit qu'au lieu de ghaloukou on peut lire ghaloup 
— ass. houlouppou. - 

2. L. Heuzey, Un palais chaldéen d'après les dernières dé- 
couvertes de M. de Sarzec, Paris, 1888, in-18, p. 53. 

3. C. J. Lehmann, Shamashshumukin, Künig von Babylo- 
nien (666-648). Leipzig, 1892, in-#, 2e partie, p. 17. 


416 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


les portes en bois de palmier, de cyprès et de cèdre ». 
Nabuchodonosor le Grand, à son tour, dans l’énumé- 
ration des travaux exécutés à Babylone’, dit qu’il avait 
rapporté pour ses constructions les plus beaux cèdres 
des forêts du Liban. C'était avec leurs énormes poutres 
recouvertes d’or qu'il avait fait faire le toit d'Ékoua, 
sanctuaire de Mardouk, « le maitre des Dieux ». 
C'était aussi avec des solives de cèdre et de cyprès 
qu'était façonné le toit du palais qu'il s'était élevé et 
les portes étaient en bois de palmier — musmakanna —, 
de cèdre, de cyprès et d'oushou. Et Nabonide nous 
apprend qu'il fit amener tout ce qui était nécessaire 
pour la construction de l'Ébabbara : cèdres superbes, 
pins (?) énormes, hauts palmiers *. 

Encore que l'Assyrie ne fût pas aussi dénuée de 
bois de charpente que la Chaldée, les rois de ce pays 
ne se contenterent pas de ceux qu'ils y trouvaient et 
ils firent venir de l'étranger la plupart des bois néces- 
saires à leurs constructions. Ashshournazirpal imposa 
au roi Akhouni, qu'il avait vaincu, un tribut de poutres 
de cèdre, et les rois de la Phénicie durent lui envoyer, 
de leur côté, du bois d’oushot. 

Étant monté aux montagnes de Khamani, dit-il”, 
j'y fis couper des solives de cèdre, de sherbin — J. oxy- 
cedrus —, de genévrier et de cyprès. Je fis transporter 


1. C.J. Ball, The India House inscriptions of Nebucha- 
drezzar the Great. (Records of the Past, t. I, p. 107-120.) 

2. Fr. V. Scheil, Znscription de Nabonide. (Zeitschrift für 
Assyriologie, t. V, p. 403.) M. Scheil donne ici au palmier le 
nom de #ussukkanna ; dans l'inscription de Salmanasar, il l’ap- 
pelle muskanna. 

3. A. H. Sayce, The inscription of Assurnatzirpal. (Re- 
cords of the Past, t. I, p. 168-173.) Cf. S. Arthur Strong, À 
votive inscription of Assurnatsirpal. (Recor ds, t. IV, p. 85.) 


LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. 417 


du mont Amamus à É-Sarra des solives de cèdre, 
matériaux destinés au temple que j'y élevai... J’allai 
dans la contrée des Pins... J'y coupai des solives de 
pin. Je les transportai à Ninive. Je les offris à Ishtar, 
dame de Ninive. 

Ashshournazirpal parle aussi‘ des « palais en bois de 
cèdre, de cyprès, de genévrier, d'ourkarinou, de pal- 
mier, de pistachier et de farpi », qu'il avait élevés, et 
de leurs portes en bois de cèdre, de cyprès, de gené- 
vrier, de palmier. Salmanasar II rappelle également et 
les solives de cèdre et de genévrier, qu’il avait fait 
couper lui-même sur l’Amamus, et les nombreuses 
büches de cèdre, qu'il avait reçues du roi Khayänou, 
qui habitait au pied de cette montagne, ainsi que le 
bois de palmier rapporté de la Chaldée*. Tiglathpha- 
lasar II, au milieu de ses expéditions, n'oublie pas de 
monter sur l’Amamus pour y couper des poutres de 
cèdre”, et parlant du palais qu'il avait bâti à Kalakh 
« avec un portique à la mode hittite », énumèere lon- 
guement les poutres de cèdre, « produits du Khamani, 
du Liban et de l’'Amamus », qu'il y avait employées, 
et les portes en bois d’oushot, d'ourkarinou, de pal- 
mier et de pin — douprän, — incrusté d'ivoire, ainsi 
que de cèdre et de cyprès, « dont l’odeur réjouit le 
cœur “ ». 


1. Inscription ap. Hommel, Geschichte Babyloniens und As- 
syriens, p. 481, note 1. 7 

2. Scheil, Znscription of Shalmaneser II. — The monolith- 
inscription of Sh. 11. — Inscription of Balawat.(Records,t. IV, 
p. 39 et #4, 63 et 79.) 

3. J. Oppert, /istoire des empires de Chaldée et d'Assyrie, 
p. 114 et 121. Die Thoninschrift von Nimrüd. (Keilinschriftl. 
Bibliothek, t. II, p. 23-25.) ” 

&. S. Arthur Strong, The Nimroud inscription of Teglith- 
pileser III. (Records, t. V, p. 126-127.) 


L. 27 


418 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


Les Sargonides, qui furent aussi grands construc- 
teurs que conquérants, importèrent également d'im- 
menses quantités de bois de l'étranger, pour les édi- 
fices qu'ils élevèrent. Le fondateur de la dynastie, 
Sargon le Grand, s'étend avec complaisance sur les 
palais en ivoire et en bois d’oushoë, d'ourkarinou, de 
palmier, de cèdre, de cyprès, de genévrier, de pin et de 
pistachier! « qu’il construisit sur l’ordre auguste des 
dieux ». Il énumère longuement les immenses poutres 
de cèdre, avec lesquelles il les couvrit, les battants de 
portes en bois de cyprès et de palmier, revêtu de 
bronze brillant, ainsi que les quatre colonnes en bois 
de cèdre, hautes de douze empans, qu’il y fit placer. 
Assarhaddon parle dans les mêmes termes des diverses 
espèces de bois que le roi de Syrie, « serviteur de son 
règne », lui envoya des montagnes de Sirar et du Liban 
pour la construction de ses palais, des poutres de cèdre 
dont il les couvrit et du bois de cyprès, plaqué d'ar- 
gent et de cuivre, qui servit à en faire les portes”. 

Ces bois importés de la Syrie, dont les monarques 
chaldéens et assyriens faisaient usage dans leurs 
constructions, les habitants de ce pays s’en servaient 


aussi depuis longtemps pour leurs travaux de char- 


1. J. Oppert, Les inscriplions assyriennes des Sargonides et 
les fastes de Ninive. Versailles. 1862, in-8, p. 32. — D.-G. 
Lyon, Xeilschrifttexte Sargon's, p. 37, 45 et 53. — H. Winck- 
ler, Die Keilinschriftiexte Sargons. Leipzig, 1889, in-8, p. 91, 
129, 141, 153 et 161. 

2. J. Oppert, op. laud., p. 58. — B. Meissner u. P. Rost, 
Die Inschriften Asarhaddons. (Beiträge zur Assyriologie u. 
semilischen Sprachen, t. HI, 2, p. 199.) Les bois débités en 
longues pièces étaient charriés à travers le désert jusqu'aux 
bords de l’Euphrate, d’où les bas-reliefs de Khorsabad nous les 
montrent transportés sur le fleuve à Ninive.Botta et Flandin, 
Monument de Ninive. Paris, 1869, in-fol., t. I, pl. 34 et 35. 


bee MM D il 


LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. 419 


pentage, de charronnage et d’ébénisterie. Les bois de 
cèdre et de cyprès en particulier durent entrer dans 
la construction des palais phéniciens', comme dans 
celle des palais chaldéens et assyriens. Les habitants 
de la Phénicie les employaient aussi, avec plusieurs 
autres essences, dans la construction de leurs flottes. 
« Les flancs de tes vaissaux, dit Ézéchiel s'adressant 
à Tyr”, sont construits avec les cyprès de Sénir; les 
cèdres du Liban en ont formé les mâts; les chênes de 
Bashan, les rames; les bancs en sont faits de bois in- 
crusté d'ivoire. » 

A l'exemple des Phéniciens, les Hébreux employérent 
ces divers bois dans leurs édifices. « La parure du 
Liban viendra vers toi, dit Isaïe s'adressant à Jéru- 
salem”*, le cyprès, le platane, le sapin orneront le lieu 
qui m'estconsacré. » Lorsque David résolut de s'élever 
un palais, le roi de Tyr, Hiram, lui envoya du bois de 
cèdre avec des charpentiers et des tailleurs de pierres, 
pour le bâtir‘. Ce furent aussi des ouvriers phéni- 
ciens qui dirigèrent les travaux du temple, que Salo- 
mon éleva à Jahveh, et les bois de cèdre et de cyprès, 
qu’on employa dans sa construction ou pour le meubler, 
lui furent donnés par le même roi Hiram et coupés sur 
le Liban”*. 

Cet édifice fut couvert de poutres et de planches 
en bois de cèdre; des lambris de cèdre en revétirent 


1. Ezechiel, cap. xxvn, vers. 5-6. Les Phéniciens devaient 
aussi, comme les Egyptions, se servir du bois de sycomore. 

2. Cap. xxvN, vers. 5-6. 

x Esaiax, cap. Lx, vers. 13. 

. 2 Samuel, cap. v, vers. 11. — Josèphe, Antiq. Judaicae, 

Hb. VII, cap. &, 2. 

5. 1 Regna, cap. v, vers. 3-10. — Josèphe, op. laud,; Hib.VIIT, 
cap. 11, 6 et 9. 


420 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


les parois intérieures; le Saint des Saints fut égale- 
ment fait avec ce même bois. « Tout ainsi à l'intérieur 
était en cèdre. » L’autel aussi en était fait. Maïs le sol 
était recouvert de planches de cyprès; les battants des 
portes étaient encore faits de ce même bois”. Dans le 
palais de Salomon — la maison du Bois-Liban —, les 
bois de la montagne, dont ce palais avait pris le nom, 
étaient également prodigués. Il était bâti sur quatre 
rangs de colonnes de cèdre, sur lesquelles reposaient 
des poutres également de cèdre; ce bois en formait 
aussi les plafonds*. | 

Le cèdre et le cyprès, qui jouaient, le premier sur- 
tout, un rôle si important dans les constructions, étaient 
loin d’être, avec le pin, le chêne et le buis, les seuls 
bois dont fissent usage les Sémites; ces peuples em- 
ployaient bien d’autres essences indigènes ou exotiques 
dans leurs travaux de charpentage, d'ébénisterie ou de 
sculpture. Les inscriptions des patési de la Basse-Mé- 
sopotamie et des Sargonides nous ont montré de com- 
bien d'espèces de bois, la plupart restés inconnus, se 
servaient les Chaldéens et les Assyriens. Les habitants 
de la région syrienne n'en utilisaient pas un moins 
grand nombre. 

Moïse avait fait faire en bois d’acacia — shzttim — 
l'arche d'alliance. Salomon placa dans le temple deux 
kéroubs en bois d’olivier sauvage — ets shemen —. A 
l'entrée de l’arrière-pièce se trouvait une porte à deux 
battants en bois du même arbre‘. Le bois de caroubier 
était encore très employé dans l’ébénisterie. D’après 


1 Regnu, cap. vi, vers. 9-33. 
1 Regna, cap. vi, vers. 2-7. 
Exodus, cap. XXv, vers. 10. 
. 1 Regna, cap. vi, vers. 21 et 33. 


2 D 


> 


LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. 421 


M. Victor Loret', dans le récit de la bataille de Ma- 
geddo, il est question de six grands coffres en bois de 
caroubier « orné d’or et d’émaux divers ». 

Le caroubier et l'olivier sont des bois indigènes en 
Syrie; on se servait également dans ce pays, ainsi 
qu'en Assyrie, de bois venus des régions les plus 
lointaines du Midi et de l'Est. Les balustrades du 
temple et du palais de Salomon étaient faites en bois 
de santal, rapporté d'Ophir par la flotte de Hiram”. Ce 
bois toutefois, s’il n'y a pas erreur sur son identifica- 
tion, était une rareté, et l'écrivain sacré dit lui-même 
qu'on n’en vit plus depuis lors. Il n’en est pas de même 
de l'ébène, importé dans l'Asie occidentale par les 
vaisseaux des Phéniciens”, il fut dés la plus haute an- 
tiquité employé dans l’ébénisterie de toutes les nations 
de cette vaste région. On le plaquait et on l'incrustait, 
ainsi que l'ivoire*, sur le cèdre, le cyprès, le carou- 
bier, l'acacia, etc. Dans le butin rapporté de Syrie par 
Thoutmès IIT, se trouvaient, entre autres, « six sièges 
du chef de Mageddo avec les six tabourets qui leur 
appartenaient, (en) ivoire, ébène et caroubier avec 
ornements d'or ° ». 


1. Recherches sur plusieurs plantes. VIII. Le bois de carou- 
bier. (Recueil de travaux, t. XV, p. 14.) — M. Maspero, Récit 
de la campagne contre Mageddo. (Recueil de travaux, t. I, 
p- 148), a substitué le bois de cèdre au bois de caroubier. 

2. 1 Regna, cap. x, 11 12. — 2 Paralipomena, cap. 1x, vers. 10. 

3. Ezechiel, cap. XXVII, vers. 15. 

4. Dans les palais assyriens, des « plaques d'ivoire ciselées, 
émaillées et dorées s’encastraient dans les lambris de cèdre ou 
de cyprès ». Perrot et Chipiez, Æistoire de l'art,t. I, p. 315. 

5. Victor Loret, Le buis de caroubier, p. 14. 


CHAPITRE II. 


LES PLANTES DANS L'ART ET DANS LA POÉSIE DES 
SÉMITES. 


De même que l'industrie des peuples sémitiques 
trouva, nous venons de le voir, dans le règne végétal 
les matières premières les plus indispensables, leurs 
arts, comme ceux des Égyptiens, lui empruntèrent de 
nombreux motifs de décoration. L'absence de pierres 
en Chaldée et par suite la nécessité d'employer exclu- 
sivement la brique dans les constructions empêchèrent 
longtemps les architectes de cette contrée d'emprunter 
au monde des plantes les formes d’où sont sortis la 
stèle et le pylone égyptiens. Des murs massifs, percés 
de voûtes énormes, telles furent les formes caractéris- 
tiques de leurs premiers édifices. Ils n’ignorèrent pas 
entièrement toutefois la colonne, ou du moins le pilier, 
s'ils ne s’en servirent qu'exceptionnellement. M. de 
Sarzec a trouvé à Telloh les débris d’un énorme pilastre 
formé de quatre colonnes en briques juxtaposées ‘; 
mais il est peu vraisemblable que ce pilastre pût se 
terminer par un chapiteau fait en forme de fleur, 
comme les chapiteaux latiformes ou papyriformes des 
édifices égyptiens. En Assyrie même, où la pierre 


1. L. Heuzey, Un palais chaldéen. Paris, 1888, in-18, p. 37- 
49. — Id., Découvertes en Chaldée par M. de Sarzec. Paris, 
1884, in-fol., p. 52. 


L int bis. js _nè: 


LES PLANTES DANS L'ART. 193 


n'était pas inconnue comme en Chaldée, la colonne fut 
toujours d'un emploi assez rare’, au moins dans les 
palais royaux, et les chapiteaux, quand il y en a, 
sont ornés de dessins géométriques, non de formes 
empruntées au monde des plantes *. 

Il existe toutefois des colonnes où l'artiste semble 
avoir voulu reproduire des formes végétales, ce sont 
celles du sanctuaire chaldéen de Shamash, qu'on voit 
sur une tablette découverte à Sippara et qui représente 
l'hommage rendu au dieu par le roi Nabou-abai-iddin ”; 
l'espèce de chapelle où se trouve Shamash repose sur 
deux colonnes élancées, dont le füt est garni d’imbri- 
cations semblables à celles d'un tronc de palmier ; ces 
colonnes étaient sans doute en bois recouvert d'une 
feuille métallique, dont les saillies voulues imitent les 
rugosités de la tige dépouillée de ses frondes. Un 
autre exemple de formes empruntées au monde des 
plantes, cette fois par des architectes assyriens, est 
fourni par une stèle que M. Place a découverte à Khor- 
sabad*: cette stèle dont on ignore la vraie destination 
est cannelée dans toute sa longueur et se termine par 
une palmette. Toutefois ces imitations de la nature vé- 


1. A.-H. Layard, Vineveh and its remains. London, 1849, 
in-8, t. Il, p. 274. 

2. Victor Place, Minive et lAssyrie. Paris, 1867, in-fol., 
t. IL, pl. 35. — Perrot, Æistoire de l'art, t. IT, p. 216. On voit, 
au contraire, des formes décoratives empruntées au règne 
animal, comme dans une colonne du temple de Koyoundijik, 
dont le chapiteau est orné de deux paires de cornes d'ibex su- 


\perposées. Rawlinson, op. laud.,t. 1, p. 333. — Perrot, op. 
laud., t. 1, p. 219. 
3. Perrot, op. laud.,t. Il, p. 211, pl. 71. — Maspero, AHis- 


loire ancienne, t. 1, p. 657. 
&. Ninive et l'Assyrie, t. 1, pl. 96; t. II, p. 71-73. — Perrot, 
op. laud., t. II, p. 270. , 


42% LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


gétale étaient en quelque sorte accidentelles dans 
l'architecture chaldéenne ou assyrienne; on ne les ren- 
contre d'ordinaire sur les édifices de la Mésopotamie 
que dans les ornements employés par la sculpture des 
bas-reliefs, dans l’émaillerie, ainsi que dans la bijou- 
terie et l’orfevrerie. 

Les architectes de la Chaldée et de l’Assyrie durent 
être frappés de bonne heure de la nudité déplaisante 
de leurs larges murs de briques, aussi s’appliquèrent- 
ils à la dissimuler aux yeux en la faisant disparaître 
sous une couche d’enduit ou de peinture‘; mais si cet 
enduit était suffisant pour les parties élevées, il eût été 
trop fragile pour les parties basses de l'édifice; on 
garnit celles-ci de pierres plates calcaires ou même 
basaltiques d’une hauteur variant de un à trois mètres, 
de deux à quatre de largeur. Ce revêtement, destiné 
à consolider le mur de brique, autant qu'à le dissi- 
muler, recut bientôt une autre destination plus artis- 
tique; elle servit à transmettre à la postérité la mé- 
moire du souverain dont il entourait le palais”. Des 
sculpteurs furent chargés de cette besogne délicate, et 
ainsi prirent naissance ces bas-reliefs, dont les repré- 
sentations parlantes nous font assister aux guerres des 
conquérants assyriens et à quelques-uns de leurs di- 
vertissements favoris. 

Dans ces tableaux variés et d’un réalisme si sai- 
sissant les plantes avaient leur place marquée ; dans les 
scènes de chasse des bas-reliefs de Koyoundjik*, par 
exemple, les artistes assyriens ont représenté les ar- 


1- Rawlinson, op. laud., t. I, p. 104. — Perrot, op. laud., 
t. II, p. 285. 

2. Perrot, op. laud., t. II, p. 280. 

3. Victor Place, op. laud., t. III, pl. 48, 50 bis, 51, 53 et 56. 


LES PLANTES DANS L'ART. 425 


bres divers, au milieu desquels passent les chasseurs 
ou fuient les fauves effrayés. Ils les ont également 
figurés dans les scènes guerrières: batailles, sièges de 
villes, défilés de troupes ou de prisonniers, qu'ils ont 
si souvent sculptées. C’est ainsi qu'on voit sur un bas- 
relief de Koyoundjik, les captifs de la ville de Lakhish 
défiler au milieu des vignes, des figuiers et proba- 
blement des grenadiers qui l’entouraient', qu'un autre 
bas-relief qui représente Sennachérib subjuguant une 
peuplade établie au milieu des marécages *, nous montre 
les immenses roseaux qui les couvrent et les dattiers qui 
en garnissent les bords. Des dattiers se dressent aussi 
sur les bords d’une rivière qui coule au pied d’une 
ville dont un autre bas-relief représente le siège”. Sur 
d’autres bas-reliefs encore on voit ici la conquête 
d’une contrée montueuse plantée de conifères, de vignes 
et d'arbres sans caractère précis, là le siège d'une 
ville entourée des mêmes arbres‘. Un bas-relief de 
Koyoundjik, dont j'ai déjà parlé, représente* Asshour- 
banipal se livrant, sous une treille, dans un jardin 
planté de conifères et de palmiers, aux joies d'un 
festin avec la reine favorite. Il faut encore mentionner 
un autre bas-relief, également de Koyoundjik, au- 
jourd’hui au Musée britannique”, qui représente un 
lion et une lionne, couchés au pied d'un palmier et 


. Layard, The monuments, ser. II. pl. 22. 
Layard, The monuments, ser. IT, pl. 25 
. Layard, The monuments, ser. Il, pl. 42-43 
. Layard, The monuments, ser. IL, pl. 37-39. 

5. Victor Place, op. laud., t. TI, pl. 57, 2. — Babelon, Ma- 
nuel d'archéologie orientale. Paris, s. d., in-8, p. 113. 

6. Botta, Monument de Ninive, t. I, pl. 52 bis. — Victor 
Place, op. laud., t. I, pl. 52 bis. — Perrot, op. laud., t. I, 
p. 567. 


+ © D 


426 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


d'un conifère — pin ou cyprès, — sur lequel grimpe 
une vigne, tandis que derrière eux se dresse une com- 
posée corymbifère à tige nue et à feuilles radicales 
entières. 

Si l’idée de ces bas-reliefs a été inspirée aux artistes 
chaldéens par les peintures des temples égyptiens, ils 
n'en ont pas moins un incontestable caractère d’origi- 
nalité et sont des œuvres essentiellement nationales 
par l'inspiration et par l'exécution ; on trouve, au con- 
traire, l’imitation évidente du style égyptien dans un 
fragment d’un seuil de Koyoundjik *, dont la décoration 
consiste en lotus réunis par quatre dans des espèces de 
carrés que séparent des rangées de fleurcns ; tout au- 
tour règne une bordure composée de fleurs et de bou- 
tons de lotus alternant entre eux, non isolés toutefois, 
comme dans les peintures pharaoniques, mais reliés par 
une tige commune. Un seuil de Khorsabad*? présente 
également une bordure de fleurs et de boutons de lo- 
tus, mais la partie centrale qu'entoure aussi une rangée 
de marguerites est occupée par des fleurons étoilés à 
six pétales, ingénieusement combinés entre eux. 

Comme sur les bas-reliefs, les formes végétales se 
rencontrent sur les sculptures des cylindres ; elles y 
apparaissent dès l’époque chaldéenne, moins comme 
motifs de décoration toutefois que comme éléments 
des scènes mises sous nos yeux. Sur un cylindre de la 
collection de Clercq”, on voit, il est vrai, une rosace 
ornementale à neuf rayons, mais M. Menantincline à 
le croire d’origine phénicienne; ce motif de décoration 


1. Layard, t. Il, pl. 56. — Rawlinson, op. laud., t. I, p. 350. 
— Perrot et Chipiez, op. laud., t. Il, p. 316. 

2. Perrot et Chipiez, op. laud., t. II, p. 251 et 319. 

3. Calaloque méthodique. Paris, 1888, in-fol., fig. 27, p. 41. 


» 


LES PLANTES DANS L'ART. 127 


ne peut donc être attribué avec certitude à l’art chal- 
déen. Il n’en est pas de même des trois arbres, dont 
un palmier, aux frondes arquées et marquées en des- 
sous par un simple zigzag, représentés sur un autre 
cylindre de la même collection‘; mais ils ont un ca- 
ractère symbolique, non ornemental. Tel encore le 
palmier, qu'on voit sur deux autres cylindres chal- 
déens souvent reproduits ; le palmier du premier cy- 
lindre* s'élève entre deux personnages assis, qui éten- 
dent la main pour en saisir les fruits ou les spathes 
pendants, tandis qu'un serpent se dresse derrière le 
personnage de gauche, scène qu’on a eu le tort de re- 
garder comme représentant la tentation dans le Pa- 
radis terrestre”. Sur le second cylindre*, qui symbolise 
la fécondation du dattier, on voit encore deux person- 
nages, probablement féminins, cueillant les spathes 
d'un palmier, que l’un de ces personnages offre à un 
troisième. Un autre cylindre* représente, lui, deux 
chevreaux, qui semblent vouloir brouter le feuillage d’un 
arbre sans caractère distinctif, placé derrière chacun 
d'eux. Sur un cylindre babylonien, d’origine récente 
— il est peut-être contemporain des Achéménides — 
et qui représente un roi luttant contre deux êtres fan- 
tastiques*, on voit aussi se dresser de chaque côté de 
ces derniers un dattier à huit frondes, au-dessous des- 


1. N° 26, p. 40. 

2. Lajard, Le culle de Mithra, pl. XVI, n° 4. — Fr. Lenor- 
mant, /istoire ancienne, t. 1, p. 35. 

3. G. Smith, The Chaldean account of Genesis. London, 1876, 
in-8, p. 91. — J. Menant, Les pierres gravées de la Haute-Asie. 
Cylindres de la Chaldée. Paris, 1883, in-4, fig. 120, p. 190. 

4. J. Menant, Les pierres gravées, fig. 121, p. 191. 

5. Collection de Clercq. fig. 312. 

6. Collection de Clercq, fig. 377. 


428 LES PLANTES CUEZ LES SÉMITES. 


quelles pendent quatre régimes de dattes ou quatre 
spathes. Sur un cylindre de Sennachérib', au con- 
traire, sont gravées, simple motif de décoration, deux 
fleurs de lis ou de lotus. 

Les ornements tirés du règne végétal se retrouvent 
sur les enduits coloriés des murs en briques, ainsi que 
sur les briques émaillées qu’on appliquait souvent, au 
lieu d’enduit, sur ces murs. Telle est la double ligne 
de fleurons, qui encadre la porte nord du palais de 
Koyoundjik”, ainsi que la bande horizontale de boutons 
et de fleurs de lotus qui la surmonte et les rangées de 
marguerites dont toute la muraille est couverte. Telle 
encore la bordure de fleurons qu'on voit sur une archi- 
volte émaiïllée de Khorsabad*, dont le champ offre une 
large rosace entre deux personnages ailés. On peut 
mentionner aussi lés palmettes qui se dressent sur les 
murs du palais nord-ouest de Nimroud entre des cônes 
ou des ornements de fantaisie“. Il faut ajouter la dé- 
coration murale de diverses chambres du même palais, 
formée de demi-cercles, soutenant, par leurs extré- 
mités réunies, un ornement arrondi simulant une gre- 
nade”. La palmette, qui semble bien n’avoir été pour 
les artistes assyriens qu'une reproduction plus ou 
moins conventionnelle de la cime du dattier, se ren- 
contre, ingénieusement combinée avec la grenade, sur 
des briques émaillées quadrangulaires ou ovales pro- 


1. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 475. 

2. Rawlinson, op. laud.. t. I, p. 335. — Perrot, op. laud., 
t. II, p. 326. 

3. Victor Place, t. II, op. laud., pl. 15. — Perrot, op. laud., 
p. 308. 
Layard, The monuments, ser. I, pl. 86, plan 3. 
Layard, The monuments, ser. I, pl. 86, ch. C, plan 4, et 
pl. 87, ch. B, plan 4. 


4. 
o. 


LES PLANTES DANS L'ART. 429 


venant du palais d'Ashshournazirpal". Au lieu de simples 
motifs de décoration, les artistes représentérent aussi, 
sur les briques émaillées, des scènes étendues et va- 
riées ; telle est cette chasse de Sémiramis, dont parle 
Diodore d'après Ctésias*; le monde des plantes y avait 
naturellement trouvé sa place, ainsi que sur les sculp- 
tures des bas-reliefs assyriens. 

Tandis que les plantes occupent une si grande place 
dans la sculpture et la peinture décoratives, elles ne 
jouent qu'un rôle exceptionnel dans la céramique; les 
rares ornements dont se servaient d'ordinaire les po- 
tiers chaldéens et assyriens sont empruntés à la géo- 
métrie *, non aux formes végétales. M. G. Smith, tou- 
tefois, a trouvé à Koyoundjik des poteries‘, qui sont 
ornées de figures, dont quelques-unes sont tirées du 
monde des plantes: Les formes végétales, qui ne sont 
ici qu’exceptionnelles, apparaissent, au contraire, cons- 
tamment dans la sculpture sur bois ou sur ivoire, ainsi 
que dans les ouvrages de bijouterie ou d’orfévrerie. 

Les Assyriens et tous les Sémites septentrionaux 
avaient poussé fort loin le luxe de l’ameublement et 
ils y ont montré le goût le plus délicat”; ils em- 
ployaient dans la fabrication de leur mobilier les bois les 
plus précieux ouvrés avec soin, et pour en rehausser la 
valeur, ils les incrustaient d'ivoire, nous l’avons vu, 


1. Perrot, op. laud., t. IT, p. 310, fig. 127 et 128. 

2. Bibliotheca, lib. IT, cap. 8, 6. Sur les murs du harem de 
Khorsabad, Perrot, t. II, pl. XV, p. 707, on voit une vigne ou 
un figuier. 

3. Layard, The monuments, ser. I, pl. 85. — Rawlinson, op. 
laud., t. 1, p. 479-481. — Birch, History of anciènt pottery, 
p. 85 et 19. 

4. Assyrian discoveries. London, 1878, in-8, p. 141. 

5. Layard, Vineveh and ils remains, t. IT, p. 293 et suiv. 


430 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


ou les plaquaient en bronze ou en or. Ces différentes 
matières se prêtaient au travail des artistes ét à l’or- 
nementation végétale. Layard a reproduit un fragment 
de meuble en bronze, qui a la forme d’une palmette'. 
Un panneau d'ivoire, conservé au Musée britannique, 
présente dans sa partie inférieure une double rangée 
de fleurons, séparés par une espèce de balustrade 
formée de palmettes et de grenades alternant entre 
elles?, genre d’ornementation que nous avons déjà 
rencontré sur les briques émaillées. 

On voit aussi des palmettes et des grenades sur la 
garniture d'un sceau en métal, reproduit par Layard”. 
Mais c’est sur les coupes surtout que les artistes assy- 
riens ont prodigué l’ornementation végétale et ils en 
ont tiré les plus beaux effets. Ici nous avons un champ 
orné de fleurons à six pétales aigus, entourés d’une 
quadruple rangée de palmettes, reliées entre elles par 
des courbes gracieuses“. Là sont figurées en relief des 
montagnes, sur lesquelles le burin a gravé, motif bien 
indigène, des arbres et des cerfs’. On a encore, ce 
semble bien, une œuvre d'inspiration exclusivement 
assyrienne dans une coupe du Musée britannique, qui 
représente, sur des montagnes que le marteau à fait 

saillir en léger relief, des arbres et des animaux gravés 


The monuments, ser. I, pl. 96, 6. 
. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 730. 
. The monuments, ser. I, pl. 51. 

4. Layard, The monuments, ser. IT, pl. 62 A. 

5. Layard, The monuments, ser. Il, pl. 66. Sur une autre 
coupe, pl. 61 B, on voit au centre quatre figures coiffées à 
l'égyptienné, en même temps que dans la bordure se trouvent 
des personnages dont le costume et la pose semblent bien aussi 
empruntés à une peinture pharaonique, d’où on peut conclure 
à une influence étrangère. 


© D = 


LES PLANTES DANS L'ART. 431 


au trait’, et entourés d'une bordure alternative d’ibex 
et d'arbres. 

Les motifs de décoration fournis par le règne vé- 
gétal se retrouvent sur les parties les plus diverses 
du costume ; mais ils consistent presque exclusivement : 
en fleurons ou rosaces et en palmettes. On aperçoit 
également des fleurons sur les bracelets, les tiares 
royales ou les bandeaux des grands, les ceinturons et . 
les baudriers, les boucliers, les carquois, les manches 
de poignards, même sur les masses d'armes et le har- 
nachement des chevaux”. Sur le haut d'une bride 
figurée dans Rawlinson*, sont aussi dessinées deux 
fleurs, qui ressemblent à un lotus ou à une liliacée. 
Enfin on rencontre les formes si décoratives du règne 
végétal brodées sur les étoffes * : palmettes et rosaces 
ou fleurons émaillaient les vêtements et les tapis; la 
robe de Sennachérib et son trône sont couverts de ran- 
gées innombrables de rosaces, il en est de même de 
la robe du roi babylonien Mardouk-iddin-akhi°; mais 
sur le manteau royal et le pectoral, les rosaces sont 
en grande partie remplacées par des palmettes de 
formes diverses ; les unes d'aspect ordinaire se dres- 
sent ici entre deux ibex, là entre deux taureaux af- 
frontés*, les autres laissent passer entre leurs feuilles 


1. Perrot et Chipiez, op. laud., t. Il, p.751, fig. 408. É 

2. Botta, Monument, t. II, pl. 118, 160, 161, 184. — Rawlin- 
son, 0p. laud., t. [, p. 447, 452, 487, 490. 

3. The five great monarchies, t21;p-'6147: 

&. Layard, The monuments, ser. I, pl. 8. — Franz Reber, 
Ueber altchaldäische Kunst. (Zeitschrift für Assyriologie, t. T, 
p. 292.) — Rawlinson, t. I, p."486. 

5. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 398 et t. II, p. 560. 

6. Layard, The monuments, ser. I, pl. 43, 2 et 4. — Perrot, 
op. laud., t. IT, p. 321 et 322. 


432 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


arrondies des tiges recourbées, que terminent des bou- 
tons ou des espèces de cônes”. Sur le pectoral et le 
manteau royal,'a pris place aussi l’arbre de vie lui- 
même”, qui n’est, nous le verrons, qu'une transfor- 
mation de la cime du palmier. 

Les plantes figurées sur les monuments chaldéo- 
assyriens où employées dans la décoration n'étaient 
pas nombreuses et n’ont pas toujours été reproduites 
avec une fidélité qui permette de les reconnaitre sans 
peine. A l'époque accadienne en Chaldée et en Assyrie 
avant les Sargonides la représentation en était fruste 
et conventionnelle; c'est ainsi que, sur les cylindres 
chaldéens et même encore sur les bas-reliefs assyriens 
de Nimroud, le palmier est représenté sous la forme 
d'un tronc droit et massif avec deux ou quatre appen- 
dices de forme ovale, destinés à figurer les spathes ou 
les régimes de dattes, et trois ou quatre paires de 
frondes, grossièrement simulées par des arcs de cercle, 
unis d’un côté, mais pourvus de l’autre. de dentelures 
en scie pour représenter les folioles *. On voit aussi 
sur un bas-relief de Nimroud un arbre au tronc 
énorme, divisé en trois maîtresses branches, dont cha- 
cune est garnie de rameaux entiers, légèrement renflés 
à l'extrémité”, représentation informe dans laquelle 
l'imagination trop complaisante de M. Bonavia a voulu 
voir un baobab°. Mais tout change à l’époque suivante ; 


1. Layard, The monuments, ser. I, pl. 47, 1. 

2. Layard, The monuments, ser. I, pl. 8 et 9. — Rawlinson, 
op. laud., t. 11, p. 399. — Perrot, op. laud., t. IT, p. 443-445. 

3. J. Menant, Les pierres gravées, pl. II, fig. 5. — Layard, 
The monuments, ser. I, pl. 33. 

4. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 348. 

5. The flora of the Assyrian monuments. London, 1894, in-8, 
p. 37. 


LES PLANTES DANS L'ART. 433 


les bas-reliefs de Koyoundjik nous offrent des pal- 
miers, des vignes et des figuiers d'une ressemblance 
saisissante; les conifères sont aussi sculptés avec un 
grand soin; la convention toutefois a pris place dans 
leur représentation; aussi est-il difficile de dire à 
quelle espèce ou même à quel genre ils appartiennent. 
Quant aux arbres, dont. les rameaux étalés offrent l’as- 
pect de longues feuilles pinnatifides, à en juger par 
ceux d’un bas-relief de Koyoundjik”, auxquels l'artiste 
assyrien à donné des fruits, ils doivent être des gre- 
nadiers. 

La flore herbacée des monuments assyriens est peu 
riche; on n'y voit guère que trois ou quatre plantes ; 
l’une, une fleur de six à dix pétales, dont les serviteurs 
royaux portent, dans des vases, des rameaux dans la 
salle du banquet, m'est inconnue”; l’autre, corymbi- 
fère à tige nue et à feuilles radicales entières, dont j'ai 
déjà parlé, a le facies d’un doronic*; une troisième, 
figurée sur la façade septentrionale du palais de Ko- 
youndjik”, à la tige feuillée et aux fleurs peu nom- 
breuses en forme de fer de lance, est évidemment une 
liliacée ; mais il est impossible de dire au juste à quelle 
espèce elle appartient*. 


1. M. Bonavia, op. laud., p. 28, les regarde comme apparte- 
nant à l'espèce PinuseBrutia. 

2. Layard, The monuments, ser. II, pl. 14. 

3. Layard, The monuments, ser. II, pl. 8. — Rawlinson, op. 
laud., t. I, p. 581. 

4. M. Bonavia, qui n'hésite jamais dans ses identifications, 
dit, lui, p.34, que «c’est sans aucun doute l’Æieracium panno- 
Sum », encore que cette plante soit une flosculeuse, non une 
corymbifère. 

5. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 354. 

6. M. Bonavia, p. 32, affirme, après Rawlinson d’ailleurs, 
que c’est le Lilium candidum L. 


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Ce 
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LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


Les arts ne prirent naissance chez les Sémites de la 
Syrie qu'à une époque relativement récente et il ne 
nous en reste que peu de monuments; mais ces rares 
débris et le témoignage des Anciens nous montrent 
qu’ils s’y développèrent sous l'influence de l'Égypte et 
de la Mésopotamie ; cela n’a rien qui doive surprendre, 
puisque au moment où la Syrie prit place dans l’his- 
toire générale elle subissait la suprématie politique de 
ces deux puissants états. Il faut donc nous attendre à 
rencontrer sur les monuments ou les objets d'art des 
Sémites de la région du Liban et du Jourdain des mo- 
tifs de décoration végétale analogues à ceux que nous 
ont offerts les monuments ou l’industrie artistique de 
l'Égypte ou de la Mésopotamie. 

Quelques-unes des populations syriennes vivaient 
encore de la vie nomade et les autres étaient à peine 
sorties de la barbarie, quand elles entrèrent en relation 
avec les habitants du bassin du Tigre et de l’Euphrate 
et du bassin du Nil, arrivés depuis longtemps déjà au 
plus haut degré de civilisation; elles subirent leur 
double ascendant, et de même qu’elles s’inclinèrent 
devant leur puissance militaire, HE acceptèrent leur 
influence artistique. 

Nous ignorons jusqu'où avait pu être porté le goût 
des arts dans le pays de Canaan avant la conquête 
des Hébreux ; pour ceux-ci, restés nomades jusque-là, 
ils y étaient encore étrangers et ils ne s’y livrérent 
même que beaucoup plus tard ; mais les Phéniciens les 
cultivaient sans doute déjà depuis longtemps, nous ne 
pouvons dire toutefois jusqu'à quel degré de perfection 


LES- PLANTES DANS L'ART. 435 


ils en avaient poussé la pratique ; les rares débris qui 
nous restent de leurs monuments civils ou religieux 
sont trop récents et sont trop mutilés pour que nous 
puissions nous en faire une idée complète et exacte. 
Heureusement les ruines considérables, éparses sur le 
sol des nombreuses colonies, que les navigateurs in- 
trépides de Tyr et de Sidon fondèrent sur presque 
tous les rivages de la Méditerranée, en particulier 
dans l'ile de Cypre et en Mauritanie, nous permettent 
d'entrevoir quels motifs de décoration étaient employés 
par les architectes phéniciens. À en juger par ce qui 
nous reste des monuments de la Phénicie proprement 
dite, ils ne connurent à l'origine d’autres ornements 
que les formes géométriques ; les fûts des colonnes 
étaient lisses, les chapiteaux font pressentir ceux de 
l’ordre toscan, seulement avec un galbe et des 'pro- 
portions différentes , Il en est tout autrement dans les 
monuments des colonies. À Cypre, en particulier, les 
lignes droites des chapiteaux phéniciens font place aux 
volutes savamment combinées, en même temps que 
des tiges et des fleurs de lotus remplissent l’espace 
libre laissé par leurs courbes élégantes *; sur le ca/a- 
thos d'une colonne de même origine on voit des tiges 
feuillées ou des palmes à folioles ovales, ornement qui 
semble bien indigène. 

Les colonnes elles-mêmes empruntèrent dès lors 
leurs formes au règne végétal; les plates-formes du 
célèbre temple de Paphos, représenté sur une mon- 


1. Perrot et Chipiez, op. laud., t. III, p. 115. 

2. Chapiteaux cypriotes du Musée du Louvre. Perrot, op. 
laud., t. III, p. 116. 

3. G. Colonna-Ceccaldi, Monuments antiques de Cypre. 
Paris, 1882, in-8, p. 43. — Perrot, t. III, p. 118. 


436 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES, 


naie de Cypre', étaient soutenues par des colonnes si- 
mulant un tronc de palmier. Les chapiteaux des co- 
lonnes du temple de Byblos étaient, elles, formées par 
deux rangs de pétales de lotus, et l'arc de cercle qui 
réunissait les deux parties de l’entablement, supportait 
une palmette semblable à celle des monuments assy- 
riens”. Une palmette analogue, mais formée de quatre 
feuilles régulières, reposant sur une triple volute qu’en- 
veloppe une espèce de demi-cerele aux extrémités ar- 
rondies et recourbées, ce qui lui enlève presque tout 
caractère végétal, se rencontre aussi sur plusieurs 
dalles phéniciennes”. On voit encore trois palmettes 
superposées se dresser entre deux sphynx affrontés 
sur le chapiteau de deux stèles, qui se faisaient pen- 
dant aux extrémités d'un beau sarcophage d'Athiénau*. 
On retrouve, au contraire, la vraie palmette assy- 
rienne à la base des anses d’un vase d’Amathonte”. 
Les rosaces et les fleurons étaient souvent employés, 
ainsi que les palmettes, comme motifs de décoration 
par les artistes phéniciens ; au bord d’une dalle d’al- 
bâtre au Musée du Louvre, on voit en particulier des 
fleurons à seize rayons alternant avec des rosaces, à 
quatre rayons à angle droit, séparés par des palmettes 
à cinq folioles. Ces ornements décoratifs se rencon- 
trent sur les monuments les plus divers; tels ces fleu- 


1. T.L. Donaldson, nt nn On Ho 1859, 
in-& pl. 91. — Perrot, t. III. p. 120. 

2. Donaldson, op. laud., pl. 20. — Perrot, op. laud., t. I, . 
p. 126. 

3. Musée du Louvre. Perrot, op. laud., t. III, p. 129, 131 
et 133. 

&. Perrot, op. laud., t. III, p. 217, pl. 152. 

5. Musée du Louvre. Perrot, t. III, p. 280 et 281. 

6. Musée du Louvre. Perrot, t. IT, p. 132 et 133. 


0 


LES PLANTES DANS L'ART. 437 


rons à douze pétales, placés de chaque côté d’un lion 
sur un marchepied cypriote ‘ en pierre, ou la rosace à 
cinq rayons, sculptée au-dessus de la porte d’un caveau 
giblite*. Sur un sarcophage de même origine sont 
ciselées aussi des guirlandes, des palmes, une couronne 
et un arbre, indiqué sous la forme d’une large feuille”, 
On voit encore sur un bas-relief d'Ascalon, peut-être, 
il est vrai, postérieur à l'ère chrétienne, représentés 
assez grossièrement deux ceps de vigne, qui ombragent 
deux femmes accroupies*. 

Les stèles votives de Carthage étaient souvent aussi, 
comme les colonnes phéniciennes, ornées de motifs 
végétaux ; c'est, ici une fleur de lotus, là un grenadier 
chargé de fruits. Ailleurs on reconnait un tamaris à 
ses branches élancées et grêles, des fleurs de courge 
et des épis de blé”. Le palmier aussi est représenté avec 
son tronc massif, ses feuilles en volutes et ses spathes". 
Sur une stèle d'Hadrumète, deux colonnes, dont le füt 
cannelé sort d’un bouquet de feuilles et se termine par 
un buste de femme, supportent un entablement tres 
riche et très compliqué ; il se compose en bas d’une 
rangée de fleurons et de boutons alternatifs de lotus 
renversés ; au-dessus s'étale le disque solaire; puis 
vient un rang d’uræus’. Nous avons là des motifs de 


1. Louis Palma di Cesnola, Cyprus: ils ancient cities, tombs 


and temples. London, 1877, in-4. p. 159. — Perrot, t. III, 


. 284. 
si 2. E. Renan, Mission de Phénicie. Paris, 1864, in-fol., pl. 
27. — Perrot, t. III, p. 169. 
° 3. Renan, op. laud., pl. 29. — Perrot, t. III, p. 175. 

4. Musée du Louvre. Perrot, t. IIT, p. 441. 

5.-Ph. Berger, Les ex-voto du temple de Tanit à Carthage. 
Paris, 1877, in-4°, p. 20-22. 

6. Bibliothèque nationale. Perrot, t. II, p. 460 et 461. 

7. Musée du Louvre, Perrot, t. III, p. 461. 


438 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


décoration presque exclusivement égyptiens ; on les re- 
trouve aussi dans les monuments cypriotes, mais mêlés 
a l’ornementation assyrienne, ce qui ne doit pas sur- 
prendre, puisque l'ile de Cypre fut au vin‘ et au 
vu° siècle avant notre ère tributaire de Ninive. C’est 
ainsi que sur un sarcophage d’Amathonte on voit, de 
chaque côté des faces principales, trois palmettes assy- 
riennes superposées, tandis qu'au-dessous de l’enta- 
blement règne un cordon de fleurs et de boutons de 
lotus ‘. 

Les motifs de décoration, empruntés au règne vé- 
gétal, que nous venons de rencontrer sur les monu- 
ments de l'architecture et de la sculpture de la Phé- 
nicie, de Cypre et de Carthage, se retrouvent aussi 
dans les produits des arts industriels de ces diverses 
contrées : fleurs et boutons de lotus, palmettes, ro- 
saces y apparaissent dans les combinaisons les plus 
ingénieuses et parfois les plus fantaisistes. Telles sont 
les palmettes que l’on voit sur un disque sarde en 
terre cuite, surgissant d’une espèce de bourrelet entouré 
d'un croissant, tandis que des fleurs conventionnelles 
de lotus se dressent entre chacune d'elles et qu'une 
rosace en occupe le centre; telles sont encore les 
deux palmettes opposées d'un autre disque de même 
origine avec leurs volutes recourbées*. Ici une double 
rangée de rosaces orne le goulot d’un vase d'Ormidia, 
tandis qu'une guirlande de fleurs et de boutons de lotus 


1. Perrot, op. laud., t. III, p. 608 et 609. Un sarcophage 
d’Athiénau, Perrot, t. III, p. 613, n'offre, au contraire, aucun 
motif de décoration végétale, mais on voit plusieurs arbres 
dans la scène de chasse qui est représentée sur sa face prin- 
cipale. 

2. Crespi, Catalogo, pl. E, fig. 1 et 2. — Perrot, t: HI. 
p. 672. l 


ut ton: de db bn à tr Éd der + 


LES PLANTES DANS L'ART. 439 


entoure le haut de la panse'. Là encore, des fleurs de 
lotus se dressent verticalement sur les flancs d'un cra- 
tère. On voit également, sur une coupe cypriote, les 
mêmes lotus surgissant, flanqués de volutes et agré- 
mentés d’une rosace, entre des oiseaux de fantaisie *. 
Il faut citer encore les tiges couvertes de feuilles et 
de boutons de la même nymphéacée, qu'un personnage, 
debout sur une œnochoé du Musée de New-York”, 
semble défendre contre un oiseau de fantaisie, ainsi que 
les guirlandes de feuillages qui ornent les parties ren- 
flées d’un autre vase cypriote, avec les tiges fleuries, 
qui se dressent de chaque côté d’un personnage, te- 
nant lui-même une fleur à la main‘. 

Quoique la décoration des verres et des émaux phé- 
niciens consiste surtout en ornements de forme géo- 
métrique, on y rencontrait aussi des motifs empruntés 
à la nature végétale: telles ces tiges feuillées ou ces 
palmes qu'offre un verre antique de la collection Gréau ; 
telles encore ces rosaces que présentent des pâtes de 
verre dessinées par Elson*. Mais c’est dans l’orfèvrerie 
phénicienne que la décoration végétale a joué le rôle 

le plus considérable : fleurons et rosaces, palmettes, 
fruits, tiges de papyrus, fleurs ou boutons de lotus, 
isolés ou groupés artistement entre eux, servent éga- 
lement à orner les coupes, les bracelets, les anneaux, 
les pendants d'oreilles”. Des paysages entiers avec des 


1. Perrot, op. laud., t. IT, p. 699 et 711. 

2. Catalogue Barre, pl. 1, ap. Perrot, t. Ill, p. 700, fig. 508 
et 509. 

3. Perrot, op. laud., t. IIT, p. 709. 

&. Cesnola, Cypruf, p. 394. — Perrot, t. IT, p. 710. 

5. Perrot, op. laud.,t. IT, pl. VII, tet2,et p. 746, fig. 539-541. 

6. Cesnola, Cyprus, p. 311, 312, 317, 319. — Perrot, t. I 
p. 798, 817, 819, 823, 833, 834, 835 et 836. 


410 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


scènes de guerre ou de chasse ont même été gravés sur 
le pourtour ou au fond des coupes. Tel est le tableau 
gracieux de la « Journée du chasseur », représenté dans 
la seconde zone d’une coupe de Préneste', avec l’arbre 
derrière lequel il se cache pour abattre sa proie, et le 
bois de palmiers et de grenadiers (?), où il se repose 
après sa chasse. 

Tels encore la chasse au lion qu’on voit sur un plat 
d'argent de Céré, le siège d’une ville gravé sur,une 
patère d’Amathonte ou la marche triomphale figurée 
au pourtour d’une patère de Dali. L'artiste phénicien 
ne s’est pas borné à représenter les scènes de la chasse, 
du siège ou de la marche triomphale, il y a Joint des 
motifs divers empruntés au monde végétal, ainsi qu'à 
la mythologie assyrienne ou égyptienne. C’est ainsi 
que, sur le plat d'argent de Céré*, des arbres, dattiers 
ou conifères, séparent les différents épisodes de la 
chasse. Des palmiers et autres arbres, que les assié- 
geants abattent, se voient dans la zone extérieure de 
la patère d’Amathonte”, tandis que sur la seconde 
zone sont représentés entre autres l’arbre de vie, que 
viennent adorer deux génies ou divinités, ainsi qu'Ho- 
rus, assis sur le lotus symbolique, et accompagné par 
Isis des lotus à la main, en même temps qu'une large 
rosace occupe le centre de la patère. Sur la zone exté- 
rieure de la patère de Dali*, quelques arbres sans ca- 


1. Clermont-Ganneau, La coupe de Palestrina. (Études 
d'archéologie orientale. L’Imagerie phénicienne. Paris, 1880, 
in-8, p. 16-39, et pl. I.) — Perrot, t. III, p. 759. 

2, Grifi, Monumenti di Cere antica, pl. W,1, ap. Perrot, t. II, 
p. 769. 

3. Ceccaldi, Monuments, pl. VIII. — Perrot, t. III, p. 775. 

4. Musée du Louvre. Perrot, t. IIT, p. 779. 


LES PLANTES DANS L'ART. 441 


ractère défini s'élèvent au milieu du terrain sur lequel 
défilent les troupes ; la seconde zone, au contraire, où 
“quelques végétaux apparaissent encore, est surtout 
occupée par des arbres de vie, qui alternent avec des 
génies en lutte contre des lions ou des guerriers qui 
égorgent un animal fantastique; quant au fond de la 
patère, il est rempli par un entrelacs de fleurons à 
six pétales, qu'entoure une double rangée de fleurs et 
de boutons de lotus reliés par un cordon continu. 

La zone extérieure d'une patère de Curium” nous 
offre une scène analogue à celle de la patère de Dali ; 
mais les lions sont remplacés par des griffons, et l’on 
voit ici des sphynx, là des ibex, ailleurs encore des 
griffons venir se rafraichir à l’arbre de vie; dans la 
seconde zone alternent, séparés par des espèces de 
conifères, des lions, des taureaux et des chevaux, et 
au centre est sculpté le dieu Ashshour, perçant un lion 
de son glaive. Enfin le médaillon d'une coupe de Céré 
réprésente un fourré de papyrus au milieu desqüels se 
cache une génisse et deux bouvillons *, scène qui en 
rappelle une semblable que nous avons vue sur un dal- 
lage de Tell-el-Amarna. Des motifs décoratifs de na- 
ture végétale, fleurons et rosaces, se voient aussi sur 
des tablettes d'ivoire *; on rencontre même des lotus 
et des palmettes de fantaisie gravés sur des œufs 
d’autruche*. 

Ces motifs de décoration, qu’on retrouve sur les mo- 


1. Ceccaldi, Monuments, pl. X. — Cesnola, Cyprus, p. 329. 
— Perrot, t. IIT, p. 789. 

2. Grifi, Monumenti, pl. X, 1, ap. Perrot, t. IIT, p. 790. 

3. Renan, Missions de Phénicie, p. 500. — Perrot, t. I, 
p. 847. 

&. Perrot, op. laud., t. IT, p. 856 et 857. 


142 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


numents de toutes les colonies fondées par les Phé- 
niciens, furent importés en Judée par les artistes 
chargés de construire le palais de David et le temples 
de Salomon. En interdisant de faire des images taillées 
ou des représentations des êtres qui existent ', le Dé- 
calogue avait en quelque sorte condamné les Israélites 
à rester étrangers aux arts plastiques; aussi quand 
David voulut se bâtir un palais, ce furent des ouvriers 
phéniciens, envoyés par Hiram, qui l'édifièrent. Sa- 
lomon fut également obligé d’avoir recours à des ar- 
tisans phéniciens pour la construction du Temple et de 
la « Maison du bois du Liban ». On ne doit dès lors 
pas être surpris que les motifs de décoration propre 
aux monuments phéniciens se retrouvassent dans les 
édifices des deux rois juifs. Tels étaient les palmiers 
et les fleurs épanouies sculptés, avec des figures de 
Kéroubs, sur les deux battants en bois d’olivier sau- 
vage de la porte du sanctuaire”. Tels étaient encore 
les ornements des chapiteaux des deux colonnes de 
bronze, Takin et Bo'az, fondues par Hiram, le fameux 
toreuticien de Tyr, et placées dans le vestibule du 
temple. Haut de cinq coudées, chaque chapiteau avait 
la forme d’une fleur de lotus épanouie ; la partie infé- 
rieure renflée en était décorée par un ornement réti- 
culé, compris entre deux rangées, chacune de cent 
grenades *. MM. Perrot et Chipiez supposent que quatre 
de ces grenades, « sans doute plus grosses que les 
autres * », étaient fixées aux points où se rencontrent 
les lignes qui dessinent les différentes faces. 


. Exodus, Cap. XX, vers. 4. 

. 1 Regna, cap. vi, vers. 32. 

. 1 Regna, cap. vi, vers. 18-20. 

. Histoire de Part, t. IV, p. 318 et pl. VII. 


© D = 


ee 


LES PLANTES DANS L'ART. 443 


Les sculptures qu'on voyait sur le bord de la mer 
d'airain offraient sans doute des motifs de décoration. 
analogues. On retrouvait ces mêmes motifs dans les 
divers produits des arts industriels et les monuments 
des derniers siècles de l'histoire juive. C’est ainsi 
qu'un vase en terre trouvé à Jérusalem, mais qui est 
peut-être de l’époque gréco-romaine, offre en. saillie 
sur sa panse des grenades et des grappes de raisin 
alternant entre elles". On voit aussi des grappes de 
raisin, des fleurons ou rosaces de fantaisie, des ra- 
meaux d'olivier, des feuilles et des fruits divers, mais 
sans caractère déterminé, sur l’entablement d'un 
sarcophage juif, dit le Tombeau des Rois, mais proba- 
blement peu ancien, ainsi que des rosaces de forme 
variée sur la convexité du couvercle et un fleuron entre 
deux lotus héraldiques à son extrémité”. La surface de 
ce sarcophage offre une décoration végétale encore 
plus riche ; c'est d’abord deux longues bandes, ornées 
chacune d'un double rang de feuilles d’olivier réunies 
par trois, avec deux fruits longuement pédonculés ; 
puis, à droite et à gauche, un enguirlandement de fan- 
taisie, composé de fleurs ouvertes et de boutons de 
lotus, de fruits et de feuilles de cucurbitacée, de glands 
de chène et de grappes de raisin; enfin, au milieu, des 
entrelacs composés de feuilles de vigne, de grappes de 
raisin, de fleurons, de cônes de pin, de glands, etc. 
Les monnaies juives, postérieures également à l'époque 
de la conquête grecque, portent aussi des emblèmes 
tirés de la nature végétale : dattiers avec leurs fruits, 


1. Musée du Louvre. Perrot et Chipiez, t. IV, p. 461. 

2. F. De Saulcy, Voyage autour de la mer Morte. Paris, 
1853. Atlas pl. XXX, XXXII et XXXIIL. — Cf. Perrot, t. IV, 
p. 589. 


444 = LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


palmes, feuilles de vigne, grappes de raisin, grenades, 
épis de froment'. On voit également un palmier qui 
se dresse derrière un cheval, sur une monnaie cartha- 
ginoise *. 

L'influence de l’Assyrie et de l'Égypte ne se fit pas 
sentir seulement sur l’art des Phéniciens et des Juifs, 
les Hétéens, pour ne pas parler des Grecs et des autres 
populations indo-européennes de l’Asie-Mineure, la 
subirent aussi; on en trouve la preuve dans l’orne- 
mentation des rares monuments, que nous ont laissés 
cette nation. C’est ainsi que sur un bas-relief de Sak- 
tchégheuksou en Syrie, qui représente une chasse au 
lion, l'artiste hétéen a sculpté des rosaces, motif de 
décoration assyrien, dans le champ resté libre du pay- 
sage. On voit également des rosaces sur deux des 
quatre faces d'un cachet, probablement cappadocien, 
tandis que sur une autre face sont gravés deux tau- 
reaux, debout de chaque côté d’un arbre de vie‘. ILest 
un monument hétéen de l'Asie Mineure qu'il faut en- 
core mentionner ici, moins pour son ornementation 
qu'à cause du caractère symbolique des végétaux qu’on 
y trouve figurés ; c’est la sculpture rupestre d'Ibriz 
ou Ivriz dans l’ancienne Lycaonie”, qui représente un 


1. J.-J. Scheuchzer, Physique sacrée ou Histoire naturelle 
de la Bible. Amsterdam, 1732, in-fol., t. 1, p. 99. — De Saulcy, 
Recherches sur la numismatique judaïique. Paris, 1854, in-4, 
pt 6: 2 T9 40 47, 12,48 VIT 16 GTR 
3, 4, 5,7, 10; IX, 5, 11, 12. — Babelon, Catalogue des mon- 
naïes grecques de la Bibliothèque nationale. Les rois de Syrie. 
Paris, 1890, in-4, p. 75, 99, 10%, 109, 110, 120, 161, 164, 168- 
171; etc. 

2. Pietschmann, op. laud., p. 14. 

3. Perrot et Chipiez, op. laud., t. IV, p. 555, pl. 279. 

4. Musée du Louvre. Perrot, t. IV, p. 772. 

5. E. J. Davis, On a new [Hamathile inscription at Ibreez. 


V8 


AC. Lol: 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 445 


personnage, prètre ou roi, en adoration devant un 
dieu champêtre, lequel tient d'une main un faisceau 
d’épis, tandis que l’autre soutient les rameaux, chargés 
de raisins, d'un cep de vigne qui sort du sol derrière 
lui. 


IT. 


Les arts du dessin n’ont pas seuls, chez les Sémites, 
emprunté au monde des plantes les formes et les mo- 
tifs de décoration les plus gracieux, la poésie de ces 


peuples en a tiré aussi de nombreuses comparaisons 


et elle y a puisé d'ingénieuses fictions. Dans l'épopée 
d'Izdoubar, le poète chaldéen raconte un débat entre 
deux arbres, le cyprès et le laurier (?)': « Tes racines 
ne sont pas assez robustes, dit le premier au second ; 
ton ombre n’est pas assez fraiche, ton écorce pas assez 
forte. » Le laurier s’irrite, mais le fragment mutilé 
de ce curieux dialogue ne renferme pas malheureuse- 
ment sa réponse. « Semblable à l'herbe fauchée, 
Ishtar est descendue ; d’une lèvre semblable au 
roseau languissant, elle implore (les eaux de vie) », 
dit Allat de la déesse”, dont le portier des Enfers 
vient de lui annoncer l’arrivée ; et dans l'hymne 


(Transactions, t. IV, 2 (an. 1876), p. 336-346). — W.-M. Ram- 
say, Basrelief of Ibriz. (Archaeologische Zeitung, t. XLIIT (an. 
1885), p. 203-208, pl. 13. — Perrot, t. IV, p. 725. 

1. A. Jeremias, Zzdubar-Nimrod. Eine altbabylonische Hel- 
densage. Leipzig, 1891, in-4, p. 28. 

2. A.-H. Sayce, Lectures on the origin and growth of reli- 
gion as illustrated by the religion of the ancient Babylonians. 
3e éd. London, 1891,.in-8, p. 222°— M. J. Oppert, Fragments 
mythologiques, Paris, 1882, in-8, p. 9, traduit: « Nous sommes 
comme l'herbe coupée, nous sommes comme la plante fanée, » 


446 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


désolé qu'il composa à l'occasion de l'enlèvement 
de la statue de Nanà par le roi élamite Koutourna- 
khounta, au xxi° siècle avant notre ère, un prêtre 
d'Ourouk s’écrie‘: « L’impie tout puissant m'a brisé 
comme un roseau, comme une roselière je gémis 
nuitet jour. » « Que par le charme d’Éa le sortilège 
soit enlevé comme la peau d'une gousse d’ail, coupé 
comme un régime de dattes, arraché comme une 
branche d'arbre », dit le père des dieux à son fils Mar- 
douk”, en lui enseignant le moyen de guérir un 
homme frappé par une malédiction funeste. 

Mais c’est surtout dans la Bible que les images et 
les comparaisons tirées du monde végétal occupent 
une place considérable. La fable des arbres par la- 
quelle Joatham voulait montrer aux habitants de Sékem 
la faute qu'ils avaient commise en nommant roi Abi- 
mélek, est célèbre. 


Un jour, leur dit-il, les arbres voulurent oindre l'un d’eux 
pour être leur roi et ils dirent à l'olivier : Sois notre roi! Mais 
l'olivier leur dit: Cesserais-je de produire mon huile, que les 
dieux et les hommes prisent en moi, pour aller planer au- 
dessus des arbres? Alors les arbres dirent au figuier: Eh bien, 
toi, sois notre roi ! Mais le figuier leur répondit : Cesserais-je de 
produire mon doux et bon fruit, pour aller planer au-dessus 
des arbres? Et les arbres dirent à la vigne : Eh bien, toi, sois 
notre roi! Mais la vigne leur répondit: Cesserais-je de produire 
mon jus, qui réjouit les dieux et les hommes pour aller planer 
au-dessus des arbres ! Alors tous les arbres dirent au buisson 
épineux: Eh bien, toi, sois notre roi! Et le buisson répondit 


1. Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 345. 
— Maspero, {istoire ancienne, t. II, p. 37. 

2. Jensen, De incantamentorum sumerico-assyriorum seriei 
quae dicitur shurbu tabula VI. (Zeitschrift [für Keilschriflfor- 
schung, t, 1, p. 280.) — Sayce, Lectures, p. 472. 

3. Judices, cap. IX, vers. 8-15, trad. d'E. Reuss. 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 447 


aux arbres : Si c'est de bonne foi que vous voulez moindre 
pour être votre roi, venez donc vous abriter sous mon ombre ; 
si non, un feu sortira du buisson pour consumer les cèdres du 
Liban. 


Dans la vision souvent citée que lui envoya l'Éternel, 
pour lui révéler le sort différent qui attendait les [Israé- 
lites, emmenés par Nabuchodonosor à Babylone et ceux 
qui étaient restés en Judée avec Sédécias, Jérémie 
voit deux corbeilles pleines de figues placées devant le 
temple’ ; l’une renfermait de très bonnes figues, comme 
le sont celles de la première saison; l’autre des figues 
très mauvaises et qui n'étaient même pas mangeables. 
Et l'Éternel luf dit: « Tels que ces bonnes figues, je 
reconnaitrai à bonnes fins les déportés de Juda, que 
j'ai chassés de ce pays-ci dans la terre des Chaldéens; 
je les ferai revenir; je les replanterai et ne les arra- 
cherai point. Et tels que les figues mauvaises, qui ne 
sont pas mangeables, je ferai de Sédécias et des restes 
de Jérusalem demeurés en ce pays ou établis en 
Égypte, un objet d'horreur pour tous les royaumes de 
la terre. » F 

Non moins célèbre est l’allégorie dans laquelle le pro- 
phète Ézéchiel représente sous la figure de deux aigles 
Nabuchodonosor et le roi d'Égypte, sous celle d’un cèdre 
Jéchonias et d'une vigne Sédécias*. Le premier aigle 
l'avait mise dans un sol fertile, « pour qu’elle poussàt et 
devint une vigne plantureuse, humble de taille, de ma- 
nière que ses branches se tournassent vers lui. » Mais 
après avoir poussé ses rameaux et s'être couverte de 
feuillage, cette vigne recourbe ses racines vers le se- 


1. Cap. xxiIv, vers. 1-9. 
2. Cay. XVI, vers. 3-10. 


#48 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


cond aigle et étend vers lui ses branches. Aussi au lieu 
de pousser de vigoureux sarments et de porter des 
fruits, elle est coupée, son feuillage se fane et elle se 
sèche complètement. 

C’est aussi par des images empruntées au règne végé- 
tal, qu'Isaïe dépeint la ruine qui allait fondre sur Moab": 


Elles languissent les campagnes de Heshbôn, les vignes de 
Sibmah, dont les nobles ceps enivraient les rois, qui pous- 
saient jusqu’à Jazer, erraient à travers la savane, et dont les 
pampres s’étendaient au-delà de la mer. Je pleure les vignes 
de Sibmah avec les larmes de Jazer; je vous arrose de mes 
larmes, Heshbôn et Éléaleh, car le cri de guerre est venu 
fondre sur votre récolte, votre vendange. Lagoie et l’allégresse 
sont bannies des vergers; dans les vignes plus de chants, plus 
de cris! Personne ne foulera plus le vin dans les cuves. 


Zacharie a recours aux mêmes images pour annoncer 
la désolation qui menace Israël *: 


Ouvre tes portes, Ô Liban, pour que le feu dévore tes cè- 
dres! Lamentez-vous, cyprès, de ce que les cèdres tombent, 
de ce que les puissants sont abattus ! Lamentez-vous, chênes de 
Bashan, de ce que la forêt inaccessible est mise à bas !.… Écoutez! 
les jeunes lions rugissent, car elle est détruite, la parure du 
Jourdain. > 


Dans Osée*, une allégorie semblable montre ce 
qu'Israël, qui, avant sa faute, était « une vigne cou- 
ronnée de pampres et chargée de raisins », redeviendra 
une fois pardonné par Dieu : 


Je serai pour Israël comme la rosée ; il fleurira comme le 
lis et jettera des racines comme celles du Liban ; ses rejetons 


s'étendront, sa beauté sera comme celle de l'olivier; son par- 
Li 


1. Cap. xvi, vers. 8-10, trad. d'Ed. Reuss. 
2. Cap. xir, vers. 1-2. ns 
3. Cap. x, vers. 1 et cap. XIV, vers. 6-8. 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 449 


fum sera pareil à celui du Liban. Ceux qui s’assiéront sous son 
ombre produiront de nouveau du blé, ils fleuriront comme la 
vigne et leur renom cela celui du vin du Liban. 


Olivier verdoyant, beau et couvert de fruits magnifiques, 
tel était le nom que te donnait l'Éternel, s’écrie Jérémie! en 
parlant d'Israël coupable ; mais au milieu d’un grand fracas sa 
foudre est tombée sur toi et tes branches sont brisées. 


Isaïe en particulier affectionne ces images tirées du 
monde végétal ; c’est ainsi que réprimandant Israël au 
sujet de son polythéisme : 


En ce jour, dit-il?, la gloire de Jacob sera obscurcie..: il 
sera, comme le champ de la plaine de Réfaïm, dont le mois- 
sonneur à ramassé les chaumes, après avoir coupé les épis, et 
où vient glaner misérablement le glaneur. Il sera comme 
l'olivier, où, après la récolte des olives, il reste à peine à gra- 
piller deux ou trois fruits dans les hautes branches... Il a oublié 
le dieu de son salut, il a planté un jardin à sa guise, y a mis 
des ceps étrangers, et les a entourés d’une haie; de bonne heure 
il a vu fleurir ses plants, mais la récolte lui échappe au jour du 
malheur. 


Et opposant à la fragilité des choses humaines l’im- 
mutabilité de la parole divine, le même prophète 
s'écrie*: « Tous les mortels sont comme l'herbe et 
toute leur beauté comme la fleur des champs : l'herbe 
se dessèche, la fleur se fane; mais la parole de notre 
Dieu subsiste à jamais. » « Les hommes, dit de même 
le Psalmiste‘, croissent comme l'herbe; elle fleurit et 
pousse au matin, le soir on la coupe et elle sèche. » 

Pour caractériser la conduite du dieu des armées et 


1. Cap. x1, vers. 16. 
2. Cap. xvu, vers. 4-6 et 10-11. 
3. Esaias, Cap. XL, vers 6-7. ” 
&. Psalmus LXXXIX, vers 5-6. 
L. 29 


450 LES PLANTES CUEZ LES SÉMITES. 


la prudence de ses conseils, le premier Isaïe le com- 
pare’ au laboureur qui, après avoir aplani son champ, 
y sème, au temps voulu, la nielle et le cumin, le blé, 
le millet et l’orge. L'Écriture, voulant peindre la paix 
dont jouissait le peuple juif « durant les jours de Sa- 
lomon », dit que* « chacun reposait sous sa vigne et 
sous son figuier depuis Dan jusqu'à Bersabée » ; et afin 
de donner une idée de la prospérité qui régnait alors, 
elle ajoute* que « les cèdres étaient devenus aussi 
communs que les sycomores, qui croissent dans les 
champs. » Pour montrer qu’il lui a pardonné, le Sei- 
gneur dans Joël promet à Israël de lui envoyer du 
blé, du vin et de l'huile. » Les prairies, ajoute-t-il, 
vont reprendre leur éclat, les arbres porteront leurs 
fruits, le figuier et la vigne prodigueront leurs ri- 
chesses. » C’est dans le même sens que l'Éternel dit 
dans le second Isaïe*: « Je mettrai dans la steppe le 
cèdre et le cassie, le myrte et l'olivier; je planterai 
dans la lande le cyprès, le platane et le sapin. » Et 
ailleurs: « Les cyprès s’éleveront à la place des ronces, 
le myrte croîtra à la place de la bruyère. » « Leur 
vigne », dit Moïse°, parlant des peuples idolâtres, 
« provient de celle de Sodome et des campagnes d’A- 
morah ; leurs raisins sont des raisins vénéneux, ils ont 
des grains amers. Leur vin, c’est du fiel de serpent. » 

Jacob mourant compare Joseph à un « sarment fé- 


à Cap. xxvin, vers. 24-25. 


. 1 Regna, cap. 1v, vers. 25. — à Regias Cap. XVIII, vers. 
“ — Esaias, cap. xxxvI, vers. 16. — Mich., cap. IV, vers. 4. 

3.41 Regna. Cap. X, vers.) 27. — 1 Paralipomena, Cap. I 
vers. 15. 


&. Cap. n, vers. 19 et 22. 
5. Cap. xui, vers. 19; cap. LV, vers. 43. 
6. Déuleronomium, cap. xxxI, vers. 32. 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 451 


cond, planté près de la fontaine et dont les branches 
.couvrent la muraille ‘ », et il dit de Juda qu’ « il liera 
son ànon à la vigne, et lavera sa robe dans le vin, son 
manteau dans le sang de la vigne. » Pour le Psalmiste? 
Israël est « un cep de vigne, qui, apporté d'Égypte, 
a poussé des racines, remplit la terre et couvre les 
montagnes de son ombre »; et l’homme juste est 
« comme l'arbre planté près du cours des eaux. » « Il 
croît, dit-il encore, comme le palmier ; il s'élève 
comme le cèdre du Liban. » Le poète sacré dit de lui- 
même qu'il est semblable à un « olivier, qui se couvre 
de feuilles dans la maison de Dieu. » Jahveh, dans 
Osée“, se compare à un « cyprès toujours vert ». « Je 
suis la vraie vigne », dit Jésus”, « et mon père est 
vigneron. » Pour Ezéchiel* Ashshour est « un cèdre 
du Liban, aux branches belles et touffues, magnifique 
de hauteur et élevant sa cime jusqu'aux nues. » 

. On retrouve ces mêmes images, mais développées, 
dans la belle allégorie du livre de Daniel’, qui peint 
la grandeur et la puissance de Nabuchodonosor, puis- 
sance auquel un lamentable abaissement devait mettre 
un terme : 


C'était un arbre d’uñe grandeur prodigieuse au milieu de 
la terre, arbre grand et fort, dont la cime touchait aux cieux 
et était visible jusqu'aux extrémités de la terre. Son feuillage 
était beau et ses fruits abondants; il y avait là de quoi nourrir 
le monde entier. Les animaux de la campagne s’abritaient 


. Genesis, cap. XLIX, vers. 22 et 11. 

. Psalmi LxxX, vers. 8; 1, vers. 3; XCII, vers. 15. 
. Psalmus 11, vers. 8. 

Cap. x1v, vers. 9. 

. Johannes, cap. XV, vers. 1. 

. Cap. xxXXI, vers. 3. 

7. Cap. 1v, vers. 7-9, 


A O1 + QG D 


452 LES PLANTES CIIEZ LES SÉMITES. 


sous son ombre, dans ses branches se logeaient les oiseaux du 
ciel et tout ce qui vit s’y rassassiait. 

Il faut rapprocher de ce portrait celui que la Sa- 
gesse trace d'elle-même dans l'Ecclésiastique * : 

Je m'élevai comme le cèdre du Liban, comme le cyprès 
sur les hauteurs de l'Hermon. Je grandis comme le palmier 
sur le rivage, comme les rosiers de Jéricho, comme un bel 
olivier dans la plaine, comme un platane aux bords des eaux. 
J'ai répandu l'odeur du cinnamome et de l’aspalathe ; j'ai exhalé 
les parfums de la myrrhe. . 

Je ne puis m'empêcher de citer encore cette belle 
apostrophe du même écrivain s'adressant aux hommes 
pieux: « Croissez comme la rose au bord du ruisseau ; 
répandez une suave odeur comme l’encens ; faites éclore 
des fleurs comme le lis. » 

La Bible est remplie de ces comparaisons et de ces 
allégories empruntées au monde des plantes et partant 
bien faites pour frapper des populations agricoles ou 
pastorales. Pour annoncer la venue du Messie, Isaïe 
dit* qu’un « rejeton sortira de la tige de Jessé et qu'une 
fleur s’élèvera de ses racines. » Les tentes d'Israël ap- 
paraissent à Biléam « comme des aloès plantés par Jah- 
veh, comme des cèdres sur le bord des eaux'. » Vou- 
lant rappeler à quel point étaient redoutables les 
Amorrhéens, Amos dit” que « leur taille égalait celle 
des cèdres et leur force celle des cyprès. » Parlant du 


4. Cap. xxiIv, vers. 17-23. 

2. Cap. xXxxIx, vers. 47-19: 

8. Cap. x1, vers. 1. Et parlant du « serviteur de Dieu » 
opprimé: « Il poussait, dit lesecond Isaïe, cap. Li, vers. 2, comme 
un arbrisseau languissant, comme un rejeton, qui sort d’un sol 
aride. » Cf. le portrait de Simon dans l’Ecclésiastique, L. 8-11. 

4. Numeri, cap. XXIV, vers. 6. " 

5. Gap. 11, vers. 9. 


LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 4b3 


jour où Dieu humiliera la fierté des mortels, « Jahveh, 
dit le premier Isaïe, aura son jour... sur tous les cè- 
dres du Liban, hauts et élevés, et sur tous les chènes 
de Bashan. » Ailleurs il compare ceux qui abandonnent 
l'Eternel à des « térébinthes dépouillés de leurs 
feuilles !. » Le second Isaïe, par une figure analogue, 
appelle les Israélites affranchis des « térébinthes de 
justice, plantation de l'Eternel. » Et, dernier trait au 
tableau de la béatitude future qu'il leur promet, il 
ajoute : « Comme la terre fait pousser ses germes, 
comme un jardin fait germer ses graines, ainsi le Sei- 
gneur fera germer le bonheur et la gloire*. » D’après 
les Proverbes”, la femme étrangère devient à la fin 
« amère comme l’absinthe ». La hâte avec laquelle 
l'amandier fleurit est dans Jérémie“ le symbole de la 
promptitude que l'Éternel met à accomplir ses me- 
naces. Leur prétant du sentiment, Isaïe dit que « les 
cyprès et les cèdres du Liban se réjouissent de la 
chute de Babylone ». Ailleurs montrant les montagnes 
et les collines qui éclatent d’allégresse au retour des 
exilés, « tous les arbres de la campagne, ajoute-t-il, 
tressailleront de joie. Les cyprès s'élèveront à la place 
des broussailles et à la place des ronces croitra le 
myrte *. » 


1. Cap. n, vers. 11-12 et cap. 1, vers. 30. 
2. Cap. LxI, vers. 9 et 11. 

3. Cap. v, vers. #4. 

&. Cap. 1, vers. 11-12. 

5. Cap. xIv, vers. 8 et Cap. Lv, vers. 12-13. 


CHAPITRE IV. 


LES PLANTES DANS LES LÉGENDES DIVINES. DANS LES 
CÉRÉMONIES PROFANES ET RELIGIEUSES ET DANS LA 
MÉDECINE. 


Au temps où en haut il n’y avait rien qui s’appelât ciel, 
où en bas rien n’avait recu le nom de terre!, Apsou, l'Océan, 
qui le premier fut leur père, et Tiämat, le chaos, qui les en- 
fanta tous, mêlaient ensemble leurs eaux... Rien n'existait en- 
core ; enfin les dieux se manifestèrent. Loukhmou et Lakhamou 
parurent les premiers, puis Anshar et Kishar se produisirent. 
Après une longue suite de jours Anou, Bel, Éa, naquirent à 
leur tour, car Anshar et Kishar les avaient enfantés. É 


C'esten ces termes que les tablettes du palais d’Ashs 
shourbanipal racontent la lente genèse des dieux. Avec 
le temps leurs formes, confuses et incertaines tout 
d’abord, devinrent plus précises et leur individualité 
s’accrut avec leur fécondité. Anou, « le père des 
dieux » et le ciel divinisé, Bel — Inhil, — « le roi 
de la terre », Éa, le souverain des eaux et le sage par 
excellence, se dédoublérent, Anou en Anat, Bel en 
Bélit — la Beltis des Grecs —, Éa en Damkina, et 
s’unissant aux épouses qu’ils avaient déduites d’eux- 


1. Fr. Lenormant, Les origines de l'histoire d'après la Bible. 
Paris, 1880, in-12, t. I, p. 495. — A.-II. Sayce, Lectures on the 
origin and growth of religion as illustrated by the religion of 
the ancient Babylonians. London, 1891, in-8, p. 384. — Mas- 
pero, {Histoire ancienne, t. I, p. 537. 


Vu 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 499 


mêmes, donnèrent naissance à d'autres divinités; le 


monde entier fut bientôt peuplé de leur descendance. 
Ce fut d’abord Sin, qui préside à la lune, Shamash, 
le dieu du soleil, le « messager des dieux », Ramman, 
souverain de l'atmosphère, Adar, le « dieu puissant », 
puis Ninib, Mardouk « l'interprète des esprits du ciel 
et de la terre », Nergal « le roi de la bataille », Ishtar 
«la première née du ciel et de la terre »‘', et Nébo 
« seigneurs des planètes »: Saturne, Jupiter, Mars, 
Vénus et Mercure, enfin l’armée des « 65,000 dieux 
du ciel et de la terre, » dont parle Ashshournazirbal . 

Ce vaste panthéon ne prit pas naissance en une fois ; 
formé de la réunion des divinités sumériennes et sé- 
mitiques, il n’arriva à sa constitution définitive qu'après 
de longs siècles, pendant lesquels plus d’une divinité 
primitive se transforma, se confondit avec une autre 
plus jeune ou s’effaça devant elle. Chaque ville avait 
son dieu tutélaire, qui pour elle était aussi le dieu su- 
prême. Ourouk honorait surtout Anou; Bel était le su- 
zerain de Nipour; Éa, le protecteur d’Éridou ; Sin trô- 
nait dans Our, Shamash à Larsa, Nergal était le dieu 
de Koutha, Nébo celui de Borsippa. Anou, Bel et Éa 
formaient une première triade de dieux; une seconde 
était composée de Sin, de Shamash et de Ramman. 
Ishtar, la « dame des dieux », finit par se substituer 
à ce dernier; Éa la chargea avec Sin et Shamash de 
régir le firmament. A la fois « l'étoile du soir, qui pré- 
cède l’apparition de la lune et l'étoile du matin, qui 
présage la venue du soleil », le double caractère de 


1. H. Winckler, Znschriften Salmanassar's II.(Keilinschrift- 
liche Bibliothek, t. T (an. 1889), p. 131.) 
2. Sayce, Lectures, p. 216. 


456 LES PLANTES CIEZ LES SÉMITES. 


l'astre reparaît dans sa nature divine; comme étoile du 
soir et sous le nom de Bélit-Ilanit — la Mylitta d'Hé- 
rodote, — elle était la déesse de l’amour et de la fé- 
condité; comme étoile du matin et confondue avec 
Anounit, elle présidait, froide et chaste, aux combats. 
Cette seconde qualité devait la rendre chère à la race 
guerrière des Assyriens ; elle prit place avec les prin- 
cipaux dieux chaldéens dans leur panthéon présidé par 
Ashshour ‘, « le maître des dieux », dont le globe ailé, 
avec la figure auguste, se voit sur tous les monuments 
de Ninive, menaçant de son arc vainqueur les ennemis 
de sa nation *. 

Seule des déesses du panthéon chaldéen, Ishtar 
n'était point, comme Bélit ou Damkina, l’incarnation 
féminine d’un dieu plus grand ; mais elle ne vécut pas 
renfermée dans un farouche isolement; elle s'était 
éprise du berger Doumouzi, fils d'Éa et de Damkina, 
tandis qu'il paissait ses troupeaux sous l'arbre mysté- 
rieux d’Éridou, qui couvre la terre de son ombre. Son 
bonheur fut de courte durée; un sanglier blessa mor- 
tellement le doux pâtre et le précipita au royaume 
d’Allat, la déesse implacable des Enfers”. Ishtar ne 
craignit pas de pénétrer dans ces sombres demeures et 
elle ramena son époux à la lumière du jour. 

Nous n'avons ici qu'une face, la meilleure de la my- 
thologie chaldéenne et assyrienne; à côté des dieux 


1. Ashshour, que MM. Peiser et Winckler appellent Ashour, 
avait épousé Nin-lil. Zymne K 100. Sayce, Lectures, p. 128. 

2. Rawlinson, op. laud., t. Il, p. 3 et 4: Une inscription de 
Salmanassar IT fait aussi mention de Nouskou, «le dieu sage ». 

3. À. Jeremias, Die Hüllenfahrt der Istar. (Die babylonisch- 
assyrischen Vorstellungen vom Leben nach dem Tode. Leipzig, 
1887, in-8, p. 11-23.) 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 497 


bienfaisants et promoteurs des choses bonnes, les Sé- 
mites de la Mésopotamie, comme les Sumériens avant 
eux, croyaient aussi à l'existence de génies malfaisants 
et instigateurs des choses mauvaises”, les Anounaki 
ou esprits de l'Enfer*. Jalouse des dieux, dont l'activité 
créatrice restreignait son domaine, Tiämat les avait 
appelés à la vie, et, à leur tête, elle était partie en 
guerre contre ses redoutables ennemis. Les habitants du 
ciel s’effrayèrent à son approche ; seul Mardouk — le 
Mérodakh de la Bible, — fils d'Éa et de Damkina, ne 
craignit pas d'affronter la reine du chaos; armé par 
son père de la foudre et de la harpé, il l'attaqua, la 
vainquit et dispersa son armée”; puis de son couteau 
il fendit le cadavre du monstre, « suspendit en hautune 
des moitiés qui forma le ciel, étendit l’autre sous ses 
pieds pour en faire la terre et constitua l’univers, tel 
que les hommes l’ont connu depuis lors*. » 

La victoire de Mardouk en fit le représentant le plus 
auguste du panthéon chaldéen, « le roi de la terre, le 
seigneur du monde »°; sous le nom de Bel-Mardouk, 
il devint le dieu suprême de Babylone”; on le regar- 
dait comme l'organisateur du ciel, le dieu qui en avait 
réglé les mouvements et avait frayé leur route aux 


1. Fr. Lenormant, Les Dieux de Babylone et de l'Assyrie. 
Paris, 1877, in-8, p. 13. 

2. Les esprits du ciel, eux, s’appelaient Igigi.— C.-P. Tiele, 
* Histoire comparée des anciennes religions de l'Égypte el des 
peuples sémitiques, trad. G. Collins. Paris, 1882, in-8. p. 169. 

3. Lenormant et Babelon, /istoire ancienne, t. V, p. 243- 
245. — Sayce, Lectures, p. 102. 

4. Maspero, op. laud.,t. 1, p. 542. 

5. Hymne, vers. 1. Sayce, Bel-Merodach of Babylon. (Lec- 
tures, p. 99.) 

6. Sa femme était Zarpanit et Nébo son fils. 


415$ LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


astres; c'est lui aussi qui aurait songé d’abord à 
peupler la terre; mais pour cette dernière œuvre, les 
autres dieux lui prêtèrent leur concours ; ils couvrirent 
le sol de verdure, et tous ensemble fabriquérent les 
êtres de toute espèce qui habitent le monde : animaux 
domestiques, bêtes sauvages, reptiles, hommes enfin. 
Ces derniers menèrent d’abord une existence assez mi- 
sérable et « vécurent sans règle, à la manière des 
bêtes », jusqu’au jour où, sorti de la mer Érythrée, un 
monstre doué de raison, Oannès, entreprit de les civi- 
liser. Il leur enseigna les principes des lois, la pra- 
tique des sciences et des lettres avec l’art de bâtir les 
villes, et leur apprit à semer et à récolter, ainsi que 
tout ce qui peut contribuer à la douceur de la vie *. 
Mais séduits par Tiàmat, les hommes se corrom- 
pirent et cessèrent de sacrifier aux dieux, à qui ils de- 
vaient leur heureuse existence. Mécontent de leur 
indifférence, Bel résolut de les exterminer; mais Éa, 
mù de pitié, avertit le vertueux Shamashnapishtim — 
le Xisouthros de RBérose — du péril qui menaçait ses 
semblables. Sur l’avis du dieu bienfaisant, le héros 
construisit une arche de 140 coudées de long et y entra 
avec sa famille, ses serviteurs et des bêtes de toute sorte. 
Bientôt la pluie commença à tomber; quand elle eut 
cessé et que l’inondation diminua, l'arche s'arrêta sur 
le mont de Nisir. Le septième jour Shamashnapishtim 
làcha une colombe, puis une hirondelle, qui revinrent, 
ne sachant où se poser; un corbeau, qu'il làcha en- 
suite, revint aussi vers le navire, en battant de l'aile, 
mais il n’y rentra pas”. Le déluge était fini. Shamash- 


1. Bérose, Frag. I, 3. (Fragmenta hisloricorum græcorum, 
éd. Car. et Th. Mülleri, t. [T, p. 496). 
2, George Smith, The Chaldean account of genesis, con- 


LES PLANTES DANS LES MYTHES, 459 


napishtim sortit alors de l'arche et offrit un sacrifice 
que les dieux acceptèrent. Bel lui-même, qui avait 
juré la perte du genre humain, s’apaisa et il récom- 
pensa le pieux patriarche, en lui accordant, ainsi qu'à 
sa femme, l’immortalité. Shamashnapishtim, enlevé par 
le dieu du milieu des siens, « fut transporté au loin, à 
l'embouchure des fleuves'. » . 

_Les dieux et les légendes de la théogonie babylo- 
nienne n'étaient pas particuliers à la Chaldée et à l’As- 
syrie ; on les retrouve en partie chez toutes les nations 
sémitiques. Là toutefois les mythes ne s'étaient pas 
combinés savamment, comme dans les sanctuaires de 
la Chaldée, et si la croyance au chaos et aux divinités 
qui en sont sorties y exista également, on ne trouve 
plus, à l’époque où nous reportent les monuments, que 
la notion d'un dieu suprême, dont le nom, sinon les 
attributs, varie quand on passe d’un peuple à l’autre: 
« monolatrie » locale, qui ne devait arriver à la forme 
pure et vraiment élevée du monothéisme hébreu, 
qu'avec le Yaveh des prophètes, « le dieu qui trône au 
milieu des éclairs et des tonnerres *. » Appelé El « le 
Fort », dénomination qui n’est qu'une autre forme du 
nom chaldéen Il ou Ilou, chez les Sabéens et dans une 
partie de la Syrie, Allah dans le Hedjaz et Hadad chez 
les Araméens, ce dieu suprême portait le nom,de Baal 


laining the description of the creation, the deluge, etc., éd. by. . 
A.-H. Sayce, London, 1880, in-8, p. 279 et suiv. — Id., übers. 
v. Herm. Delitzsch nebst Erläuterungen v. Fr. Delitzsth. 
Leipzig, 1876, in-8, p. 227 et suiv. — A. Jeremias, /zdubar- 
Nimrod, p. 35. 

1. Paul Haupt, Der keilinschriflliche Sintflutbericht, dans 
Eberh. Schrader, Die Keilinschriften und das alte Testa- 
ment. Giessen, 1883, in-8, p. 64. ‘ 

2. Tiele, {istoire des anciennes religions, p. 343. 


460 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


chez les Cananéens et dans quelques villes de la Phé- 
nicie, tandis que les Moabites lui donnaient celui de 
Kémosh et que les Ammonites l’appelaient Milkom ‘. 
Chaque ville ajoutait d’ailleurs au nom de son « sei- 
gneur » particulier une épithète, qui le distinguait des 
dieux des autres villes; ainsi à Tyr Baal prenait le 
surnom de Melqarth « le roi de la ville », à Éqrôn celui 
de Zébout, à Gébal, le surnom d’Adôn « le maître ». 

De même qu’à côté de chaque dieu chaldéen se 
trouvait une déesse issue de lui, auprès de Baal avait 
pris place également sa sœur germaine et son épouse 
Astarit — l'Ashtoret des Hébreux, l'Astarté des 
Grecs, l’Ishtar assyrienne. — Comme la déesse tuté- 
laire d'Ashshour s’était éprise du berger Doumouzi, 
l'Astarté phénicienne s’unit au chasseur Tammouz — 
Adonis — qui, lui aussi, fut mortellement blessé par 
un sanglier *. Enfin, autre trait de ressemblance avec 
le panthéon chaldéen, la mythologie phénicienne con- 
naissait aussi des espèces de triades ; à Sidon, il y en 
avait une composée d'Astarit, de Baal et d'Eshmoun ; 
la triade de Carthage était formée de cette dernière 
divinité, de Baal-Hamon et de Tanit. 

Créateurs du monde des plantes, comme de tout 
l'univers, les dieux du Panthéon sémitique en étaient 
aussi les protecteurs *; ils leur avaient communiqué 
quelque chose de leur nature auguste et les avaient 


1 Lenormant et Babelon, Æisloire ancienne, t. VI, p. 566. 
— Stade, Geschichte des Volkes Israel, t. 1, p. 429. — Tiele, 
op. laud., p. 285-287. 

2. Sayce, Lectures, p. 227. — Maspero, istoire ancienne, 
tail 1p2475. ; 

3. Il est question dans plusieurs incantations du « Dieu des 
herbes ». Sayce, Magical texts. (Lectures, p.468 et 476.) 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 461 


associés à leur existence et à leurs pensées. Un ancien 
hymne salue Sin, le dieu-lune, comme faisant germer 
la terre par son ordre et la couvrant de verdure’. Dans 
un « psaume » Shamash, le Dieu-Soleil, est repré- 
senté comme habitant à l'ombre des cèdres, les pieds 
reposant sur la brillante verdure de l'herbe”. On le 
regardait parfois aussi comme le patron et le maitre 
des plantes marécageuses, qui croissaient dans le voi- 
sinage de Telloh*. Le nom d'Éa passait pour être ins- 
crit sur le cne du cèdre*. Quand ce dieu voulut faire 
connaître à Shamashnapishtim l'approche du déluge, 
que Bel allait déchainer sur la terre, il confia aux ro- 
seaux, qui devaient le lui révéler, le redoutable 
secret. | 

Dans leur expédition contre Khoumbaba, roi élamite 
de la Babylonief, Izdoubar — Gilgamès — et Éabani 
arrivent à un bois sacré, qui environne la ville du 
conquérant et dont l'étendue et les arbres magnifiques 
les remplissent d’admiration ; une colline couverte de 
cèdres, séjour des dieux, sanctuaire d'Irnini, les frappe 
surtout; au pied se dresse un cèdre majestueux, à 
l'ombre puissante et plaisante, arbre dont ils célèbrent 
à l’envi la beauté, le bois odorant et l’imposante gran- 
deur. C’est là le Tin-tir « bocage de vie », voisin du lieu 
où Delitzsch à placé le Paradis terrestre”, et qui pour- 
rait bien aussi avoir été un de ces bois de la Babylonie, 


. Lenormarit et Babelon, Histoire ancienne, t. V, p. 2497 
. A.-H. Sayce, Lectures, p. 173. 
. Sayce, op. laud., p. 2%4. 
. Sayce, op. laud., p. 242. 
. Jensen, Die Kosmologie der Babylonier. Strassburg, 1890, 
in-8, p. 369. — Maspero, /Jistoire ancienne, t. I, p. 567. 
»“ 6. A. Jeremias, Zzdubar-Nimrod, p. 23. 
7. Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ?, p. 141. 


O1 + Oo 19 —= 


462 LES PLANTES CILEZ LES SÉMITES. 


dont Alexandre, au rapport d'Arrien', fit couper les 
cyprès pour construire une flotte ! 

Une légende donnait, pour-premier séjour à Dou- 
mouzi, le jardin d'Édin, que la tradition babylonienne 
plaçait dans le voisinage d'Éridou, et au centre de la 
terre. Dans ce jardin se trouvait un arbre merveilleux 
aux racines de cristal blanc, qui s’étendaient jusque 
dans l’abime, et dont la tête répandaitune ombre sem- 
blable à celle d’une forêt ; là aimaient à se reposer la 
déesse puissante, qui vogue à travers le ciel — Ishtar 
— et Doumouzi*. 

La légende de l'arbre d'Éridou est comme le sym- 
bole du culte que les Sémites-Mésopotamiens avaient 
pourle monde végétal et en particulier pour les arbres. 
Dans la Chaldée, surtout dans la Chaldée méridionale, 
le palmier, cet arbre si précieux pour cette contrée, 
était devenu un objet général de vénération; aussi le 
voit-on souvent sur les cylindres, surmonté de l’em- 
blème du dieu suprême et placé entre des génies qui 
l'adorent. Dans l’Assyrie, au contraire, c’est le cyprès 
qui semble avoir revêtu ce caractère sacré. On le ren- 
contre au milieu de scènes d'initiation, et Lajard a 
voulu en faire un emblême de la déesse Mylitta*. Dans 
la plante vénérée sur un bas-relief de Ninive*, on a 
même cru reconnaitre, bien qu'à tort, l’Asclepias acida 
dont on extrayait dans l’Inde le breuvage divin du 
soma. 

: 


1: Anabasis, lib. VIT, cap. 19, 4. 

2. Sayce, Leclures, p. 238 et 471. 

3. Lenormant, Les origines de l'histoire, t. I, p. 82. 

4. Recherches sur le culte du cyprès pyramidal. (Mémoires 
de l'Académie des Inscriptions, t. XX, 2e partie, p. 62.) 

5. Botta, Monuments de Ninive, t. I, pl. 150. . 

6. Lajard, Culte de Mithra, pl. LXI, n° 6. 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 463 


Mais l'arbre sacré des Chaldéo-Assyriens offrait 
le plus souvent un aspect purement conventionnel et 
décoratif; la forme la plus ordinaire qu’il présente est 
celle d’une tige surgissant du milieu des cornes d'un 
ibex et projetant autour d'elle une série de rameaux 
plus ou moins simples, droits ou recourbés, dont chacun 
se termine, soit par une espèce de cône végétal", soit 
par des grenades * ou même par un triple bouton ou 
ovaire”. D’autres fois encore les rameaux de l'arbre 
sacré s’entrecroisentetse terminent par des palmettes 
de fantaisie‘. Surmonté d'ordinaire de l'image du dieu 
suprême, il apparaît tantôt entre deux génies le plus 
souvent ailés et ayant parfois une tête d’aigle, tantôt 
placé entre un génie ou un dieu — par exemple Dagon, 
le dieu-poisson * — un roi, un pontife ou un simple 
adorateur. Quant au cône que les dieux et les génies 
des bas-reliefs tiennent à la main, on a voulu y voir 
une pomme mystique de pin ou de cèdre ; on s'accorde 
aujourd'hui à la regarder Comme le spathe mâle du 
palmier ; les cônes végétaux, qui terminent les bran- 
ches de l'arbre sacré sont, eux, les spathes femelles et 
la représentation générale n’est autre chose que le 
symbole de la fécondation artificielle du dattier, opé- 
ration dont l'importance explique qu’on l'ait repro- 


1. Layard, The monuments, ser. I, pl. 9. 

2. Cylindre du Musée britannique de l’époque des Sargo- 
nides. Perrot et Chipiez, op. laud., t. IT, p. 685. 

3. Musée du Louvre, Bas-relief de Sargon. 

4. E. Bonavia, The sacred trees of the Assyrian monuments. 
(The Babylonian and oriental Record, t. TITI (an. 1888-89), p. 7, 
35, 56.) — Id., The flora of the Assyrian monuments, p. 41- 
60. — Rawlinson, op. laud., t. IT, p. 7-8. 

5. Layard, Discoveries, p. 343. 

6. Edw. B. Tylor, The winged fiqures of the Assyrian monu- 
ments. (Proceedings, t. XII (an. 1890), p. 388.) 


46 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


duite si souvent et qu’elle soit devenue un emblème 
sacré. 


Les plantes n'occupaient pas une place moins consi- 
dérable dans les traditions et les croyances religieuses 
des Sémites occidentaux que dans celles des Chal- 
déens et des Assyriens. La Genèse nous montre l'Éter- 
nel plantant un « jardin de délices » — l'Éden — vers 
l'Orient, et y mettant l’homme qu'il venait de former !. 
Et parmi les arbres « agréables à la vue et bons pour la 
nourriture », qui s’y trouvaient d’après le récit biblique, 
s'élevaient « l'arbre de vie et l'arbre de la science du 
bien et du mal », du fruit desquels il lui était interdit 
de manger. C’est de feuilles de figuier * qu'Adam et 
Eve, après leur désobéissance, couvrirent leur nudité, 
et un rameau verdoyant d'olivier, rapporté par la 
colombe à Noë, annonça au patriarche la fin du déluge *. 
Quand l'Éternel se manifesta à Abraham dans la vallée 
de Mambré, ce fut sous un arbre, un chêne ou un téré- 
binthe, que le patriarche recut les envoyés du Sei- 
gneur‘. Après s'être séparé d’'Abimélek à Bersabée, 
Abraham planta un tamaris en ce lieu”. C’est sous le 
térébinthe de Sékem que le fondateur du peuple d'Israël 
cachases idoles®. Ainsi les lieux les plus vénérés de l’his- 
toire des patriarches étaient marqués par des arbres. 


. Cap. n1,:vers. 8-9. 

. Genesis, Cap. HI, vers. 7. 

. Genesis, Cap. vi, vers. 11. 

. Genesis, cap. XVII, vers: 1 et 4. 
. Genesis, Cap. XXI, vers. 33. 

. (Genesis, Cap. XXXV, vers. 4. 


O2 D 


RARES 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 465 


Le rôle que les arbres jouèrent ainsi dans l’histoire 
ancienne des Hébreux survécut à l’époque des pa- 
triarches ; c'est sous un chêne près de Sékem que 
Josué dresse la pierre, signe de l'alliance, qu'il re- 
nouvela avec le Seigneur, après l'entrée des Hébreux 
dans le pays de Canaan'. C’est sous un térébinthe, 
près d'Ofrah, que l’ange de Jahveh apparut à Gédéon, 
et celui-ci, à l'exemple des patriarches, éleva en ce 
lieu un autel*. C’est encore sous le térébinthe de Sé- 
kem que les habitants de cette ville proclament Abi- 
mélek roi”. On voit la prophétesse Déborah rendre la 
justice sous un palmier entre Ramah et Bêt-El*, comme 
si c’eût été un lieu saint et consacré; le livre de Sa- 
muel nous montre également Saül se reposant sous 
un grenadier à Gabaa”, ou délibérant sous un tamaris 
à Ramah°, et les habitants de Jabès enterrèrent les 
restes de ce prince et de son fils sous un tamaris’ ou 
un térébinthe*, voisin de leur ville. 

Si les arbres occupent une place aussi considérable 
dans l'histoire des Hébreux, c'est que ce peuple leur 
accorda longtemps un caractère mystérieux et surna- 
turel. Il en était de même chez tous les Sémites de la 
Syrie et de l'Arabie ; c'était une tradition chez ces 
peuples que les âmes des défunts aimaient à se reposer 
au milieu de leurs rameaux; dans les arbres aussi, 

1. Jesus Nave, cap. xxIV, vers. 26. 

2. Judices, cap. vi, vers. 11 et 19. 

3. Judices, cap. 1x, vers. 6. 

4. Judices, cap. IV, vers. 5. 

5. 1 Samuel, cap. xIV, vers. 2. 

6. 1 Samuel, cap. xx1, vers. 6. 

7. 1 Samuel, cap. xxx1, vers. 12. 

8 


. 1 Paralipomena, cap. x, vers. 12, Les Septante ont traduit 
par chêne. 


"à 30 


466 LES PLANTES CIHEZ LES SÉMITES. 


pensaient-ils, résidaient des esprits secourables aux 
mortels qui les imploraient. Ils allèrent plus loin, et les 
regardèrent comme des symboles de vie, des ashéras, 
animés par une divinité et doués d’un esprit prophé- 
tique’. Les Nabatéens croyaient entendre des voix an- 
nonçant l'avenir sortir des buissons appelés gharqad”. 
Jahveh reproche aux Hébreux, par la bouche d'Osée ” 
« d'interroger le bois pour qu'illeur prédise l'avenir ». 
Ils pratiquaientla divination en interprétant le murmure 
du vent dans les branches; un chène de Sékem, qui ser- 
vait à cet usage, portait le nom de Chène des voyants*. 
« Le bruit de pas dans la cime des peupliers » annonce 
à David que l'Éternel marche contre les Philistins”. 
Ou comprend que, doués de telles prérogatives, les 
arbres aient pris place dans le culte des peuples sé- 
mitiques. Les habitants du pays de Canaan adoraient 
leurs dieux sous des arbres touffus, comme sur les 
hauts lieux’, et les Hébreux eux-mêmes y sacrifièrent 
longtemps. Abraham invoque le nom de Jahveh sous 
le tamaris, qu'il avait planté à l'endroit où il s'était 
rencontré avec Abimélek”,. et plus tard Jacob y fit un 


1. F.-K. Movers, Das phœnizische Alterthum, t. T, p. 562 
et suiv. — Stade, Geschichte des Volkes Israel, t. I, p. 454. — 
Pietschmann, op. laud., p. 203. 

2. Lenormant, Les origines de l'histoire, t. I, p. 87. Le 
gharqad est, d'après Ascherson et Schweinfurth, la Vitraria 
relusa, plante de la famille des zygophyllacées. Mémoires de 
l’Institut du Caire, t. If, p. 97. 

3.-Cap.1v; vers..12. 

4. Judices, cap. 1x, vers. 37. Ed. Reuss traduit par « chêne 
aux sorciers ». 

5. 2 Samuel, cap. v, vers. 24. Le mot bekaim, que je traduis 
par peupliers, n’a point été identifié avec certitude. 

6. Deuteronomium, cap. xXH1, vers. 2-3. ° 

7. Genesis, Cap. XXI, vers. 33. 


sir ile le 


Mur ls del RNA RARES 


LES PLANTES DANS LES MYTHES. 467 


sacrifice au dieu de son père Isaac. L'Éternel dans 
Osée' reproche aux Israélites de sacrifier « sous le 
chêne, le peuplier et le térébinthe, parce que l'ombre 
en est agréable » ; Salmanassar envahit le royaume 
de Samarie, sous le règne d'Osée, pour punir les ha- 
bitants d’avoir élevé des Astartés sur les collines et à 
l'ombre des arbres touffus et d'y avoir brülé de 
l'encens *. 

Les arbres toujours verts en particulier: palmiers, 
cyprès, yeuses, térébinthes, étaient chez les nations 
sémitiques un objet de vénération. Chez les Phéniciens 
le palmier surtout était en honneur”; il parait avoir été 
consacré à Astarté; peut-être aussi figurait-il dans le 
culte de Baal; dans le Hedjaz il était, en beaucoup d’en- 
droits, l'objet d’un culte véritable‘. Les Qoreyshites 
adorèrent, jusqu'au temps de Mahomet, la déesse Al- 
lat, dans le dattier Dhät-anwàt”. Les habitants de 
Nadjran, dans le Yémen, avant leur conversion au 
christianisme, vénéraient comme un fétiche divin un 
immense dattier, qui se trouvait près de leur ville; ils 
l'ornaient de colliers et d’étoffes précieuses ; chaque 
année, après avoir déposé leurs idoles sous son ombre, 
ils faisaient tout autour une procession solennelle, 
accompagnée de chants et de prières et ils croyaient 


1. Cap. 1v, vers. 13. 

2. 2 Regna, cap. xvu, vers. 10-11. 

3. W. Baudissin, Studien zur semitischen Religionsge- 
schichte. Leipzig, 1876, in-8, t. II, p. 201 et 212. 

4. Osiander, Studien über die vorislämische Religion der 
Araber. (Zeitschrift der deutschen morgenländischen Gesell- 
schaft, t. VII (an. 1853), p. 481.) 

5. L. Krehl, Ueber die Religion der vorislamischen Araber. 
Leipzig, 1863, in-4, p. 73. — Fr. Lenormant, Les origines de 
l'histoire, t. I, p. 82, note 2. 


168$ LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


alors entendre du milieu des branches un esprit leur 
parler *. 

Les Beni-Ghatafän vénéraient un samourah — Acacia 
arabica Willd. — comme l’image de la déesse El-Ouzzà*. 
Cet arbre était également sacré pour les Nabatéens, 
qui le regardaient comme l'arbre de Bel, et ils en por- 
taient des épines en guise de talisman *. Mais nul arbre 
ne joua un rôle plus considérable que le cyprès dans 
la croyance des Sémites occidentaux. Emblème d’As- 
tarté', on le rencontre fréquemment sur les monu- 
ments de la Phénicie et de la Syrie. C’est ainsi que, 
sur la face postérieure de l'autel d'Hiéropolis au Musée 
capitolin, on voit représenté un cyprès couvert de 
fruits; le monument de Palmyre du même musée nous 
montre cet arbre se dressant entre les divinités Aglibol 
et Malakhbel, qui se tendent la main; enfin un trône 
votif en bronze d’origine syrienne à sur sa face anté- 
rieure trois cyprès pyramidaux en relief, symboles 
vraisemblables d'Astarté, du soleil et de la lune”. On 
rencontre également le cyprès sur les monnaies d'Hé- 
Hopolis, entre un taureau et un cheval, et sur des mé- 
dailles phéniciennes du temple d’Arados, entre un tau- 
reau et un lion, symboles encore du soleil et de la 


1. Caussin de Perceval, Æssaisur l'histoire des Arabes avant 
l'islamisme. Paris, 1847, in-8, t. I, p. 125. — Sir William 
Ouseley, Travels in various countries of the East. London, 
1809, in-4, t. I, p. 365. 

2. Osiander, op. laud., p. 486. — Krehl, op. laud., p. 75. — 
Fr. Lenormant, Les origines de l'histoire, t. I, p. 86. 

3. Félix Lajard, Recherches sur le culle du cyprès pyra- 
midal. (Mémoires de l’Académie des Inscriptions, t. XX, 2 
(an. 1854), p.'"8). 

&. W. Baudissin, op. laud., t. II, p. 193. 

5. F. Lajard, Recherches sur le culle du cyprès pyramidal, 
p. 19 et 43. — Baudissin, op. laud., t. Il, p. 195. 


LES PLANTES DANS LES MYTHES, 469 


lune, ainsi que sur des médailles de Damas, où il est 
représenté se dressant à l'entrée d’un temple ”. 

Les Phéniciens portérent le culte du cyprès dans 
leurs colonies de l'Occident; en Crète il y avait un 
bois de cyprès près de Gnosse*; on en voyait un 
aussi à Corinthe auprès du sanctuaire de Bellérophon 
et du temple d'Aphrodite”. Le myrte et le grenadier 
prirent place aussi, quoique moins souvent, dans les 
pratiques ou les croyances religieuses des Sémites 
occidentaux. Le myrte, attribut d’Aphrodite en Grèce, 
semble l'avoir été aussi d’Astarté, sa sœur phéni- 
cienne. Le caractère sacré que les anciens Grecs at- 
tribuaient au grenadier avait vraisemblablement une 
origine sémitique, comme cet arbre lui-même, dont la 
culture fut probablement importée par les Phéniciens 
et les Carthaginois en Grèce et en Italie. 

Mais les arbres isolés n'étaient pas seuls un objet de 
vénération pour les Sémites, les bois aussi et surtout 
étaient sacrés à leurs yeux; ils les regardaient comme 
le séjour favori des Dieux; aussi leur en consacraient- 
ils partout où ils s’établissaient. Ils abondaient en 
Arabie, en Mésopotamie, en Syrie, dans les pays co- 
lonisés par les Phéniciens. Nous verrons les rois de 
Chaldée et d'Assyrie en consacrer à leurs dieux‘. Nous 
avons, dans la légende d’Izdoubar, rencontré un bocage 
sacré près de Babylone ; un bois de cyprès se trouvait 
aussi dans le voisinage d’Arbelles*; les Hébreux 
eurent jusqu'à l'époque de la conquête assyrienne 


1. Lajard, Le Culte du cyprès pyramidal, p.52,57,61, 83 et85. 
2. Diodore, Bibliotheca, lib. V, cap. 66, 1. 

3. Pausanias, Descriplio Graeciae, lib. Il, cap. 2, 4. 

4. Keilinschriflliche Bibliothek, t. TT, p. 191. 

5. Lajard, Le culte du cyprès pyramidal, p. 58. 


470 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


des bosquets sacrés'; Eshmoun, l'Asklépios phéni- 
cien, avait près de Béryte un bois qui fut longtemps 
célèbre ; celui d'Aphaka dans le Liban n'était pas 
moins connu; dans l’île de Cypre des bois nombreux 
étaient consacrés à Aphrodite-Astarté, et Rékhouf, 
l’'Apollon phénicien, était vénéré dans un bois voisin 
de Curium*. Il y avait dans le voisinage du temple 
de Kronos, c’est-à-dire de Baal, à Carthage, des arbres 
sacrés auxquels, nous apprend Tertullien*, Tibère fit 
pendre les prêtres du dieu, et l'on parle d'un bois de 
pins et d’ifs, qui se trouvait dans le voisinage de Ia 
même ville‘ et où des sacrifices humains étaient offerts 
à Didon. 


Les plantes ne furent pas seulement revèêtues, aux 
yeux des Sémites, d’un caractère religieux, elles pri- 
rent place dans leur culte, comme dans celui des 
Égyptiens. C'était là une conséquence naturelle de 
l’anthropomorphisme, qui était au fond des croyances 
religieuses de ces peuples. Regardant les dieux comme 
semblables à eux, leur attribuant les mêmes besoins 
qu'ils avaient eux-mêmes, il n'est point surprenant 
qu'ils aient songé à leur offrir lesmêmes mets dont ils 
se nourrissaient, les breuvages qui servaient à les dé- 
saltérer, ainsi que les aromates dont le parfum les 
charmait. C’est ainsi que tout acte d’adoration fut ac- 


1. Esaias, cap. 1, vers. 29. 

2. Pietschmann, op. laud.. p. 213, note 2. 

3. Apologelica, cap. 1x, 73 (315). 

&, «Taxi circum et piceae squalentibus umbris. » 
Silius Italicus, Punica, lib. I, vers. 83, 


M“. LMD A 
$ 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 471 


compagné d'une offrande, de libations, d’encens brülé 
sur l’autel du dieu que l’on vénérait. 

Ces pratiques remontaient à la plus haute antiquité. 
Après être échappé au déluge, Shamashnapishtim fit une 
libation sur le sommet de la montagne où l'arche s'était 
arrêtée", y dressa sept vases et y plaça du jonc odo- 
rant, avec du bois de cèdre et de genévrier. Pour 
assurer le succès de leur entreprise contre Khoumbaba, 
Éabani, le campagnon de Gilgamès, offre à Shamash 
un sacrifice d’encens et une libation*. Sur une intaille 
chaldéenne on voit, debout devant un autel, un per- 
sonnage tenant, de la main droite, une tige à trois 
branches qu’il semble présenter à deux autres per- 
sonnes en adoration. « À Mardouk, roi de la ville de 
Sirpourla, dit la légende, pour la conservation de Doun- 
ghi, le héros puissant, roi de Our, fils de Our-Gour, 
j'ai fait une offrande*. » Et sur une autre pierre gravée 
de la même époque, qui représente Ourou, patési de 
Nipour sacrifiant, on lit: « A Nouskou, l'intelligence 
suprême, notre roi, pour le salut et la vie de Dounghi….. 
Ourou, patési de Nipour, a consacré ceci‘. » 

L'inscription G de Goudéa, patési de Sirpourla, 
nous le montre, le premier jour de l’année, fête de 
Baou, faisant des offrandes à cette déesse ; il en 
faisait également d’abondantes au dieu Ningirsou”. Il 


1. Le mont de Nisir. P. Jensen, Die Kosmologie der Baby- 
lonier. Strassburg, 1890, in-8, p. 381. — Maspero, Histoire 
ancienne, t. I, p. 570. 

2. A. Jeremias, Zzdubar-Nimrod, p. 21. 

3. Menant, Les pierres gravées, p. 140, fip. 86. 

4. Menant, Les pierres gravées, p. 142, fig. 87. 

5. A. Amiaud, L'inscription G de Goudéa. (Zeitschrift [für 
Assyriologie, t. HI, p. 31.) — A. Amiaud, Znscription de la 
statue B de Goudéa, ap. E. De Sarzec, Découvertes en Chaldée, 


472 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


en institua même, ce qui peut surprendre, en l'honneur 
de sa propre statue, qu’il avait fait faire en pierre de 
Mâgan — la presqu'ile de Sinaï — et placer dans le 
temple de Ningirsou. L'inscription B de cette statue 
nous apprend qu'on lui faisait des offrandes, ainsi qu’à 
celle de Dounghi, pour la néoménie de janvier. Il est 
question dans la table liturgique de Sippara, qui ne 
date, il est vrai, que du 1x° siècle, d’offrandes desti- 
nées à Shamash par le roi de Babylone Éoulbarshà- 
kinshoum*. Son successeur Naboupaliddin institua 
aussi, en l'honneur du même Shamash et des autres 
grands dieux”, ainsi que pour l'entretien de leurs pré- 
tres, de nombreuses et riches offrandes. 

Les bas-reliefs assyriens représentent souvent les 
dévôts, prêtres ou rois, faisant des offrandes ou des 
libations aux dieux*, et les inscriptions en font aussi 
fréquemment mention. Ashshournazirbal parle des 
fruits et du vin qu'il offrit à Ashshour, son maitre”. Une 
inscription de Salmanassar Il rappelle les présents 


3e livr., p. vi. — P. Jensen, /nschriften aus der Regierungs- 
zeil Gudeas. (Keilinschriftliche Bibliothek, t. II, 1, p. 27, 
61 et 63.) 


1. P. Scheil, Le culte de Gudéa sous la 1ve dynastie d'Ur. 
(Recueil de travaux, t. XVIII (an. 1896), p. 64-69.) 

2. Joh. Jeremias. Die Cultustafel von Sippar. (Beiträge zur 
Assyriologie und vergleichenden semitischen Sprachwissen- 
schaft, t. 1 (an. 1890), p. 271.) 

3. Jeremias, Die Cultustafel, p. 274. — Fr.-V. Scheil, /ns- 
‘cription de Nabü-abil-iddin. (Zeitschrift für Assyriologie, 
t. IV (an. 1889), p. 330). — F.-E. Peiser, Znschrift von Nabu- 
abaliddin. (Keilinschriftliche Bibliothek, t. I, 1, p. 173.) 

&. Botta et Flandin, Le monument de Ninive, t. I, pl. 43, 57, 
75; t. II, pl. 105,150, etc. 

5. F.-E. Peiser, /nschriften Ashournazirpals. (Keilinschrift- 
liche Bibliothek, t. I (an. 1889), p. 117.) 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 413 


qu'il institua en l'honneur du grand Dieu’. Sargon men- 
tionne également les nombreuses offrandes qu'il fit à 
Bel, Zarpanit, Nébo et à tous les dieux, « qui habitent 
les villes de Soumir et d’Akkad » *. Les rois du nouvel 
empire babyloniense signalèrentsurtout par leurs riches 
offrandes envers leurs dieux nationaux. Dans l’ins- 
cription du Cylindre de Grotefend, Nabuchodonosor, le 
plus célèbre d’entre eux, énumère avec complaisance 
celles qu'il faisait tous les jours en leur honneur”: 

Chaque jour j'ai prodigué ail, piloü, parure des prairies, 
huile épurée, vin épicé, kourannou, sirash, ashpa, boisson de 
la montagne, vin clair, vin des cantons d’Izalla, Touimou, Sist- 
mounini, Hilbouni, Aranabani, Souham, Bitkoubati, Bitati, 
comme l’eau du fleuve, sur la table de Mardouk et de Zerpanit, 
mes maitres. 


Plus loin‘ Nabuchodonosor rappelle les offrandes 
qu'il avait faites sur l’autel de Nébo et de Nana et sa 
constante fidélité envers les temples Ésagila et Izida, 
où il sacrifiait tous les jours de fètes. Un des temples 
de Babylone recevait de Nabonide un don annuel de 
six boisseaux de dattes”. Ce n’était pas seulement tou- 
tefois en des occasions solennelles qu'on faisait des 
offrandes, les dieux babyloniens en recevaient chaque 
semaine et même chaque jour. Le livre de Daniel nous 


1. H. Winckler, Znschriften Salmanassar's II.(Keilinschrift- 
liche Bibiothek, t. I, p. 139.) 

2. F.-E. Peiser, Znschriften Sargon's. (Keilinschriflliche 
Bibliothek, t. IT (an. 1890), p. 73.) 

3. Lenormant et Babelon, /isloire ancienne, t. V, p. 309. 
— H. Winckler, Znschriften Nebukadnezar's. (Keilinschrift- 
liche Bibliothek, t. TT, 2 (an. 1891), p. 33.) 

4. H. Winckler, tbid., p. 37, 38. 

5. A.-H. Sayce, Social life among the Assyrians and Baby: 
lonians. London, 1893, in-16, p. 12. 


#74 LES PLANTES CIIEZ LES SÉMITES. 


apprend* qu'on offrait tous les jours au dieu Bel douze 
mesures de fleur de farine et six amphores de vin avec 
quarante brebis. 

Les produits végétaux les plus divers figuraient 


dans les offrandes sacrées, qui étaient faites aux dieux - 


de la Chaldée et de l’Assyrie; mais la richesse et la 
variété en augmenta avec les siècles. Goudéa offre à 
la déesse Baou sept pats de dattes et sept cœurs de pal- 
mier’. Sur une pierre gravée, qui représente Beltis 
assise sur un trône devant un autel, sur lequel sont dé- 
posés les objets destinés au sacrifice, on voit un pon- 
tife présenter de la main droite à la déesse un rameau 
couvert de fleurs”. Sur un bas-relief de Ninive un génie 


ailé, qui tient du bras gauche un chevreau, semble offrir 


dela main droite une palme‘. Éoulbarshäkinshoum 
octroie à Shamash un ga de vivres et un ga de boisson 
fermentée ; à son exemple Naboupaliddin son successeur 
institue en l'honneur du dieu et pour l'entretien de ses 
prêtres des offrandes considérables de viandes, de bière 
de Nideà et de légumes”. Ashshournazirpal offre à Bel 
des fruits et du vin; Sargon fait don aux dieux d’A- 
shshôur de bois d'ourkarinou, de cèdre et de cyprès, 
ainsi que des « parfums de toute sorte, produits du mont 
Amamus ». Quant aux offrandes de Nabuchodonosor, 
on à vu quelle en était la variété et la richesse°. Na- 


1. Cap. xIV, vers. 2. 

2. Amiaud, ap. De Sarzec, Découvertes en Chaldée, p. xxI. 
— Keilinschriftliche Bibliothek, t. II, 1, p. 61. 

8. J. Menant, Les pierres gravées, t. 1, p. 168, fig. 400. 

k. Layard, The monuments, ser. I. pl. 35 a. 

5. Zeitschrift [. Assyriologie, t. IV, p. 330. — Keilinschrifl. 
Bibliothek, t. IT, 1, p. 177. 

6. Keilinschriftliche Bibliothek, t. I, p. 117; t. II, p. 78 et 
t. Ill, 2, p. 33, 37 et 88. 


LR ns AT nd a Co RS à) coule és 


a 


Pl 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 475 


bonide, renchérissant sur lui, souhaite de faire entrer 
chaque année à l'Ésagil, « temple des cieux et de la 
terre », le tribut des quatre régions, l'abondance des 
mers, les produits des monts et des plaines”. Mais‘ce 


n'étaient pas seulement des produits végétaux qu'on 


offrait aux dieux et à leurs prêtres, on leur offrait éga- 
lement en don des vergers, des plantations d'arbres sa 
fruits. On voit Éoulbarshäkinshotm donner en l'honneur” 
de Shamash, un jardin au grand prêtre de Sippar, Ékour- 
shoumoushabshi?, ét Mardouk-Baliddin offrir au même 
dieu un bois de palmiers *. 

Comme les offrandes, les libationS en l'honneur des 
dieux occupaient une place considérable dans la litur- 
gie chaldéenne et assyrienne. Les pierres gravées et 
les bas-reliefs de Khorsabad, de Nimroud et de Ko- 
youndjik nous offrent de nombreuses scènes où elles 


sont représentées; ici c'est une libation que Ourou 


répand sur l'autel de Nouskou pour le salut de Dounghi*;: 
là c'est Ashshotrnazirpal qui offre aux dieux une liba- 
tion pour les remercier de la victoire qu’il a remportée 
sur un taureau sauvage’. Ailleurs Sennachérib, une 
coupe à la main, fait une libation sur le corps des lions 
qu’il a tués à la classe®. Sur un obélisque de Koyoun- 


1. Fr.-V. Scheil, Znscriplion de Nabonide. (Zeitschrift für 


_Assyriologie, t. V (an. 1890), p. 405.) 


2. Fr.-V. Scheil, Znscription de Nabü-abil-iddin. (Zeitschrift 
für Assyriologie, t. IV (an. 1889), p. 330.) — F.-E. Peiser, /n- 
schrift von Nabu-abal-iddin. (Keilinschr. Bibliothek, t. WT, 1, 
p. 179.) 

3. Peiser u. Winckler, Znschrift Merodach-Baladan's IL. 
Done Bibliothek, t. TI, 1; p. 191.) 

. Menant, Les pierres gravês, t. I, p. 142, fig. 87. 

5 Musée britannique. Perrot et Chipiez, op. laud., t. IF, 
p. 154, pl. 205. 

6, Botta, Monument de Nüinive, t. I, pl. 57. — Victor 


476 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


djik on voit le même roi verser une libation dans une 
large jatte, placée Sur un support, qui se dresse de- 
vant un autel, d’où s'élèvent des flammes, tandis que 
les prêtres amènent la victime destinée au sacrifice’. 
Les inscriptions des monuments assyriens et baby- 
loniens mentionnent aussi et fréquemment les libations 
et les aspersions, qui précédaient ou accompagnaient 
le sacrifice. Quand on élevait un temple, on en arrosait 
les fondements avec diverses substances consacrées ; 
on en aspergeait également les murs, le seuil et même 
les serrures et les verrous”. « Avec de l'huile par- 
fumée, ‘du miel, de la crème, du vin de sésame, du vin 
de montagne, j'en arrosai les fondements », dit l’ins- 
cription de la pierre noire”. Nabopolassar nous apprend 
qu'il mit de l'huile excellente et des aromates, etc., 
sous les fondements des murs du temple de Mardouk*. 
Naboupaliddin, dans son inscription, rapporte aussi 
qu’il aspergea le seuil du temple de Shamash avec du 
miel, du vin et de l'hydromel”, et Nabonide dit qu'il 
arrosa les murs du même temple avec du vin de pal- 
mier, du vin, de l'huile et du miel. Quand il eut édifié 
en l'honneur de Shamash le temple Tbarra, ce prince 
en aspergea aussi soigneusement les seuils, les ser- 
rures, les verrous et les portes avec de l'huile, et « à 


4 
4 


Place, Minive et l’Assyrie, t. Il, pl. 57, 1. — Rawlinson, t. I, 
p. 515. 

1. Musée britannique. Rawlinson, op. laud., t. IF, p. 35. 

2. Jeremias, Die Cultustafel von Sippar, p. 273. 

3. Beiträge zur Assyriologie, t. IT, 2, p. 223. 

&. J. N. Strassmaier, Znscriften v. Nabopalassar.(Zeitschr. 
f. Assyriologie, t. IV, p. 110.) — H. Winckler, Zbid. (Keilin- 
schriftliche Bibliothek, t. IX, 2, p. 5). 

5. Peiser, Znschrift von Nabü-abal-iddin.(Keilinschriftliche 
Bibliothek, t. IT, 1, p. 179.) 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 477 


l'entrée de sa sublime divinité, pour la dignité du 
temple, il le remplit de bonne odeur. » 

Ces libations, les onctions d'huile et les fumigations 
qui les accompagnaient parfois, étaient un symbole ou 
un moyen de purification. Après avoir répandu l'eau 
lustrale sur celui qu’on voulait purifier et offert en son 
nom une libation de vin pur, on lui oignait le corps 
sept fois”. On oignait aussi les statues et les pierres 
sacrées, ainsi que les inscriptions des rois. Tiglath- 
phalassar rappelle qu'il fit nettoyer avec de l'huile l’ins- 
cription de Shamsi-Ramman, son prédécesseur, après 
quoi il sacrifia*. Nabonide, ayant retrouvé li inscription 
de Karam-Sin, fils de Sargon, la fait restaurer et 
oindre d'huile, puis il offre un sacrifice, et il adjure 
quiconque règnera ‘après lui de respecter aussi son 
épitaphe, de l’oindre d'huile et d'y joindre son propre 
nom. Shamashshoumoukin recommande également, 
dans une inscription, à celui de ses successeurs qui 
trouvera sa statue de l’oindre d'huile, lui promettant 
en retour la protection de Nébo *. 

A côté des libations et des offrandes prenaient place 
les fumigations ; comme en Égypte, elles consistaient 
en aromates qu'on brülait devant ou sur l'autel. Dans la 
scène du sacrifice représenté sur un obélisque de 
Koyoundjik, dont j'ai parlé plus haut, le roi semble jeter 
de l’encens sur la flamme allumée devant la chàsse du 


1. Peiser, /nscrift von Nabonid. (Keilinschr. Bibliothek, 
t. III, 2, p.101 et 116.) 

2. Sayce, Lectures, p. 62. 

3. H. Winckler, Znschriften Tiglath-Pileser's II. (Keilinschr. 
Bibliothek, t. 1, p. 45.) 

4. Keilinschrifttiche Bibliothek, t. IL,"2, p. 106-107. 

5. F. Lehmann, Shamashshumukin, Künig von Babylonien, 
p. 11, 13 et 77. 


418 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


dieu. Les aromates occupaient une grande place dans 
les tributs que les monarques assyriens réclamaient 
des peuples vaincus ; ils en offraient aux dieux‘ la 
plus grande partie et on en consommait d'énormes 
quantités dans le culte; Hérodote rapporte qu'à la 
fête du premier jour de l’année on brülait mille talents 
d’encens dans le temple de Bel*. 

Les libations et les offrandes dont je viens de parler 
n'étaient pas particulières aux Babyloniens et aux As- 
syriens ; on les retrouve chez toutes les nations sémi- 
tiques. La Genèse nous montre Caïn offrant déjà au 
Seigneur les prémices des fruits de la terre et Jacob 
oignant d'huile la pierre sur laquelle il avait reposé sa 
tête, quand il vit en songe l'Éternel”, À son retour de 
Damas, le roi Akhaz offrit un sacfifice et fit des liba- 
tions sur l'autel qu'Ouriyah avait construit par ses 
ordres“. Sirach nous montre le grand prêtre Simon 
faisant des libations de vin sur l'autel en présence du 
peuple”. Les libations et les offrandes des produits du 
sol étaient une partie importante du culte juif; elles 
constituaient les sacrifices non sanglants — inha 
— et accompagnaient souvent aussi les sacrifices 
sanglants — zébah*. 

Les Juifs offraient à Jahveh les prémices de tous les 


1. Inscriptions d’Asshournazirpal et de Sargon. (Keilinschr. 
Bibliothek, t. 1, p, 67 ett. II, p. 73.) 

2. Historiæ, Lib. I, cap. 183. 

3. (Genesis, Cap. IV, vers. 3; Cap. XXXV, vers. 14. 

4. 2 Rega, cap. xv1, vers. 13. M. Sayce, The Life and Times 
of Isaiah, London, 1889, in-16, p. 47, suppose que cet autel 
était fait à limitation de celui du dieu solaire de Syrie. 

5. Sapientia Sirach, cap. L, vers. 16. 

6. W. Robertson Smith, Lectures on the religion of the 
Semiles. London, 1889, in-8, p. 218-227. | 


* 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 479 


fruits de la terre': aromates, huiles, vin, farine, 
pains, etc. L'huile servait à la fois à alimenter les 
lampes sacrées et à la préparation des parfums des- 
tinés au culte*. On l’employait aussi pour faire les 
pains ou arroser les gâteaux sans levain offerts en ac- 
tions de gràces*. Il y avait dans le tabernacle unautel 
particulier, sur lequel on mettait sur deux rangs douze 
de ces pains azymes, dits pains de proposition; chacun 
d'eux était de deux dixièmes d’éfah et fait de la farine 
la plus fine; à chaque jour de sabbath ils étaient re- 
nouvelés*. Matin et soir le grand prêtre faisait une 
oblation d’un dixième d'éfah de fleur de farine pétrie 
avec un quart de hin d'huile vierge, et un quart de 
hin de vin comme libation”. Une offrande fréquente 
consistait en farine fine, sur laquelle on versait de 
l'huile, en y joignant de l’encens ; on la portait aux 
prêtres, qui en brülaient la part réservée au sacrifice. 
Au lieu de simple farine, on offrait aussi des gâteaux 
ou des galettes plates sans “levain, pétris ou arrosés 
avec de l'huile. On offrait encore « comme prémices » 
des épis grillés au feu ou des grains broyés ; on répan- 


dait de l'huile dessus avec de l’encens, puis on les 
‘remettait aux prêtres pour être brülés 


C'était surtout dans les trois grandes fêtes juives, la 
A A . “ - 
Pâque, la fête des Semaines ou la Pentecôte et la 


1. Exodus, cap. xx, vers. 19. 


2. Exodus, cap. xxv, vers. 6, cap. xxvII, vers. 20. — ZLevi- 
licus, Cap. XXIV, vers. 2. 

3. Exodus, cap. XXIX, v@ps. 2. — Levilicus, cap. vi, 
vers. 12. 

&. Exodus, Cap. XXV, vers. 30. — Levilicus, p. XXIV, 
vers. 5-6, 


5. Exodus, cap. XXIX, vers. 40. 
6. Leviticus, cap. n, vers. 1-2 et 14-16. 


480 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 


fête des Tabernacles”, que les plantes et leurs produits 
jouaient un rôle prédominant. Le lendemain de la 
Pàâque, « au mois des nouveaux blés », on apportait au 
prêtre comme prémices une gerbe qu'il agitait devant 
l'Éternel. Ce même jour on immolait en holocauste un 
agneau d'un an; puis on offrait deux dixièmes d’éfah 
de fleur de farine pétrie avec de l'huile, qu'on brülait 
« comme un sacrifice d’une odeur agréable à l'Éter- 
nel »; on faisait de plus une libation d’un quart de 
hin de vin, et pendant sept jours le peuple ne mangeait 
que du pain sans levain”, 

Au bout de sept semaines, à la Pentecôte, on faisait 
à l'Éternel une nouvelle offrande publique; elle consis- 
tait en deux pains, faits de deux dixièmes d'éfah de 
farine fine, que l’on portait au prêtre, et l’on y joignait 
la libation ordinaire”. La fête des Tabernacles, qui 
commençait le quinzième jour du septième mois, alors 
que tous les fruits de la terre étaient récoltés, était, 
comme les deux précédentes, une fête de l’agriculture 
et de la vie champêtre. Pendant huit jours le peuple 
habitait sous des tentes faites de branches d’arbres*. 
Le premier jour, portant dans leurs mains le fruit 


d’un bel arbre — hadar —, des frondes de palmier, des” 


rameaux au feuillage touffu et des saules du ruisseau, 
2 re . . 1 8 
tous se réjouissaient devant l'Eternel”. 


1. J. Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels. Ber- 
lin, 1886, in-8, p. 84. — W. Smith, À dictionary of the Bible. 
London, 1863, in-8, art. Festivals. 

2. Leviticus, cap. xx, vers. Get 10-13. 

3. Levilicus, cap.xxuI, vers. 15-17. 

4. Néhémie, cap. vi, vers. 15, ordonne de faire ces tentes 
avec des rameaux d'olivier, de cyprès, de myrte, des frondes 
de palmier et des branches au feuillage touffu. 

5. Levilicus, cap. xx, vers. 40-42. — Deuteron., Cap. XVI, 


LES PLANTES DANS LE CULTE. 481 


Les offrandes étaient le plus souvent accompagnées 
_de fumigations et de libations ou d’onctions; mais 
celles-ci étaient aussi, depuis un temps immémorial, 
employées seules. Jacob, nous l'avons vu, versa, à 
son réveil, de l'huile sur la pierre qui lui avait servi 
de chevet pendant la nuit où l'Eternel